Archives de Catégorie: Science Fiction

Silo de Hugh Howey

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Hugh Howey, Silo, Actes Sud : Le Livre de Poche, Arles / Paris, 2013 / 2016

siloDe la science-fiction, voilà un moment que je n’en avais pas lue ! Et je dois dire que Silo est une belle réussite, à l’intrigue bien ficelée, un premier tome plein de promesses, une dystopie très alléchante !

Notre monde est détruit, l’air y est irrespirable. Dans ce futur lointain apocalyptique, quelques milliers d’humains vivent, ou plutôt survivent, dans un silo enterré dans le sol. Un silo de 144 étages. Tout y est régi de manière très stricte : chaque étage est dévolu à une tâche (serres, machinerie, hôpital, habitations, fournitures, etc.), les niveaux les plus près du sol sont conférés aux plus hautes sphères de cette société très contrôlée. Les naissances sont régulées, certaines idées ne doivent jamais être exprimées. En cas d’infraction grave, on est envoyé au nettoyage : dans une combinaison qui ne protège pas bien longtemps, on est contraint de sortir à l’extérieur pour y mourir. Et chose complètement aberrante : on doit nettoyer les capteurs des caméras qui filment l’extérieur, afin que les habitants du silo puissent voir l’extérieur. Mais tout le monde se demande pourquoi ces exilés le font, pour un peuple qui les a exclu de leur société ? Même les plus récalcitrants finissent par nettoyer. Ce grand mystère hante le shérif Holston, qui a été contraint d’envoyer sa femme à l’extérieur trois ans auparavant, parce qu’elle avait dit les mots interdits et travaillait sur des soi-disant non-dits dans le silo et des complots qui le hanteraient… Il décide donc de suivre les intuitions de sa femme et sort à son tour. A-t-il eu raison ? Ne vient-il pas, sans le vouloir, d’amorcer une insurrection dans le silo ? Juliette, nommée shérif et travaillant auparavant aux machines, a fort à faire pour comprendre ces mystères, le rôle du DIT qui gère toutes les données du silo – et peut-être donc bien plus que cela – et le fonctionnement du silo…

Hugh Howey nous propose une énorme saga au grand potentiel. Il crée un monde dystopique, futuriste, assez effrayant tant il pourrait être réel un jour prochain. Le monde est très bien ficelé, on sent que l’auteur a pensé à tout : les moyens pour survivre, eau, nourriture, électricité, air, contrôle des naissances, réutilisation des tissus, cuirs and co, les délimitations sociales, le manque de communication entre étages et corps de métiers afin d’éviter toute contagion d’idées dangereuses, etc. C’est extrêmement bien fait, les personnages sont attachants, ou très énervants, mais bien construits.

En parlant de construction, le roman est porté par la sienne. Tout s’entrecroise parfaitement, les informations et révélations sont distillées aux bons moments. On comprend au fur et à mesure comment a été construit ce silo, ce qui sous-tend son fonctionnement, qui tire vraiment les ficelles et quels sont les enjeux. Evidemment, à la fin de ce premier tome, on se doute que de nombreuses informations nous sont encore cachées – et heureusement, sinon les deux tomes suivants n’auraient que peu d’intérêt – mais le point fort de ce premier tome est de nous donner les réponses aux principales questions qu’on se posait dans ce tome.

On a pu en lire, des romans de ce genre, ces dernières années. Mais celui-ci a quelque chose de plus, il parvient à nous convaincre qu’un tel monde pourrait exister, parce qu’il reprend des thèmes forts de notre monde actuel : politique, conflits d’intérêt, quête de pouvoir, la recherche du bien commun d’un côté, la soif de vérité et de liberté, les conflits sociaux, les rancoeurs et les injustices de l’autre. Mais la force de l’auteur est d’y insuffler un suspens, une tension forte, qui nous envoie directement auprès de Juliette et des siens, dans un monde qui nous fait parfois un peu suffoquer, un peu devenir claustrophobe. Parce qu’il est bien difficile de s’imaginer vivre dans un monde souterrain, duquel on ne peut se soustraire sans y laisser la vie. C’est en prime bien écrit, fluide, sans fioritures inutiles. Peut-être quelques longueurs, notamment dans la descente et la montée des étages par les personnages, et les détails techniques, mais finalement cela rend le roman d’autant plus réaliste.

