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Le plus beau des vœux d’Alyson Noël

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Alysin Noël, Le plus beau des vœux, Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2017

LE_PLUS_BEAU_DES_V_UX_hdEn cette période féérique, pleine de magie, que j’affectionne particulièrement, j’aime lire des romans enchanteurs. Quand j’ai découvert cette nouveauté Michel Lafon, la couverture m’a indéniablement attirée. Cette histoire pour adolescents avait tout pour me plaire, bien que l’intrigue ne soit pas d’une très grande originalité et que la fin était prévisible. Mais cela ne m’arrête pas en général, et j’arrive toujours à passer un bon moment. Ici, si le moment a été plutôt bon, je n’ai pas été conquise. Voilà pourquoi.

Mais d’abord, le résumé. Nick Dashaway n’est pas cool. Ses amis ne le sont pas non plus. Or, il rêve de faire partie de cette caste de mecs qui attirent les filles, qui sont bien vus de tous, respectés et assis aux meilleures tables du réfectoire, entourés de copains branchés qui boivent leurs paroles. Alors, quand un concours de chant est organisé dans son collège par une jeune rock star ayant fait ses études dans ce même collège, il y voit sa chance. Il va tout déchirer, sortir un disque, être une star, être au sommet de la coolitude. Et les filles le remarqueront. Mais tout ne se passe pas comme prévu… Quand une amie bien peu cool lui offre une bougie en lui intimant de faire un vœu réfléchi avant de souffler la flamme après sa déconvenue, il finit par tenter sa chance… Et c’est complètement ahuri qu’il se retrouve propulsé dans une nouvelle vie. Une vie où il a tout ce qu’il a toujours voulu : il est célèbre, riche, cool. Il attire toutes les filles, est invité à toutes les fêtes et il a un talent fou. Mais cette popularité est-elle un cadeau si incroyable ? Ne laisse-t-il pas quelque chose de précieux derrière lui ?

Le message de ce roman, s’il peut paraître banal, est plutôt intéressant au vu du public auquel s’adresse l’auteur. Montrer aux adolescents que les rêves de paillettes, la popularité et les succès faciles ne rendent pas forcément heureux, qu’il faut avant tout être soi-même et fidèle à ses principes sont des messages qui ne seront jamais assez martelés à des adolescents. En cela, le roman d’Alyson Noël remplit pleinement son office. Mais au-delà de cela, j’ai trouvé que l’intrigue était bien creuse.

Si, comme je l’ai déjà dit, on s’attend à ce qui va pouvoir arriver au jeune Nick, il reste très ennuyeux de comprendre la construction exacte du roman, ainsi que chaque événement, chaque évolution des pensées du personnage principal. Et ennuyeux est le bon mot : je me suis profondément ennuyée. Les personnages sont caricaturaux, de la jeune fille ambitieuse et opportuniste dont Nick croit être amoureux, le manager qui ne pense qu’à l’argent, la famille qui ne pense plus à l’adolescent qu’uniquement pour obtenir quelque chose, le meilleur ami qui ne profite que de sa popularité, jusqu’à la fille rebelle de l’employé de maison qui l’envoie sur les roses et ne le supporte pas.

On dit qu’il y a plusieurs étapes au deuil. Ici, il semble y avoir plusieurs étapes à la construction de ce type de roman, et chaque partie en développe une : d’abord le souhait de changer de vie, la propulsion dans une nouvelle et la perte de repères, l’enchantement et l’envie de profiter de toutes ces nouveautés inattendues, le début du désenchantement, la décision de repartir dans sa vraie vie, et enfin… la dernière partie dont je ne dirai rien, même si vous devinez expressément de quoi il retourne. Ce que je viens de faire peut s’apparenter à du spoil si tout cela n’était pas évident à la lecture du roman. Et c’est bien dommage.

