Archives de Catégorie: Romances

La mort d’une princesse de India Desjardins

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India Desjardins, La mort d’une princesse, Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2017

La_mort_d_une_princesse_hdEnvie d’un roman léger, d’un moment de détente et de lâcher prise ? Un petit plaisir sans conséquence, qui fait du bien au moral ? Une lecture sympathique à lire en quelques heures pour se vider la tête ? Alors foncez sur La mort d’une princesse, c’est pile poil ce qu’il vous faut !

Sarah a la trentaine, un petit copain avec qui tout va bien, un boulot qui lui plaît et dans lequel elle s’investit. Aussi, quand elle part en vacances avec son jules, elle s’attend à une demande en mariage. Sauf que rien ne se passe comme prévu… Les vacances sont écourtées, elle rentre célibataire au bercail. Sept ans après, elle a mis de côté ses sentiments et les mecs, et se consacre à sa boîte de relations publiques dans laquelle elle est investie corps et âme. Elle croit dur comme fer que ça lui suffit amplement. Elle aime son boulot, réussit, c’est devenu une acharnée qui se contente de l’amitié de sa meilleure amie, mère célibataire. Mais est-il si facile de renoncer à l’amour ? Peut-elle continuer sa vie comme cela ?

Voici un roman feel good qui répond tout à fait aux attentes qu’un lecteur peut avoir en ouvrant ce type d’ouvrage. Le style de l’auteur est agréable, conforme à ce genre, le roman se lit ainsi en quelques heures. L’auteur n’est pas une nouvelle venue sur la scène littéraire, puisqu’elle rencontre un franc succès avec Le journal d’Aurélie Laflamme chez les adolescents. Cependant c’est la première fois qu’elle écrit pour des adultes, et c’est réussi. On ouvre ce roman comme on ouvrirait un roman pour adolescents, la frontière est plutôt ténue, mais ça fonctionne. C’est aussi bon qu’un carré de chocolat grignoté pelotonné dans son canapé.

Et si ça fonctionne aussi bien, c’est surtout qu’on ne tombe pas dans les écueils de ce type de genre littéraire « chicklit », avec des héroïnes gnangnans et des situations trop rocambolesques, franchement invraissemblables, à la limite du ridicule. Ce n’est pas le cas ici, du tout. Sarah est attachante, paumée, déçue par l’amour et qui ne supporterait pas d’être à nouveau blessée par un homme. C’est finalement une situation que beaucoup de trentenaires actuelles connaissent, et je parle en connaissance de cause ! Il est donc facile de s’identifier à elle. Les autres personnages sont aussi sympathiques, à l’instar d’Anik, la meilleure amie, elle aussi aigrie des relations amoureuses, ou Jean-Krystofe, son assistant d’une vingtaine d’années qui met une touche d’humour dans le récit.

La seule petite chose que je trouve dommage dans ce roman, ce sont les « communiqués pour diffusion immédiate » qui parsèment le roman. Le but est certainement d’apporter une touche d’humour supplémentaire, mais pour être honnête, ça m’a plutôt ennuyée et pas fait franchement sourire, ça arrive comme un cheveu sur la soupe en plein milieu du récit et n’apporte pas grand chose. A tel point que je ne les lisais plus au bout d’un moment.

Ce n’est pas le roman de l’année, certes, ni celui qui va révolutionner le genre. Mais personnellement, je n’ai pas très envie d’une telle révolution, cherchant dans ce type de lecture pile poil ce que ce roman m’a apporté. C’est un chouette roman feel-good, dont on tourne les pages frénétiquement pour savoir comment va finir l’histoire de Sarah, bien qu’on se doute de la fin. Et c’est une fin qu’on attend, n’ayons pas honte de le dire ! Ce roman apporte donc quelques heures de lecture sans conséquence, un moment de lecture agréable qui fait du bien au moral. Que demander de plus ?

Mention spéciale à la couverture, réalisée par Diglee, qui illustre parfaitement l’ambiance du roman, qui donne envie de le prendre en main et de le commencer.

