Archives de Catégorie: Thriller

Mon amie Adèle de Sarah Pinborough

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Sarah Pinborough, Mon amie Adèle, Editions Préludes, Paris, 2017

mon amie adèleLes éditions Préludes nous avaient annoncé que ce roman était une claque. D’ailleurs, ils nous ont intrigué pendant des semaines avec le hashtag #findeDINGUE. Et bien, ils avaient raison ! Ce roman est intrigant, il défie les genres, nous embarque dans une histoire pas comme les autres. Et même après avoir été prévenue, j’ai été étonnée par la fin !

Louise est mère célibataire et travaille à temps partiel comme secrétaire dans un cabinet de psychologues. Elle aime son travail, mais c’est son fils qui compte plus que tout. Sauf qu’elle a bien du mal à s’accomplir. Depuis que son mari l’a quittée pour une autre – et qu’il a enchaîné les conquêtes depuis – elle ne parvient plus à faire confiance aux hommes et n’a que très peu d’amis. Un soir, elle rencontre un homme dans un bar, David, mais s’aperçoit ensuite qu’il s’agit de son nouveau patron marié. Marié à une femme magnifique, Adèle, cette dernière semble parfaite en tout point. Sauf qu’elle cherche rapidement à devenir amie avec Louise… qui se retrouve coincée entre David et Adèle, commençant à tomber amoureuse du premier et amie avec la seconde qui, rapidement, semble inquiète, démunie face à son mari, ce que Louise a bien du mal à comprendre. Que cache ce couple qui semble parfait en société mais qui a l’air de cacher nombre de secrets inavouables ? A qui se fier ? Louise se retrouve prise au piège au sein de ce couple pas comme les autres…

Le lecture de ce roman nous fait passer par tous les sentiments, de l’empathie envers Adèle, puis David, et à nouveau Adèle, à en être perdu… Mais surtout envers Louise. On passe par la colère, la compréhension, l’incrédulité, le choc. Mais c’est un sentiment de peur insidieux qui nous prend aux tripes et un malaise qui nous poursuit même après avoir refermé le livre. C’est fort et dérangeant, les personnages restent longtemps après avoir fini le livre. On y pense encore des jours après, j’ai même dû attendre quelque semaines avant de m’atteler à l’écriture de cette chronique tellement j’étais encore choquée et troublée.

Les personnages sont travaillés, voire plus que cela, ils sont fouillés, forts, complexes et se révèlent au fil du roman. Ce sont les émotions que nous ressentons à la lecture qui nous guident, nous poussent à nous interroger sur ce que vit Louise, sur ce jeu de manipulation, et nous laissent perplexes… Nous sommes moins dans une collecte d’indices que dans une collecte d’impressions, de malaises qui finissent par faire sens à la toute fin. Et qui nous donneraient presque envie de relire le roman avec cette révélation en tête afin de déceler tout ce que à côté de quoi nous sommes passés.

Avant d’en venir à la fin, revenons sur les personnages et l’intrigue, menée de main de maître. Les personnages sont plus qu’intrigants, ils sont dérangeants, construits avec une telle maîtrise qu’on en reste bluffés. C’est la grande force de ce roman, nous interroger à chaque instant sur Adèle et David, leur couple, leur passé, ce qui les unis. On est autant perdu que Louise, à ne plus savoir à qui faire confiance. Des passages nous ramènent dans le passé d’Adèle, au lendemain de la disparition de ses parents dans un incendie auquel elle n’a réchappé que de justesse grâce au sauvetage in extremis de David, alors que traumatisée elle se retrouve dans un hôpital psychiatrique. Elle y rencontre un jeune homme aussi blessé qu’elle, se lie d’amitié avec lui. Elle nous semble bien différente de ce qu’elle est devenue et nous pousse à nous interroger sur un nombre important d’événements qu’elle a pu vivre, ainsi que sur David. On en devient un peu dingue, à ne plus savoir à qui se fier et que croire.

La fin de ce roman est juste hallucinante, complètement flippante, inimaginable, à avoir envie de recommencer cette lecture, comme je le disais. Il faudrait avoir l’esprit vraiment tordu pour envisager cette fin, même pour un fan de thrillers. Mais il faut bien que je le dise – et sans trop en dévoiler – : on est certes dans un thriller psychologique, un jeu de manipulation, des rapports presque schizophrènes entre les personnages qui nous font perdre nos repères, mais la toute fin nous entraînerait presque jusqu’à un autre genre, mais je n’en dirai pas plus !

