Archives de Catégorie: Récits de voyages

Le Goût du large de Nicolas Delesalle

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Nicolas Delesalle, Le Goût du large, Editions Préludes, Paris, 2016

le gout du largeQu’il est difficile d’écrire une chronique sur un tel livre ! L’exercice est ardu, comme il l’a été pour le premier roman de cet auteur formidable, Nicolas Delesalle. Dans Un parfum d’herbe coupée, il nous faisait voyager dans ses souvenirs, et ce faisant dans les nôtres. Mais j’en retiens une impression de voyage et de découverte de soi. Ici, il continue sur sa lancée en nous faisant voyager, à nouveau dans ses souvenirs, mais de manière plus classique. Parce qu’avec ce livre, nous découvrons le monde comme il est bon de le voir : vrai, effrayant, beau, plein d’espoir et de désespoir. Humain, en somme.

Nicolas Delesalle embarque sur un cargo pour neuf jours, cargo qui doit relier Anvers à Istanbul. Et en neuf jours, il écrit certains souvenirs qui ressortent des tréfonds de sa mémoire. Comme le cargo qui transporte des conteneurs, il va ouvrir certains de ces propres conteneurs intérieurs et se livrer au lecteur. Chaque journée est l’occasion de nous faire voyager. Parce l’auteur est grand reporter pour Telerama, il en a vu des pays, en a rencontré des personnes. S’il n’est pas journaliste de guerre, comme il nous l’a confié lors de la soirée de lancement de ce livre, il s’est parfois retrouvé dans ces pays où il est plus question de survivre que de vivre, dans ces pays où la misère crève les rues mais semble si banale à ceux qui la voie tous les jours.

L’auteur nous emporte donc en Afghanistan, à Tombouctou, au Niger, à Moscou, à Kobané, en Egypte, depuis le MSC Cordoba. Il nous conte des vies, des rencontres, des situations souvent pittoresques, des drames et un espoir fou, celui qui devrait encore éclater dans nos cœurs et prendre la place de cette résignation qui nous fait détourner le regard de la misère que nous côtoyons. Il nous conte ces anecdotes de journalistes, mais aussi celles de son cargo, l’équipage philippin, l’autre voyageuse, les conteneurs et leur contenu complètement fou – acheminer des citrons depuis Anvers jusqu’à Istanbul en plein de juillet, quelle contradiction ! – son goût pour ce voyage de solitude, sa magnifique rencontre avec le cargo lui-même et la houle qui le berce.

Si au départ, on m’avait dit que ce livre parlerait de Syrie et d’Afghanistan, de guerre et de souffrance, je ne l’aurais pas ouvert. Quelle erreur cela aurait été ! Parce que ce n’est définitivement pas que cela. Et c’est pourquoi le travail de Nicolas Delesalle est essentiel. Parce qu’avec sa plume juste, son humour et sa retenue, il parvient à nous donner envie d’aller voir tout cela par nous –même. Il nous permet de mieux comprendre ceux qui vivent ces situations intolérables quotidiennement. Il nous donne un regard juste sur ces migrants qui risquent tout pour venir en Europe, que certains renverraient bien chez eux, montrant un manque de compassion à des personnes bien plus humaines qu’eux. L’humain, voilà ce que nous conte Nicolas Delesalle. Comme il a pu nous le dire, nous sommes tous humains, et chacun d’entre nous, chaque être humain, ressent peur, détresse, joie, horreur, impatience, envie.

Voilà ce qu’est Le Goût du large : un livre sur l’humain. Un livre important et essentiel. Un livre qui nous donne envie de voyager, et de partir sur un cargo tenter l’aventure. Il est important de le découvrir le plus vite possible. Vous en sortirez grandi.

Ma note : 5/5

Touriste de Julien Blanc-Gras

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Julien Blanc-Gras, Touriste, Au Diable Vauvert / Le Livre de Poche, Paris, 2011/2013.

touristeJ’ai découvert Julien Blanc-Gras à travers un texte publié dans le recueil Putain d’Amour. Cette histoire bien particulière qu’il relate, il nous a avoué lors du lancement du recueil à la librairie la Griffe Noire qu’elle lui était bien arrivée. Là, je me suis dit, waou, ce mec a une vie incroyable… Et je me suis donc précipitée sur Touriste, d’où est tirée la nouvelle parue dans Putain d’Amour. Et bien, si vous vous lancez dans cette lecture, vous ne le regretterez pas !

Ce livre condense de nombreux récits de voyages vécus par l’auteur. Chaque chapitre se consacre à une de ses pérégrinations dans un pays, avec des interludes dans des aéroports, à Paris et autres. On le suit en Angleterre, où il va travailler à la dure dans le nord du pays, en Colombie où il visite des coins plutôt dangereux, en Inde et au Népal, au Maroc où il effectue une belle randonnée dans le désert, en Polynésie, au Brésil, en Chine, où il ne parvient pas à rejoindre le Tibet, au Guatemala où il lui arrive une drôle d’aventure, au Proche-Orient où la situation est bien plus compliquée qu’on ne le pensait, à Madagascar, et enfin au Mozambique où il part à la conquête du paysage. Une belle épopée !

Il serait bien difficile pour moi de résumer cet ouvrage, foisonnant de détails et d’impressions. Alors je vais faire ce que je ne fais pas d’habitude, mais qui sera bien plus respectueux pour le travail de l’auteur : transcrire la quatrième de couverture écrite par Julien Blanc-Gras :

“ Certains veulent faire de leur vie une oeuvre d’art, je compte en faire un long voyage. Je n’ai pas l’intention de me proclamer explorateur. Je ne veux ni conquérir des sommets vertigineux, ni braver les déserts infernaux. Je ne suis pas aussi exigeant. Touriste, ça me suffit. Le touriste traverse la vie, curieux et détendu, avec le soleil en prime. Il prend le temps d’être futile. De s’adonner à des activités non productives mais enrichissantes. Le monde est sa maison. Chaque ville, une victoire.”

La voilà, la grande force de ce roman : l’auteur nous présente de manière simple ses voyages, ses découvertes, ses impressions. Journaliste, il réussit à nous transmettre une atmosphère, et réussit à nous faire voyager avec lui : on est à ses côtés dans l’avion, quand il bivouaque dans le Mozambique, chez ses gens merveilleux au Népal.

Et avec son écriture fluide, il lance de nombreuses piques de drôleries, qui nous font sourire seuls, bêtement dans le métro. Il profite de ses voyages et ne cherche pas à faire plus, à analyser, à disséquer ses rencontres, les situations politiques, économiques et sociales. Et nous aussi, nous sommes touristes avec lui. Nous profitons, juste ! Et on sent le soleil sur notre peau…

Avec tout cela, on rit, on voyage, on se cultive. Julien Blanc-Gras est précis, drôle, il nous passionne pour tout ce qu’il vit et voit. Il attise notre curiosité. Il nous apprend à voir, juste à apprécier les différents moments de la vie, ce qu’on voit. Lui, son truc, c’est le voyage, découvrir tout le temps un nouveau pays. Et tout ceci est merveilleux : il nous apprend à rester simple et à apprécier ce qui nous entoure.

Voilà, grâce à Monsieur Blanc-Gras, j’ai l’impression que ma vie est insipide, et j’ai une envie de voyager qui me bouffe de l’intérieur. Comme il faut savoir prendre son mal en patience, je pense que je vais me procurer ses autres écrits !

Ma note : 4/5