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Café Lowendal et autres nouvelles de Tatiana de Rosnay

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Tatiana de Rosnay, Café Lowendal et autres nouvelles, Le Livre de Poche, Paris, 2014.

café lowendalJe n’ai pas l’habitude de lire des nouvelles. En général, je n’aime pas ça. Je ne dis pas que ce n’est pas un travail complexe et intéressant pour un auteur de raconter une histoire, un moment de vie, un personnage en quelques pages. Et je ne dis pas non plus que ce n’est pas intéressant pour un lecteur de tomber sur un beau texte, extrêmement bien écrit qui va faire passer d’étonnantes et intenses émotions dans un texte si court. Mais juste que ce que j’aime le plus dans la lecture, c’est de me plonger dans une histoire, rencontrer des personnages, voyager et ressentir mille émotions. Et j’avais dans l’idée que quelques dizaines de pages ne me suffiraient pas. Et puis je suis tombée sur des livres courts. Des livres puissants. Qui m’ont apportée beaucoup. Qui m’ont marquée. Qui m’ont fait vibrer. Autant, parfois plus que des romans longs (et longs et longs à n’en plus finir…). Et c’est là que j’ai vu ce Tatiana de Rosnay. Je n’ai jamais lu de Tatiana de Rosnay. J’ai Je m’appelle Sarah dans ma bibliothèque. Mais il n’est pas encore sorti de ma Pal.

Allez comprendre dans ces conditions pourquoi je me suis lancée dans ce recueil de nouvelles ? Parce que vous aurez remarqué que j’ai bien peu de temps à accorder à la lecture et à mes chroniques en ce moment. Alors, je me suis dit : “Des nouvelles ? Chouette, c’est court, je pourrai en lire une avantr de me coucher. Ce ne sera pas aussi addictif (ou décevant) qu’un roman, ce sera parfait ! Et puis voilà enfin l’occasion de lire du Tatiana de Rosnay !”.

Bon, tout ça c’est bien beau. Vous aurez compris pourquoi, malgré mes réticences premières, je me suis laissée tenter par Café Lowendal et autres nouvelles. Mais mon avis, dans tout cela ?

Je dirai simplement que j’ai trouvé ce que je cherchais. De la force. De l’émotion. Une belle écriture. Des moments de grâce. Les histoires sont bien différentes les unes des autres, des thèmes variés, mais tournant souvent autour du couple, de l’amour, de l’attachement, de la fidélité, et des modes de narrations divers. On a même droit à un compte-rendu de détectives privés sur un adultère, qui nous épargne peu de détails (sms échangés, mails, situations dans une chambre d’hôtel), et débité d’un ton froid, détaché, professionnel. C’en est déroutant !

Comme ce recueil se nomme Café Lowendal et autres nouvelles (10 en tout), je m’arrêterai plus longuement sur Café Lowendal, la principale, qui fait près de 70 pages. C’est l’histoire d’un écrivain ayant vécu des péripéties l’obligeant à changer de vie. Et tout commence quand l’ex de l’homme qu’elle a terriblement aimé, la femme donc lui ayant succédé, la contacte et lui demande de l’aide à propos d’un roman qu’elle aimerait écrire sur cet homme qu’elles ont toutes les deux connu. Quand la curiosité s’en mêle… Dès le début de cette histoire, j’avais une théorie : j’avais compris le fin de l’histoire. Sûre de moi, je lisais ligne après ligne, proche de la jubilation quand tous les éléments s’imbriquaient correctement, mais proche également de la déception, tant l’histoire aurait été simple et convenue. “Bah, c’est ça Tatiana de Rosnay ? Bien écrit, certes, vraiment très belle plume. Mais niveau intrigue, bah, on repassera”, voilà ce que je me disais. Et puis… Je me trompais. Evidemment. Tatiana de Rosnay s’est jouée de moi. Elle m’a prouvé qu’une nouvelle de 70 pages pouvaient renfermer bien plus que ce que je pensais, une intrigue complète.