Parce que si les personnages sont un peu caricaturaux et les aventures du héro un peu convenues, l’auteur aurait pu instiller un peu de subtilité et une pointe de profondeur pour rendre tout ceci moins prévisible. On a tous lu des romans dont on connaissait par avance la fin, et c’est aussi pour cela qu’on les dévore. Que ce soit une histoire d’amour ou autre, on arrive pourtant, dans la plupart des cas, à faire abstraction de la construction du roman ou des caricatures pour plonger dans un environnement qu’on a envie de retrouver. Et bien plus que s’attendre à la fin, on la souhaite. C’est pour cette raison qu’on lit ce genre de roman, autrement on aurait passé son chemin. Ce n’est donc pas tellement la fin prévisible que je regrette, mais bien de ne pas avoir pu faire abstraction de tout le reste. De tourner la page et de me dire, il va se passer cela, untel va venir gâcher la fête, elle n’est pas ce qu’elle prétend, et de ne pouvoir mettre mon cerveau en off pour juste profiter de la lecture.

Il s’agit d’un roman pour adolescents, et j’espère vraiment que c’est parce que je suis adulte que je ne l’ai pas apprécié comme je l’aurais aimé. Mais pour autant, je lis beaucoup de romans pour enfants, adolescents et jeunes adultes, et ce genre de chose m’arrive rarement. Pourtant le personnage de Nick reste attachant, ses craintes et ses peurs, ses souhaits et déconvenues restent crédibles au vu de son âge (bien qu’il nous semble parfois qu’il a 5 à 10 ans de plus). J’espère vraiment que les plus jeunes sauront apprécier ce roman.

Ma note : 2/5

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Les oubliés du dimanche de Valérie Perrin

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Valérie Perrin, Les oubliés du dimanche, Albin Michel / Le Livre de Poche, Paris, 2015 / 2017

les oubliés du dimancheVoici un roman qui fait bon lire, dont on garde de douces impressions longtemps après l’avoir refermé, un roman pourtant dense, plein de secrets de famille, sur la transmission et la mémoire. Une petite perle.

Justine a 21 ans et vit chez ses grands-parents avec son cousin Jules qu’elle présente à tout le monde comme son frère depuis le décès accidentel et soudain de ses parents et de ceux de Jules alors qu’ils n’étaient qu’enfants. Elle est très attachée à son travail d’aide-soignante dans une maison de retraite, ce que Jules a bien du mal à comprendre. Si on parle peu chez elle, si ses grands-parents ont toujours été distants, taciturnes et secrets, elle trouve du réconfort à écouter les histoires des pensionnaires de la maison de retraite pendant qu’elle leur prodigue leurs soins. Elle s’attache particulièrement à Hélène, centenaire, qui a toujours rêvé d’apprendre à lire. A travers son histoire, la rencontre de son mari avant la guerre, les dures heures du conflit pendant qu’ils géraient leur café et même encore après, Justine apprend à rêver. Quand un mystérieux corbeau officie à la maison de retraite et qu’elle rencontre un officier chargé de l’enquête, elle comprend qu’il réside des zones d’ombre dans l’accident de ses parents. Elle part alors à la recherche de l’histoire de sa famille et de réponses pour réussir à enfin se construire et parvenir à s’attacher et aimer.

Cette histoire est très belle car elle nous parle de plein de choses importantes qu’on a tendance à laisser de côté bien trop souvent. Justine est un personnage magnifique car désintéressée et altruiste. Elle se dévoue à la maison de retraite malgré son jeune âge, et si elle profite des histoires racontées, elle porte également une oreille attentive à des personnes qui reçoivent souvent peu de visite. Ce point, soulevé tout au long du roman, grâce à ce mystérieux corbeau, permet de s’interroger sur la place qu’on laisse dans nos vies à nos aînés. Pour autant, l’auteur n’est pas moralisatrice pour un sou, mais elle parvient à nous poser de bonnes questions.

Vous l’aurez compris, deux histoires s’entremêlent, celle de Justine et celle d’Hélène qui nous parvient par bribe, au gré des divagations de la vieille dame, que Justine retranscrit dans un cahier pour son petit-fils, marquant ainsi l’importance de la transmission. Avec cette histoire, c’est un pan d’Histoire qui est soulevé, celui de la Seconde Guerre mondiale. Mais l’auteur ne s’y attarde pas, ne nous offrant pas par là un énième roman comme il en existe déjà tant, mêlant cette guerre à notre présent. Ici, c’est plus l’après qui la questionne, la reconstruction après avoir vécu un tel conflit, après avoir vécu les camps et les travaux forcés, ou même seulement l’Occupation. C’est peut-être les moments que j’ai préféré, mais je ne vous en révélerai pas plus. Ce pan du roman est fort, et nous fait comprendre le désir que peut ressentir Justine à comprendre sa propre histoire.