Ce roman, c’est une claque, une écriture maîtrisée, une intrigue bien ficelée et obsédante, des personnages qui nous prennent aux tripes et une fin de dingue. Un roman addictif que je vous conseille, un peu flippant, une fin un peu traumatisante mais tellement inattendue qu’on ne peut que saluer l’imagination et la maîtrise de l’auteur. Chapeau bas.

Ma note : 5/5

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Guérilla Social Club de Marc Fernandez

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Marc Fernandez, Guérilla Social Club, Editions Préludes, Paris, 2017

Marc Fernandez signe ici son second roman et c’est à nouveau une sacrée claque que nous nous prenons dans la figure ! Il confirme tout son talent du polar, dans un style journalistique vif, direct et rythmé, à la construction étudiée et réussie. Après Mala Vida, nous retrouvons les mêmes personnages avec joie. Une belle réussite !

Après l’affaire des bébés volés sous Franco, Diego Martin continue son travail journalistique autour de grands faits criminels dans son émission sur une radio madrilène. Mais lorsqu’il se retrouve dans son bar favori avec ses amis Ana Duran, détective, amie de longue date réfugiée d’Argentine au temps des dictatures militaires, et David Ponce, ancien procureur, ils se rendent compte que le propriétaire du bar, un ami cher à leur cœur, lui aussi réfugié du Chili pour les mêmes raisons qu’Ana, est soucieux. Il ne veut pas leur dire pourquoi. Mais des disparitions inquiétantes d’anciens guérilleros, qui ont combattu les dictatures militaires dans toute l’Amérique du Sud, viennent semer le trouble dans l’esprit des trois amis. Quand Carlos leur apprend qu’il connaissait les disparus pour avoir combattu avec eux et leur parle des menaces de mort qu’il a reçu, il est à nouveau temps d’enquêter. Mais par où commencer ? Et quand cette affaire commence à se porter à l’international avec une autre disparition inquiétante à Buenos Aires, où vit désormais Isabel Ferrer, l’avocate qui a mis au jour l’affaire des bébés volés espagnols, les choses se corsent. Qui se venge aujourd’hui, bien des années plus tard et bien après la chute des dictateurs et le retour de la démocratie dans ces pays, de ces combattants pour la liberté ? Pourquoi ? Et pourquoi leur faire subir les mêmes tortures jusqu’à la mort que trente ans plus tôt ? Le travail est propre, c’est celui de professionnels. Les disparitions ne laissent aucun indice, les polices patinent. Diego, Isabel, Ana et David vont-ils réussir à démêler toute cette affaire ?

Quelle histoire ! Quel conteur ! On se laisse happer par les mots de l’auteur, au style direct, qui nous embarque dans cette enquête comme si elle était réelle. C’est d’ailleurs une des qualités principales de Marc Fernandez : lier le vrai et le faux de telle manière qu’il en vient difficile de faire la part des choses. Que ce soit par l’écriture, la construction, et l’histoire même, on est pris dans un suspens à toute épreuve et on est tenu en haleine jusqu’à la dernière page. Quelle prouesse !

L’histoire est incroyable car elle nous confronte à une histoire qu’on ne connaît peut-être pas très bien – c’est mon cas – celle des dictatures militaires d’Amérique du Sud, Argentine et Chili au premier plan. Il m’a été difficile de concevoir que tous ces dictateurs se tenaient par la main pour mener leur terreur, abolissant les frontières pour mieux contraindre leurs peuples et mettre la main sur les guérilleros. Mais encore plus incroyable, c’est cette coalition entre guérilleros de différents pays (vrai ou faux ? Je ne saurais le dire, mais cela semble tellement possible…) prenant les armes ensemble contre un seul ennemi : la dictature. On navigue entre deux continents sur une affaire qui mêle passé et présent et un dénouement qui a de quoi faire peur. Et qui ne semble pourtant pas si impossible que cela… C’est en cela que Marc Fernandez est doué : il laisse entrevoir des situations possibles, nous met en garde contre un passé qui pourrait refaire surface et nous laisse songeur.