Ma note : 4/5

Les mots entre mes mains de Guinevere Glasfurd

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Guinevere Glasfurd, Les mots entre ses mains, Editions Préludes, Paris, 2016

les mots entre mes mainsVoilà un roman comme je les aime, qui mêle petite histoire dans la grande Histoire, personnages historiques, faits avérés et inventés, histoires d’amour et de vies. Une très belle surprise de la rentrée littéraire, qui confirme la qualité des publications des éditions Préludes !

Helena travaille comme servante chez un libraire anglais vivant à Amsterdam, M. Sergeant. Contrairement à ses semblables, elle a appris les rudiments de la lecture et de l’écriture : avec une volonté de fer, elle veut comprendre le monde qui l’entoure. Le jour où un illustre invité vient prendre ses quartiers chez son employeur, sa vie change du tout au tout. Cet homme n’est autre que René Descartes, qui, jour après jour, décide de prendre Helena sous son aile, et l’élève intellectuellement toujours un peu plus. Rapidement, l’élévation des sens s’ajoute au reste. Mais leur liaison peut-elle rester secrète ? Dans un siècle rigide et obscur, où on a bien peu de considération pour les femmes et où elles-mêmes se considèrent bien mal, où la religion est une affaire très sérieuse qui dicte les mœurs de la société, Helena va devoir faire preuve de force et de détermination pour mener la vie qu’elle entend.

Par où commencer ? Peut-être par Helena, ce personnage fort, d’une détermination à toute épreuve, en avance sur son temps, éprise de liberté et de savoirs. Savoir qu’elle a vraiment existé ne la rend que plus envoûtante, car vivre comme elle a vécu dans ce siècle d’or est stupéfiant. Elle est féministe avant l’heure, et si elle ne s’exprime pas toujours à haute voix, elle n’en pense pas moins. Si elle est attachée aux personnes qui l’entourent, que ce soit son employeur ou Descartes et ses amis, elle sait analyser leurs comportements et faire la part des choses. C’est le destin d’une femme stupéfiante qui nous est conté là, une femme qu’on aimerait être, même aujourd’hui. Elle est indépendante, lucide, assume chacun de ses actes. Si dans les premiers temps, elle est encore un peu innocente, rapidement l’influence du « monsieur » comme elle le nomme et ses propres efforts dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, puis du dessin, la rendent de plus en plus avertie. Nous comprenons aisément pourquoi une personne telle que Descartes, si érudit, ait pu s’éprendre d’une telle femme.

Parlons maintenant de Descartes. Si on sait tous quelque chose sur ce philosophe notamment la controverse qu’ont suscitée ses écrits en plein XVIIe siècle, l’homme que nous présente Guinevere Glasfurd est tout autre. On le perçoit comme tendre et romantique, avide d’instruire les autres, prêt à croire que tout le monde peut apprendre, même une femme, servante de surcroît. Un peu obsessionnel, travailleur acharné, expérimentant tout et son contraire, certes, mais profondément humain. Si on n’adhère pas toujours à ses actions et réactions, si son valet Limousin nous insupporte la plupart du temps, on s’attache à cet être hors du commun et vrai.

Amsterdam, puis les villes où séjournent Helena, Deventer, Leyde, Santpoort ou encore Amersfoort, sont au centre du récit et participent à l’ambiance de ce siècle d’or qui nous est admirablement conté par l’auteur. Comme l’héroïne, on déambule dans le rue, sur le port, sur les marchés ou sur les chemins, on touche du doigt des lieux à des époques reculées, on prend le pouls d’un monde qui nous est inconnu et on s’en délecte. Sans description à n’en plus finir, Guinevere Glasfurd nous dessine une fresque saisissante d’un pays en plein bouleversement intellectuel, au sommet de sa puissance et de son influence.

Pour finir, parlons de la plume de l’auteur. Justes, fins, sensibles, les mots de l’auteur nous font passer par mille émotions. Et quoi de plus remarquable pour un roman qui parle de mots, de livres et d’écrits, de leur importance, de l’apprentissage nécessaire de la lecture pour appréhender le monde environnant ? Et tout est parfaitement dosé, on ne tombe jamais dans l’excès, en adéquation complète avec le caractère d’Helena tel qu’il nous est dépeint.