Un monde fascinant, donc, qui nous montre jusqu’où nous pouvons amener notre planète et ses habitants… Hâte de découvrir les deux tomes suivants pour savoir ce que nous réserve Hugh Howey !

Ma note : 5/5

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Hamlet au paradis de Jo Walton

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Jo Walton, Hamlet au paradis, Trilogie du Subtil Changement, T2, Denoël, Collection Lunes d’encre, Paris, 2015

hamlet au paradisHamlet au paradis est le second tome de la Trilogie du Subtil Changement, le premier tome s’intitule Le Cercle de Farthing. Je n’ai pas lu ce premier tome, et je me suis inquiétée de savoir s’il ne me manquerait rien pour apprécier cette lecture. Je pense que lire le premier tome m’aurait aidé à mieux visualiser le contexte historique réécrit, mais cela n’a franchement pas été handicapant. Cette uchronie est captivante, et nous oblige à nous interroger  : Et si… tout ne s’était pas passé comme cela s’est passé ? Et nous interroge forcément sur ce qui se passerait si tout recommençait aujourd’hui, si un Hitler revenait au pouvoir, si nous devions à nouveau subir les monstruosités inhérentes à la guerre… Aurait-on autant de courage, ou nous banderions-nous les yeux comme le font bon nombre de personnages de Hamlet au paradis ?

Nous sommes à Londres, en 1949. Hitler a toujours le pouvoir, le IIIe Reich est étendu à toute l’Europe. L’Amérique se fait toute petite, et Staline est le seul à encore lutter. Est-il donc utile de préciser que Juifs et communistes ne sont pas particulièrement bien vus en Angleterre, où le gouvernement soutient clairement Hitler, et à déclarer la guerre aux terroristes juifs qui “tyrannisent” les honnêtes anglais ? C’est dans cette atmosphère très lourde que Viola Lark, comédienne de théâtre qui a tourné le dos à sa famille aristocratique depuis bien longtemps, mais qui garde un lien particulier avec ses nombreuses sœurs, se voit proposer le rôle d’Hamlet, dans une représentation très à la mode où les rôles d’hommes sont donnés à des femmes, et vice versa. Électrisée, elle apprend même qu’Hitler et le nouveau premier ministre, Normanby, assisteront à la première ! Mais très vite, elle comprend que tout sera plus difficile que prévu : une des actrices meurt dans l’explosion d’une bombe qui n’est pas une bombe défectueuse du Blitz, et une de ses sœurs, communiste depuis toujours, l’appelle à l’aide… Et si tout était lié ? La situation de Viola devient vite intenable, surtout quand l’inspecteur Carmichael, très intègre, s’occupe de l’affaire de la bombe, et met donc son nez dans les affaires du théâtre et de la pièce qui va s’y jouer très prochainement…

Plus encore que l’Histoire, c’est bien l’uchronie qui m’a attiré et plu dans ce roman. S’apercevoir comment aurait tourné ce conflit planétaire si l’Angleterre avait signé une paix, la laissant tranquille dans son coin, mais laissant seuls de nombreux pays attaqués par Hitler, cela fait froid dans le dos. Le caractère central de l’Angleterre dans ce conflit n’a jamais été remis en cause, au contraire, et cette trilogie n’en est que plus convaincante. Mais dans ce récit, se pose aussi la question de comment se dépêtrer de cette situation. Parce que certains ne veulent pas continuer à être en paix avec l’Allemagne, et sont au courant des atrocités qui se trament sur le continent. Mais à ce stade, assassiner les hauts représentants permettrait-il de renverser le IIIe Reich, ou laisserait juste la place à d’autres tyrans ? Parce que toutes les idées du nazisme sont bien ancrées dans l’esprit des gens, depuis près de dix ans…