La construction du roman, comme pour Mala Vida, sert l’intrigue. Nous, lecteurs, apercevons des choses que les protagonistes n’ont pas encore découverts. Nous avos droit à un « flashback » en début de roman, puis à des excursions mexicaines, ou encore les instants précédents les enlèvements de deux guérilleros. Ce n’est pas un hasard, et c’est percutant. Nous entrevoyons des possibilités, nous doutons de quelques petites choses, et malgré cela, comme Diego, Ana, Isabel et David, nous sommes effarés devant les révélations finales. Tous ces chapitres permettent aussi à l’auteur de gagner du temps et d’éviter les longueurs lors des explications finales, et il gagne ainsi en efficacité. C’est pour cela que ce roman est percutant et nous tient en haleine jusqu’à la dernière phrase.

Quelle joie de retrouver Diego, Ana, David et Isabel ! Les quatre protagonistes de Mala Vida sont à nouveau embringués dans une affaire aux ancrages historiques, et leurs caractères forts et complémentaires leur donnent beaucoup de réalisme. Ils sont attachants dans leurs frustrations et leur entêtement, dans leurs fêlures et leur détermination. Ils sont passionnés et nous entraînent avec fureur dans leur enquête de tous les dangers, où ils sont mis à nu par la disparition de leur ami. Le personnage d’Ana est particulièrement touchant dans Guérilla Social Club, puisqu’on touche directement à son passé, la forçant à affronter ses peurs et ses traumatismes, elle qui a été torturé au temps de la dictature argentine et qui a fui le pays pour l’Espagne. Son histoire, bien difficile même après son arrivée en Espagne, est confrontée à celle de Carlos, ancien guérilléros chilien, ce qui la fragilise.

Une intrigue palpitante, une écriture vive et acérée, une construction réussie, des personnages forts et attachants, un suspens à toute épreuve, que demander de plus ? Un vrai coup de cœur pour ce second roman de Marc Fernandez. Essai transformé après le génialissime Mala Vida, disponible au Livre de Poche ! Vous n’avez plus aucune excuse !

Ma note : 5/5

Jeux de miroirs d’Eugen Chirovici

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Eugen Chirovici, Jeux de miroirs, Editions Les Escales, Paris, 2017

jeux-de-miroirsVoici un roman pas comme les autres. Un roman qui intrigue, qui questionne et qui happe son lecteur. Une enquête peu commune sur une ancienne affaire, qui interroge sur la mémoire, les souvenirs et les interprétations diverses. Une belle découverte, à lire !

Peter Katz est agent littéraire. Le jour où il reçoit le début d’un manuscrit qui traite de l’assassinat d’un professeur dans les années 80, fait divers ayant défrayé la chronique et meurtre jamais élucidé, l’agent sait qu’il a entre les mains un manuscrit qui peut faire l’effet d’une bombe. Et ce début se révèle prometteur. L’auteur, Richard, y raconte ses années d’étude à Princeton, où il va faire la connaissance de sa sublime colocataire, Laura, étudiante en psychologie. Leurs liens deviennent plus intimes, et elle finit par lui faire rencontrer son mentor, le professeur Joseph Wieder, qui travaille sur la mémoire et les souvenirs, ponte renommé de la psychologie, souvent appelé à statuer sur l’état psychique d’accusés lors de procès. Rapidement, Wieder met Richard mal à l’aise, l’étudiant se demande s’il n’entretient pas une aventure avec Laura. Quand l’auteur s’approche du moment dramatique et de la disparition brutale du professeur, le manuscrit s’interrompt. Et si la vérité sur ce meurtre jamais élucidé se trouvait dans la suite du manuscrit ? Si ce n’était pas une fiction ?

Malheureusement pour Katz, l’auteur vient de décéder et sa compagne, qui n’était pas au courant de l’existence de ce manuscrit, ni des liens de Richard avec le professeur Wieder, ne parvient pas à mettre la main sur le manuscrit complet. Il décide donc d’engager un journaliste d’investigation, qui se lance dans un dédale de souvenirs et de faits pour comprendre ce qui s’est exactement passé ce fameux soir de la fin des années 80. Puis c’est au tour de l’ancien policier en charge de l’affaire à l’époque qui se replonge lui aussi dans l’affaire, pour tenter de démêler tout ce qui est sorti de l’enquête du journaliste et résoudre enfin le plus gros échec de sa carrière.

