Alfie Bloom et la sorcière de l’île du Démon de Gabrielle Kent

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Gabrielle Kent, Alfie Bloom et la sorcière de l’île du Démon, Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2017

POUR EVITER TOUS SPOILER ? JE VOUS INVITE À VOUS RÉFÉRER À MES CHRONIQUES DES TOMES 1 ET 2 !

Alfie_Bloom_-_tome_3_hdAlfie Bloom est, depuis deux ans, un rendez-vous incontournable de ma fin d’année. Plein de magie, les romans de Gabrielle Kent sont parfaits pour cette période de l’année. C’est donc pleine d’enthousiasme que je me suis lancée dans la lecture de ce troisième tome, et encore une fois, la magie a opéré !

Alfie a depuis quelques mois maintenant cette magie enfouie en lui qui veut prendre le contrôle, de plus en plus fort, au point que le druide Orin Hopcraft qui avait caché ces pouvoirs en ce jeune garçon décide de débuter son apprentissage de la magie. Mais Orin ne vit pas dans le même siècle qu’Alfie… Voici donc le jeune sorcier, accompagné d’Amy, sa meilleure amie, de Robin et Maddie, ses cousins, et enfin d’Ashford, la maître d’hôtel qui les supervise, en route vers le passé ! Commencent cours de magie pour Alfie, cours de botanique, herboristerie, runes et autres joyeusetés pour les autres. Mais rapidement, quelque chose cloche dans le village d’à côté, Amy a de drôles de rêves qui semblent plus vrais que nature. Elle y voit une créature des ténèbres qui prend la force vitale d’humains, les laissant à peine vivants. Quand Orin et Ashford sont touchés et qu’ils comprennent que cette créature en a après les pouvoirs d’Alfie, les quatre amis, accompagnés de Bryn, un ami très spécial d’Orin, partent en quête d’aide en la personne d’une sorcière réfugiée sur une île à plusieurs jours de marche du château d’Hexbridge… Une quête pleine de dangers et d’aventures !

Nous retrouvons avec bonheur nos héros pour une nouvelle aventure en plein cœur du passé. Et quelle bonne idée que celle-là ! Ils y découvrent une période inconnue et font face à de nouveaux défis, comme la suspicion envers les étrangers des personnes locales. Mais ce nouveau cadre permet surtout d’amener une nouvelle aventure pleine de rebondissements et de découvertes, obligeant chaque ami à découvrir ses dons et à s’en servir, et pas seulement Alfie. Ce tome, pour Alfie, au-delà d’accepter et de contrôler ses pouvoirs, c’est aussi d’accepter qu’il ne peut maîtriser tous les enseignements d’Orin à lui seul, qu’il faut qu’il compte sur ses amis. Il doit accepter leur implication et comprendre qu’il ne peut tout gérer seul. C’est finalement une étape assez importante dans l’accomplissement du jeune adolescent.

L’auteur parvient à nous livrer un univers cohérent avec les tomes précédents et continue d’approfondir les personnages. Si le personnage d’Orin reste toujours énigmatique, on en apprend beaucoup sur Bryn, personnage aperçu dans le tome 1 lorsqu’Alfie et Robin avaient malencontreusement effectué un rapide saut dans le temps. Et de fait, on en apprend plus sur un personnage du présent, mais je n’en dirai pas plus, c’est la chouette révélation de ce tome ! Mais au-delà de Bryn, on en apprend plus sur le personnage qui se cache derrière ce spectre maléfique qui vient les hanter. Il est loin d’être anodin puisqu’il est la cause qui a poussé Orin à cacher les pouvoirs en Alfie, qui s’en serait bien passé.

Ce tome marque donc un tournant. Alfie apprend à accepter ses pouvoirs, comprend qu’il peut les contrôler et qu’il doit y faire attention parce que même la meilleure volonté du monde peut amener à des résultats catastrophiques. Il apprend qu’il ne peut pas tout maîtriser et qu’il doit s’appuyer sur ses amis. On en apprend un peu plus sur les origines de cette magie, sur ceux qui la convoitent depuis toujours. Et surtout, on découvre un Hexbridge ancien, toujours autant enchanteur, ainsi que de nouveaux personnages tout à fait fascinants. Le tout grâce à la très belle plume de l’auteur, parfaite pour le lectorat visé.