Évidemment, cette histoire est servie par deux héros complexes, pris dans des situations intenables, et pour lesquels on éprouve vite de l’affection et de l’empathie (même sans avoir lu le premier tome, où l’inspecteur Carmichael mène déjà l’enquête). Viola est obligée de faire une chose malgré elle, puisqu’on ne lui laisse le choix… Enfin, on lui laisse le choix de mourir dans la minute, ou peut-être quelques semaines après, selon sa décision… Alors, elle est bien obligée de tenter le tout pour le tout ! Se pose dès lors cette question : la fin justifie-t-elle les moyens ? Quant à Carmichael, inspecteur homosexuel, tenu par sa hiérarchie depuis les incidents du tome 1, qui sait tout de ses penchants jugés contre-nature à l’époque, il se retrouve à mener l’enquête de manière contrainte. Sa profonde honnêteté se heurte même à ses idées, travaillant pour un régime qui, s’il n’est pas directement dictatorial, est proche de celui qui sévit sur le continent… Les situations de ces deux personnages nous permettent de nous poser mille questions sur les attitudes à avoir, sur leurs échappatoires, sur ce qu’on veut voir se produire pour eux, voire malgré eux… Et la fin est en cela étonnante et très bien menée. Si j’ai trouvé dans ce roman quelques longueurs, je me suis laissée entraînée par les 60 dernières pages, qui nous mènent inexorablement vers un dénouement qui m’a franchement surprise.

Vous l’aurez compris, ce roman fut une belle découverte. Je lirai très certainement la suite, et probablement le premier tome pour comprendre les petites subtilités qui m’ont échappé. Quelques longueurs cependant qui ne me permettent pas d’en faire un coup de cœur.

Ma note : 4/5

Paru le 1er octobre 2015, traduit de l’anglais par Florence Dolisi

22/11/63 de Stephen King

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Stephen King, 22/11/63, Albin Michel, Paris, 2013

22-11-63-stephen-kingQui n’a pas entendu parler de ce roman de Stephen King ? Quand j’ai vu pour la première fois la couverture en librairie, je savais que je devais le lire. Premier Stephen King que je lis et je suis conquise !

Jake Epping est professeur d’histoire dans un lycée d’une petite ville américaine, Lisbon Falls. Divorcée, il se consacre à sa carrière et à ses élèves. Quelle surprise quand Al Templeton, le propriétaire d’un fast food près de son lycée, l’appelle et lui demande de venir le voir de toute urgence. Celui-ci semble avoir pris 10 ans en une journée et avoir contracté un cancer éclair, alors même qu’il était dans une forme olympienne la veille. Il va alors raconter une histoire tout simplement hallucinante à Jake, qui va avoir beaucoup de mal à l’assimiler. En effet, depuis la réserve du restaurant d’Al, une brèche temporelle permet de se rendre dans le passé, au matin du 9 septembre 1958 exactement. Mais il est bien obligé d’y croire dès lors qu’il tente l’expérience… Et c’est un monde plein de possibilités qui s’offre à lui. Cependant, Al a une requête, une requête de mourant : n’ayant pu le faire lui-même, à cause de la maladie, il voudrait que Jake se rende dans le passé et empêche Lee Harvey Oswald de tuer John Fitzgerald Kennedy en 1963, événement qui a provoqué pour lui les événements catastrophiques des décennies qui ont suivi, comme la Guerre du Vietnam. Alors, Jake décide de tenter le coup… Sachant qu’à chaque nouveau voyage, les éléments modifiés de l’ancien disparaissent complètement ! Mais peut-on altérer le passé sans conséquence ?

Que dire ? Que dire de plus que ce résumé ne dit pas déjà ? L’histoire qui nous est contée par le grand Stephen King est un bijoux ! Tout se tient, on est pris dans l’histoire, le suspens est halletant. On suit Jake comme si notre vie en dépendait, on voudrait nous aussi qu’il sauve Kennedy pour voir ce qui serait advenu de notre monde s’il n’avait pas été assassiné ce 22 novembre 1963. Et on pourrait y croire ! On y croit, même ! Aucun détail n’est laissé de côté, ce roman est foisonnant.