Les secrets de la famille de Justine sont ceux qui nous tiennent le plus sous « tension ». Comme elle, on cherche ce qui a pu amener à cet accident de voiture fatidique, au manque de communication et de gestes d’affection des grands-parents, qui semblent pourtant adorer leurs petits-enfants. Mais de loin. Le personnage de Justine se révèle lors de son enquête. Si elle a dédié sa vie aux autres, elle veut comprendre ce qui sous-tend sa propre vie. Elle est obstinée et diablement attachante dans ses fêlures. Parce que par-dessus tout, Justine est un personnage vrai, une jeune femme d’aujourd’hui, et Valérie Perrin n’enjolive pas sa vie quotidienne. Oui, Justine sort régulièrement en boîte de nuit pour se défouler et s’amuser un peu, oui elle a un plan-cul régulier depuis peu, enchaînant plutôt les coups d’un soir avant ça, et elle ne parvient pas à retenir son prénom. Si elle est altruiste dans son boulot et avec son frère, on ne peut pas dire qu’elle le soit tellement avec cet homme qui ne demande qu’à mieux la connaître. Justine est vraie, on pourrait la rencontrer dans la vie, elle se blesse, pleure et se relève, cherche des réponses mais se demande aussi ce qu’elle fera une fois les réponses en main. Et en effet, au moment de la révélation, la question se pose.

Ce roman est beau et sensible, son écriture est maîtrisée. On ressent de la mélancolie, de la joie et de la peine, une envie furieuse de vivre enfin notre vie. Ce roman nous parle d’eux, de nous, des amours, les impossibles, les passés, les futurs, les difficiles, les inavouables, les présents. A lire absolument.

Ma note : 5/5

Alfie Bloom et la sorcière de l’île du Démon de Gabrielle Kent

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Gabrielle Kent, Alfie Bloom et la sorcière de l’île du Démon, Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2017

POUR EVITER TOUS SPOILER ? JE VOUS INVITE À VOUS RÉFÉRER À MES CHRONIQUES DES TOMES 1 ET 2 !

Alfie_Bloom_-_tome_3_hdAlfie Bloom est, depuis deux ans, un rendez-vous incontournable de ma fin d’année. Plein de magie, les romans de Gabrielle Kent sont parfaits pour cette période de l’année. C’est donc pleine d’enthousiasme que je me suis lancée dans la lecture de ce troisième tome, et encore une fois, la magie a opéré !

Alfie a depuis quelques mois maintenant cette magie enfouie en lui qui veut prendre le contrôle, de plus en plus fort, au point que le druide Orin Hopcraft qui avait caché ces pouvoirs en ce jeune garçon décide de débuter son apprentissage de la magie. Mais Orin ne vit pas dans le même siècle qu’Alfie… Voici donc le jeune sorcier, accompagné d’Amy, sa meilleure amie, de Robin et Maddie, ses cousins, et enfin d’Ashford, la maître d’hôtel qui les supervise, en route vers le passé ! Commencent cours de magie pour Alfie, cours de botanique, herboristerie, runes et autres joyeusetés pour les autres. Mais rapidement, quelque chose cloche dans le village d’à côté, Amy a de drôles de rêves qui semblent plus vrais que nature. Elle y voit une créature des ténèbres qui prend la force vitale d’humains, les laissant à peine vivants. Quand Orin et Ashford sont touchés et qu’ils comprennent que cette créature en a après les pouvoirs d’Alfie, les quatre amis, accompagnés de Bryn, un ami très spécial d’Orin, partent en quête d’aide en la personne d’une sorcière réfugiée sur une île à plusieurs jours de marche du château d’Hexbridge… Une quête pleine de dangers et d’aventures !

Nous retrouvons avec bonheur nos héros pour une nouvelle aventure en plein cœur du passé. Et quelle bonne idée que celle-là ! Ils y découvrent une période inconnue et font face à de nouveaux défis, comme la suspicion envers les étrangers des personnes locales. Mais ce nouveau cadre permet surtout d’amener une nouvelle aventure pleine de rebondissements et de découvertes, obligeant chaque ami à découvrir ses dons et à s’en servir, et pas seulement Alfie. Ce tome, pour Alfie, au-delà d’accepter et de contrôler ses pouvoirs, c’est aussi d’accepter qu’il ne peut maîtriser tous les enseignements d’Orin à lui seul, qu’il faut qu’il compte sur ses amis. Il doit accepter leur implication et comprendre qu’il ne peut tout gérer seul. C’est finalement une étape assez importante dans l’accomplissement du jeune adolescent.