Encore une fois, Gabrielle Kent nous enchante avec les aventures de son jeune héros. Je suis triste d’apprendre qu’il s’agit du dernier tome, surtout qu’il y avait encore beaucoup de choses à approfondir. J’avoue que je reste sur ma faim, et j’espère que l’auteur changera un jour d’avis et reprendra les aventures d’Alfie !

Ma note : 5/5

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La maison des Turner d’Angela Flournoy

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Angela Flournoy, La maison des Turner, Les Escales, Paris, 2017

La-maison-des-TurnerLa maison des Turner, c’est l’histoire de la famille Turner et des treize enfants qui la compose. Cette famille a grandi à Détroit, dans une maison de Yarrow Street. Cette maison retrace leur histoire : l’installation de la famille, la naissance des enfants et petits-enfants, le décès du père, les événements plus ou moins incroyables qui ont pu s’y dérouler, mais aussi la dégradation du quartier. Aujourd’hui, alors que la mère de cette fratrie ne peut plus vivre seule, qu‘un emprunt ne rend pas les finances familiales florissantes et que la maison ne vaut plus grand chose, la décision quant à cette demeure devient difficile. La crise des subprimes les prend à la gorge, et de Chacha, le frère aîné et nouveau patriarche de la famille, à la dernière, Lelah, ce sont toutes les complexités des relations d’une famille nombreuse qui nous sont présentées.

Ce roman a une certaine force liée à une écriture maîtrisée, accessible et sobre. L’auteur nous dépeint au travers d’une galerie de portraits de personnages aussi attachants que différents une société en pleine mutation, une ville et certains quartiers en pleine transformation, une précarité inhérente à une ville industrialisée qui subit de plein fouet une crise qui la laisse démunie. La famille Turner en subit également les conséquences.

Mais l’auteur nous présente aussi des thèmes universels comme la famille, l’amour, le temps passé, présent et à venir. Les personnages sont chacun très différents, et ont des vies bien éloignées les uns des autres. Heureusement que l’auteur nous propose en début de roman un arbre généalogique, au risque de s’y perdre. Par contre, il reste dommage que, proposant un tel nombre de personnages, elle ne se soit cantonnée à ne suivre que trois d’entre eux.

Ce qui est également intéressant, c’est que l’auteur nous dépeint la ville de Détroit et son évolution au fil du temps, la ségrégation – et cette famille noire peut en témoigner – les crises à répétition qui voient une désurbanisation de la ville et une pauvreté de plus en plus marquée, liée à la création de ghettos plein d’insécurité. Si c’est bien l’histoire d’une famille à laquelle s’attache ce roman, c’est aussi celle de la ville, et c’est ce qui rend ce roman intéressant.

Malheureusement, je ne suis pas parvenue à entrer dans ce roman. L’écriture a beau être agréable, les personnages plutôt intéressants, j’ai eu du mal à m’intéresser au destin de cette maison et de cette famille. Pourquoi ? C’est difficile à dire. Peut-être quelques longueurs, de longs chapitres qui viennent présenter un moment d’un personnage mais dont j’ai eu du mal à voir l’intérêt. Ou peut-être que ce n’était pas le bon moment pour moi de lire ce roman. Mais sans conteste, je vois la beauté de ce roman, sa force dramatique, sans avoir réussi à y avoir été sensible.

Un roman très beau, donc, bien écrit, sur une famille complexe, une maison pleine de souvenirs et une ville en pleine mutation, qui ne m’a malheureusement pas émue. Dommage.

Ma note : 3/5

La guerre à la politesse est un combat sans merci de Gaspard de Lalune

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Gaspard de Lalune, La guerre à la politesse est un combat sans merci, Les éditions Textuel, Paris, 2017

la guerre à la politesse est un combat sans merci

Quel beau livre que celui-ci ! Quand un ouvrage allie esthétisme, graphisme, humour, rétro, moi je dis oui !