Nous revivons avec Jake la fin des années 50 et le début des années 60, le rock’n’roll, l’atmosphère si spécifique de ces années-là dans les petites villes américaines, mais aussi la déchéance de certaines autres villes, dont Dallas, qui est à elle seule un personnage à part entière. Et Jake se comporte en vrai historien et ne laisse rien au hasard, il fait des essais de modifications, tente de savoir ce qui a été modifié réellement dans le présent. Et c’est bien pour cela que ce roman sur une histoire de voyage dans le temps est si convaincant et qu’on se laisse prendre dans les filets de l’auteur.

La plume de Stephen King est absolument merveilleuse, il nous offre 930 pages de plaisir pur, avec des personnages très attachants, et d’autres juste abominables, tous extrêmement bien dépeints par l’auteur.

Je tiens à présent à préciser que l’auteur ne traite pas de la théorie du complot, ni de la culpabilité de Lee Harvey Oswald. Il part du principe que c’est bien ce dernier qui est passé à l’acte, non par conviction personnelle, mais parce que cette histoire reste un magnifique prétexte à une merveilleuse histoire de voyage temporel. Et quand on pense aux événements qui ont marqué les siècles derniers, qui ne s’est jamais demandé ce qui ce serait passé si Kennedy était resté en vie ?

Ce roman est une pure merveille. Il allie histoire et fantastique, le tout saupoudré d’une très bonne dose de suspens. Car l’entreprise de Jake n’est pas innocente et survivre sans faire de bévues cinq années dans le passé n’est pas une mince affaire… Surtout si notre héros croise une belle femme !

On reste accroché et suspendu à ce roman de la première à la dernière page. Vraiment, faites-vous plaisir et lisez-le, vous ne le regretterez pas !

22/11/63 de Stephen King est bien l’un de mes coups de coeur de l’année !

Ma note : 5/5

Blitz T1, Black Out de Connie Willis

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Connie Willis, Blitz T1, Black Out, Bragelonne, Paris, 2012.

black-out-willisQuel roman, mais quel roman ! Ma chronique a été longue à venir, mais l’impression que m’a laissé ce livre il y a déjà quelques semaines est encore prégnante. Un de mes coups de coeur de l’année, vous êtes prévenus !

En 2060, le métier d’historien a considérablement changé. Plus question de passer son temps dans les livres ou sur les chantiers de fouilles archéologiques, l’historien vit littéralement le passé. En effet, les technologies ont à ce point évolué que le voyage dans le passé est possible, et utilisé pour prendre connaissance dans les moindres détails de notre Histoire commune. Polly, Mérope, Michael et bien d’autres font parties de ces historiens de haut vol, basés à Oxford. Tous trois sont amenés à voyager durant la Seconde Guerre mondiale : Mérope pour vivre l’évacuation des enfants de Londres et leur accueil dans les campagnes anglaises, Michael pour vivre différents événements clés de la guerre, notamment Pearl Harbor et la bataille de Dunkerque et son évacuation, Polly le Blitz de Londres. Mais déjà, avant de partir, les laboratoires sont en branle bas de combat : des expéditions sont annulés, modifiés, intervertis, sans qu’aucune explication ne soit donnée. Et voilà nos trois historiens partis dans leurs missions à haut risque. Mais ces voyages dans le temps sont-ils réellement sûrs ? Les historiens peuvent-ils, sans le vouloir, modifier le passé ?

Ce premier tome nous enlève pour nous faire découvrir la Seconde Guerre mondiale comme on ne l’a jamais vu, avec un recul historique des protagonistes incroyable, et un lien marqué entre eux, malgré leur distance temporelle. Le concept de voyage dans le temps est mené avec brio, les détails sous-tendant ce concept sont fouillés et plein de réalisme. Car Connie Willis a pensé à tout : la préparation de tels voyages nécessite des costumes appropriés pour se fondre dans la masse à l’arrivée, le bon accent pour ne pas détonner, surtout en plein conflit mondial, les papiers d’identité adéquats, une connaissance accrue du fonctionnement des technologies anciennes, et le bon endroit pour débarquer dans un lieu et une époque différente d’Oxford – 2060. Alors, forcément, le lecteur s’y laisse prendre : si le voyage temporel devait exister, il se passerait exactement de cette manière, à n’en pas douter !