En somme, un livre envoûtant, à l’héroïne inoubliable, qui nous parle de liberté, de passion et de féminisme, au beau milieu du siècle d’or. Un roman qui reste longtemps après l’avoir refermé. Un tour de force, un vrai coup de cœur.

Ma note : 5/5

Je suis là de Clélie Avit

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Clélie Avit, Je suis là, JC Lattès / Le Livre de Poche, Paris, 2015 / 2016

je suis làJe suis là est un petit roman étonnant, qui m’a surprise, sur les drames qui touchent deux êtres destinés à se rencontrer d’une manière bien singulière. Je suis conquise !

Elsa est plongée dans le coma. Du haut de ses 29 ans, férue de montagne et de glaciers, elle se retrouve dans cet état depuis vingt semaines à la suite d’un accident. D’une avalanche à laquelle elle n’a survécu que par miracle. Etonnamment, cela fait maintenant six semaines qu’elle entend ce qui se passe autour d’elle. Si l’ouïe lui est revenue, ses autres sens sont aux abonnés absents. Elle est incapable de remuer un seul muscle, de ressentir quoi que ce soit ou de sentir une odeur. Mais elle écoute. Elle pense. Mais son entourage ne le sait pas et les médecins sont prêts à la débrancher.

Thibault a la trentaine et depuis quelques jours, il est obligé d’amener sa mère rendre visite à son frère à l’hôpital. Thibault ne veut pas le voir parce que s’il se retrouve dans ce lit d’hôpital, c’est uniquement sa faute, une faute impardonnable aux yeux de Thibault : il a pris le volant alors qu’il avait bu, et en plus d’avoir eu un accident, il a fauché deux adolescentes qu’il a tué sur le coup. Un jour, alors qu’il tente d’occuper l’heure que passe sa mère avec son frère, il se trompe de porte et se retrouve dans la chambre d’Elsa. Alors qu’elle l’entend, elle apprend à découvrir cet être grâce aux sons. Lui, très vite, se met à lui parler et parvient à trouver le repos auprès d’elle. Et s’il était le seul à comprendre qu’Elsa était toujours là ?

Ce court roman est envoûtant de par sa narration. Il nous transporte dans le psychisme de deux personnes blessées, que l’on suit tour à tour. Raconté dans chaque cas à la première personne du singulier, on est au plus près du ressenti des personnages. On apprend à les connaître et on s’attache rapidement à eux. On est emporté par les mots de l’auteur et on se laisse attendrir par l’attachement naissant de ces deux personnes, aussi improbable que la situation soit. Ces deux écorchés se raccrochent à peu de chose pour retrouver le goût de la vie et ses sensations.

L’auteur met aussi en exergue cette situation médicale incomprise qu’est le coma. Si on sait que le corps se met dans cet état de veille afin de se rétablir, on ne sait pas quand ou s’il en sortira, ou encore si la personne peut entendre ce qui l’entoure ou ressentir quoi que ce soit. Clélie Avit décide qu’Elsa entendra, et pourquoi pas ? Cette immersion dans les pensées de ce personnage est fascinante tant l’auteur parvient à imaginer ce qu’elle pourrait penser, mais surtout la manière dont elle pourrait percevoir les sensations des personnes lui rendant visite dans sa chambre d’hôpital. Ainsi, elle s’imagine des couleurs et leurs mouvements selon les émotions et les personnes qui les ont. L’auteur imagine également comment elle parvient à se mettre en veille, ce qu’elle voit dans ses « rêves », comment elle est hantée par son accident. Elsa essaie aussi de trouver des repères aux jours qui passent, à l’heure qui peut être, selon les visites, les passages de la femme de ménage et sa radio allumée par exemple. L’auteur a vraiment pensé à tous les éléments entrant en jeu quand on est dans le coma avec une ouïe active et permet au lecteur de se laisser prendre au jeu et de croire à cette histoire.