Ce livre détourne habilement publicités et gravures anciennes pour nous offrir des jeux de mots sur le sujet de la politesse. Enfin, la politesse… Si on peut dire ! Chaque page est une réjouissance, tant au niveau du travail sur les mots que sur le graphisme mêlant pop culture et belle époque. Et quel bonheur !

L’auteur nous offre un bel objet bourré d’humour. Il va au bout du bout de son idée en inventant une biographie de A à Z, nous faisant croire qu’il est né au XIXe siècle – chose évidemment impossible quand on voit les références dans ses planches. Derrière cet être allumé se cache Vincent Falgueyret qui manie la langue et les jeux de mots avec un grand brio.

Les jeux de mots sont fins et étudiés. Certaines planches sont rapidement lues quand d’autres nous offrent tout un panel d’objets présentés « à la vente » avec des légendes absurdes. Cet ouvrage se lit et se relit avec jubilation, parfois à voix haute, pour en comprendre le sens et les calembours que l’artiste a inventés pour notre plus grand bonheur. Rire en public à la lecture de cet ouvrage est un risque inévitable.

A cela s’ajoutent des planches magnifiques imprimées sur un papier épais de qualité qui fait toute la splendeur de ce beau livre. Tout pourrait laisser penser qu’il s’agit d’un ouvrage d’époque ! Si ce n’était l’impertinence de ce Monsieur de Lalune.

C’est un vrai coup de cœur, un beau cadeau pour tous les amoureux de graphisme, de calembours et d’humour !

Ma note : 5/5

Mon amie Adèle de Sarah Pinborough

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Sarah Pinborough, Mon amie Adèle, Editions Préludes, Paris, 2017

mon amie adèleLes éditions Préludes nous avaient annoncé que ce roman était une claque. D’ailleurs, ils nous ont intrigué pendant des semaines avec le hashtag #findeDINGUE. Et bien, ils avaient raison ! Ce roman est intrigant, il défie les genres, nous embarque dans une histoire pas comme les autres. Et même après avoir été prévenue, j’ai été étonnée par la fin !

Louise est mère célibataire et travaille à temps partiel comme secrétaire dans un cabinet de psychologues. Elle aime son travail, mais c’est son fils qui compte plus que tout. Sauf qu’elle a bien du mal à s’accomplir. Depuis que son mari l’a quittée pour une autre – et qu’il a enchaîné les conquêtes depuis – elle ne parvient plus à faire confiance aux hommes et n’a que très peu d’amis. Un soir, elle rencontre un homme dans un bar, David, mais s’aperçoit ensuite qu’il s’agit de son nouveau patron marié. Marié à une femme magnifique, Adèle, cette dernière semble parfaite en tout point. Sauf qu’elle cherche rapidement à devenir amie avec Louise… qui se retrouve coincée entre David et Adèle, commençant à tomber amoureuse du premier et amie avec la seconde qui, rapidement, semble inquiète, démunie face à son mari, ce que Louise a bien du mal à comprendre. Que cache ce couple qui semble parfait en société mais qui a l’air de cacher nombre de secrets inavouables ? A qui se fier ? Louise se retrouve prise au piège au sein de ce couple pas comme les autres…

Le lecture de ce roman nous fait passer par tous les sentiments, de l’empathie envers Adèle, puis David, et à nouveau Adèle, à en être perdu… Mais surtout envers Louise. On passe par la colère, la compréhension, l’incrédulité, le choc. Mais c’est un sentiment de peur insidieux qui nous prend aux tripes et un malaise qui nous poursuit même après avoir refermé le livre. C’est fort et dérangeant, les personnages restent longtemps après avoir fini le livre. On y pense encore des jours après, j’ai même dû attendre quelque semaines avant de m’atteler à l’écriture de cette chronique tellement j’étais encore choquée et troublée.

