Archives de Catégorie: Historique

La porte du ciel de Dominique Fortier

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Dominique Fortier, La Porte du Ciel, Les Escales, Paris, 2017

la-porte-du-cielVoici un roman sur un sujet qui m’émeut toujours : la Guerre de Sécession, l’esclavage, les plantations de cotons, et les destins de personnages atypiques se débattant au milieu des événements historiques. L’émotion a été au rendez-vous, bien que j’ai été légèrement déçue par le traitement du sujet, alors même que c’est ce qui en fait la beauté… J’y reviens tout de suite !

Nous sommes en Louisiane à la veille d’une Guerre civile. Le destin de deux fillettes se percutent un beau jour sur une plantation. La petite fille blanche du médecin qui n’a pas d’esclave demande à son père d’acheter – ou libérer ? – une jeune esclave noire qui paraît bien peu docile. Eleanor prend dès lors Eve sous son aile d’enfant : elle considère la jeune mulâtre comme son jouet, son passe-temps. Mais les fillettes grandissent dans une Amérique en construction, où les Etats sont désunis comme peut l’être une courtepointe avant que les morceaux de tissus ne soient cousus entre eux… D’ailleurs de nombreuses femmes attendent le retour de leurs hommes – pères, frères, maris, fils – partis combattre, en cousant ces courtepointes qui ne tiennent que par un fil… Les jeunes filles vont voir leurs destinées qu’aucune n’a choisies croiser guerre, premiers émois, fatalité, espoirs.

Ce qui est troublant avec ce roman, c’est que je ne saurais avoir un avis vraiment tranché dessus. Parce que ce qui m’a plu est aussi ce qui m’a déplu… Sensation bizarre s’il en est ! Dès les premières pages, on est embarqué dans un drôle de récit, qui se présenterait presque comme un conte ou une légende. Le narrateur de cette histoire est un personnage atypique, le Roi Coton, qui pourrait s’apparenter à la voix de l’Amérique éternelle. Il nous conduit de page en page à la découverte de ces deux gamines qui grandissent dans cette époque troublée, où l’on découvre encore une fois de quelle manière étaient traités les esclaves, dont les femmes étaient violées, séparées de leurs enfants, et comptés comme la moitié d’une personne dans le recensement de l’époque, mais aussi à la suite de femmes tissant leurs courtepointes avec les restes des habits de leurs enfants morts ou partis, et même à la suite d’un homme noir innocent condamné à mort de nos jours, ce qui montre que toutes ces aberrations sont loin d’être finis. Ce qui est d’autant plus puissant au vu de l’actualité.

On ne fait que passer dans l’histoire de ces personnages, on survole un instant de leurs vies. De fait, la fin peut paraître abrupte. Mais assez logique. Ce qui m’a peut-être le plus contrarié, c’est cette impression de survol de l’histoire. On est comme un observateur juste au dessus des personnages. Il est difficile de s’attacher à eux, puisque, et c’est une volonté de l’auteur, ils ne sont pas approfondis et fouillés. De fait, comme dans la vie, on rencontre des personnes dont on ne fait qu’apercevoir certaines facettes, et c’est ainsi qu’on perçoit Eleanor et Eve. On comprend certaines choses sur elles, on devine leurs caractères, leurs intentions, leurs désirs, mais rien n’est fouillé. Et c’est assez frustrant ! Tout en étant très beau, puisque l’auteur reste dans une nuance poétique. Avec ce narrateur très fort et ces personnages qui ne font que passer dans une histoire américaine bien plus vaste, se dégage un sentiment d’irréalité et de lyrisme.

Ce qui est aussi très beau et assez dérangeant, c’est le découpage du roman. Les chapitres sont entrecoupés de descriptions de courtepointes. Le roman est ainsi construit qu’il ressemble à une courtepointe, avec ces chapitres reliés entre eux par un fil. Mais un fil solide, amené à tenir et à se renforcer. Histoire, courtepointe, construction du roman, tout reflète ces Etats-Unis en construction. Et pourtant, ces chapitres sont aussi assez déstabilisants, nous extrayant de l’histoire esquissée des jeunes filles pour nous emmener à notre époque, ou à la suite d’un motif de couture, dans les confins du paysage du Sud des Etats-Unis, ou encore sur le chantier d’une église faite de bric et de broc.

Mais surtout, il me faut noter la très belle plume de l’auteur qui nous offre un roman au style maîtrisé, plein de poésie et de légèreté. Certains passages sont marquants et restent en tête longtemps après avoir refermé le roman, à l’image de ces premières lignes, où le Roi Coton se présente, ou encore quand il est question de la fin de la guerre : puisque nul traité de paix n’est venu marquer la fin de cette étrange guerre fratricide, comment prétendez-vous savoir qu’elle est bien finie ? p.219. C’est percutant, les mots sont justes et les tournures de phrases recherchées sans être pédantes.