Quant à Thibault, le seul trait un peu gênant serait sans doute sa « perfection ». Il ne boit jamais, ou très rarement, et s’il a toutes les raisons d’en vouloir à son frère, son jugement intraitable est légèrement poussif, puisqu’il est déjà bien puni lui-même d’avoir ôté la vie. Concernant l’idylle naissante avec cette jeune fille dans le coma, dont il sait peu de chose – prénom, âge, métier et cause de l’accident – elle semble un tantinet invraisemblable… Mais je me suis laissée prendre malgré tout, voulant absolument y croire – mon côté midinette très certainement. N’oublions pas que nous sommes dans un roman, l’auteur peut bien se permettre toutes les folies !

La plume de l’auteur est fluide et agréable, bien que je reprocherai un certain nombre de répétitions, notamment lors des chapitres concernant Elsa. Ainsi, cette dernière répète un peu trop souvent qu’elle ne peut ressentir. Qu’elle ne peut qu’imaginer. Cela est bien moins marqué dans la suite du roman, il est possible également que prise dans l’histoire et les mots de l’auteur, je l’ai bien moins remarqué.

Un roman, donc, émouvant, plein d’espoir, qui se lit d’une traite. Une histoire atypique, des personnages hors du commun. Je comprends aisément que l’auteur ait reçu un prix lui ayant permis d’éditer ce roman chez JC Lattès, le Prix Nouveau Talent 2015. Chapeau bas pour un premier roman !

Ma note : 4/5

Un merci de trop de Carène Ponte

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Carène Ponte, Un merci de trop, Michel Lafon, Paris, 2016

Un_merci_de_trop_hdUn merci de trop, c’est la comédie romantique par laquelle on se laisse prendre et qu’on lit en quelques heures, comme on regarderait Dirty Dancing ou Love Actually. C’est frais, ça permet de déconnecter, ça détend, pile ce qu’on attend quand on se lance dans une telle lecture !

Juliette, la vingtaine bien entamée, n’a jamais fait de vague. Elle a écouté à la lettre les conseils maternels, pour rester pour toujours la petite fille sage et obéissante. Elle a fait des études lui permettant à coup sûr d’avoir un boulot, s’habille toujours de noir pour être la plus transparente possible, laisse l’ambition aux autres, étant habituée à se satisfaire du peu qu’elle a. Elle dit merci à tout, même quand on la rabaisse : un travers qu’elle ne supporte plus. Quand sa nouvelle chef, qu’elle a elle-même formée et qui a été choisie à sa place pour cette promotion, lui parle comme à une idiote une fois de plus, c’est la fois de trop : Juliette l’envoie sur les roses et démissionne. Nouvel objectif : écrire un roman, ce qu’elle a toujours voulu faire, et tant pis s’il n’est jamais édité. Et si elle prenait sur elle pour parler au voisin sexy, ce ne serait pas un mal non plus. Sauf que tout ne se passe pas tout à fait comme prévu… De contre-temps en désillusion, être heureuse demande quelques ajustements.

Ce roman est une petite bouffée d’air frais remonte moral, qui s’adresse surtout aux femmes portées sur les comédies romantiques. Et qu’est-ce que ça fait du bien pour se changer un peu les idées ! Surtout que le personnage de Juliette est attachant, et pas « gnan-gnan » et énervant comme les héroïne de ce type d’histoires peuvent parfois l’être.

Juliette est une jeune femme qui ne sait plus vraiment qui elle est et qui aspire à le découvrir, en commençant par se rebeller un peu, ne plus être la fille parfaite qui fait ce que ses parents attendent d’elle. Elle veut enfin faire ce qu’elle a toujours pensé pouvoir faire, à commencer par son rêve d’enfant d’écrire un roman. Et le processus se fait petit à petit, puisqu’elle ne va pas avouer tout d’un coup à ses parents, loin s’en faut, ce qui crée des situations très drôles et qui prêtent à sourire. Parce que dans son soucis d’émancipation, Juliette va commettre quelques impers qui ne seront pas sans répercutions… Mais heureusement que sa meilleure amie Nina est toujours là pour la soutenir et la guider dans ses choix !