Et je ne fus pas au bout de mes surprises à la lecture des 9 autres nouvelles. Comme quoi, on peut faire beaucoup en quelques pages… Je ne les ai pas toutes aimées de la même manière, ni avec la même intensité. Lues il y a quelques temps, certaines sont déjà oubliées. Mais d’autres trottent toujours dans ma tête…

Alors non, je ne lirai pas de recueils de nouvelles à la pelle après cela. On ne se refait pas. Mais des nouvelles de Tatiana de Rosnay ? Bah oui. Définitivement.

Ma note : 4/5

Touriste de Julien Blanc-Gras

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Julien Blanc-Gras, Touriste, Au Diable Vauvert / Le Livre de Poche, Paris, 2011/2013.

touristeJ’ai découvert Julien Blanc-Gras à travers un texte publié dans le recueil Putain d’Amour. Cette histoire bien particulière qu’il relate, il nous a avoué lors du lancement du recueil à la librairie la Griffe Noire qu’elle lui était bien arrivée. Là, je me suis dit, waou, ce mec a une vie incroyable… Et je me suis donc précipitée sur Touriste, d’où est tirée la nouvelle parue dans Putain d’Amour. Et bien, si vous vous lancez dans cette lecture, vous ne le regretterez pas !

Ce livre condense de nombreux récits de voyages vécus par l’auteur. Chaque chapitre se consacre à une de ses pérégrinations dans un pays, avec des interludes dans des aéroports, à Paris et autres. On le suit en Angleterre, où il va travailler à la dure dans le nord du pays, en Colombie où il visite des coins plutôt dangereux, en Inde et au Népal, au Maroc où il effectue une belle randonnée dans le désert, en Polynésie, au Brésil, en Chine, où il ne parvient pas à rejoindre le Tibet, au Guatemala où il lui arrive une drôle d’aventure, au Proche-Orient où la situation est bien plus compliquée qu’on ne le pensait, à Madagascar, et enfin au Mozambique où il part à la conquête du paysage. Une belle épopée !

Il serait bien difficile pour moi de résumer cet ouvrage, foisonnant de détails et d’impressions. Alors je vais faire ce que je ne fais pas d’habitude, mais qui sera bien plus respectueux pour le travail de l’auteur : transcrire la quatrième de couverture écrite par Julien Blanc-Gras :

“ Certains veulent faire de leur vie une oeuvre d’art, je compte en faire un long voyage. Je n’ai pas l’intention de me proclamer explorateur. Je ne veux ni conquérir des sommets vertigineux, ni braver les déserts infernaux. Je ne suis pas aussi exigeant. Touriste, ça me suffit. Le touriste traverse la vie, curieux et détendu, avec le soleil en prime. Il prend le temps d’être futile. De s’adonner à des activités non productives mais enrichissantes. Le monde est sa maison. Chaque ville, une victoire.”

La voilà, la grande force de ce roman : l’auteur nous présente de manière simple ses voyages, ses découvertes, ses impressions. Journaliste, il réussit à nous transmettre une atmosphère, et réussit à nous faire voyager avec lui : on est à ses côtés dans l’avion, quand il bivouaque dans le Mozambique, chez ses gens merveilleux au Népal.

Et avec son écriture fluide, il lance de nombreuses piques de drôleries, qui nous font sourire seuls, bêtement dans le métro. Il profite de ses voyages et ne cherche pas à faire plus, à analyser, à disséquer ses rencontres, les situations politiques, économiques et sociales. Et nous aussi, nous sommes touristes avec lui. Nous profitons, juste ! Et on sent le soleil sur notre peau…

Avec tout cela, on rit, on voyage, on se cultive. Julien Blanc-Gras est précis, drôle, il nous passionne pour tout ce qu’il vit et voit. Il attise notre curiosité. Il nous apprend à voir, juste à apprécier les différents moments de la vie, ce qu’on voit. Lui, son truc, c’est le voyage, découvrir tout le temps un nouveau pays. Et tout ceci est merveilleux : il nous apprend à rester simple et à apprécier ce qui nous entoure.

Voilà, grâce à Monsieur Blanc-Gras, j’ai l’impression que ma vie est insipide, et j’ai une envie de voyager qui me bouffe de l’intérieur. Comme il faut savoir prendre son mal en patience, je pense que je vais me procurer ses autres écrits !