En somme, un beau roman dont les forces et les beautés m’ont tout à la fois dérangée et émerveillée.

Ma note : 4/5

La sonate oubliée de Christiana Moreau

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Christiana Moreau, La sonate oubliée, Editions Préludes, Paris, 2017

la-sonate-oublieeEncore un très bon roman publié par les éditions Préludes qui confirme de publication en publication ses bons choix éditoriaux. Ici, une histoire qui fait un échos à une des précédentes publications de la maison d’édition, contant la rencontre d’un personnage historique célèbre avec une jeune fille de peu de condition mais très intelligente. Grosse différence ici : l’histoire est intrinsèquement mêlée au destin d’une jeune fille du XXIe siècle qui partage sa passion de la musique et du violoncelle avec sa mystérieuse comparse du XVIIIe siècle. Une très belle histoire !

Lionella vit à Seraing, une ville très grise de Belgique, dans un quartier pauvre en pleine mutation. Sa famille, immigrée italienne, a une passion pour la musique, qui lui a été très naturellement transmise. Délaissant le violon familial, elle se tourne vers le violoncelle, où elle excelle. Son professeur décide de l’inscrire au concours Arpèges, où sont confrontés tous les meilleurs musiciens du monde. Si elle paraît peu motivée, c’est surtout parce qu’elle veut marquer les esprits et ne trouve donc aucune partition à son goût. Jusqu’au jour où son meilleur ami, amoureux d’elle secrètement, chine une étrange boîte sur une brocante, boîte remplie d’une étrange partition, d’un médaillon coupée en deux et d’un carnet avec un texte manuscrit en italien. Lionella découvre avec surprise une sonate pour violoncelle qui semble écrite par Vivaldi… Ce que semble confirmer l’histoire écrite dans le carnet. En effet, Lionella se plonge avec passion dans le récit de la vie d’Ada, jeune orpheline du XVIIIe siècle, pensionnaire de l’Ospedale della Pietà de Venise, où le très célèbre Antonio Vivaldi enseignait la musique à ces jeunes filles très doués. Dès lors, le destin des deux jeunes filles semble imbriqué, entre musique, passion, amour.

L’auteur nous propose un récit tout en nuances et poésie. Ces deux héroïnes, de deux époques différentes mais à la passion de la musique et du violoncelle commune, sont étrangement semblables, dans leur caractère et leur manière d’envisager la vie. Inoubliable chacune à sa manière, elles se font une place dans le cœur du lecteur qui espère de page en page un dénouement heureux pour chacune d’elle, tout en sachant que le destin d’une orpheline dans la Venise du XVIIIe siècle sera loin d’être aisé.

Les chapitres concernant Lionella nous plongent dans une ville belge assez triste, et dont la jeunesse semble désoeuvrée, à l’instar du frère de Kevin, le meilleur ami de Lionella. Pour ce quartier anciennement industriel, cependant, une nouvelle page se tourne, et si Kevin recherche avant tout l’indépendance, sa droiture et sa générosité lui viennent de Lionella, et de sa musique. Elle a su le sortir de sa relation délétère avec sa mère et son frère, et l’ouvrir à une autre forme de beauté, sans qu’elle ne s’en soit même aperçue, trop concentrée qu’elle est sur sa musique. Parce que Lionella ne pense que bien peu à lui, c’est même parfois à se demander si elle connaît la situation familiale difficile de son ami. Parce que la musique peut enfermer, comme a pu l’être Ada des siècles auparavant au sein de l’Ospedale. C’est quand un jeune homme va commencer à la séduire qu’elle parviendra à mettre tout son cœur dans sa musique. Et c’est aussi après s’être ouverte au destin d’Ada que Lionella excellera dans sa maîtrise de son instrument.

Si cette ville belge nous paraît grise et terne, Venise nous semble pleine de magie et d’euphorie, une fois sorti de l’Ospedale della Pietà. Ada va découvrir une ville qu’elle ne pouvait qu’imaginer derrière ses murs épais, une ville faite de carnavals, de mystères, de beauté , de douceurs à l’instar du chocolat chaud q’elle découvrira, mais aussi de désillusions, de trahisons et de dureté. Entre le XVIIIe siècle et le XXIe siècle, entre Seraing et Venise, finalement peu de différence de ces points de vue là…

L’entrelacement de ces deux histoires, la force d’Ada, la détermination de Lionella à jouer cette sonate oubliée, et à faire découvrir Ada, cette jeune fille forte à laquelle elle s’attache de plus en plus à chaque page tournée, fait toute la beauté de ce roman à double voix.