Les personnages sont travaillés, voire plus que cela, ils sont fouillés, forts, complexes et se révèlent au fil du roman. Ce sont les émotions que nous ressentons à la lecture qui nous guident, nous poussent à nous interroger sur ce que vit Louise, sur ce jeu de manipulation, et nous laissent perplexes… Nous sommes moins dans une collecte d’indices que dans une collecte d’impressions, de malaises qui finissent par faire sens à la toute fin. Et qui nous donneraient presque envie de relire le roman avec cette révélation en tête afin de déceler tout ce que à côté de quoi nous sommes passés.

Avant d’en venir à la fin, revenons sur les personnages et l’intrigue, menée de main de maître. Les personnages sont plus qu’intrigants, ils sont dérangeants, construits avec une telle maîtrise qu’on en reste bluffés. C’est la grande force de ce roman, nous interroger à chaque instant sur Adèle et David, leur couple, leur passé, ce qui les unis. On est autant perdu que Louise, à ne plus savoir à qui faire confiance. Des passages nous ramènent dans le passé d’Adèle, au lendemain de la disparition de ses parents dans un incendie auquel elle n’a réchappé que de justesse grâce au sauvetage in extremis de David, alors que traumatisée elle se retrouve dans un hôpital psychiatrique. Elle y rencontre un jeune homme aussi blessé qu’elle, se lie d’amitié avec lui. Elle nous semble bien différente de ce qu’elle est devenue et nous pousse à nous interroger sur un nombre important d’événements qu’elle a pu vivre, ainsi que sur David. On en devient un peu dingue, à ne plus savoir à qui se fier et que croire.

La fin de ce roman est juste hallucinante, complètement flippante, inimaginable, à avoir envie de recommencer cette lecture, comme je le disais. Il faudrait avoir l’esprit vraiment tordu pour envisager cette fin, même pour un fan de thrillers. Mais il faut bien que je le dise – et sans trop en dévoiler – : on est certes dans un thriller psychologique, un jeu de manipulation, des rapports presque schizophrènes entre les personnages qui nous font perdre nos repères, mais la toute fin nous entraînerait presque jusqu’à un autre genre, mais je n’en dirai pas plus !

Ce roman, c’est une claque, une écriture maîtrisée, une intrigue bien ficelée et obsédante, des personnages qui nous prennent aux tripes et une fin de dingue. Un roman addictif que je vous conseille, un peu flippant, une fin un peu traumatisante mais tellement inattendue qu’on ne peut que saluer l’imagination et la maîtrise de l’auteur. Chapeau bas.

Ma note : 5/5

Mémoires d’une jeune guenon dérangée, le journal intime de Cléopâtre Wellington de Maureen Wingrove

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Maureen Wingrove, Mémoires d’une jeune guenon dérangée, Le journal intime de Cléopâtre Wellington, Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2017

MEMOIRES_D_UNE_JEUNE_GUENON_DERANGEE_hdConnaissez-vous Diglee ? Si c’est le cas, sachez que c’est le pseudonyme de l’auteur de l’excellent roman que je vous présente aujourd’hui, et rien que cela devrait vous donner envie de foncer. Et vous auriez raison. Si ce n’est pas le cas, sachez que c’est une illustratrice qui s’est fait connaître notamment par son blog diglee.com mais aussi par ses bandes dessinées humoristiques. Et que vous devez lire ce roman. A bon entendeur.

Cléopâtre est adolescente, avec tout ce qui va avec : des parents divorcés, une mère qui lui court sur le haricot, une petite sœur mignonne mais un peu spéciale, un père un peu timbré, un beau-père décalé, des potesses qu’elle adore et des crush sur des garçons qui se moquent d’elle en permanence. Elle-même n’est pas la plus classique des ados : elle a une pilosité débordante et un goût prononcé pour tout ce qui est kitsh et sort de l’ordinaire. Et ses occupations sont pour le moins originales : tourner un film d’horreur amateur, espionner sa voisine en mission commando et jeter des sorts et autres joyeusetés pour se porter chance ou se venger de Clément qui l’humilie en permanence. Dire que la rentrée la stresse est un euphémisme. Avec sa BFF Chloé, elles voudraient que tout change. Et quand deux nouveaux se pointent dans la classe, il se peut que leurs vœux s’exaucent.

