Archives de Catégorie: Autres

Vous n’aurez pas ma haine d’Antoine Leiris

Par défaut

Antoine Leiris, Vous n’aurez pas ma haine, Fayard / Le Livre de Poche, Paris, 2016 / 2017

vous-naurez-pas-ma-haineVous avez forcément entendu parler d’Antoine Leiris. Oui oui, je vous le garantis. C’est le journaliste qui a perdu sa femme au Bataclan. Et qui a écrit une note magnifique sur Facebook après les attentats. LE message qui a ému la France entière. Le message fort. Indispensable. Qui mettait très loin derrière nous la haine qui a étreint beaucoup de Français après les événements parisiens de novembre 2015. Après ça, il a écrit un récit. Ce récit. Qui revient sur ce qu’il a vécu ces jours-là. Le moment où il a compris. Et les jours qui ont suivi. Et là encore, Wahou.

Il nous raconte, de manière brute et directe, les journées noires qu’il a vécu, envahi d’incompréhension et de chagrin. Le devoir de rester debout pour son fils. Il nous livre de magnifiques moments partagés avec son fils, des instants fragiles, terribles et plein de tristesse, mais surtout bourrés d’espoir et de compréhension envers son prochain.

Les mots d’Antoine Leiris font sens parce qu’il est humble. Il est vrai. Il est sensible. Il est triste. Mais pas en colère. Pas à ce moment-là en tout cas. Il sait que ça arrivera sûrement, et il utilise une magnifique métaphore en ce sens. Mais il souhaite qu’on lui laisse son chagrin, sans analyse, sans avoir besoin d’en parler à tort et à travers. Il veut rester debout.

Ce texte nous renvoie dans les événements terribles du 13 novembre. Il nous ramène à ce soir horrible et aux journées qui ont suivi, l’hébètement, la colère, la tristesse. S’il n’était pas question des ces attentats, on pourrait presque croire à un récit fictionnel, tant ce qui s’est passé dépasse l’entendement d’abord, mais aussi tant le texte est beau et bien écrit. Il parvient à ne jamais tomber dans le pathos, dans l’apitoiement. Et bien au contraire d’ailleurs ! Son texte est plein d’humanité, comme l’a été son texte publié sur Facebook, d’ailleurs retranscrit dans ce court récit.

Cet homme qui nous dit qu’il ne pense pas être spécial ni « héroïque » transmet un message plein d’humanité. En quelques pages, il nous touche et fait preuve d’une force immense. On ne peut qu’essayer de se mettre à sa place et en l’occurrence, je ne pense pas que je réussirais à réagir avec autant d’humanité. Ce texte est nécessaire car il nous montre bien que la haine n’est pas une solution, et qu’il y a d’abord des personnes qui ont été touchées, qui ont souffert, et d’autres qui souffriront encore si la haine se développe.

Parce que ce texte est inscrit dans le quotidien d’Antoine Leiris, il gagne en universalité. Parce que oui, il nous parle des attentats. Mais surtout, il nous parle du deuil et de la perte d’un être cher. De comment se relever. De comment vivre après. Continuer. Peut-être pas pour soi au départ mais pour son enfant. Evidemment, les événements ajoutent un caractère fort : tout le monde en parle, difficile de s’en défaire, et la perte de cette maman en est que plus mise en lumière. D’ailleurs, dans les actes quotidiens, le journaliste nous montre l’humanité des personnes qui nous entourent, ce qu’il est souvent facile d’oublier. Toutes les mamans de la crèche s’organisent pour que Melvil et son papa puissent repartir chaque soir avec un bol de soupe. Le voisin se propose de garder le petit au besoin. Et c’est cette Humanité lumineuse qui est mise en avant dans ce récit. Contre l’obscurantisme.

Ce récit est essentiel, fort, humaniste et nécessaire. Chacun devrait le lire, c’est une leçon d’amour et d’humilité. Une leçon d’espoir. Et dans ces heures sombres, un tel récit court et percutant, mais jamais démagogue, doit être lu. Et de toute urgence.