Voici un méli-mélo de souvenirs et d’interprétations qui nous montre que quand il est question de la mémoire, il est très difficile de faire la part des choses. Et c’est bien la force de ce roman. L’auteur interroge sur la part d’interprétation que nous mettons dans nos souvenirs. Est-ce bien notre souvenir ou un événement qu’on nous a tellement raconté qu’on se l’est approprié comme étant le nôtre ? Si on interroge plusieurs personnes sur un événement qu’ils ont vécu ensembles, leurs souvenirs coïncideront-ils ? Rien n’est moins sûr, chacun se rappelant de certains détails, en occultant d’autres, et interprétant avec le temps ce qu’il s’est passé, s’en convaincant au passage. C’est à peu de choses près ce dont nous a parlé l’auteur lors d’une rencontre en janvier dernier, le point de départ de ce roman. Par le biais de trois personnes différentes, une ayant vécu les faits directement, une autre ayant enquêté dessus, et enfin une dernière complètement extérieure à cette histoire, l’auteur nous happe autour de ce fait divers et distille petit à petit les éléments qui amènent à la vérité. Une vérité bien plus complexe que prévue, loin d’être nette et tranchée, interrogeant par là-même la responsabilité de chacun.

Par des personnages bien construits, d’une complexité extrême, qu’on est obligé de remettre en question, chacun analysant les faits de par leur vision du monde, leurs souvenirs et leur intelligence, Eugen Chirovici nous propose un roman extrêmement bien construit et écrit, qui nous emporte de page en page vers une résolution bien loin de celle qu’on attendait. La psychologie des personnages est tellement bien façonnée, avec leurs qualités et leurs défauts, leurs faiblesses, que le roman nous amène à réfléchir sur nous, nos actes. La fin est tellement bien amenée et inattendue qu’elle nous interroge sur notre perception des choses qui nous entourent, sur nos souvenirs et ce que nous pensons comme vrai et acquis.

L’auteur n’en rajoute pas, son écriture est acérée, directe, nous happe jusqu’à la dernière ligne. Cette enquête, magnifiquement construite et qui nous fait suivre tour à tour trois personnages différents, qui reprennent les investigations du précédent, est originale, fait varier la narration et apporte de la nouveauté, de nouveaux personnages, de nouveaux passifs, de nouvelles choses à découvrir.

En somme, Jeux de miroirs est un très bon polar, à la construction très bien pensée, à la fin déconcertante, qui interroge sur la mémoire. A lire !

Ma note : 5/5

Vintage de Grégoire Hervier

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Grégoire Hervier, Vintage, Editions Au Diable Vauvert, Vauvert, 2016

couv-hervier-vintage-pl1siteQuel roman ! Je ne sais pas bien à quoi je m’attendais en ouvrant ce livre, mais j’en suis ressortie toute ébouriffée. On y parle beaucoup de guitare, de rock et de musique, mais ce n’est pas que ça, loin de là. Le concept est original car le héro ne part pas à la recherche d’une personne mais d’une mythique guitare… Et si on peut penser que l’on va se noyer sous les termes techniques et s’ennuyer au possible, il n’en est rien !

Thomas Dupré n’a pas une vie très stable. Ancien guitariste dans un groupe de rock qui a splitté, journaliste pour d’obscures revues musicales, il remplace momentanément un vendeur dans une boutique de guitares vintages à Paris, lieu où il passait déjà tout son temps. Le jour où un mystérieux acheteur s’offre une des guitares les plus prestigieuses de la boutique, et qu’il demande qu’elle lui soit remise en mains propres en Ecosse, près du très célèbre Loch Ness, il n’hésite pas à se rendre sur les lieux. L’homme qui le reçoit lui présente une collection de guitares incroyables, dont deux prototypes d’une grande rareté qui faisaient cependant partie d’un trio, que Lord Winsley affirme avoir possédé, avant que la fameuse Moderne ne lui soit dérobée… Excepté que ce dernier modèle n’aurait jamais été réalisé ! Voici Thomas, commandité par cet excentrique passionné, à la recherche de cette chimère, cette guitare plus que mystérieuses, qui va l’amener de Sydney aux Etats-Unis, sur la route du blues et de mystérieux labels et musiciens, vers des dangers et des situations qu’il n’aurait jamais imaginé vivre…

