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Le jour où Anita envoya tout balader de Katarina Bivald

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Katarina Bivald, Le jour où Anita envoya tout balader, Denoël, Paris, 2016

le jour où anita envoya tout baladerVoici un roman rafraîchissant qui nous parle d’une femme à la fin de la trentaine qui décide de reprendre sa vie en main. Distrayant, parfois inspirant, une bonne lecture estivale !

Anita a 38 ans et est mère d’une jeune fille, Emma, en partance pour l’université. Elle travaille dans le petit supermarché du coin, sort souvent ses deux collègues devenues des amies au troquet du coin, et c’est à peu près tout. Sa vie tourne littéralement autour de sa fille. C’est pourquoi le jour du départ, elle se retrouve complètement démunie dans sa petite vie tranquille, sans éclat ni surprise. Elle se remémore alors les rêves qu’elle avait à 18 ans, avant de tomber enceinte : conduire une moto, acheter une maison et devenir indépendante. L’indépendance, elle l’a, même si elle est parfois difficile. Acheter une maison, ce n’est plus trop d’actualité et elle ne peut pas se le permettre. Conduire une moto… quelle idée saugrenue ! Et pourtant, sur un coup de tête et pour éviter de harceler sa fille au téléphone, elle prend rendez-vous à la moto-école et commence ses leçons auprès d’une charmant moniteur. Sa vie fade commence à prendre un peu de relief et le temps libre, trop libre, à se remplir un peu. De projets en idées farfelues, Anita se lance à corps perdu dans une vie qu’elle réaménage. Et, surpassant toutes ses attentes, elle tombe amoureuse. Ce n’est pas parce qu’on approche les 40 ans qu’on ne peut pas réinventer sa vie !

Vous l’aurez compris, il s’agit d’un bon roman feel-good comme on les aime, à l’image du précédent roman de Katarina Bivald, La bibliothèques des cœurs cabossés (publié chez Denoël en 2015). On passe un moment de détente auprès d’Anita, on l’encourage dans ses folles décisions, et on voudrait la remuer quand elle se laisse un peu trop abattre. En bref, Anita pourrait être une bonne copine !

Mais je dois l’avouer, j’ai mis du temps à entrer dans l’histoire. Parce qu’au début, il ne se passe pas grand chose, et en termes de grands changements dans la vie de l’héroïne, on ne peut pas dire non plus que ce soit transcendant. Je me suis ennuyée, et j’ai franchement peu accrochée avec Anita dans les premiers chapitres, un peu trop larmoyante et pathétique à mes yeux. Cela s’arrange ensuite, notamment grâce au personnage de Pia, la meilleure amie d’Anita, très atypique et acide, qui n’a pas la langue dans sa poche. Et les deux se lancent nombre de piques et de répartis qui mettent du mordant dans ce roman qui aurait paru très terne sinon.

L’auteur réussit à planter le décor d’une petite ville de Suède, de ses habitants et de leurs habitudes, le tout avec une plume plaisante. On a le droit au chef d’Anita au sein du petit supermarché qui donne l’impression de diriger une multinationale et fait sourire dans ses discours surfaits qui intéressent peu. Il y a aussi le chef du projet auquel Anita va participer, qui ne parle que de lui, donne des leçons mais est bien incapable d’intéresser la communauté à son projet ; ou encore la représentante de la section de la Croix-Rouge du coin, très effacée qui peine à donner de la voix. Et puis il y a Lukas, le beau moniteur de conduite, très énigmatique, et qui permet des situations qui prêtent à sourire.

Evoluer dans une petite communauté n’est pas si évident pour Anita qui aime peu le regard curieux des autres. Et sa décision de pimenter sa vie ne va pas arranger les choses… Et c’est en cela que le roman est sympathique : on s’attache facilement à Anita parce qu’on se reconnaît un peu en elle. On a tous ce souhait de changer de vie, de la pimenter, d’oser faire des choses un peu folles, et il est bien rare qu’on y succombe. Et si on suivait l’exemple d’Anita ? Parce que ce roman, comme tant d’autres, nous montre qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre à conduire une moto, s’investir dans un projet impossible ou tomber amoureux. Qu’attendons-nous ?