L’auteur parvient à nous livrer un univers cohérent avec les tomes précédents et continue d’approfondir les personnages. Si le personnage d’Orin reste toujours énigmatique, on en apprend beaucoup sur Bryn, personnage aperçu dans le tome 1 lorsqu’Alfie et Robin avaient malencontreusement effectué un rapide saut dans le temps. Et de fait, on en apprend plus sur un personnage du présent, mais je n’en dirai pas plus, c’est la chouette révélation de ce tome ! Mais au-delà de Bryn, on en apprend plus sur le personnage qui se cache derrière ce spectre maléfique qui vient les hanter. Il est loin d’être anodin puisqu’il est la cause qui a poussé Orin à cacher les pouvoirs en Alfie, qui s’en serait bien passé.

Ce tome marque donc un tournant. Alfie apprend à accepter ses pouvoirs, comprend qu’il peut les contrôler et qu’il doit y faire attention parce que même la meilleure volonté du monde peut amener à des résultats catastrophiques. Il apprend qu’il ne peut pas tout maîtriser et qu’il doit s’appuyer sur ses amis. On en apprend un peu plus sur les origines de cette magie, sur ceux qui la convoitent depuis toujours. Et surtout, on découvre un Hexbridge ancien, toujours autant enchanteur, ainsi que de nouveaux personnages tout à fait fascinants. Le tout grâce à la très belle plume de l’auteur, parfaite pour le lectorat visé.

Encore une fois, Gabrielle Kent nous enchante avec les aventures de son jeune héros. Je suis triste d’apprendre qu’il s’agit du dernier tome, surtout qu’il y avait encore beaucoup de choses à approfondir. J’avoue que je reste sur ma faim, et j’espère que l’auteur changera un jour d’avis et reprendra les aventures d’Alfie !

Ma note : 5/5

La maison des Turner d’Angela Flournoy

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Angela Flournoy, La maison des Turner, Les Escales, Paris, 2017

La-maison-des-TurnerLa maison des Turner, c’est l’histoire de la famille Turner et des treize enfants qui la compose. Cette famille a grandi à Détroit, dans une maison de Yarrow Street. Cette maison retrace leur histoire : l’installation de la famille, la naissance des enfants et petits-enfants, le décès du père, les événements plus ou moins incroyables qui ont pu s’y dérouler, mais aussi la dégradation du quartier. Aujourd’hui, alors que la mère de cette fratrie ne peut plus vivre seule, qu‘un emprunt ne rend pas les finances familiales florissantes et que la maison ne vaut plus grand chose, la décision quant à cette demeure devient difficile. La crise des subprimes les prend à la gorge, et de Chacha, le frère aîné et nouveau patriarche de la famille, à la dernière, Lelah, ce sont toutes les complexités des relations d’une famille nombreuse qui nous sont présentées.

Ce roman a une certaine force liée à une écriture maîtrisée, accessible et sobre. L’auteur nous dépeint au travers d’une galerie de portraits de personnages aussi attachants que différents une société en pleine mutation, une ville et certains quartiers en pleine transformation, une précarité inhérente à une ville industrialisée qui subit de plein fouet une crise qui la laisse démunie. La famille Turner en subit également les conséquences.

Mais l’auteur nous présente aussi des thèmes universels comme la famille, l’amour, le temps passé, présent et à venir. Les personnages sont chacun très différents, et ont des vies bien éloignées les uns des autres. Heureusement que l’auteur nous propose en début de roman un arbre généalogique, au risque de s’y perdre. Par contre, il reste dommage que, proposant un tel nombre de personnages, elle ne se soit cantonnée à ne suivre que trois d’entre eux.