Ce roman est surtout empreint de réalisme, au regard de notre histoire actuelle : avec le recul des années 2060, on apprend qu’une vague de terrorisme s’est abattue en Angleterre dans les premières décennies du XXIe siècle. Alors, on y croit, et on espère que Connie Willis n’est pas vraiment prophétesse !

Parlons maintenant des personnages. L’auteur nous propose des personnages d’une grande richesse, qu’on aime suivre. Polly, Mérope et Michael sont ceux qu’on suit le plus, alors on y est d’autant plus attaché. Mais il ne faut pas oublier les autres voyageurs temporels, qui apparaissent un peu en marge, mais qui auront toute leur importance dans la suite de l’intrigue, on le pressent bien. Et les personnages historiques que rencontres nos historiens sont fabuleux, surtout ceux qui croisent le chemin de Polly à Londres.

Connie Willis, en plus de tout cela, nous offre un premier tome très bien écrit, qu’on prend grand plaisir à dévorer, et ce malgré ces 672 pages. Elle réussit à instiller dans l’intrigue ce qu’il faut de suspens pour nous donner l’envie irrépressible de lire le tome 2 dans l’instant. Une chance pour nous, All Clear sera disponible dans nos librairies le 23 août prochain ! La fin du tome 1, au cliffhanger haletant, mêlant pour nos trois protagonistes problèmes de voyage temporel et problèmes historiques liés aux événements de la Seconde Guerre mondiale, rend indispensable la lecture de ce second tome. Seul bémol, le prix assez conséquent de chaque tome (25 euros). Mais Black Out fut un tel coup de coeur que vous pouvez d’ores et déjà vous attendre à une nouvelle chronique pour cette suite dès septembre… Affaire à suivre !

Ma note : 5/5

Et voici la très belle couverture d’All Clear !

all clear willis

La Déclaration – L’Histoire d’Anna de Gemma Malley

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Gemma Malley, La Déclaration – L’Histoire d’Anna, Naïve, Paris, 2007.

La Déclaration est un roman que je souhaitais lire depuis longtemps, je me suis enfin lancée et je suis plutôt satisfaite de l’avoir fait.

declarationL’histoire se passe dans un futur bien différent du nôtre. Anna vit en 2140 dans un foyer de Surplus. En effet, elle n’aurait jamais dû naître. Car en 2140, l’Homme est immortel, pour le meilleur et pour le pire. Les avancées scientifiques ont permis d’élaborer un “antidote” à la mort de nos cellules, la Longévité, ce qui fait les beaux jours des laboratoires pharmaceutiques. Vous aurez compris le problème posé par cette immortalité : si l’Homme continue à se reproduire, la Planète va rapidement être surpeuplée. Une déclaration a alors été écrite et stipule que tout humain désirant accéder à l’immortalité devra renoncer à avoir des enfants. Certains s’y refusent et peuvent s’affranchir – et renoncer ainsi à leur immortalité – afin de pouvoir enfanter. Mais d’autres ne se sont pas affranchis pour le faire et ont donc engendré des enfants qui n’auraient pas dû naître, des Surplus. Ces derniers sont recherchés et/ou dénoncés, et placés dans des foyers spéciaux, comme celui de Grange Hall. C’est donc le cas  d’Anna, qui se retrouve à Grange Hall afin d’être dressée et amenée à servir les Légaux, immortels et supérieurs par nature. Anna se plie aux règles, elle est un Surplus modèle et s’applique à racheter sa venue sur Terre. Loin de se rebeller contre le système, si cruel envers elle, elle l’approuve et hait ses parents qui ont été trop égoïstes et inconséquents pour penser à son bien-être et respecter la déclaration, si importante à ses yeux. Mais un jour, un nouveau Surplus rejoint les rangs de Grange Hall, et loin d’être un nourrisson, comme c’est si souvent le cas, c’est déjà un Aspirant de son âge. Peter est d’autant plus troublant qu’il dit connaître les parents d’Anna et savoir plein de choses sur elle… Cette rencontre ne sera pas sans conséquence sur le monde d’Anna : et si tout ce en quoi elle croyait n’était que mensonges ?