Les références auxquelles fait appel l’héroïne – et donc l’auteur, le roman étant écrit à la première personne du singulier – parleront à toutes les personnes entre 25 et 40 ans : Friends, Berverly Hills, Love Actually, Dirty Dancing, Coup de foudre à Notting Hill ou encore Bridget Jones. Cela rend le roman d’autant plus marquant et fait sens auprès du lectorat visé. On s’identifie d’autant mieux à Juliette qu’on partage son bagage culturel, et on prend bien du plaisir à la lecture de ses péripéties. Ses réactions sont celles que j’aurais pu avoir moi-même, ce qui la rend extrêmement réaliste. Et qui ne voudrait pas parfois suivre son exemple : tout plaquer et tenter de réaliser ses rêves, quelles qu’en soient les conséquences ?

La plume de l’auteur est simple et agréable, je me suis surprise à plusieurs reprises à sourire, voire à rire franchement. Voilà donc un roman profondément agréable, frais à souhait pour l’été, forcément pas de la grande littérature, mais efficace pour passer quelques heures de détente sur la plage ou ailleurs !

Ma note : 4/5

Les égarements du coeurs de Marie-José Aubrycoin

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Marie-José Aubrycoin, Les égarements du cœur, Librinova, Paris, 2016

Les-egarements-du-coeurQuand les éditions Librinova, qui n’éditent qu’en format numérique, m’ont contactée pour que je découvre ce roman, j’ai accepté avec empressement, tant le résumé me plaisait. Et grand bien m’en a pris ! Roman épistolaire, nous suivons les pérégrinations d’une jeune femme à la sortie du couvent au XVIIIe siècle. Une belle surprise !

Marie a seize ans quand elle sort du couvent. Elle y a vécu dix années, à l’abri derrière ses murs épais, et loin de l’affection distante et douloureuse d’un père veuf après la naissance de sa fille. Cette sortie a pour dessein de l’établir par le mariage. Mais dès la première nuit qu’elle passe à Paris, elle rencontre un fort galant gentilhomme qui lui fait tourner la tête. Quand son père décide de la marier au fils d’un conte breton, elle se rebiffe. Mais que peut une jeune fille contre la volonté d’un père ? Cependant, ses aventures ne font que commencer. De Paris à la Corse, en passant par la Bretagne, Marie va connaître tout une flopée de changements de situations, de douleurs et de joies, va devoir choisir entre le pire et le moins pire et s’accommoder des cartes qu’on lui mettra entre les mains.

Ne vous détrompez pas, ce qui va arriver à cette jeune fille est digne d’un roman de Juliette Benzoni ou d’une Angélique. Mais c’est aussi pour cela que ce roman est très agréable à lire, voire à dévorer, n’ayons pas peur des mots. Les pérégrinations de Marie, de son chevalier servant, de son frère ou encore de son beau-père nous emportent, et à coup de lettres de quelques pages – rappelons qu’il s’agit d’un roman épistolaire – on arrive à la fin de ce roman de moins de 300 pages à une vitesse record !

Si le roman épistolaire commence à revenir à la mode depuis quelques années, ce roman nous rappelle qu’il est parfaitement adapté à ce XVIIIe siècle, où chacun correspondait par lettres interposées. Il permet au lecteur de retracer par leur truchement les trajectoires de chaque protagoniste, et rappelle qu’une lettre est sujette à interprétation, voire à vérification… On assiste ainsi à une belle duplicité de certains personnages, qui rebiffe le lecteur qui attend impatiemment de savoir quand notre héroïne – ou certains de ses amis de confiance – découvrira la vérité. Le jeu de ce type d’écrit est bien entendu de lire entre les lignes et entre les lettres, et il est très plaisant de découvrir les réponses à cette correspondance tout à fait fascinante.