Ce qui est également intéressant, c’est que l’auteur nous dépeint la ville de Détroit et son évolution au fil du temps, la ségrégation – et cette famille noire peut en témoigner – les crises à répétition qui voient une désurbanisation de la ville et une pauvreté de plus en plus marquée, liée à la création de ghettos plein d’insécurité. Si c’est bien l’histoire d’une famille à laquelle s’attache ce roman, c’est aussi celle de la ville, et c’est ce qui rend ce roman intéressant.

Malheureusement, je ne suis pas parvenue à entrer dans ce roman. L’écriture a beau être agréable, les personnages plutôt intéressants, j’ai eu du mal à m’intéresser au destin de cette maison et de cette famille. Pourquoi ? C’est difficile à dire. Peut-être quelques longueurs, de longs chapitres qui viennent présenter un moment d’un personnage mais dont j’ai eu du mal à voir l’intérêt. Ou peut-être que ce n’était pas le bon moment pour moi de lire ce roman. Mais sans conteste, je vois la beauté de ce roman, sa force dramatique, sans avoir réussi à y avoir été sensible.

Un roman très beau, donc, bien écrit, sur une famille complexe, une maison pleine de souvenirs et une ville en pleine mutation, qui ne m’a malheureusement pas émue. Dommage.

Ma note : 3/5

La guerre à la politesse est un combat sans merci de Gaspard de Lalune

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Gaspard de Lalune, La guerre à la politesse est un combat sans merci, Les éditions Textuel, Paris, 2017

la guerre à la politesse est un combat sans merci

Quel beau livre que celui-ci ! Quand un ouvrage allie esthétisme, graphisme, humour, rétro, moi je dis oui !

Ce livre détourne habilement publicités et gravures anciennes pour nous offrir des jeux de mots sur le sujet de la politesse. Enfin, la politesse… Si on peut dire ! Chaque page est une réjouissance, tant au niveau du travail sur les mots que sur le graphisme mêlant pop culture et belle époque. Et quel bonheur !

L’auteur nous offre un bel objet bourré d’humour. Il va au bout du bout de son idée en inventant une biographie de A à Z, nous faisant croire qu’il est né au XIXe siècle – chose évidemment impossible quand on voit les références dans ses planches. Derrière cet être allumé se cache Vincent Falgueyret qui manie la langue et les jeux de mots avec un grand brio.

Les jeux de mots sont fins et étudiés. Certaines planches sont rapidement lues quand d’autres nous offrent tout un panel d’objets présentés « à la vente » avec des légendes absurdes. Cet ouvrage se lit et se relit avec jubilation, parfois à voix haute, pour en comprendre le sens et les calembours que l’artiste a inventés pour notre plus grand bonheur. Rire en public à la lecture de cet ouvrage est un risque inévitable.

A cela s’ajoutent des planches magnifiques imprimées sur un papier épais de qualité qui fait toute la splendeur de ce beau livre. Tout pourrait laisser penser qu’il s’agit d’un ouvrage d’époque ! Si ce n’était l’impertinence de ce Monsieur de Lalune.

C’est un vrai coup de cœur, un beau cadeau pour tous les amoureux de graphisme, de calembours et d’humour !

Ma note : 5/5

Mon amie Adèle de Sarah Pinborough

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Sarah Pinborough, Mon amie Adèle, Editions Préludes, Paris, 2017

mon amie adèleLes éditions Préludes nous avaient annoncé que ce roman était une claque. D’ailleurs, ils nous ont intrigué pendant des semaines avec le hashtag #findeDINGUE. Et bien, ils avaient raison ! Ce roman est intrigant, il défie les genres, nous embarque dans une histoire pas comme les autres. Et même après avoir été prévenue, j’ai été étonnée par la fin !

Louise est mère célibataire et travaille à temps partiel comme secrétaire dans un cabinet de psychologues. Elle aime son travail, mais c’est son fils qui compte plus que tout. Sauf qu’elle a bien du mal à s’accomplir. Depuis que son mari l’a quittée pour une autre – et qu’il a enchaîné les conquêtes depuis – elle ne parvient plus à faire confiance aux hommes et n’a que très peu d’amis. Un soir, elle rencontre un homme dans un bar, David, mais s’aperçoit ensuite qu’il s’agit de son nouveau patron marié. Marié à une femme magnifique, Adèle, cette dernière semble parfaite en tout point. Sauf qu’elle cherche rapidement à devenir amie avec Louise… qui se retrouve coincée entre David et Adèle, commençant à tomber amoureuse du premier et amie avec la seconde qui, rapidement, semble inquiète, démunie face à son mari, ce que Louise a bien du mal à comprendre. Que cache ce couple qui semble parfait en société mais qui a l’air de cacher nombre de secrets inavouables ? A qui se fier ? Louise se retrouve prise au piège au sein de ce couple pas comme les autres…