Ma note : 4/5

Putain d’Amour

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Collectif, Putain d’Amour, Le Livre de Poche Editions, Paris, 2014.

putain d'amourQuel recueil, mais quel recueil ! J’ai eu la chance de trouver Putain d’Amour dans ma boîte aux lettres, belle surprise, mais qui m’a un peu désappointée dans un premier temps. La peur de textes “gnangnan”, qui auraient parlé d’amour de manière trop conventionnelle, qui rappelle que la Saint-Valentin est proche et qu’on est seul… Mais non, au contraire ! Ce très beau recueil met la pêche, aide parfois à faire évoluer sa vision de la relation de couple, permet de panser quelques plaies, en bref, est une belle cure d’espoir que tout le monde devrait s’offrir, amoureux heureux ou déçus, en couple ou célibataire, amoureux de l’Amour ou laissés pour compte, hétérosexuels ou homosexuels, hommes ou femmes. Tout le monde s’y retrouvera ! Et à si petit prix (6,10 euros), j’ai envie de dire que ce serait vraiment dommage de s’en priver !

Rentrons dans le vif du sujet. Un recueil, donc, sur l’Amour. Mais qu’y trouve-t-on ? Et bien, de tout ! Bon, pas de vidéo, hein, mais des textes, des dessins, des photographies, des tweets, commentés ou non, des jeux de piste, des recttes de cuisine, des scénarios et des paroles de chansons. Ah, je vous l’avais dit qu’il vous fallait ce livre ! Et les contributeurs sont variés : des chanteurs comme Oxmo Puccino, les scénaristes de Bref, des blogueurs, des écrivains, comme Julien Blanc-Gras, des graphistes et illustrateurs. Bref, 30 productions différentes, regroupés ici dans un très joli livre, au graphisme attrayant, et au papier de belle qualité. A chaque nouvelle production, une page en couleur avec le nom de l’auteur du contenu, sa fonction (blogueur, rappeur, etc.) et site Internet. Puis la production elle-même, avec une jolie mise en page, et un liseré de couleur sur le côté, qui rend la tranche de l’ouvrage multicolore… Ce ne sont que des détails, mais qui font de ce recueil à petit prix un très bel objet qu’on aime tenir dans nos mains !

Les productions sont très diverses, il y a de tout et il y en a pour tous les goûts. Certaines d’entre elles m’ont peu touché, mais ça ne veut pas dire grand chose, au vu de la diversité des productions. Mais certaines m’ont profondément marquée… Le texte de Maïa Mazaurette, La joie des slips troués, m’a toute retournée et beaucoup émue, je l’ai trouvé très bien écrit et criant de vérité. Il en va de même pour le texte écrit par « Le Pédé » du blog “C’est la gêne”, avec le texte J’aurais bien aimé être ton mari, qui nous donne la vision des premiers concernés par le mariage homosexuel, qui a eu une profonde résonance avec les impressions que m’ont dépeintes de proches amis. J’ai énormément ri à la lecture du texte L’Amour issu du site “Histoire très personnelle” qui nous dépeint la vision de l’amour de deux personnages historiques de première importance, aux moeurs très libertines : Ninon de Lenclos et François Ier. L’auteur imagine sa rencontre tout à fait anachronique avec ces personnages et leurs conversations sur le sujet de l’amour, le tout de manière très documentée, plus vrai que nature, et de manière très légère et libérée. J’ai aimé lire le scénario de Bref. J’ai un plan cul régulier de Kyan Khjandi et Bruno Muschio, que j’avais déjà vu au Grand Journal, et j’ai adoré le jeu de piste proposé par les blogueurs de le Crew de Haterz.

Vous aurez compris que ce recueil est d’une richesse incroyable, et pour bien faire, il faudrait que je commente chacune des productions proposées ici, ce qui est impossible… et gâcherait l’effet de surprise qui a tant bien fonctionné sur moi ! Bon, j’en ai déjà dévoilé un peu, mais il faut bien vous donner envie de vous lancer dans cette lecture… Et avantage de tels ouvrages : hop, 5 minutes à perdre, ou un coup de blues, ou entre deux lectures prenantes, vous lisez une production ou deux, et ça va de suite mieux ! Alors n’hésitez plus, lancez-vous !

Ma note : 5/5