Ce roman pour ado est un petit bonheur de chaque instant, bourré d’humour et de bonne humeur. Se plonger dans le roman de Mauree Wingrove, c’est retrouver ses quatorze ans, les sensations associées, se remémorer bons et moins bons moments (mais surtout les bons), c’est plonger dans une chouette nostalgie. Parce que toute la beauté de se roman, c’est bien la justesse des propos, des sensations de Cléo et de ses amies, c’est ce sentiment d’injustice constant dont on arrive à rire aujourd’hui, vu d’un peu plus loin. Mais tous les ados adoreront ce roman, qui n’est que le premier tome d’une série que j’espère longue !

La famille de Cléo est fantasque en tout point, mais pour autant assez réaliste. Ou est-ce la manière dont elle est présentée par Cléo et grâce à l’écriture pleine de drôlerie de l’auteur ? Un peu de chaque certainement. Mais ce qui est certain, c’est qu’on a définitivement envie de faire partie de cette famille recomposée, avec cette mère un brin autoritaire, mais qui n’est pas du tout appuyée par le père dont elle est divorcée et qui est d’un laxisme effrayant, avec ce beau-père au sens de l’humour embarrassant mais qui fait rire le lecteur – à défaut de Cléopâtre -, et enfin avec cette petite sœur mignonne à souhait, passionnée de phoques, un peu givrée, complice de Cléo. Une famille qui donne envie et qui est parfaite pour rendre le journal intime de Cléopâtre très intéressant !

Quant aux amies de Cléo… Elles sont toutes différentes, avec leurs particularités spécifiques bien appuyées : l’une est obnubilée par le physique, une autre est d’une grande timidité, une autre encore est un vrai garçons manqué. Le groupe de cinq filles, les potesses de Cléo, nous offre un concentré d’adolescence dans ce qu’elle a de plus compliqué et d’éclectique, mais surtout permet la mise en scène de situations très drôles.

En clair, ce roman nous fait revivre les meilleurs moments de notre adolescence, le tout arrosé de références culturelles actuelles – il est presque certain que j’aurais aussi adoré Lady Gaga – et connecté aux réseaux sociaux. Parce que moi aussi, je serai allée chercher mon crush du moment sur facebook et instagram, j’aurais attendu une demande d’ami, un like ou un texto.

Ce roman nous fait penser aux romans de Louise Rennison, Le journal intime de Georgia Nicholson, qui ont bercé l’adolescence de plus d’un, nous avaient enchanté et fait rire. L’auteur d’ailleurs ne s’en cache pas dans ses remerciements, et lui rend un bel hommage par l’écriture de ces Mémoires d’une jeune guenon déjantée.

Ce roman devrait plaire à tous les adocescents et rendre nostalgiques tous les adultes. Diglee a un côté déjanté qui transparaît dans chaque page, dans les expressions de Cléo qui nous prend à partie – n’oublions pas qu’il s’agit d’un journal intime – et nous emmène avec jubilation et humour à sa suite, durant cette rentrée scolaire et jusqu’à Halloween.

Ce roman est fichtrement bien fait, vraiment drôle et devrait enchanter jeunes et moins jeunes. Vite, la suite !

Ma note : 5/5

Motel Lorraine de Brigitte Pilote

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Brigitte Pilote, Motel Lorraine, Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2017

Motel-LorraineMotel Lorraine n’est pas un roman comme les autres, tant par le choix de la narration que les thèmes qui y sont abordés. Sans parler des personnages ! Un roman qui ne laisse pas indifférent !

