Le revers de la médaille d’Olga Lossky

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Olga Lossky, Le revers de la médaille, Denoël, 2016, Paris.

le revers de la médailleLe revers de la médaille est un roman qui m’a beaucoup surprise, abordant des thèmes que je n’aurais pas vraiment imaginé à la lecture de la quatrième de couverture. Pour une fois, ce résumé en dévoile assez pour donner envie, sans nous conter les trois quarts du livre, permettant d’éviter au lecteur l’ennui des premiers chapitres.

Cette histoire se déroule sur une soixantaine d’années. Pàl est un jeune artiste hongrois, approchant la trentaine à la fin des années 30. Il s’intéresse tout particulièrement aux portraits, à la pureté de la ligne qui, sans trop en faire, permet de dire l’essentiel d’un visage. Il veut être médailliste et suit pour cela le meilleur enseignement de Budapest. Il trouve même le courage de présenter un projet au concours de la monnaie de Budapest, où seuls les meilleurs artistes osent se présenter. Mais il est juif à une période de l’histoire où il ne fait pas bon de l’être… Délaissant sa famille, ses projets et la jeune pianiste qui était son modèle, il part pour Rome terminer sa formation, puis finit par s’installer à Londres.

Des années plus tard, il est devenu un artiste reconnu et se voit demander par le Pape de frapper une médaille à son effigie. Les entrevues avec le Saint Père font par trop échos à son passé et réveillent des sentiments et des souvenirs en lui qu’il parvenait jusque là à faire taire. Inévitablement, les événements tragiques du siècle le rattrapent et il se voit bien obligé de reprendre contact avec le jeune homme qu’il a été.

Ce qui m’a marqué en premier à la lecture de ce roman, et ce que j’en garderai au fond de moi, ce sont les formidables digressions de l’auteur sur l’art. Sur la création artistique, sur l’art figuratif et l’art abstrait, sur les raisons qui poussent un artiste à créer. Depuis mes études – lointaines maintenant – à l’Ecole du Louvre, je n’avais rien lu de plus beau et vrai sur l’art et sur l’esthétisme. Pour Pàl, chaque attitude, chaque instant, est propice à une réflexion artistique, et les descriptions sont tellement bien faites sans être trop longues ou pompeuses qu’on se représente chaque instant du livre, mais surtout chaque médaille frappée par Pàl, chaque émotion sur ses portraits.

Ensuite, c’est bien entendu l’histoire folle qui nous est contée ici qui fait de cet écrit un très beau roman. Inspirée de faits réels mais qui n’a pour autant aucune prétention biographique, comme nous le dit l’auteur en début d’ouvrage, nous suivons le destin particulier de cet homme qui, pour se protéger, s’est enfermé dans sa création et a décidé de ne plus regarder derrière lui, le passé étant par trop douloureux. Mais quand celui-ci lui revient en plein visage, on comprend bien l’horreur à laquelle il va devoir enfin se confronter, celle du devenir de cette famille tant aimée qui a vécu le nazisme de plein fouet depuis sa Hongrie natale. Le personnage de Nicky n’en est que plus fort à cet instant, cette femme partageant la vie de cet artiste, faisant passer les besoins de cet homme avant les siens, qui va finalement connaître son passé après 20 ans de vie commune. Cette force de caractère qu’elle avait si peu mise en avant jusque là va se révéler dans toute sa grandeur.

Au-delà de la très belle plume d’Olga Lossky, ce qui fait la particularité de ce roman est certainement sa construction. Des sauts temporels assez importants structurent le récit, l’auteur revenant sur certains faits majeurs, mais nous laissant surtout apercevoir ce que sont devenus les personnages après tant d’années, sans aucune longueur dans la narration. Les passages plus lents de l’existence de Pàl et Nicky sont ainsi laissés de côté, l’auteur nous convie aux événements les plus frappants de leur vie, les débuts à Budapest, la rencontre avec le Pape 20 ans après et ce qu’il s’ensuit, et 30 ans après ces événements. C’est parfaitement dosé, et malgré l’histoire un peu difficile qui va nous être contée, on n’est jamais dans le pathos, ce qui en fait un beau roman.

Le revers de la médaille nous parle d’art et d’Histoire, de destins et d’humanité, et mérite d’être découvert.

Ma note : 4/5

Paru le 14 janvier 2016

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