C’est tout simplement haletant ! Nous voici plongé dans l’histoire de la musique, à tenter de démêler mythe et vérité, à la recherche d’une guitare qui aurait été conçue à la fin des années 50 mais peut-être jamais fabriqué, dont le son reste un mystère… Et où tout un chacun voudrait l’avoir en main, même si ce n’est qu’un modèle réalisé par la marque Gibson dans les années 80 !

Si les détails techniques de toutes ces guitares peuvent décourager plus d’un lecteur, sachez qu’ils ne sont pas rédhibitoires, tant on est pris dans l’intrigue et les déambulations de Thomas, mec sympathique qui au-delà du pactole qu’il se ferait s’il retrouvait la guitare, cherche plus à résoudre une énigme et comprendre l’histoire du rock et du blues que tout autre chose. C’est vraiment toute une page de l’histoire de la musique qui nous est contée ici, et de la plus belle des manières, puisqu’on sent le respect de l’auteur et de ses personnages pour cette histoire. Grégoire Hervier utilise le genre du polar pour nous attraper dans sa toile et ne plus nous lâcher jusqu’au dénouement final. Il nous fait remonter jusqu’aux origines du rock et de ses pionniers, nous fait redécouvrir tout un pan de l’Histoire américaine, en élucidant des mystères par la technique de la musique et par tout un pan culturel. On rencontre des personnages hauts en couleurs et complètement fous, on assiste à des meurtres et des courses-poursuites dingues, on est complètement happé par l’histoire, c’est comme si nous nous trouvions dans les pas du héros, à vivre ces incroyables et improbables aventures avec lui, à la recherche d’une guitare qu’on espère avoir existée.

Et si on est tant pris par l’histoire, c’est bien parce que Grégoire Hervier manie l’art du suspens avec brio. Presqu’aucun temps mort, si ce n’est pour que le héros se recentre ou décortique quelques informations, l’auteur nous enlève dans les premières pages, pour nous lâcher haletant à la dernière page, sans avoir bien compris ce qui se passait. Et pour avoir lu quelques romans qui parlent de musique en arrière plan, l’auteur réussit à insuffler la musique dans ses mots, sans avoir pour autant besoin d’une bande sonore en sus. Celle-ci existe pourtant bel et bien, vous pourrez la trouver ici, et elle est évidemment excellente, mais elle n’est pas indispensable pour entendre les sonorités tant le rythme, les mots et l’écriture les rendent parfaitement.

A travers la musique et les guitares, on revient aussi sur l’histoire américaine, le blues ayant saisi l’âme de tout un peuple en son temps. Et par la recherche du passé de certains musiciens présentés dans ce roman, on retrace plusieurs époques que la musique a magnifiées.

C’est haletant, c’est ébouriffant, c’est complètement fou, c’est absolument à lire ! Un road trip qui nous entraîne en Australie, en Ecosse, aux Etats-Unis, à la recherche d’une guitare mythique qui n’a peut-être pas existé, au milieu de personnages inoubliables et un peu dingues, à la rencontre d’artistes et de musicalités folles, de l’histoire de la musique et au-delà, des Etats-Unis, de la fureur que l’argent, l’alcool, les drogues et le désir de puissance et de pouvoir peuvent engendrer, un roman inoubliable et palpitant.

Ma note : 5/5

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit de Celeste Ng

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— Sélectionné pour le Prix Relay des Voyageurs-lecteurs 2016 —

Celeste Ng, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, Sonatine Editions, Paris, 2016

tout ce qu'on ne s'est jamais ditDernier roman que je lis dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs-Lecteurs édition 2016, je savais qu’il m’ébranlerait, d’une manière ou d’une autre. L’auteur nous offre un roman particulier, à la limite du thriller, qui revient sur la vie d’une famille dans les années 70 à la suite de la mort de l’un des enfants…