Si ce roman ne transcende pas le genre et qu’il pourrait être un peu plus palpitant, les personnages et l’idée générale fonctionnent et en font un bon roman feel-good à savourer devant un bon cocktail en terrasse au soleil ou étendu sur une serviette à la plage !

Ma note : 4/5

La maison de vacances d’Anna Fredriksson

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Anna Fredriksson, La maison de vacances, Denoël, Paris, 2016

la maison de vacancesEn voyant la couverture de ce roman, je me suis dit que ce serait sans doute un roman frais, léger, parfait pour décompresser. Et bien pas tant que ça en définitive puisque l’auteur y traite de sujets délicats : la perte d’un être cher et la question épineuse de l’héritage. Malgré tout, elle parvient à y insuffler une note légère de part son écriture, même si de nombreuses situations m’ont fait crisser des dents.

Eva vient de perdre sa mère, dans des conditions difficiles. Elle s’en occupait depuis des années. Parce que si elle a un frère, Anders, et une sœur, Maja, elle a complètement coupé les ponts avec eux treize ans auparavant. Et il en allait de même pour sa mère. En plus d’être un moment difficile, les obsèques voient la famille réunie, et la question difficile de l’héritage posée : que faire de la maison de vacances de leur mère situé sur une île de l’archipel de Stockholm ? Pour Maja et Anders, il n’y a aucune question à se poser : elle doit être vendue afin que chacun récupère sa part. Eva ne voit pas les choses ainsi : s’étant occupé de sa mère et de la maison pendant des années, étant la seule à s’être rendue dans la maison, la maison doit lui revenir. Et puis, il s’agit quand même de la maison de sa mère : y envisager des inconnus y vivant et profitant des agréments qu’elle offre, c’est tout simplement inconcevable. Parce qu’elle est à bout de nerf, Eva décide de lâcher son boulot de professeur et de se réfugier dans la maison, oublier le reste et profiter des souvenirs qu’elle recèle. Mais Maja et Anders, avec enfants et conjoints, débarquent sur l’île. Eva y voir une intrusion. Maja et Anders leur droit légitime et la nécessité d’arranger la maison avant la vente, qu’Eva n’accepte toujours pas. Les relations sont de plus en plus tendues. Mais si ces quelques semaines au milieu des souvenirs et des non-dits pouvaient finalement panser les blessures et faire avancer cette famille sur le chemin de la réconciliation ?

Ah, les relations familiales ! C’est bien connu, le décès d’un aïeul et les questions d’héritage cristallisent les tensions dans une famille. Et sont sources de conflits. Mais Anna Fredriksson ne traite pas le sujet de cette manière, facile et prévisible. Elle nous dépeint une situation qui, au lieu de diviser une famille qui l’est déjà, ne peut que s’arranger au vu des circonstances. Mais c’est bien loin d’être évident, chacun des protagonistes ayant son lot de défauts et de rancoeurs : Eva est taciturne, solitaire et assez fade, ne voulant pas de compromis et très marquée par la disparition de sa mère ; Maja est assez imbue d’elle-même, n’accepte pas les reproches et veut tout diligenter, et elle en veut beaucoup à sa sœur et à sa mère pour une vieille histoire sans trop d’importance ; Anders est à la botte de Maja, ne veut pas de conflit et vit une vie en apparence rêvée mais qui ne l’est peut-être pas tant que cela. Et à la lecture de leurs tribulations, on a l’impression qu’ils sont tous un peu dans leur bon droit, mais ils font finalement tous preuve de maladresses.

Eva est assez mollassonne et on a parfois envie de lui dire de se bouger un peu, de dire les choses et de faire évoluer la situation. Et on a très souvent envie d’envoyer balader Maja, un peu trop sûre d’elle-même, énervante à souhait. Et c’est cela qui est très chouette dans cette histoire, on a une distance due à notre position de lecteur qui nous permet d’évaluer la situation et de se rendre compte des avis et actions légitimes des uns et des autres. C’est une histoire universelle, qu’on sera pour la plupart amener à vivre ou qu’on a déjà vécu, de manière directe ou indirecte. Et le constat est notable : la perte de l’être cher et les rancunes accumulées exacerbent les tensions et les émotions et rend ce genre de situation intenable. L’auteur parvient à rendre son récit assez léger de part son écriture, ce qui enlève de la tension à une histoire qui en a déjà assez.