Cette dystopie n’a rien de révolutionnaire, elle nous montre un monde où l’avènement du transhumanisme a eu lieu, et pour protéger “le plus grand nombre”, des règles autoritaires sont imposées aux populations. Mais l’Histoire d’Anna, même si elle présente certaines longueurs, dépeint de manière intéressante le processus psychologique qui va l’amener, petit à petit, à remettre en cause ce système si injuste et si rude dans lequel elle vit.

Gemma Malley a une jolie plume, même si la première moitié du roman présente quelques longueurs, et surtout des répétitions. On ne fait que répéter qu’Anna croit en la Longévité, que ces parents ne méritent que haine, qu’il faut respecter Mère Nature qui en a voulu ainsi, etc… C’est un peu lassant, et en même temps, l’auteur nous montre à quel point un enfant peut être “programmé”.

La construction du roman est également intéressante, les chapitres sont entrecoupés de pages du journal intime qu’Anna écrit dans la plus grande clandestinité. Ces passages écrits à la première personne dépeignent une Anna de plus en plus vulnérable, de plus en plus encline à écouter les propos de Peter, et nous permettent de nous attacher à cette jeune fille qui a toute sa vie vécu dans une institution tout à fait inhumaine dans laquelle on lui a appris à la dure qu’elle était inférieure aux Légaux, qui étaient là avant elle.

Pour avoir travaillé sur une plateforme interactive, www.resistance2031.com, qui met en avant les dérives technologiques, dont le transhumanisme et la singularité, en dépeignant un futur posthumaniste, je me suis intéressée à ces questions, et ce roman met bien en avant les dérives possibles de ces pratiques, c’est en cela que j’en ai également apprécié la lecture.

En somme, ce n’est pas la meilleure dystopie que j’ai pu lire – je dois avouer qu’Hunger Games a une place toute particulière dans mes coups de coeurs littéraires – mais La Déclaration – l’Histoire d’Anna offre un moment agréable de lecture. Je compte lire très vite les deux tomes qui suivent, qui se nomment La Résistance – l’Histoire de Peter, et La Révolution, je publierai très vite les chroniques correspondantes !

Ma note : 3/5

Parallon de Dee Shulman

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Dee Shulman, Parallon, Robert Laffon, Collection R, Paris, 2013

parallon-dee-shulmanCe roman de la nouvelle Collection R de Robert Laffont est le premier que je lis, sans compter La Couleur de l’âme des anges de Sophie Audouin-Mamikonian dont je ne parlerai pas ici – je n’ai en effet pas pu le terminer, je n’ai pas accroché à l’histoire, ni au style, et je ne chronique jamais un livre non lu entièrement ! Donc, je reprends, c’est le premier livre de la Collection R que je lis – en entier – et je ne suis pas déçue !

L’histoire de Parallon mêle histoire contemporaine et historique, sur fond de science fiction, que demander de plus ? En effet, nous suivons deux personnages différents, qui vivent à deux millénaires d’intervalle. D’un côté, nous avons Eva, jeune fille brillante mais qui peine à trouver sa place depuis que son père est mort et que sa mère s’est remariée. Elle possède des capacités incroyables et une intelligence vive qui lui permettent de prendre la fuite dès qu’elle rencontre un problème, et c’est ainsi qu’elle s’est débrouillée pour se faire renvoyer de ses deux derniers lycées. Très solitaire, elle va trouver sa place au sein de l’institut Sainte-Magdalen à Londres où ne sont accueillis que de brillants élèves et où un incident dans un laboratoire va donner un tournant décisif à sa vie…

En parallèle, nous nous intéressons à Séthos Leontis, qui vit en 152 à Londinium. Ce jeune gladiateur ne se remet pas d’avoir perdu sa liberté et lutte chaque jour pour sa survie en attendant de prendre sa revanche et de recouvrer sa liberté. Très méticuleux, il ne laisse rien au hasard, se prépare méthodiquement à chaque combat, ce qui en fait l’un des meilleurs gladiateurs de Londinium. Lorsqu’il tombe amoureux d’une jeune fille libre, Sethos doit faire face à de grands dangers.