Nous sommes en 1977 à Memphis. Sonia vient d’y débarquer avec ses deux filles. Elle change souvent de ville, de manière aléatoire en pointant le doigt sur une carte. Elle parle de « destin », ce qui se comprend quand on sait qu’elle est diseuse de bonne aventure. La voilà donc, fuyant Montréal. Arrivée à Memphis, se loger devient problématique : la seule chambre qu’elle trouve à louer est située au Motel Lorraine, chambre 306, celle-là même où Martin Luther King fut assassiné en 1968. Sonia et ses deux filles, Lou, rebelle dans l’âme et Georgia, à la jolie voix, sont les premières occupantes de cette chambre depuis le drame qui continue de marquer la ville qui peine à se relever de cette tragédie. Dans ce contexte compliqué, toutes trois cherchent leur place dans ce monde devenu fou, en essayant de laisser le passé derrière alors qu’il continue à influer sur leurs décisions.

Dans ce roman, il n’est pas question d’action, de folle histoire autour de ces trois personnages, mais avant tout de saisir une ville à un instant T et les personnes qui la peuplent. Parce que ce roman, c’est avant tout un entrecroisement de nombreux personnages, tous un peu cabossés par la vie qui évoluent dans cette ville qui est devenue un symbole peu reluisant.

Les personnages sont fascinants, que ce soit Sonia et sa fille Georgia, qui ferait tout pour plaire à sa mère et surtout à sa sœur, Lou, qui se rebelle contre cette vie imposée par sa mère, mais aussi Lonzie au passé troublé par la mort de Luther King, photographe talentueux qui va entrer dans la vie de Lou, Aaron Eagle, son patron qui a eu confiance en lui et qui cherche à tout prix à l’aider, Jacqueline, femme de ménage au motel Lorraine ou encore Grace, chef de chorale à l’église qui mène son monde à la baguette. Tous ont leurs fêlures, et cela peu importe leur couleur de peau – l’auteur sème d’ailleurs le doute à ce sujet puisqu’elle ne le précise directement à aucun moment et c’est à nous de récolter les indices nous permettant de savoir ce qu’il en est. Leur passé vient tous les hanter et il leur est bien difficile de regarder l’avenir avec optimisme. Si ce n’est Georgia, la lumineuse Georgia, qui mange trop pour faire plaisir à sa mère qui a trop souffert par le passé de manque de nourriture, et qui espère devenir une grande chanteuse et avoir son nom au dessus des portes de l’église.

La force de ce roman, ce qui le rend si différent des autres mais peut être un peu perturbant, c’est bien la narration choisie par l’auteur. Chaque court chapitre suit un personnage en particulier, ce qui est précisé. Parfois le chapitre est écrit à la première personne, pour Lou ou Jacqueline par exemple, parfois à la troisième, pour Grace notamment. On fait également des sauts dans le temps, ce qui nous permet d’en apprendre un peu plus sur ces personnages, sans que ce que nous apprenons n’influe directement sur le cours de l’histoire. Les personnages n’en sont que plus profonds. On ne sait où l’auteur va nous mener, et c’est intriguant. Cela pourrait décourager, mais l’attachement qu’on porte aux personnages nous donne envie de savoir jusqu’où ils vont aller. La trame narrative tend vers le festival du coton et la chorale de la Pentecôte, on s’en doute assez rapidement. Mais en quoi ces deux événements vont influer sur la vie des deux jeunes filles que l’on suit principalement, voilà la grande inconnue.

L’auteur ne nous laisse pas sur notre faim, puisque des bonds temporels en 1982, puis en 2000, nous permettent d’avoir un rapide point de vue sur les personnages. Mais comme l’auteur réussit à nous surprendre à chaque instant, ce n’est pas par la voix des personnages auxquels on aurait pensé qu’elle nous dévoile leurs destins. Et c’est bien vu.

Ce roman est assez incroyable car il nous permet de nous projeter dans les années 70, dans cette ville de Memphis mythique, dans le tourbillon de Martin Luther King qui est peut-être l’un des personnages les plus importants de cette histoire, avec ce Motel Lorraine qui vit des lendemains difficiles après la mort en son sein de ce héros des temps modernes.

Chaque personnage est attachant et marquant, ce court roman est rythmé et bien écrit, la narration n’est pas conventionnelle et lui donne de la richesse. Un roman qui ne peut laisser insensible. Une jolie découverte.