Le lecture de ce roman nous fait passer par tous les sentiments, de l’empathie envers Adèle, puis David, et à nouveau Adèle, à en être perdu… Mais surtout envers Louise. On passe par la colère, la compréhension, l’incrédulité, le choc. Mais c’est un sentiment de peur insidieux qui nous prend aux tripes et un malaise qui nous poursuit même après avoir refermé le livre. C’est fort et dérangeant, les personnages restent longtemps après avoir fini le livre. On y pense encore des jours après, j’ai même dû attendre quelque semaines avant de m’atteler à l’écriture de cette chronique tellement j’étais encore choquée et troublée.

Les personnages sont travaillés, voire plus que cela, ils sont fouillés, forts, complexes et se révèlent au fil du roman. Ce sont les émotions que nous ressentons à la lecture qui nous guident, nous poussent à nous interroger sur ce que vit Louise, sur ce jeu de manipulation, et nous laissent perplexes… Nous sommes moins dans une collecte d’indices que dans une collecte d’impressions, de malaises qui finissent par faire sens à la toute fin. Et qui nous donneraient presque envie de relire le roman avec cette révélation en tête afin de déceler tout ce que à côté de quoi nous sommes passés.

Avant d’en venir à la fin, revenons sur les personnages et l’intrigue, menée de main de maître. Les personnages sont plus qu’intrigants, ils sont dérangeants, construits avec une telle maîtrise qu’on en reste bluffés. C’est la grande force de ce roman, nous interroger à chaque instant sur Adèle et David, leur couple, leur passé, ce qui les unis. On est autant perdu que Louise, à ne plus savoir à qui faire confiance. Des passages nous ramènent dans le passé d’Adèle, au lendemain de la disparition de ses parents dans un incendie auquel elle n’a réchappé que de justesse grâce au sauvetage in extremis de David, alors que traumatisée elle se retrouve dans un hôpital psychiatrique. Elle y rencontre un jeune homme aussi blessé qu’elle, se lie d’amitié avec lui. Elle nous semble bien différente de ce qu’elle est devenue et nous pousse à nous interroger sur un nombre important d’événements qu’elle a pu vivre, ainsi que sur David. On en devient un peu dingue, à ne plus savoir à qui se fier et que croire.

La fin de ce roman est juste hallucinante, complètement flippante, inimaginable, à avoir envie de recommencer cette lecture, comme je le disais. Il faudrait avoir l’esprit vraiment tordu pour envisager cette fin, même pour un fan de thrillers. Mais il faut bien que je le dise – et sans trop en dévoiler – : on est certes dans un thriller psychologique, un jeu de manipulation, des rapports presque schizophrènes entre les personnages qui nous font perdre nos repères, mais la toute fin nous entraînerait presque jusqu’à un autre genre, mais je n’en dirai pas plus !

Ce roman, c’est une claque, une écriture maîtrisée, une intrigue bien ficelée et obsédante, des personnages qui nous prennent aux tripes et une fin de dingue. Un roman addictif que je vous conseille, un peu flippant, une fin un peu traumatisante mais tellement inattendue qu’on ne peut que saluer l’imagination et la maîtrise de l’auteur. Chapeau bas.

Ma note : 5/5

Mémoires d’une jeune guenon dérangée, le journal intime de Cléopâtre Wellington de Maureen Wingrove

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Maureen Wingrove, Mémoires d’une jeune guenon dérangée, Le journal intime de Cléopâtre Wellington, Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2017

MEMOIRES_D_UNE_JEUNE_GUENON_DERANGEE_hdConnaissez-vous Diglee ? Si c’est le cas, sachez que c’est le pseudonyme de l’auteur de l’excellent roman que je vous présente aujourd’hui, et rien que cela devrait vous donner envie de foncer. Et vous auriez raison. Si ce n’est pas le cas, sachez que c’est une illustratrice qui s’est fait connaître notamment par son blog diglee.com mais aussi par ses bandes dessinées humoristiques. Et que vous devez lire ce roman. A bon entendeur.