Ma note : 5/5

Publicités

La Canard Enchaîné, 100 ans, Un siècle d’articles et de dessins de Patrick Rambaud et Laurent Martin

Par défaut

Patrick Rambaud, Laurent Martin, Le Canard Enchaîné, 100 ans, un siècle d’articles et de dessins, Editions Seuil, Paris, 2016

canard-enchaine-100-ansQui n’a jamais entendu parler du Canard Enchaîné, cet hebdomadaire mythique qui parle avec humour et de manière satirique de l’actualité française depuis très longtemps… déjà 100 ans ? Un des seuls journaux, avec Charlie Hebdo, à parler sans concession et sans pression de l’actualité, parce que libre avant tout ! Sans aucune publicité, les quelques pages publiées chaque mercredi sont fiables. Parce que chaque source est soigneusement vérifiée, car à la moindre erreur, beaucoup de personnes influentes seraient ravies que ce gêneur mette la clé sous la porte. Zéro censure ! Preuve de se force, il est toujours là, 100 ans après sa création !

Et quoi de mieux, pour fêter cet anniversaire, que d’un beau livre recensant son histoire, de sa création aux derniers articles parus en 2016 ? Pour qu’un hebdomadaire aussi gênant pour toutes les forces au pouvoir soit encore debout, c’est qu’il en faut de bons journalistes, des hommes solides et forts qui ont tenu d’une main de maître la barre du bateau. C’est ce que nous conte ce magnifique livre paru chez Seuil. Sont recensés de très nombreux articles, de la création du journal à nos jours, de nombreuses illustrations, qui ont fait la force du journal. On y revisite notre histoire, mais aussi la Grande, au travers des événements qui ont secoué le siècle écoulé. L’Occupation, Mai 68, la Guerre Froide, les crises, les totalitarismes, la chute du mur de Berlin, le 11 septembre 2001, les diverses élections présidentielles, 7 janvier et 13 novembre 2015, on y trouve tout le déroulé d’un siècle haut en couleur, dont les collaborateurs ne sont donnés que deux mots d’ordre : humour et indépendance !

Parce que parcourir le Canard chaque semaine ou à travers de cet ouvrage, c’est découvrir l’actualité avec un œil rieur, afin de se défaire un peu de la gravité de notre monde et des informations qu’on est en train de lire. C’est donner de la légèreté à ce qui n’en a peut-être pas trop, mais sans ça, on s’ennuierait, et ça ne vaudrait pas le coup de continuer !

Par des jeux de mots bien trouvés, qui ne tombent jamais dans la vulgarité, nous redécouvrons dans cet ouvrage l’Histoire de notre pays. Une Histoire satirique qui n’épargne personne, ni politiques, ni religieux, ni personnalités des affaires ou autres. S’il y a quelque chose à dire, le Canard le dit. Cet ouvrage nous rappelle ce qu’est la liberté de la presse, et c’est bien nécessaire en ces temps troublés.

Au sein de ces plus de 2000 articles qui sont compilés dans ce beau-livre, on y trouve le « Roman du Canard » de Patrick Rambaud qui retrace l’histoire de cet hebdomadaire qui a su se maintenir à flot malgré les turpitudes de l’Histoire.

Pour moi, l’attrait de cet ouvrage est l’Histoire du Monde qu’elle dépeint. On peut, au travers des articles qui sont classés par période, palper le pouls d’une époque, se documenter sur un fait précis qui nous intéresse ou qu’on n’a jamais bien compris. Et mieux qu’un livre d’Histoire, on peut se mettre dans la peau même du lecteur qui lisait ces lignes à l’époque des faits et qui les vivaient. C’est fort, et c’est passionnant. C’est une autre manière, bien plus vraie, de découvrir notre Histoire. On peut avoir une confiance totale au Canard pour être exact dans les faits contés. Et l’humour dans les textes comme dans les dessins qui émaillent les articles ne gâche rien, bien au contraire !

Pour qui s’intéresse à l’Histoire, au journalisme, ou qui est un lecteur inconditionnel du Canard, ou encore les trois à la fois, je ne saurais que recommander cet ouvrage. Indispensable !

Ma note : 5/5

Cahier d’activités pour se débarrasser définitivement de son ex de Rebecca Beltràn et Adrià Fruitós

Par défaut

Rebecca Beltràn, Adrià Fruitós (illustrations), Cahier d’activités pour se débarrasser de son ex, Denoël, Paris, 2015

cahier d'activités pour se débarrasser définitivement de son exCe cahier est un petit bijou ! Drôle, ludique, plein d’esprit : il remplit son rôle, celui d’oublier son ex avec le sourire et de passer à autre chose. A lire, à remplir, à offrir !