Ma note : 4/5

Le silence des sirènes de Sarah Ockler

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Sarah Ockler, Le silence des sirènes, Nathan, Paris, 2017

le silence des sirènesVoici un roman pour jeunes adultes rafraîchissant, avec lequel on passe un bon moment et qui aborde des sujets divers, certains conventionnels, et d’autres un peu plus profonds, ainsi que des thèmes un peu différents de ce genre de romans. Une jolie découverte !

Elyse a une voix exceptionnelle. Sur Tobago, une île dans les Caraïbes où elle a grandi, elle est promise à une belle carrière de chanteuse avec sa sœur jumelle. Mais un accident en mer change la donne : elle perd la voix. Incapable de rester sur l’île et près de sa sœur, elle se réfugie chez sa tante à Atargatis Cove. Elle vit isolée, passe son temps à écrire des poèmes, notamment sur un bateau échoué sur la plage. C’est son refuge, son antre, là où elle peut exprimer ses regrets, sa colère et ses tourments. Mais un soir, elle a de la visite et elle comprend que le bateau n’est pas si abandonné que cela. Christian, bad boy du coin et fils du propriétaire du bateau, se voit contraint de participer à une course navale qui l’oblige à remettre le bateau en état. Elyse sent le danger… Mais si il s’agissait plutôt d’une forme de rédemption et de nouveau départ ?

L’histoire est touchante car elle nous entraîne à la suite d’une jeune femme qui porte un handicap avec lequel elle ne sait comment vivre. Elle ne peut l’assumer, puisque sa voix était son identité, sa carrière et sa vie. Elle doit réinventer complètement sa vie tout en combattant la colère qui la consume, la douleur et la peur. En cela, le personnage d’Elyse est la grande force de ce roman auquel de nombreux jeunes lecteurs devraient facilement s’identifier.

Si l’histoire n’était que la reconstruction d’Elyse, ce serait trop simple. L’auteur instille d’autres péripéties à son roman, déclencheurs d’un rétablissement chez ce personnage. Parce que la ville d’Atargatis Cove est en danger. En effet, un promoteur immobilier veut racheter des villas non pas pour les louer à nouveau ou les améliorer mais pour les détruire et créer une ville balnéaire qui rapportera gros aux investisseurs. Evidemment, la tante et la cousine d’Elyse subiront de plein fouet ce changement. Et Christian est pris en pleine tourmente : lors d’un pari auquel il ne peut résister, son père est prêt à céder leur maison si son fils ne remporte pas une régate. Or, cette maison de vacances est importante pour le petit frère de Christian, passionné de sirènes qui font partie du folklore local, et au cœur d’une famille en train de se déliter. Christian se plonge corps et âme dans cette régate qui commence par la restauration du bateau « squatté » par Elyse. Or, comme on pouvait s’y attendre, cette dernière ne reste pas insensible au charme de Christian, et inversement. Le fait qu’elle vienne d’une île et connaisse la navigation est un atout, mais son traumatisme dont elle parle très peu est au contraire un sacré désavantage.

Tout ceci donne plus de profondeur à l’histoire et nous fait découvrir de nombreux éléments sur les sirènes, les îles Trinitad-et-Tobago, le folklore local de ces îles. Mais aussi rend compte de thèmes universels comme l’acceptation de soi et des autres, le pardon, l’ouverture aux autres, la bienveillance et la confiance, le tout soutenu par une jolie plume. Les personnages sont intéressants, parfois un peu matures pour leur âge. Les personnages secondaires, un peu plus légers, dont la cousine d’Elyse, donne un souffle de légèreté sur cette histoire destinée à de jeunes adultes. Si l’histoire d’amour est prévisible, elle est aussi jolie et bien menée.

En somme, un roman frais, bien écrit, aux thèmes universels, à l’héroïne forte, riche de folklores peu connus. Un roman qui vise parfaitement sa cible de lecteurs. A découvrir.

Ma note : 4/5