Les personnages sont bien dessinés, l’auteur s’étant aidé en cela d’extraits de journaux intimes de Marie ou de son beau-père qui viennent parfois s’intercaler entre la correspondance classique. Ainsi, nous pouvons réellement bien cerner le personnage de Marie, son enfance assez particulière, les blessures qui l’ont marqué et le manque d’amour qui la font le rechercher avec fougue à sa sortie du couvent. Tous les hommes qu’elle rencontre ne sont pas des malotrus, mais sa relation avec eux permet d’entrevoir une époque, une morale, un catholicisme prégnant qui influent sur la vie des femmes. D’ailleurs, on sent poindre les prémices d’une émancipation de ces dernières, qui cherchent à gagner en liberté et à s’affranchir de maris pesants. La meilleure amie de Marie, Blanche, en est un bon exemple, laissant son vieil époux en Bretagne pour vivre une vie mondaine auprès de ses sœurs à Paris. Mais n’oublions pas que la mariage, aussi imposé et pesant soit-il, était aussi synonyme d’une plus grande liberté pour les femmes à cette époque, toutes proportions gardées. L’exemple de Marie est aussi significatif, mais je n’en dirai pas plus pour ne rien révéler de l’intrigue qui la mène bien plus loin que je ne l’aurais cru.

Plusieurs petits éléments m’ont tout de même contrariée. D’une part, l’auteur a pris le parti de ne pas dater les lettres des personnages. On y trouve l’auteur et le destinataire en haut de la lettre, ainsi que le lieu où elle a été écrite. A côté de ce dernier, on trouve un « le… », qui nous prive de date. Je vous accorde que l’importance est toute relative puisqu’on se laisse happer par l’histoire sans cette précision, cependant situer précisément dans le siècle ou se rendre compte de la durée qui sépare deux lettres auraient servi le récit et permis de mieux ancrer l’histoire dans un contexte précis. C’est peut-être d’ailleurs pour cela qu’elle l’a évité, afin de s’affranchir des faits historiques de l’époque qui pouvaient rendre impossibles certains événements inventés.

D’autre part, s’il n’y a rien à redire au style de l’auteur, qui se conforme à celui du XVIIIe siècle, rendant ainsi le récit agréable à lire et donnant une impression de véracité, de nombreuses coquilles orthographiques ou de mise en page égrènent le roman. Un « et » à la place d’un « est », un mot manquant, des virgules mal placées m’ont souvent dérangée dans ma lecture. Je comprends cependant qu’il s’agisse d’une première publication en numérique, avec l’intention de faire connaître le roman et le faire remarquer par un éditeur traditionnel, et qu’il sera dès lors retravaillé et corrigé, mais ceci ne sert pas à inciter les lecteurs à lire des romans natifs numériques. Espérons que tout cela sera vite corrigé !

Ce roman est donc une très belle surprise, bien écrit dans une langue maîtrisée, parfait pour les amateurs de romans historiques, romanesques et romantiques. A vos liseuses !

 

Ma note : 4/5

L’instant précis où les destins s’entremêlent d’Angélique Barbérat

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Angélique Barbérat, L’instant précis où les destins s’entremêlent, Michel Lafon / J’ai Lu, Paris, 2014 / 2015

Ecouté en audiolivre : lu par Marine Royer, Audible FR, 2016

l-instant-precis-ou-les-destins-s-entremelent-383976-250-400J’ai eu la chance de gagner quelques audiolivres pour tenter l’expérience d’écouter des livres au lieu de les lire. Très sceptique au début, mais extrêmement curieuse, je me suis lancée dans l’écoute de ce roman d’Angélique Barbérat dont j’avais beaucoup entendu parler et qui me tentait depuis un moment. Expérience réussie pour une histoire captivante, difficile mais bien contée, qui se laisse écouter toute seule !

Kyle a vécu l’enfer alors qu’il n’était qu’un enfant : son père battait sa mère, et c’est lui qui a retrouvé son corps sans vie un matin, morte à force de coups. Parti pour San Francisco sous la protection de sa demi-sœur, Jane, il se réfugie dans la musique tout en espérant ne jamais devenir comme son père, que cette violence ne soit pas inscrite dans ses gènes. Il parvient à s’extraire de l’enfer et rencontre le succès grâce à son groupe de musique, connu à l’international.