Cléopâtre est adolescente, avec tout ce qui va avec : des parents divorcés, une mère qui lui court sur le haricot, une petite sœur mignonne mais un peu spéciale, un père un peu timbré, un beau-père décalé, des potesses qu’elle adore et des crush sur des garçons qui se moquent d’elle en permanence. Elle-même n’est pas la plus classique des ados : elle a une pilosité débordante et un goût prononcé pour tout ce qui est kitsh et sort de l’ordinaire. Et ses occupations sont pour le moins originales : tourner un film d’horreur amateur, espionner sa voisine en mission commando et jeter des sorts et autres joyeusetés pour se porter chance ou se venger de Clément qui l’humilie en permanence. Dire que la rentrée la stresse est un euphémisme. Avec sa BFF Chloé, elles voudraient que tout change. Et quand deux nouveaux se pointent dans la classe, il se peut que leurs vœux s’exaucent.

Ce roman pour ado est un petit bonheur de chaque instant, bourré d’humour et de bonne humeur. Se plonger dans le roman de Mauree Wingrove, c’est retrouver ses quatorze ans, les sensations associées, se remémorer bons et moins bons moments (mais surtout les bons), c’est plonger dans une chouette nostalgie. Parce que toute la beauté de se roman, c’est bien la justesse des propos, des sensations de Cléo et de ses amies, c’est ce sentiment d’injustice constant dont on arrive à rire aujourd’hui, vu d’un peu plus loin. Mais tous les ados adoreront ce roman, qui n’est que le premier tome d’une série que j’espère longue !

La famille de Cléo est fantasque en tout point, mais pour autant assez réaliste. Ou est-ce la manière dont elle est présentée par Cléo et grâce à l’écriture pleine de drôlerie de l’auteur ? Un peu de chaque certainement. Mais ce qui est certain, c’est qu’on a définitivement envie de faire partie de cette famille recomposée, avec cette mère un brin autoritaire, mais qui n’est pas du tout appuyée par le père dont elle est divorcée et qui est d’un laxisme effrayant, avec ce beau-père au sens de l’humour embarrassant mais qui fait rire le lecteur – à défaut de Cléopâtre -, et enfin avec cette petite sœur mignonne à souhait, passionnée de phoques, un peu givrée, complice de Cléo. Une famille qui donne envie et qui est parfaite pour rendre le journal intime de Cléopâtre très intéressant !

Quant aux amies de Cléo… Elles sont toutes différentes, avec leurs particularités spécifiques bien appuyées : l’une est obnubilée par le physique, une autre est d’une grande timidité, une autre encore est un vrai garçons manqué. Le groupe de cinq filles, les potesses de Cléo, nous offre un concentré d’adolescence dans ce qu’elle a de plus compliqué et d’éclectique, mais surtout permet la mise en scène de situations très drôles.

En clair, ce roman nous fait revivre les meilleurs moments de notre adolescence, le tout arrosé de références culturelles actuelles – il est presque certain que j’aurais aussi adoré Lady Gaga – et connecté aux réseaux sociaux. Parce que moi aussi, je serai allée chercher mon crush du moment sur facebook et instagram, j’aurais attendu une demande d’ami, un like ou un texto.

Ce roman nous fait penser aux romans de Louise Rennison, Le journal intime de Georgia Nicholson, qui ont bercé l’adolescence de plus d’un, nous avaient enchanté et fait rire. L’auteur d’ailleurs ne s’en cache pas dans ses remerciements, et lui rend un bel hommage par l’écriture de ces Mémoires d’une jeune guenon déjantée.

Ce roman devrait plaire à tous les adocescents et rendre nostalgiques tous les adultes. Diglee a un côté déjanté qui transparaît dans chaque page, dans les expressions de Cléo qui nous prend à partie – n’oublions pas qu’il s’agit d’un journal intime – et nous emmène avec jubilation et humour à sa suite, durant cette rentrée scolaire et jusqu’à Halloween.

Ce roman est fichtrement bien fait, vraiment drôle et devrait enchanter jeunes et moins jeunes. Vite, la suite !

Ma note : 5/5