Nous découvrons dans ce roman bien plus que ces deux jeunes femmes, leur musique et leurs destins. En effet, nous découvrons aussi Antonio Vivaldi, ce grand compositeur qui fut oublié et redécouvert au milieu du XXe siècle, dont tout un chacun a déjà entendu une sonate. Reconnu en son temps, il travaillait d’arrache pied, composait tout le temps, donnait de nombreux concerts dans de nombreux pays. Mais surtout, il a éduqué musicalement ces jeunes orphelines de l’Ospedale, les a guidé, a écrit pour chacune d’elle, a révélé leur talent et a été un guide pour elles. Ce roman nous révèle également le destin de ces jeunes femmes, réelles virtuoses que tout le monde venait écouter alors qu’elles étaient protégées derrière une grille, enfermées à tout jamais dans l’anonymat.

Ce roman est une vraie ode à la musique classique. L’auteur écrit son roman comme elle écrirait une sonate : ses mots nous portent de page en page, et nous font comprendre comment est composée une sonate, quels en sont les moments forts, la rythmique, et nous initie à cette musique classique moins écoutée de nos jours.

Une histoire mêlant les époques, les personnages historiques avérés et de fiction passionnants, la musique, romanesque et réalité contemporaine, nous faisant voyager à travers les siècles et les pays. Un très beau roman, plein de finesse et de beauté. A découvrir.

Ma note : 5/5

Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés de Jami Attenberg

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Jami Attenberg, Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés, Les Escales, Paris, 2016

mazie-sainte-patronne-des-fauches-et-des-assoiffes_9621Quelle belle découverte que ce roman ! Autant original dans la forme que dans le fond, il ravira les amateurs de romans du début du XXe siècle, mais aussi ceux qui aiment les belles histoires de vie, pleines d’humanité et de tendresse, mais aussi de détresse et de coups durs. Un magnifique roman, poignant et bien écrit !

Mazie vit à New York. Alors qu’elle est encore une fillette, elle se voit offrir un journal intime. Par touches espacées dans ses jeunes années, nous commençons à suivre cette fillette qui grandit bien vite dans une famille pas comme les autres. En effet, ce sont sa sœur et son beau-frère qui l’élèvent, ainsi que sa petite sœur, son père étant alcoolique et violent et sa mère bien trop soumise. Dans le quartier populaire de Manhattan, Bowery, la voilà qui expérimente la vie. La vraie histoire commence à la fin des années 10, alors qu’elle a 19 ans. La vie s’accélère, et la voilà qui tient la billetterie du Venice, cinéma appartenant à son beau-frère qu’elle aime comme un père. De sa cage de verre, elle voit la vie défiler, avec son lot de misère et d’événements tragiques, mais aussi de belles choses et de belles personnes, à l’image Sœur Ti. Mais elle ne se contente pas de la regarder défiler, elle la vit également : elle aime faire la fête, avoir de bons amis, boire un coup de temps à autre, plaire aux hommes, et ce n’est pas la Prohibition qui l’en empêchera ! Femme de caractère, elle verra son quartier changer du tout au tout lors de la Grande Depression, envahi dès lors par une myriade de sans-abris qui étaient il y a peu de temps ses prétendants bien mis et fortunés. Elle ne pourra laisser le monde s’écrouler sans ne rien faire, et Mazie n’a pas peur de mettre la main à la patte, ça non !

Incroyable Mazie ! Il y a peu de personnages qui restent longtemps dans mes pensées après avoir refermé un roman. Je commence un nouveau roman, et j’en lis encore un autre, je rencontre des dizaines de personnages dont le souvenir s’estompe peu à peu. Mais avec Mazie, c’est différent. Son caractère fort, qui ne s’en laisse pas compter, à une époque où les femmes n’avaient pas les mêmes droits qu’aujourd’hui, son altruisme et sa bonté, en font un personnage qu’on aimerait avoir pour amie. Son souvenir me restera longtemps !

L’histoire en elle-même est sidérante puisqu’elle marque l’histoire même du New York du début du XXe siècle. Est-ce de par sa construction, dont je vous parlerai un peu plus tard, ou de par la justesse de son propos, je ne saurais le dire, mais l’auteur parvient à ancrer son histoire dans la grande Histoire, elle tend à une véracité étonnante, alors même que je connais mal les événements qu’elle nous présente. C’est peut-être parce que le personnage de Mazie est inspiré d’un portrait publié dans le New Yorker et écrit par Joseph Mitchell, mais Jami Attenberg fait revivre une époque, une ville, une pulsation, une histoire de manière fabuleuse et passionnante.