Coryn a grandi en Angleterre dans une famille nombreuse. Très belle et seule fille au milieu de nombreux garçons, son père cherche à la protéger en favorisant son mariage avec Jack Brannigan, charmant et doué dans son métier de vendeur de voitures. Mais la jalousie l’étreint en pensant à sa magnifique femme qu’il aime follement, et la violence prend le pas sur cet amour. La privant de tout contact extérieur, juste le strict minimum pour s’occuper de leurs enfants, n’ayant pas le doit de regarder la télévision ou d’écouter la radio, elle est coupée du monde, faible et blessée et se sent très seule.

La rencontre de ces deux écorchés par la vie va les ébranler et les secouer de manière irrémédiable. Pourtant à l’instant précis où les destins s’entremêlent, ils seront changés à jamais et ne pourront, ni ne voudront, revenir en arrière.

Angélique Barbérat nous propose une histoire poignante sur les violences conjugales, bien cachées derrière des murs dorés et des coups bien dissimulés. Elle traite ce sujet difficile avec beaucoup de sensibilité et de gravité, tout en proposant une histoire émouvante et pleine d’espoir. L’histoire d’amour de ces deux êtres à jamais liés s’avère impossible, mais elle entraîne le lecteur dans les tournées de Kyle et dans le quotidien de Coryn avec cette idée que tout peut, que tout doit, s’arranger.

Si certains événements de l’histoire semblent évident, comme le fait que Coryn finira par rejoindre le centre pour femmes battues dirigé par Jane, la demi-sœur de Kyle, on prend beaucoup de plaisir à voir ces événements se produire, comme de petites victoires sur le destin de ces personnages qui s’amorçait si mal. L’auteur réussit à entremêler le destin de chaque personnage, et même si certaines petites choses paraissent improbables, on se laisse prendre au jeu, comme souvent à la lecture de romans de ce type, romantiques et dramatiques, pour notre plus grand plaisir.

Mon seul petit regret est peut-être que l’auteur ajoute du dramatique au dramatique, et même si la fin n’est pas trop pesante, qu’elle parvient à insuffler de l’espoir malgré tout, elle aurait peut-être pu l’éviter. Elle ne voulait peut-être pas donner le happy end typique et attendu de ce genre de livre, et voulait sans doute compliquer un peu la tâche des personnages, mais je ne suis pas sûre que cela ajoutait vraiment quelque chose d’essentiel à la trame narrative.

Difficile maintenant de parler de l’écriture de l’auteur quand on écoute un roman. A écouter, les mots s’enchaînent de manière fluide et c’est très agréable. J’avais peur au début de perdre le fil des mots, de partir dans mes pensées comme quand on écoute de la musique ou la radio, et de ne plus savoir où j’en étais dans le récit. Mais de manière étonnante, je n’ai eu aucun mal à me concentrer, et à faire autre chose de mes mains et de mes yeux en même temps, que ce soit marcher dans la rue ou prendre le bus, mais plus encore faire des travaux manuels. Je me suis remise ainsi à tricoter, et je n’avais plus à choisir entre cette activité et la lecture d’un roman, cette dernière étant généralement gagnante sur la première. Le risque est sûrement de ne pas apprécier la voix du narrateur, mais elle est ici plutôt agréable. Sur les sites dédiés à ce type de produits, on peut écouter des extraits permettant de savoir si la voix nous sera insupportable ou non. J’avoue que j’en écoute un autre en ce moment, et je préfère cette voix à celle du roman d’Angélique Barbérat, qui était un peu mielleuse à mon goût.

En somme, Angélique Barbérat nous propose un beau roman sensible et fort, et si l’envie vous prend d’écouter plutôt que de lire les mots de l’auteur, je ne peux que vous recommander cette nouvelle expérience !

Ma note : 4/5

Le jour où Anita envoya tout balader de Katarina Bivald

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Katarina Bivald, Le jour où Anita envoya tout balader, Denoël, Paris, 2016

le jour où anita envoya tout baladerVoici un roman rafraîchissant qui nous parle d’une femme à la fin de la trentaine qui décide de reprendre sa vie en main. Distrayant, parfois inspirant, une bonne lecture estivale !