Lydia est morte. Sa famille ne le sait pas encore. Mais elle le découvre très rapidement et c’est tout leur monde qui s’écroule. La mère de Lydia est femme au foyer, elle qui aurait aimé être médecin mais s’est retrouvée enceinte de son aîné, Nathan. Elle poussera sa fille à toujours travailler plus pour la voir réaliser ce qu’elle a été contrainte d’abandonner. James, son père, d’origine chinoise, est professeur d’université. Et pour lui, il n’y a rien de plus important que d’être normal, intégré et sociable. Lui aussi veut pour elle ce qu’il n’a pas eu. Et puis il y a Nath, le grand frère, qui s’apprête à entrer à Harvard, mais qui n’a jamais été considéré par ses parents, dont l’attention a toujours été centrée sur Lydia. Enfin, Hannah, petite dernière, complètement effacée, d’une discrétion presque malsaine, que tout le monde oublie et dont la naissance a coïncidé avec un événement familial que nul n’a oublié. Une famille aux lourds secrets, aux non-dits, qui vont tous refaire surface alors que le corps de Lydia est retrouvé dans le lac tout proche. Meurtre, accident ou suicide ? Remontez dans le passé de cette famille va nous donner les clés de ce mystère.

Voici donc un roman d’une rare intensité. Si le personnage principal n’est pas un enquêteur qui recherche ce qui est arrivé à Lydia et remonte ainsi le passé familial de Marylin et James, ce n’en est que plus intéressant ! L’auteur nous propose un récit très bien construit qui oscille entre présent et passé sans qu’on ne remarque les rouages de son écriture. On passe juste d’un moment à un autre, avec une grande fluidité, sans jamais être perdu dans la narration. Elle nous épargne l’alternance des chapitres présent/passé et c’est tant mieux. On se promène ainsi dans les souvenirs et les esprits des différents protagonistes de ce drame, nous nous situons ainsi beaucoup plus dans le psychologique que dans le thriller. Parce qu’il est moins important de découvrir comment Lydia a trouvé la mort que ce qui l’a amené près du lac en pleine nuit. Qu’il s’agisse finalement d’un meurtre, d’un accident ou d’un suicide, peu importe, au fond. Ce qui intéresse, c’est pourquoi elle semble si différente de ce que chaque membre de sa famille s’imagine. Parce que finalement, connaissons-nous bien les gens qui nous entourent ?

En plein dans les années 70, l’aspect racial est également au centre de ce roman. Parce que James est d’origine chinoise, bien que né aux Etats-Unis, marié à une américaine. Le regard des autres sur cette famille différente est prépondérant dans le récit. Le sentiment de malaise qui n’a jamais quitté James, dû à une enfance marqué par les railleries, qui le poursuivent toujours, et qui malgré une réussite universitaire sans équivoque, n’a jamais pu enseigner dans les universités renommées auxquelles il aurait pu prétendre, émaille le récit. La mère de Marylin l’avait averti : quel avenir pour des enfants nés d’une union mixte ? Cette question ne peut refaire que surface, au moment où la question de l’intégration de Lydia, métisse, est posée. Mais est-ce vraiment cela qui vient d’ébranler cette famille, ou les obsessions des deux parents, qui, à cause de leurs échecs, ont mis une pression démesurée sur les épaules de leur fille préférée ?

L’auteur soulève bon nombre d’interrogations sociétales et psychologiques, et comprendre les rouages de cette famille, sa construction, la personnalité de chacun de ses membres, l’impact du passé des parents sur la construction des enfants, la difficile adolescence, est passionnant. La construction magistrale du roman est servie par une belle plume, qui amène du suspens et de l’intensité dans cette découverte d’un parcours familial particulier. On est emporté par les mots de l’auteur, et malgré les fêlures de chaque personnage, malgré leurs défauts, on s’attache à eux, on les comprend, parce que leurs erreurs sont humaines. Celeste Ng nous entraîne même derrière Lydia, avant sa mort, et ces passages, loin d’être glauques ou désolants, sont sensibles et dévoilent un mal-être adolescent parfaitement décrit.

Un roman passionnant, fort et d’une parfaite maîtrise, sur une tragédie, certes, mais surtout sur une dynamique familiale, au bord de la violence, où chaque personnage est inoubliable. Un roman que je garderai en moi pendant très longtemps.