Ce petit cahier propose une centaine d’activités pour exorciser ses démons, surtout celui qui fait le plus souffrir : son ex. Parce qu’une rupture est parfois difficile, et que les filles abandonnées ont souvent tendance à se lamenter sur leur sort pendant des jours, voire des semaines (voire même des mois…), ces activités sont là pour aider à passer autre chose. Les auteurs nous ont donc concocté des pages à colorier, gribouiller, remplir de mots et de dessins pour s’occuper l’esprit et comprendre qu’il vaut mieux être seule que mal accompagnée, même si c’est douloureux ! Mais la douleur passe vite en lisant les citations et piques des auteurs, qui nous demande donc d’écrire son plus grand moment de solitude avec son ex, le pire moment passé avec lui, d’inventer ses proverbes, coller des photos de son ex et de se lâcher dessus, de dessiner son chagrin, de se refaire une beauté en dessinant sur des visages proposés, d’écrire une lettre anonyme à son ex, de relier des points, bref d’exorciser de façon ludique, en rigolant un bon coup.

L’idée de ce livre est très plaisante, et c’est une idée cadeau parfaite pour la copine qui vient de se faire larguer comme une vieille chaussette (ou pour soi-même si on est au fond du trou). Les dessins sont simples mais efficaces, on ne trouve que du blanc, du noir et du rouge dans ce livre, qui constitue un chouette objet à conserver. C’est aussi une bonne piqûre de rappel, si, une fois rempli et des semaines après la rupture, on redevient nostalgique : pof, on a juste à le sortir et à lire ou regarder ce qu’on y a écrit ou dessiné.

Je n’ai pas rempli mon exemplaire, je le garde pour le jour où j’en aurai besoin (en espérant que ce jour n’arrivera jamais). Mais cette courte lecture m’a permis de rigoler, de mes ex, mais aussi et surtout de moi.

C’est très bien trouvé, c’est un petit cahier bien sympathique et bourré d’humour. Pour remonter la pente après une rupture, c’est top !

Ma note : 5/5

Paru le 5 novembre 2015. Traduit de l’espagnol par Margot Nguyen Béraud.

Au secours ! j’ai 40 ans depuis 4 ans de Gaëlle Renard

Par défaut

Gaëlle Renard, Au secours ! j’ai 40 ans depuis 4 ans, Charleston, Paris, 2015

ausecoursjai40ansCe livre se situe entre le journal intime et le roman. On suit Véronique, la quarantaine, dont la vie change du tout au tout : elle se sépare de son mari et doit jongler avec les petits tracas du quotidien. Je m’en tiendrai là pour le résumé de peur de trop en dévoiler.

C’est tout à fait le type de roman qui aurait pu me plaire. Tout à fait. Sauf que je n’ai pas 40 ans. Et je ne les ai jamais eu. C’est bête, hein. Normalement, ce n’est pas un problème pour s’identifier aux personnages. Sauf que là, oui, un peu quand même. Parce que compatir avec une femme qui pleure sur sa machine à laver au moment du divorce car elle ne pourra plus l’utiliser, bien ça ne marche pas pour moi. C’est sûrement une métaphore, évidemment, du moins je l’espère, mais ça n’a pas réussi à me faire sourire. Or, c’est bien le propos de ce livre : faire du bien et montrer que toute situation, même un peu difficile, peut être prise au second voire troisième degré, et surtout qu’elle est vécue par d’autres. C’est pourquoi je ne juge ce livre qu’avec mes yeux : je n’ai pas été conquise mais d’autres le seront très certainement.

D’ailleurs, il y a des points très positifs : l’humour ne tombe pas toujours à plat, loin s’en faut, et les chroniques sont courtes, donc s’enchaînent très vite. L’auteur joue avec les mots, et interroge sur des sujets intéressants : les pédopsychiatres, le fait de voir dans d’autres la perfection, alors qu’elles-mêmes voient à leur tout la perfection chez d’autres, les réseaux sociaux et leur superficialité, la musique des années 80, les supers choses faites avec le père et la comparaison inéluctable entre les parents divorcés, bref plein plein de choses. Les chroniques sont entrecoupées de citations, ce qui est très plaisant.

Pour conclure, un livre vraiment sympathique mais qui n’a pas su me séduire.