Par sa construction polyphonique, l’auteur appuie donc encore plus l’ancrage de son roman dans l’Histoire de New York. En effet, le roman laisse la part belle au journal intime de Mazie, mais aussi laisse entrevoir des extraits d’interviews de personnes ayant connu Mazie, ou ayant trouvé le journal intime, ou encore professeur d’histoire avec une grande connaissance de l’histoire de la ville. Laissant supposer qu’une personne a créé ce livre à partir de tous ces éléments, l’auteur donne l’impression qu’il s’agit d’un vrai travail biographique. Il donne une autre dimension à son écrit, et surtout tend à l’originalité et se détache des autres romans. C’est de plus parfaitement maîtrisé, sans aucune incohérence, ni dans les dates, ni dans les faits, et écrit avec beaucoup de sensibilité. Elle parvient à changer de ton selon qu’on est à l’écrit avec le journal de Mazie, ou que l’on est plus dans un langage oral d’interview avec les autres témoignages. C’est finement vu, et parfaitement découpé et agencé, c’est réussi.

Les personnages rencontrés témoignent d’une époque complètement folle. J’ai déjà parlé de l’incroyable Mazie, mais ses sœurs, et particulièrement Rosie, valent le détour, sans parler de son beau-frère, de son voisin, de Sœur Ti, et j’en passe ! Les personnages sont tellement bien construits qu’ils donnent l’impression d’avoir tous vécu, ce qui donne encore plus de poids au caractère témoignages et biographie au roman.

Que dire de plus si ce n’est que ce roman est une petite pépite, plein d’émotion, d’humanité et de tendresse, mais aussi de violence, celle de cette époque difficile, entre Prohibition et Grande Dépression. Une lecture passionnante à la rencontre d’un New-York bien différent de celui qui nous est habituellement présenté et de ces années de douce folie. Un roman de vies, un coup de cœur.

Ma note : 5/5

Les mots entre mes mains de Guinevere Glasfurd

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Guinevere Glasfurd, Les mots entre ses mains, Editions Préludes, Paris, 2016

les mots entre mes mainsVoilà un roman comme je les aime, qui mêle petite histoire dans la grande Histoire, personnages historiques, faits avérés et inventés, histoires d’amour et de vies. Une très belle surprise de la rentrée littéraire, qui confirme la qualité des publications des éditions Préludes !

Helena travaille comme servante chez un libraire anglais vivant à Amsterdam, M. Sergeant. Contrairement à ses semblables, elle a appris les rudiments de la lecture et de l’écriture : avec une volonté de fer, elle veut comprendre le monde qui l’entoure. Le jour où un illustre invité vient prendre ses quartiers chez son employeur, sa vie change du tout au tout. Cet homme n’est autre que René Descartes, qui, jour après jour, décide de prendre Helena sous son aile, et l’élève intellectuellement toujours un peu plus. Rapidement, l’élévation des sens s’ajoute au reste. Mais leur liaison peut-elle rester secrète ? Dans un siècle rigide et obscur, où on a bien peu de considération pour les femmes et où elles-mêmes se considèrent bien mal, où la religion est une affaire très sérieuse qui dicte les mœurs de la société, Helena va devoir faire preuve de force et de détermination pour mener la vie qu’elle entend.

Par où commencer ? Peut-être par Helena, ce personnage fort, d’une détermination à toute épreuve, en avance sur son temps, éprise de liberté et de savoirs. Savoir qu’elle a vraiment existé ne la rend que plus envoûtante, car vivre comme elle a vécu dans ce siècle d’or est stupéfiant. Elle est féministe avant l’heure, et si elle ne s’exprime pas toujours à haute voix, elle n’en pense pas moins. Si elle est attachée aux personnes qui l’entourent, que ce soit son employeur ou Descartes et ses amis, elle sait analyser leurs comportements et faire la part des choses. C’est le destin d’une femme stupéfiante qui nous est conté là, une femme qu’on aimerait être, même aujourd’hui. Elle est indépendante, lucide, assume chacun de ses actes. Si dans les premiers temps, elle est encore un peu innocente, rapidement l’influence du « monsieur » comme elle le nomme et ses propres efforts dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, puis du dessin, la rendent de plus en plus avertie. Nous comprenons aisément pourquoi une personne telle que Descartes, si érudit, ait pu s’éprendre d’une telle femme.

Parlons maintenant de Descartes. Si on sait tous quelque chose sur ce philosophe notamment la controverse qu’ont suscitée ses écrits en plein XVIIe siècle, l’homme que nous présente Guinevere Glasfurd est tout autre. On le perçoit comme tendre et romantique, avide d’instruire les autres, prêt à croire que tout le monde peut apprendre, même une femme, servante de surcroît. Un peu obsessionnel, travailleur acharné, expérimentant tout et son contraire, certes, mais profondément humain. Si on n’adhère pas toujours à ses actions et réactions, si son valet Limousin nous insupporte la plupart du temps, on s’attache à cet être hors du commun et vrai.