Ces deux personnages, que les époques mêmes opposent, vont se rencontrer, pour leur plus grand péril.

Je veux commencer par saluer la réalité historique du Londres du IIe siècle de notre ère. Dee Shulman a mené un travail incroyable de recherche, et le résultat vaut vraiment la peine… Rien que pour cela, ce livre mérite d’être lu !

L’histoire en elle-même est plutôt sympathique. Je me suis laissée happée par ce roman, on passe un très bon moment de lecture. Le style de l’auteur est fluide et agréable, c’est donc un roman young adult bien distrayant. Je mettrais un petit bémol sur toute cette histoire de virus qui rassemble nos deux héros, que je trouve un peu tirée par les cheveux… J’attends donc la suite, afin d’apprécier la manière dont elle va développer ce point précis, noeud central du roman.

Pour le reste, si on s’attend à l’histoire d’amour, on se laisse prendre dans les filets de l’auteur. Certains reprocheront une première partie qui peine à s’amorcer, avec quelques longueurs, et une dernière partie où tout s’accélère bien trop vite – le roman est divisé en trois parties. Ça ne m’a pas dérangée outre mesure, mais c’est peut-être aussi parce que passer du temps dans le Londres de 152 après J.-C. m’a beaucoup plu – petit travers d’une ancienne étudiante en histoire de l’art.

En somme, il s’agit d’une lecture bien agréable, sans conséquence, qui permet de s’évader facilement et de se détendre. Un roman YA réussi !

Ma note : 4/5

Pure de Julianna Baggott

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Julianna Baggott, Pure, Editions J’ai Lu, Paris, 2012

purePure de Julianna Baggott est un roman post-apocalyptique qui ne laisse pas  indifférent…

Pressia vit avec son grand-père dans les ruines d’un ancien salon de coiffure. Après les Détonations qui ont ravagé le monde, seuls quelques centaines d’humains ont survécu à la destruction. Ils en sont sortis mutilés, fusionnés avec des objets de leur quotidien, et parfois pire… De nombreuses créatures étranges peuplent ce monde dans lequel Pressia grandit. Elle va avoir 16 ans, l’âge auquel la milice viendra la chercher pour l’entraîner. Seuls les plus forts survivront… Les autres seront supprimés. Elle envisage de se cacher, tout en regardant le Dôme, ce lieu où certains se sont réfugiés avant les Détonations, et qui viendront les chercher un jour, comme ils l’ont promis dans un message envoyé juste après la destruction du monde…

En parallèle, Partridge vit dans le Dôme, qui n’est pas le paradis imaginé par Pressia. C’est un monde aseptisé, où on modifie les jeunes gens afin d’en faire des êtres parfaits. Tout est sous surveillance, rien n’échappe à ceux situés tout en haut de la hiérarchie du Dôme, dont fait partie le père de Partridge. Mais Partridge commence à se demander si sa mère ne serait pas vivante à l’extérieur du Dôme…

Ce livre est assez intriguant et inquiétant, comme le sont tous les livres de ce type, tel Hunger Games, que je vous conseille chaudement si ce n’est pas déjà lu. En arrivera-t-on là, à survivre dans un monde qu’on aura fini par détruire ?

Les destins de Pressia et Patridge, ainsi que ceux de tous les personnages qu’ils vont croiser, ne peuvent nous laisser indifférents. Le livre est rythmé, bien écrit, et nous tient en haleine jusqu’à la fin. De nombreuses révélations viennent achever ce premier tome, et nous laisse tout plein d’impatience quant à la suite à paraître… Ce roman est en effet le premier d’une trilogie dystopique qu’est en train de nous concocter Julianna Baggott dont je vais suivre  l’actualité avec assiduité !

Ma note : 4/5