Ma note : 3/5

Les monologues du vagin d’Eve Ensler

Par défaut

Eve Ensler, Les monologues du vagin, Denoël, Paris, 2015 (nouvelle traduction)

les monologues du vaginJe n’ai jamais vu la pièce de théâtre. Mais j’en ai entendu parler. Et beaucoup. Et souvent. Alors il fallait que je jette un coup d’oeil à ce livre qui fait partie de ces choses qui ont libéré les femmes. Quand Denoël a proposé une nouvelle traduction du texte de Eve Ensler, par Lili Sztajn, je n’ai pas hésité, et je ne le regrette pas.

Je ne vais pas résumer cet ouvrage, ce serait impossible. Disons que je peux expliquer le principe : l’auteur a interviewé de nombreuses femmes, plus ou moins jeunes, de différentes origines, de niveaux sociaux différents. Bref, des femmes qui montrent la diversité de notre monde. Et elle leur a posé des questions : que porterait votre vagin ? A quoi sent-il ? Et elle les a laissé parler surtout de cet organe dont le nom a été tu pendant trop longtemps. Et il en a vu, parfois bien trop, parfois peut-être pas assez. Certaines vont dans des cours pour le découvrir, ce qui laisse place à des scènes hilarantes. Et d’autres nous racontent les cauchemars que leurs vagins ont vécu.

Lieu de plaisir, de rigolade et de douleurs ignobles, Eve Ensler dresse un portrait franc et nécessaire du vagin, cet organe dont le nom a longtemps écorché les bouches des hommes, mais aussi et surtout des femmes. Et on en apprend des choses ! La lumière est enfin mise sur le plaisir féminin, et ça fait du bien (sans mauvais jeu de mot !). Et sur ces choses qui étaient malheureusement trop tabous pendant longtemps, alors même que les femmes ont été très longtemps bien peu considérées.

C’est un tout petit ouvrage, petit mais essentiel. Lu en une petite heure seulement, il est bien écrit et efficace. Les courts témoignages présentés de façon attrayante et qui n’excèdent jamais quatre pages sont entrecoupés de définitions sur cet organe très particulier.

Que pourrais-je ajouter ? Je sèche tout à fait ! Car si j’en raconte trop sur un ouvrage de 100 pages, il ne restera pas grand chose à découvrir ! Je conclurai en disant simplement que c’est un livre important, essentiel, que toutes les femmes devraient un jour lire – et même les hommes pour comprendre un peu plus ce que les femmes peuvent ressentir. Je pense que voir ces monologues lus et interprétés sur scène doit être une expérience encore plus marquante, et je me précipiterai si la pièce se remonte à Paris.

Bref, un livre essentiel, à lire d’urgence !

Ma note : 5/5

Traduction de l’anglais : Lili Sztajn. Paru le 5 juin 2015.

Sans télé, on ressent davantage le froid – Chroniques de la débrouille de Titiou Lecoq

Par défaut

Titiou Lecoq, Sans télé, on ressent davantage le froid – Chroniques de la débrouille, Fayard, Paris, 2014

sans télé on ressent davantage le froidCe livre, je l’ai lu il y a près de 10 mois. Mais chaque fois que j’y pense, je me dis qu’il faut que je le sorte de ma bibliothèque et que je m’y replonge. Parce qu’il est top. Parce que j’ai ri. J’ai ri de la fille qui nous raconte ses déboires. Parce que j’ai ri de moi (surtout de moi d’ailleurs). Parce que je me suis reconnue. Parce que ce livre, qui n’est pas un roman mais un recueil de chroniques – autobiographiques ? – est un gros coup de cœur, qu’il m’a mis la pêche, qu’il m’a donné le sourire et fait rire seule dans le métro.

Comment expliquer de quoi parle ce livre – alors même que je l’ai lu il y a un bon moment ? Disons que Titiou Lecoq, dans ces Chroniques de la débrouille, revient avec beaucoup d’humour sur tous les obstacles que rencontrent la génération 25-35 ans (visons large) : la recherche d’emploi alors même qu’on est bardé de diplômes et qui s’apparente à un parcours du combattant, la rupture, la rencontre, le lendemain matin suivant, les rapports avec les amis. Bref, toutes les choses qui fondent une génération qui ne peut peu plus se fier aux standards qu’on lui a inculqué durant son enfance : études – boulot stable – couple uni – mariage – enfants (- divorce, ou pas). Aujourd’hui, c’est chômage, galères, ruptures en chaîne, bref rien qui ne ressemble à une vie très “stable”. Alors mieux vaut en rire qu’en pleurer !