Anita a 38 ans et est mère d’une jeune fille, Emma, en partance pour l’université. Elle travaille dans le petit supermarché du coin, sort souvent ses deux collègues devenues des amies au troquet du coin, et c’est à peu près tout. Sa vie tourne littéralement autour de sa fille. C’est pourquoi le jour du départ, elle se retrouve complètement démunie dans sa petite vie tranquille, sans éclat ni surprise. Elle se remémore alors les rêves qu’elle avait à 18 ans, avant de tomber enceinte : conduire une moto, acheter une maison et devenir indépendante. L’indépendance, elle l’a, même si elle est parfois difficile. Acheter une maison, ce n’est plus trop d’actualité et elle ne peut pas se le permettre. Conduire une moto… quelle idée saugrenue ! Et pourtant, sur un coup de tête et pour éviter de harceler sa fille au téléphone, elle prend rendez-vous à la moto-école et commence ses leçons auprès d’une charmant moniteur. Sa vie fade commence à prendre un peu de relief et le temps libre, trop libre, à se remplir un peu. De projets en idées farfelues, Anita se lance à corps perdu dans une vie qu’elle réaménage. Et, surpassant toutes ses attentes, elle tombe amoureuse. Ce n’est pas parce qu’on approche les 40 ans qu’on ne peut pas réinventer sa vie !

Vous l’aurez compris, il s’agit d’un bon roman feel-good comme on les aime, à l’image du précédent roman de Katarina Bivald, La bibliothèques des cœurs cabossés (publié chez Denoël en 2015). On passe un moment de détente auprès d’Anita, on l’encourage dans ses folles décisions, et on voudrait la remuer quand elle se laisse un peu trop abattre. En bref, Anita pourrait être une bonne copine !

Mais je dois l’avouer, j’ai mis du temps à entrer dans l’histoire. Parce qu’au début, il ne se passe pas grand chose, et en termes de grands changements dans la vie de l’héroïne, on ne peut pas dire non plus que ce soit transcendant. Je me suis ennuyée, et j’ai franchement peu accrochée avec Anita dans les premiers chapitres, un peu trop larmoyante et pathétique à mes yeux. Cela s’arrange ensuite, notamment grâce au personnage de Pia, la meilleure amie d’Anita, très atypique et acide, qui n’a pas la langue dans sa poche. Et les deux se lancent nombre de piques et de répartis qui mettent du mordant dans ce roman qui aurait paru très terne sinon.

L’auteur réussit à planter le décor d’une petite ville de Suède, de ses habitants et de leurs habitudes, le tout avec une plume plaisante. On a le droit au chef d’Anita au sein du petit supermarché qui donne l’impression de diriger une multinationale et fait sourire dans ses discours surfaits qui intéressent peu. Il y a aussi le chef du projet auquel Anita va participer, qui ne parle que de lui, donne des leçons mais est bien incapable d’intéresser la communauté à son projet ; ou encore la représentante de la section de la Croix-Rouge du coin, très effacée qui peine à donner de la voix. Et puis il y a Lukas, le beau moniteur de conduite, très énigmatique, et qui permet des situations qui prêtent à sourire.

Evoluer dans une petite communauté n’est pas si évident pour Anita qui aime peu le regard curieux des autres. Et sa décision de pimenter sa vie ne va pas arranger les choses… Et c’est en cela que le roman est sympathique : on s’attache facilement à Anita parce qu’on se reconnaît un peu en elle. On a tous ce souhait de changer de vie, de la pimenter, d’oser faire des choses un peu folles, et il est bien rare qu’on y succombe. Et si on suivait l’exemple d’Anita ? Parce que ce roman, comme tant d’autres, nous montre qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre à conduire une moto, s’investir dans un projet impossible ou tomber amoureux. Qu’attendons-nous ?

Si ce roman ne transcende pas le genre et qu’il pourrait être un peu plus palpitant, les personnages et l’idée générale fonctionnent et en font un bon roman feel-good à savourer devant un bon cocktail en terrasse au soleil ou étendu sur une serviette à la plage !

Ma note : 4/5