Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés de Jami Attenberg

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Jami Attenberg, Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés, Les Escales, Paris, 2016

mazie-sainte-patronne-des-fauches-et-des-assoiffes_9621Quelle belle découverte que ce roman ! Autant original dans la forme que dans le fond, il ravira les amateurs de romans du début du XXe siècle, mais aussi ceux qui aiment les belles histoires de vie, pleines d’humanité et de tendresse, mais aussi de détresse et de coups durs. Un magnifique roman, poignant et bien écrit !

Mazie vit à New York. Alors qu’elle est encore une fillette, elle se voit offrir un journal intime. Par touches espacées dans ses jeunes années, nous commençons à suivre cette fillette qui grandit bien vite dans une famille pas comme les autres. En effet, ce sont sa sœur et son beau-frère qui l’élèvent, ainsi que sa petite sœur, son père étant alcoolique et violent et sa mère bien trop soumise. Dans le quartier populaire de Manhattan, Bowery, la voilà qui expérimente la vie. La vraie histoire commence à la fin des années 10, alors qu’elle a 19 ans. La vie s’accélère, et la voilà qui tient la billetterie du Venice, cinéma appartenant à son beau-frère qu’elle aime comme un père. De sa cage de verre, elle voit la vie défiler, avec son lot de misère et d’événements tragiques, mais aussi de belles choses et de belles personnes, à l’image Sœur Ti. Mais elle ne se contente pas de la regarder défiler, elle la vit également : elle aime faire la fête, avoir de bons amis, boire un coup de temps à autre, plaire aux hommes, et ce n’est pas la Prohibition qui l’en empêchera ! Femme de caractère, elle verra son quartier changer du tout au tout lors de la Grande Depression, envahi dès lors par une myriade de sans-abris qui étaient il y a peu de temps ses prétendants bien mis et fortunés. Elle ne pourra laisser le monde s’écrouler sans ne rien faire, et Mazie n’a pas peur de mettre la main à la patte, ça non !

Incroyable Mazie ! Il y a peu de personnages qui restent longtemps dans mes pensées après avoir refermé un roman. Je commence un nouveau roman, et j’en lis encore un autre, je rencontre des dizaines de personnages dont le souvenir s’estompe peu à peu. Mais avec Mazie, c’est différent. Son caractère fort, qui ne s’en laisse pas compter, à une époque où les femmes n’avaient pas les mêmes droits qu’aujourd’hui, son altruisme et sa bonté, en font un personnage qu’on aimerait avoir pour amie. Son souvenir me restera longtemps !

L’histoire en elle-même est sidérante puisqu’elle marque l’histoire même du New York du début du XXe siècle. Est-ce de par sa construction, dont je vous parlerai un peu plus tard, ou de par la justesse de son propos, je ne saurais le dire, mais l’auteur parvient à ancrer son histoire dans la grande Histoire, elle tend à une véracité étonnante, alors même que je connais mal les événements qu’elle nous présente. C’est peut-être parce que le personnage de Mazie est inspiré d’un portrait publié dans le New Yorker et écrit par Joseph Mitchell, mais Jami Attenberg fait revivre une époque, une ville, une pulsation, une histoire de manière fabuleuse et passionnante.

Par sa construction polyphonique, l’auteur appuie donc encore plus l’ancrage de son roman dans l’Histoire de New York. En effet, le roman laisse la part belle au journal intime de Mazie, mais aussi laisse entrevoir des extraits d’interviews de personnes ayant connu Mazie, ou ayant trouvé le journal intime, ou encore professeur d’histoire avec une grande connaissance de l’histoire de la ville. Laissant supposer qu’une personne a créé ce livre à partir de tous ces éléments, l’auteur donne l’impression qu’il s’agit d’un vrai travail biographique. Il donne une autre dimension à son écrit, et surtout tend à l’originalité et se détache des autres romans. C’est de plus parfaitement maîtrisé, sans aucune incohérence, ni dans les dates, ni dans les faits, et écrit avec beaucoup de sensibilité. Elle parvient à changer de ton selon qu’on est à l’écrit avec le journal de Mazie, ou que l’on est plus dans un langage oral d’interview avec les autres témoignages. C’est finement vu, et parfaitement découpé et agencé, c’est réussi.

Les personnages rencontrés témoignent d’une époque complètement folle. J’ai déjà parlé de l’incroyable Mazie, mais ses sœurs, et particulièrement Rosie, valent le détour, sans parler de son beau-frère, de son voisin, de Sœur Ti, et j’en passe ! Les personnages sont tellement bien construits qu’ils donnent l’impression d’avoir tous vécu, ce qui donne encore plus de poids au caractère témoignages et biographie au roman.

Que dire de plus si ce n’est que ce roman est une petite pépite, plein d’émotion, d’humanité et de tendresse, mais aussi de violence, celle de cette époque difficile, entre Prohibition et Grande Dépression. Une lecture passionnante à la rencontre d’un New-York bien différent de celui qui nous est habituellement présenté et de ces années de douce folie. Un roman de vies, un coup de cœur.

Ma note : 5/5

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