Et si de nombreux auteurs se sont confrontés à cette question, et le plus souvent avec humour – je pense notamment au petit livre illustré Y comme Romy* – Titiou Lecoq la dépeint avec une drôlerie incroyable et une plume acérée, à l’image de son premier roman Les morues. Ce livre se lit comme un roman, même si ça n’en est pas un, rappelons-le. Il est construit comme un journal intime, chaque nouvelle chronique est située dans le temps. On suit donc cette jeune femme du 18 juillet 2008 au 23 juillet 2013. 5 ans, donc. De sa rupture et de son job peu affriolant (assistante d’éducation / pion) à une belle réussite en tant que biiiip et un… (nan, je ne spoilerai pas !), elle en a vécu des choses ! Et des choses bien drôles, et surtout racontées avec un humour bien décapant, qui fait un bien fou !

Ce livre nous apprend à voir nos emmerdes avec un peu plus de philosophie, et a essayé d’y appliquer une touche d’humour – sur le moment, mais plus sûrement a posteriori.

J’ai beaucoup de mal à écrire cette chronique, car je ne veux pas trop en dire, et en même temps, j’ai bien peur de ne pas en dire assez. Alors, j’ai relevé certains passages qui devraient vous faire percevoir l’atmosphère de ce livre que vous devez lire – et vite !

« Si demander à un enfant ce qu’il veut faire plus tard, c’est cruel, poser la même question à un pré-trentenaire, c’est carrément une atteinte caractérisée à la convention de Genève et aux droits de l’homme.” pp.42-43

“Mais ce n’était pas seulement le sexe au réveil, le problème, c’était plus généralement le réveil avec quelqu’un. Et là, c’était un drame cornélien, puisque : “s’endormir avec quelqu’un = paradis”, “se réveiller avec quelqu’un = Guantanamo, “se lever et devoir entrer en communication avec un autre être humain = Klaus Barbie”. Malheureusement, j’ai assez tôt découvert que, à moins de pécho un vampire, les gens ne disparaissent pas avec le lever du soleil. Le seul être vivant admis à assister à mon réveil, c’était Tikka. Ma chatte. (Merci de ne pas insérer de blague ici.)” p.73

“Bien qu’élevé dans une famille de gauche, voire très à gauche, [mon neveu] pense spontanément comme Nicolas Sarkozy – ce qui n’est pas rassurant quant aux capacités cognitives du président.” p. 99

“J’étais en train de lire des phrases comme “Quelque chose peut isolément avoir lieu ou ne pas avoir lieu, et tout le reste demeure inchangé.” Déjà, soyons honnête, sans fièvre, j’aurais entravé que dalle. Mais là, en fond sonore, j’ai eu droit à des hurlements démoniaques issus d’un landau. Quand je suis parvenue à la phrase “La solution du problème de la vie, on la perçoit à la disparition de ce problème”, j’ai levé la tête vers le père du bébé braillard et j’ai hésité à lui demander de me faire un commentaire composé de cette phrase.” p.180

“Je ne savais même pas ce que je voulais faire dans la vie. J’avais une espèce de théorie comme quoi il fallait que j’ai lu tous les livres du monde avant de me décider. (Ce qui sous-entend que je pensais aussi que je vivrais éternellement.) (C’est sympa, un jeune, mais qu’est-ce que c’est con.) p.203

Je pourrais tellement pu en mettre plus – j’ai hésité, notez, mais j’en ai déjà mis pas mal, vous ne pensez pas ? Si vous en voulez plus, et je parie que si vous avez lu toute cette chronique jusqu’à ce point précis, c’est que c’est le cas, alors précipitez-vous dans votre librairie et lisez ce livre. Qui fait un bien fou.

Gros coup de cœur, donc. Il était temps que je l’écrive, cette chronique.

Ma note : 5/5

* de Myriam Levain, Julia Tissier et Louison, paru chez Robert Laffont.