Ma note : 5/5

Bienvenue à Hollywood de Joseph Wambaugh

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Joseph Wambaugh, Bienvenue à Hollywood, Calmann-Lévy / Le Livre de Poche, Paris, 2011 / 2015

bienvenue à hollywoodC’est mon premier Joseph Wambaugh, qui est, semble-t-il, un auteur très connu de polars américains. Je ne le connaissais pas, et j’ai du mal à déterminer ce que je pense vraiment de ce roman. Parce qu’il est bien écrit, que les personnages sont hauts en couleur et que les anecdotes de Los Angeles toujours croustillantes. Mais je ne suis peut-être pas assez amatrice de romans policiers pour l’apprécier à sa juste valeur…

Faire un résumé de l’histoire est chose périlleuse puisque ce sont de nombreux personnages et de petites anecdotes qui vont venir s’accrocher à l’intrigue principale, qu’on a aussi un peu de mal à déterminer au début. Et trop en dire gâcherait une bonne partie de votre lecture… Je tacherai donc d’être concise : Hollywood Nate est un flic de la célèbre LAPD d’Hollywood, où il a pu voir toutes les excentricités possibles, de la bagarre entre sosies de stars aux clodos qui s’entretuent, en passant par les femmes battues et les meurtres d’enfants, les camés en tout genre et la soif d’argent et de pouvoir. Lui-même n’est pas un flic classique puisqu’il voudrait percer au cinéma et enchaîne les seconds rôles et la figuration. Quand il rencontre un réalisateur et sa future épouse riche à ne plus savoir que faire de son argent, il promet de surveiller leur belle demeure d’Hollywood Hills pendant leur séjour en Toscane, en espérant avoir le rôle promis par le réalisateur à leur retour. Mais ce serait bien trop simple si ne s’insinuaient pas dans l’histoire un majordome paumé, un marchand d’art au bord de la faillite, des camés aux abois, et toute sorte de flics plus ou moins usés qui tentent de continuer malgré les aberrations qu’ils voient chaque jour et chaque nuit, et qu’ils le font même avec humour. Comment Hollywood Nate va se sortir de cette situation infernale ?

L’histoire est plutôt singulière et ne laisse aucun répit : nous passons d’un personnage à un autre, chapitre après chapitre, d’anecdote en anecdote, suivant la nuit de boulot de flics puis la recherche désespérée d’argent par de jeunes loosers à la recherche de leur prochaine dose. Je ne sais pas vraiment comment expliquer mon ressenti, je dirai que c’est foisonnant, intense et représentatif de ce que doit être Los Angeles, la ville qui fait se côtoyer les très riches et les très pauvres, les plus malheureux et plus insouciants. Là-dedans, nous rencontrons un flic attachant, Hollywood Nate, intègre, qui voudrait percer dans le cinéma mais qui est conscient de ses chances réduites, ses collègues Snuffy, le Bris et le Débris, deux surfeurs toujours plein d’entrain, Viv et Georgie et bien d’autres, mais aussi Raleigh et Nigel, le majordome et le marchand d’art, associés malgré eux, Jasper et Megan en manque continuel et prêts à plagier la Clique des Clinquants et à dévaliser les maisons de stars. Et tous vont se retrouver mêler à la même histoire qui va se finir de manière… particulière !

Le plus déstabilisant, je pense, c’est qu’on ne se contente pas de suivre une histoire principale, mais que cette dernière est mêlé à de très nombreuses anecdotes dont on ne sait, au moment de leur lecture, si elles serviront ou non l’intrigue… Mais qu’à cela ne tienne, on y prend quand même plaisir ! Et ce sont même ces anecdotes qui font toute la saveur du roman, qui le différencie des romans policiers classiques que je suis plus habituée à lire.

C’est du roman noir, ce n’est peut-être pas tout à fait ma “came” (restons dans le ton) mais ce fut intéressant de plonger dans un univers si différent du mien. Ce roman vaut le coup d’œil, devrait évidemment plaire aux amateurs de polars et il est servi par une plume efficace et crue qui lui convient tout particulièrement.

Une lecture foisonnante, qui ne fut pas un coup de cœur, non pas par défaut du roman lui-même, mais parce que mes goûts ne se portent habituellement pas sur ce genre littéraire.