Amsterdam, puis les villes où séjournent Helena, Deventer, Leyde, Santpoort ou encore Amersfoort, sont au centre du récit et participent à l’ambiance de ce siècle d’or qui nous est admirablement conté par l’auteur. Comme l’héroïne, on déambule dans le rue, sur le port, sur les marchés ou sur les chemins, on touche du doigt des lieux à des époques reculées, on prend le pouls d’un monde qui nous est inconnu et on s’en délecte. Sans description à n’en plus finir, Guinevere Glasfurd nous dessine une fresque saisissante d’un pays en plein bouleversement intellectuel, au sommet de sa puissance et de son influence.

Pour finir, parlons de la plume de l’auteur. Justes, fins, sensibles, les mots de l’auteur nous font passer par mille émotions. Et quoi de plus remarquable pour un roman qui parle de mots, de livres et d’écrits, de leur importance, de l’apprentissage nécessaire de la lecture pour appréhender le monde environnant ? Et tout est parfaitement dosé, on ne tombe jamais dans l’excès, en adéquation complète avec le caractère d’Helena tel qu’il nous est dépeint.

En somme, un livre envoûtant, à l’héroïne inoubliable, qui nous parle de liberté, de passion et de féminisme, au beau milieu du siècle d’or. Un roman qui reste longtemps après l’avoir refermé. Un tour de force, un vrai coup de cœur.

Ma note : 5/5

Les égarements du coeurs de Marie-José Aubrycoin

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Marie-José Aubrycoin, Les égarements du cœur, Librinova, Paris, 2016

Les-egarements-du-coeurQuand les éditions Librinova, qui n’éditent qu’en format numérique, m’ont contactée pour que je découvre ce roman, j’ai accepté avec empressement, tant le résumé me plaisait. Et grand bien m’en a pris ! Roman épistolaire, nous suivons les pérégrinations d’une jeune femme à la sortie du couvent au XVIIIe siècle. Une belle surprise !

Marie a seize ans quand elle sort du couvent. Elle y a vécu dix années, à l’abri derrière ses murs épais, et loin de l’affection distante et douloureuse d’un père veuf après la naissance de sa fille. Cette sortie a pour dessein de l’établir par le mariage. Mais dès la première nuit qu’elle passe à Paris, elle rencontre un fort galant gentilhomme qui lui fait tourner la tête. Quand son père décide de la marier au fils d’un conte breton, elle se rebiffe. Mais que peut une jeune fille contre la volonté d’un père ? Cependant, ses aventures ne font que commencer. De Paris à la Corse, en passant par la Bretagne, Marie va connaître tout une flopée de changements de situations, de douleurs et de joies, va devoir choisir entre le pire et le moins pire et s’accommoder des cartes qu’on lui mettra entre les mains.

Ne vous détrompez pas, ce qui va arriver à cette jeune fille est digne d’un roman de Juliette Benzoni ou d’une Angélique. Mais c’est aussi pour cela que ce roman est très agréable à lire, voire à dévorer, n’ayons pas peur des mots. Les pérégrinations de Marie, de son chevalier servant, de son frère ou encore de son beau-père nous emportent, et à coup de lettres de quelques pages – rappelons qu’il s’agit d’un roman épistolaire – on arrive à la fin de ce roman de moins de 300 pages à une vitesse record !

Si le roman épistolaire commence à revenir à la mode depuis quelques années, ce roman nous rappelle qu’il est parfaitement adapté à ce XVIIIe siècle, où chacun correspondait par lettres interposées. Il permet au lecteur de retracer par leur truchement les trajectoires de chaque protagoniste, et rappelle qu’une lettre est sujette à interprétation, voire à vérification… On assiste ainsi à une belle duplicité de certains personnages, qui rebiffe le lecteur qui attend impatiemment de savoir quand notre héroïne – ou certains de ses amis de confiance – découvrira la vérité. Le jeu de ce type d’écrit est bien entendu de lire entre les lignes et entre les lettres, et il est très plaisant de découvrir les réponses à cette correspondance tout à fait fascinante.

Les personnages sont bien dessinés, l’auteur s’étant aidé en cela d’extraits de journaux intimes de Marie ou de son beau-père qui viennent parfois s’intercaler entre la correspondance classique. Ainsi, nous pouvons réellement bien cerner le personnage de Marie, son enfance assez particulière, les blessures qui l’ont marqué et le manque d’amour qui la font le rechercher avec fougue à sa sortie du couvent. Tous les hommes qu’elle rencontre ne sont pas des malotrus, mais sa relation avec eux permet d’entrevoir une époque, une morale, un catholicisme prégnant qui influent sur la vie des femmes. D’ailleurs, on sent poindre les prémices d’une émancipation de ces dernières, qui cherchent à gagner en liberté et à s’affranchir de maris pesants. La meilleure amie de Marie, Blanche, en est un bon exemple, laissant son vieil époux en Bretagne pour vivre une vie mondaine auprès de ses sœurs à Paris. Mais n’oublions pas que la mariage, aussi imposé et pesant soit-il, était aussi synonyme d’une plus grande liberté pour les femmes à cette époque, toutes proportions gardées. L’exemple de Marie est aussi significatif, mais je n’en dirai pas plus pour ne rien révéler de l’intrigue qui la mène bien plus loin que je ne l’aurais cru.