Le ciel nous appartient de Brendan I. Koerner

Par défaut

Brendan I. Koerner, Le ciel nous appartient, Le Livre de Poche Editions, Paris, 2014

le ciel nous appartientLe ciel nous appartient revient sur des faits réels qui se sont passés dans les années 70 aux Etats-Unis. Aussi surprenant que cela puisse paraître aujourd’hui – et encore que – l’auteur nous présente ici une vraie pandémie qui a fait rage outre Atlantique. Car les détournements d’avions faisaient rage, les pirates de l’air dénonçant une Amérique bien loin des idéaux de la période Peace and Love : guerre du Vietnam, chasse aux communistes, rejet de Cuba. Parfois les motifs en étaient plus personnels, mais il reste que les pirates se réfugiaient la plupart du temps à Cuba, où ils espéraient être accueillis par Fidel Castro en personne. A l’époque, pas de fouille à l’embarquement, aucun contrôle de bagages ou de passage aux rayons X ; les accompagnateurs pouvaient rester avec les voyageurs jusqu’à la montée dans l’avion. Il était dès lors assez facile d’emporter armes, bombes et autres lors d’un vol intérieur.

En parallèle de cette histoire et d’une vue synthétique sur les détournements les plus emblématiques de la période, Brian I. Koerner s’attache surtout à l’histoire d’un couple en particulier, ayant accompli un des plus grands détournements d’avions des Etats-Unis. Roger Holder, homme noir ayant connu la guerre du Vietnam, et son lot de traumatismes, a des idéaux assez radicaux, qui le rapprocheront des Black Panthers, ses activistes en faveurs des droits des noirs. Un peu allumé mais doté d’une intelligence assez incroyable, il cherchera assez vite à faire quelque chose pour montrer son désaccord avec le système sociétal américain. D’un autre côté, Cathy Kerkow est une jeune fille du Midwest, très belle, en quête d’indépendance et assez frivole. Elle rencontre Roger à San Diego. Epris très rapidement l’un de l’autre, il va l’inclure dans ses projets fous. Ensemble, ils vont détourner un Boeing 727. Cette folie les mènera à la rencontre du président algérien, dans les cercles de la Nouvelle Vague à Paris. Une folle épopée de deux pirates de l’air que les Etats-Unis chercheront à récupérer et à juger avec acharnement…

Oui, il s’agit d’une histoire vraie. Incroyable, n’est-ce pas ? On a l’enfance difficile de l’un, la frivolité de l’autre, l’histoire d’amour, les revendications, la période Peace and Love emblématique des USA. On a l’action, le détournement, les aventures incroyables des deux amants. On y trouve le FBI, les compagnies d’aviation américaines, les grands politiciens de l’époque – Nixon, Fidel Castro, Boumédiène, Giscard d’Estaing et Mitterrand. On se croirait dans un roman d’aventure sur fonds politique et judiciaire. Difficile de se dire que cette histoire a réellement eu lieu il y a de ça quatre décennies seulement.

Si l’auteur parvient à rendre l’aventure de Holder et Kerkow épique et romanesque dans son écriture et sa présentation des faits, les chapitres nous narrant la situation “aérienne” de la décennie, avec ces multiples détournements, et une explication, certes synthétique, de ces derniers, restent très factuels. On est ici dans le document et l’essai, ce qui s’explique par la complexité des faits narrés. Mais je ne sais pas si l’abondance de détails de cette myriade de détournements était nécessaire à la compréhension du détournement de Holder et Kerkow, qui reste tout de même l’élément central de ce livre. Oui, c’est intéressant, on ne peut le nier, mais j’avoue que je ne m’attendais pas à cela à l’ouverture de cet ouvrage, et qu eje my suis un peu ennuyée.

Il n’en reste pas moins que ce qui est raconté ici est tout à fait extraordinaire. Le travail de recherche de l’auteur est édifiant, et les chapitres concernant réellement les deux amants très bien narrés, s’apparentant à un roman très recherché. Pour moi, ce livre devient vraiment passionnant au moment où le détournement de Kerkow et Holder commence. On est ensuite happé par les événements.

Le ciel nous appartient est un ouvrage vraiment intéressant, nous montrant les relations internationales de l’époque, la manière de traiter ces actes terroristes, la mise en place des contrôles dans les aéroports – jusqu’aux contrôles drastiques que nous connaissons aujourd’hui. J’ai apprécié que rien ne soit dit sur le 11 septembre, ça n’aurait été qu’une manière d’ajouter du pathos en fin d’ouvrage, vraiment pas nécessaire pour capter l’ambiance d’une époque.

En définitive, un ouvrage très intéressant.

Ma note : 3/5