Ma note : 3/5

Mala Vida de Marc Fernandez

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Marc Fernandez, Mala Vida, Editions Préludes, Paris, 2015.

mala vidaQuelle belle surprise que ce roman ! Décidément, les éditions Préludes ne parviennent pas à me décevoir et c’est tant mieux ! Roman sur l’Espagne d’aujourd’hui, touchée de plein fouet par la crise, et l’Espagne d’hier, pleine de secrets honteux qui resurgissent…
Espagne, donc, de nos jours. Après des années de pouvoir socialiste, la droite dure, proche du franquisme, revient au à la tête de l’Etat, dans un pays touchée durement par la crise financière et dont le taux de chômage est plus qu’inquiétant. Le soir des élections, un premier meurtre, d’un jeune homme politique proche du nouveau pouvoir, est perpétré, suivi par plusieurs autres dans toute l’Espagne, de Madrid à Barcelone, en passant par Valence, ciblant des personnes aux responsabilités très différentes, sans lien en apparence si ce n’est leurs rapports avec le franquisme. Très vite, un journaliste qui a réussi à garder son poste dans une radio publique malgré le nouveau gouvernement, Diego Martin, est intrigué par le premier meurtre perpétré. C’est un journaliste à l’ancienne : il aime aller lentement, remonter les pistes, et ne rien laisser de côté. Mais dans ce cas-là, le mystère est bien épais. Quand une mystérieuse association se révèle aux médias et à l’Espagne pour dénoncer un réseau de vol de bébés mis en place par Franco et qui lui aurait survécu, l’Espagne est choquée, révoltée, indignée, dans un sens comme dans l’autre. Et si tout était lié ? Diego se retrouve au milieu du séisme, à essayer de démêler le vrai du faux et à toujours tenter de rester au plus près de ses convictions, bien éloignées de celles des dirigeants…
C’est un roman sublime et extrêmement intéressant. Si je m’intéresse depuis quelques temps à l’histoire de l’Espagne, et notamment à la guerre civile qu’elle a connu, ce roman permet de s’y replonger d’une manière différente, plus actuelle. Il s’agit ici de mémoire collective, d’oubli et de réparation. La loi d’amnistie a permis aux partisans de Franco de continuer leurs vies normalement, le but étant d’enterrer rapidement le passé pour construire une Espagne nouvelle. Mais est-il si facile d’oublier ? Peut-on pardonner aussi aisément ? Ce récit nous montre une Espagne toujours hantée par ce qu’elle a vécu au siècle dernier. Certains la regrettent, d’autres la maudissent, et tous cohabitent. Ce qui est le plus frappant, c’est peut-être l’image de la religion catholique extrémiste révélée par Marc Fernandez, très proche du franquisme, et qui a permis au Caudillo d’arriver au pouvoir et d’y rester, qui a cautionné et cautionne toujours ses actes. Ce qui nous montre bien qu’une démocratie ne vaut que par la séparation de l’Eglise et de l’Etat…
Au-delà de la réflexion historique, politique et sociétale que la lecture de ce roman nous offre, l’auteur nous surprend par une intrigue bien ficelée, une enquête journalistique de bout en bout, où tout est loin d’être réglé la dernière page tournée. Mais peu importe, le principal est là : les personnages sont intéressants, Diego d’abord, ce solitaire au passé sombre, son amie détective Ana ensuite qui a vécu des horreurs en Argentine en tant que transsexuel, enfin David le magistrat qui essaye de garder sa liberté de juger sans mainmise de l’Etat, ce qui est de plus en plus dur par les temps qui courent. Et pour finir, Isabel, le personnage le plus complexe, mais peut-être aussi le plus humain du roman, avocate d’origine espagnole qui a grandi en France, et qui a tout plaqué pour s’installer à Madrid et défendre cette association, l’ANEV, Associations nationale des enfants volés. Personnage plus opaque qu’il n’y paraît…
Ce récit nous emporte dans cette Espagne prise entre présent et passé, entre oubli, pardon, justice et vengeance. Un récit captivant, donc, dans lequel la plume de l’auteur nous emporte sans difficulté. Un roman que je vous conseille de lire de toute urgence !
Ma note : 5/5