Plusieurs petits éléments m’ont tout de même contrariée. D’une part, l’auteur a pris le parti de ne pas dater les lettres des personnages. On y trouve l’auteur et le destinataire en haut de la lettre, ainsi que le lieu où elle a été écrite. A côté de ce dernier, on trouve un « le… », qui nous prive de date. Je vous accorde que l’importance est toute relative puisqu’on se laisse happer par l’histoire sans cette précision, cependant situer précisément dans le siècle ou se rendre compte de la durée qui sépare deux lettres auraient servi le récit et permis de mieux ancrer l’histoire dans un contexte précis. C’est peut-être d’ailleurs pour cela qu’elle l’a évité, afin de s’affranchir des faits historiques de l’époque qui pouvaient rendre impossibles certains événements inventés.

D’autre part, s’il n’y a rien à redire au style de l’auteur, qui se conforme à celui du XVIIIe siècle, rendant ainsi le récit agréable à lire et donnant une impression de véracité, de nombreuses coquilles orthographiques ou de mise en page égrènent le roman. Un « et » à la place d’un « est », un mot manquant, des virgules mal placées m’ont souvent dérangée dans ma lecture. Je comprends cependant qu’il s’agisse d’une première publication en numérique, avec l’intention de faire connaître le roman et le faire remarquer par un éditeur traditionnel, et qu’il sera dès lors retravaillé et corrigé, mais ceci ne sert pas à inciter les lecteurs à lire des romans natifs numériques. Espérons que tout cela sera vite corrigé !

Ce roman est donc une très belle surprise, bien écrit dans une langue maîtrisée, parfait pour les amateurs de romans historiques, romanesques et romantiques. A vos liseuses !

 

Ma note : 4/5

A l’orée du verger de Tracy Chevalier

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Tracy Chevalier, A l’orée du verger, Quai Voltaire / La Table Ronde, Paris, 2016

a l'orée du vergerJe connaissais Tracy Chevalier pour avoir lu il y a quelques années deux de ses romans que j’avais beaucoup aimés, La jeune fille à la perle et La dame à la licorne. Quand j’ai eu l’occasion de découvrir son dernier roman A l’orée du verger, j’ai sauté sur l’occasion de me replonger dans la plume de cet auteur. Et je n’en suis pas déçue ! Cette histoire touchante, qui mélange destins d’hommes, d’arbres et de pommes au temps des pionniers et de la conquête de l’Ouest américain m’a transportée et émue.

La famille Goodenough est installée en Ohio, dans les marais du Black Swamp depuis neuf ans. Ils ont quitté le Connecticut pour trouver des terres à cultiver, où James, le père de famille, pourrait planter des pommiers, et notamment ses adorées reinettes dorées, emmenées d’Angleterre il y a longtemps et prêtes à conquérir l’Ohio. Mais la vie n’est pas simple dans ces marais putrides, où les moustiques attaquent sauvagement pendant tout l’été, où il est difficile de ne pas attraper la fièvre, où il n’est pas rare d’y succomber. En plus de cela, il est bien difficile d’entretenir une maison entourée de boue, d’entretenir verger, cultures diverses et animaux, dans la solitude, puisque les premiers voisins sont à des kilomètres. Dans cette famille aux dix enfants, les premières décès ont déjà frappés, et les tensions sont inévitables. Sadie, la femme de James, est folle d’eau de vie de pommes, qui l’aide à combattre la fièvre, dit-elle, et pour cela elle a besoin de pommes acides. Quant à James, il raffole de ses reinettes, des pommes sucrées, et s’acharne à greffer des pommiers acides pour les transformer en pommiers qui donneront les pommes qu’il aime tant. La guerre est déclarée entre eux, pour le meilleur et pour le pire… Des années plus tard, Robert, le benjamin de la famille, celui qui était le plus silencieux et qui apprenait beaucoup avec son père, se retrouve dans l’Ouest. Depuis qu’il est parti à neuf ans, il a cherché à chaque instant à mettre son passé derrière lui, à ne plus y penser, et à tenter sa chance ailleurs. Il exercera de nombreux métiers avant d’aller voir des séquoias californiens, ces arbres immenses qui vont changer sa vie et lui permettre de panser ses plaies et de faire la paix avec son passé et le drame qui s’y est déroulé.

Voici un roman comme on en rencontre peu. L’auteur parvient à mettre au diapason nature et humanité et à nous donner envie de croquer dans une bonne pomme bien juteuse et sucrée. Si le début est un peu long, on se retrouve très rapidement enchaîné aux destins de ces personnages atypiques, durs, brisés par la vie et la rudesse de ce pays en pleine transformation, pris dans leurs faiblesses et pour qui le moindre événement qui paraîtrait insignifiant est exacerbé et amène des drames incompréhensibles. C’est un roman profondément humain, où Tracy Chevalier décortique l’âme humaine, essayant de comprendre ce qui peut amener au point de rupture, à la folie. Mais je vous rassure, elle inserre dans sa décoction un espoir immense dans le personnage de Robert, mais aussi dans celui de sa douce sœur Martha, du loufoque William Lobb, exportateur anglais de graines et de jeunes pousses d’arbres typiques de la côte californienne, ou encore de la tendre et exubérante Molly. Chaque personnage a son importance, même le plus secondaire, et chacun est construit avec un sens du détail grandiose.

Tracy Chevalier nous donne à lire un roman abouti, plein de véracité. On sent à la lecture de ce roman que ses recherches historiques ont été minutieuses. Elle inserre dans le panorama déjà large de personnages des personnalités ayant réellement existés, comme William Lobb que j’ai déjà mentionné, mais aussi John Chapman, surnommé John Appleseed, qui vendait pousses de pommiers et arbustes, et donnait le plus souvent des graines, aux pionniers qui s’installaient pour planter un verger. Cette figure historique est tout à fait atypique et savoir que cet homme a vraiment existé permet peut-être de mieux se transporter dans ce roman, imaginant sans difficulté que si un personnage aussi excentrique a pu exister, alors ceux qu’invente l’auteur ont très bien pu exister, sous une forme ou une autre. Notons également que Billie Lapham, copropriétaire de Calaveras Grove en Californie, où on pouvait admirer ces séquoias géants, a également existé, ainsi que sa femme Nancy.

Ce roman est en prime porté par une très belle écriture, poétique, douce même dans les moments les plus terribles, jamais dure et froide. Il est construit de manière originale, ce qui sert indéniablement le récit. Si on commence ce dernier à l’été 1838 dans le verger des Goodenough, alors que Martha et Robert ne sont que des enfants, on passe ensuite à une partie consacrée aux lettres envoyées par Robert, de son écriture malhabile, jusqu’en 1856, puis on revient en 1854 où on comprend comment il est retombé sous le charme des arbres et de la nature, pour revenir à l’automne 1838 et au drame familial, suivre ensuite les lettres envoyées par Martha, et terminer le récit à nouveau en 1856. Cette construction sert le suspens, et plus on apprend à connaître Robert, plus on a envie de comprendre ce qui lui est arrivé, pourquoi il a quitté sa famille si jeune. Les informations, distillées avec habileté et de manière réfléchie, nous expliquent petit à petit le caractère de Robert, ses fêlures et ses réserves, son comportement et son caractère. C’est très bien pensé, cohérent, et on se laisse prendre dans le fil du récit, par la plume de l’auteur qui parvient sans problème à alterner les passages à la troisième personne quand il s’agit de suivre James, puis Robert, à la première personne, avec un style bien plus direct quand nous suivons Sadie. L’écriture devient très veloutée pour les lettres de Martha, et le ton est plus brut et l’écriture très grossière pour les lettres de Robert. On s’y croirait réellement, le tout donne une impression de réalité forte, et il est difficile d’imaginer que ces personnages n’ont pas vraiment existés dans cette Amérique des pionniers.

Voici donc un livre important, qui nous parle avec une langue majestueuse des pionniers américains et de leurs difficultés qui les ont façonnées, de la nature et de sa majesté, qui nous entoure et nous fait rêver. Un roman magnifique.

Ma note :5/5

La part des flammes de Gaëlle Nohant

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Gaëlle Nohant, La part des flammes, Editions Héloïse d’Ormesson / Le Livre de Poche, Paris, 2015 / 2016

la part des flammesCela fait des semaines que je voulais me plonger dans ce roman. Depuis qu’il m’a été chaudement conseillé lors du Salon du Livre de Paris, j’attendais impatiemment la sélection pour le Prix des Lecteurs du Livre de Poche du mois de mai, où je savais qu’il figurerait. C’est donc avec empressement que j’ai ouvert ce livre, présenté comme un « Downton Abbey à Paris » par le Figaro Magazine. Si la comparaison me laisse perplexe – oui il s’agit d’un roman historique, avec des femmes fortes, mais à part cela… – j’ai adoré ce roman, qui revient sur un fait divers qui ébranla Paris et sa bourgeoisie en 1897, l’incendie du Bazar de la Charité.

Nous sommes donc en mai 1897. Tout Paris se prépare pour l’ouverture du Bazar de la Charité auquel toute la haute société veut participer. Si nous sommes en pleine IIIe République, l’aristocratie et la haute bourgeoisie font encore la loi dans les salons. Et si de nombreuses dames passent de longues heures dans des œuvres caritatives, c’est surtout pour le paraître. Etre vendeuse au Bazar de la Charité pendant quelques semaines est donc un privilège, une marque d’importance qui ne peut être négligé. Surtout pour Violaine de Raezal qui a perdu son mari l’année précédente et dont le beau-fils et la belle-fille ne la portent pas dans leur cœur… Elle est seule, et voudrait se trouver une place dans cette société huppée à laquelle elle n’appartient pas tout à fait. Elle se tourne donc vers la Duchesse d’Alençon, sœur de l’Impératrice d’Autriche Sissi, très pieuse et qui donne beaucoup de son temps pour les nécessiteux. Elle prend la jeune femme sous son aile et lui offre une place à son stand au bazar. Une autre jeune fille se retrouvera aussi sur son stand, Constance d’Estingel, qui vient de mettre un terme à des fiançailles pour d’obscures raisons. Les destins des trois femmes vont se retrouver lier dès les premières flammes qui vont embraser le Bazar de la Charité. Et si la souffrance et le deuil accablent Paris, à l’heure où on cherche les coupables et les bouc-émissaires, la solidarité, la fraternité, le courage vont les lier à jamais. De rencontres fortuites en liberté arrachée, ce roman nous dépeint les portraits de femmes qui vont se chercher et se construire après un traumatisme qui leur donnera finalement un nouveau souffle.

Ce roman est tout simplement sublime. D’abord par l’histoire. Parce que l’auteur nous situe dans une époque où se côtoient tradition et modernité, où les princes de sang ont encore une place privilégiée dans la société et un certain pouvoir, ainsi que l’Eglise catholique, alors qu’un Président est à la tête de l’Etat. Ce contraste marque les prémices d’une nouvelle société où cette « aristocratie » cherche sa place, certains de ses membres s’ancrant dans le passé, d’autres envisageant un avenir autre, à l’image de Laszlo de Nérac, le promis déchu de Constance d’Estingel. L’histoire de cet incendie, que je ne connaissais pas, est fascinante dans ce qu’elle a de plus horrible : la disparition par les flammes d’un nombre conséquent de membres de l’aristocratie et de la bourgeoisie. Dans un monde en plein changement, le fait divers n’est pas anodin, et cela même si l’Eglise le voit comme un châtiment face à une République malvenue.

Les personnages sont d’une grande profondeur, que ce soit Violaine de Raezal, Constance d’Estingel, Mary Holgart, ou la Duchesse d’Alençon. Ils sont entiers, plein de sensibilité et de fêlures, de blessures tant physiques que psychiques, émouvants en cela. Certains sont épuisants et égocentriques, à l’instar de la mère de Constance, de Pauline de Fontenilles, ou de la belle famille de Violaine, Léonce d’Ambronay et Armand de Raezel. Mais on ne peut leur en vouloir, ils sont attachés à leurs privilèges, enfants gâtés par la vie, effrayés par le moindre changement… Et qui ne le serait pas ? Par ces merveilleux personnages, l’auteur nous conte l’histoire d’une société en plein changement, avec un romanesque qui nous entraîne à la poursuite de ces personnages au gré des pages tournées et dévorées.

Parce que si l’histoire et les personnages sont sublimes, la plume de l’auteur ne l’est pas moins. Elle nous propose un texte écrit de manière sensible, dans un magnifique français, qui nous emmène directement en cette fin de XIXe siècle, sans pour autant employer un style pompeux ou alambiqué. Elle nous dépeint son histoire, les drames de ce mois de mai 1897, sans tomber dans le pathos ni le gore, avec mesure et respect pour les victimes de cet incendie.

Enfin, Gaëlle Nohant nous parle de folie. Celle des femmes, et les moyens de la soigner. Et par ce biais, elle revient sur les prémices de la psychologie et des thérapies, mettant en avant un point important, à savoir que ce sont des maladies qui sont difficilement identifiables. Quel fut mon étonnement en m’apercevant que dès qu’une femme n’avait pas le comportement voulu par un mari ou un père, elle pouvait être enfermée dans une clinique, aux mains d’un médecin ayant tout pouvoir sur elle, rendant la patiente folle par son internement et les traitements pourvus, alors même qu’elle n’avait rien en y entrant ! Ce roman m’a appris énormément sur cette période, la condition des femmes, la politique, l’aristocratie, les œuvres de charité, et sur ce fait divers sanglant.

Un roman magnifiquement écrit, à l’histoire riche, romanesque et prenante, aux personnages forts et beaux, qui nous transporte dans un Paris vivant un grand traumatisme. Qu’attendez-vous pour vous précipiter sur La part des flammes ?

Ma note : 5/5