En somme, un roman au thème délicat mais traité de manière sensible par l’auteur, une histoire de famille dont se délecteront tous les amateurs de fresques et tableaux familiaux.

Ma note : 4/5

Traduit du suédois par Lucas Messmer. Paru le 17 mars 2016

La grève des femmes formidables d’Alex Riva

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Alex Riva, La grève des femmes formidables, Denoël, 2016, Paris

la greve des femmes formidablesVoici un roman parfait pour les vacances, qui vide la tête et permet de se poser quelques questions sur sa vie… avec un mojito à la main ! Evidemment, un roman ciblé pour les femmes !

Emma et ses trois amies Chloé, Andréa et Alice en ont ras le bol. Entre les enfants, le boulot hyper prenant et qu’on n’est plus sûre d’aimer, les maris égoïstes ou l’enfant qui ne vient pas, les plans foireux et mecs mariés pour les célibataires, rien ne va plus ! Nos quatre amies parisiennes, autour d’un verre lors de l’un de leurs jeudis mensuels de retrouvaille, décident de faire un coup d’éclat. Elles vont se mettre en grève : la grève des femmes formidables ! Alors, sans prévenir personne ou en mentant sur leur destination, elles partent en Grèce une semaine, profiter un peu, se détendre beaucoup, et surtout faire le point sur leurs vies : ce qui va, ce qui ne va plus, ce qu’il faut changer. Il leur faut un plan. Mais que vont devenir enfants et maris à Paris ? Qu’ils se débrouillent ! Ils verront à quel point elles sont formidables et qu’il faut absolument les préserver !

A la lecture du pitch, je me suis dit que c’était une lecture feel good à côté de laquelle je ne pouvais pas passer. Mais après quelques pages lues, je me suis quand même demandée dans quoi je m’embarquais… L’écriture était simplissime, un peu brouillonne, et j’avais l’impression de me retrouver dans une histoire écrite par une adolescente : nous sommes à l’aéroport, voici comment ça a commencé, je me présente, je présente mes copines une par une. Bref, un peu cliché. Et finalement, si ce côté reste tout au long du roman, c’est ce qui lui donne son côté frais et authentique. Parce qu’on s’imagine facilement que ce pourrait être n’importe quelle nana qui nous raconte ses péripéties avec ses copines, ses prises de conscience, ses coups de blues. Alors on s’attache vite à cette bande de copines, qui ont toutes un caractère bien différent ! J’avoue que parfois les répétitions et les dialogues type écrit de collège m’ont quand même un peu agacés. Ce fut rattrapé par le caractère enlevé des personnages, et le fait que l’auteur en vienne au fait assez vite. Le roman est court, et c’est un plus ! On est emporté en vacances, loin de la grisaille, c’est frais, ça fait du bien !

Le gros atout du roman, ce sont bien les questionnements que se posent ses femmes. A les voir là, se poser et réfléchir cinq minutes à ce qu’elles veulent et trouver des ébauches de solution, cela paraît si simple ! Mais au final, si ça l’était ? Si s’arrêter un moment nous permettait de nous poser les bonnes questions ? Et d’avancer dans le bon sens ? Parce que le message que nous fait passer l’auteur est bien que le seul obstacle pour un changement de vie, c’est nous. Alors oui, d’autres éléments sont à prendre en compte, mais le principal blocage est notre volonté. Je crois qu’Alex Riva réussit son pari et parvient à faire réfléchir ses lectrices (et quelques lecteurs ?) sur ce qui peut vraiment les rendre heureuses. Parce que si ces quatre femmes ne sont pas à plaindre, qu’il y a bien pire situation que les leurs, elles ont quand même le droit de ne pas être satisfaites et de changer ce qui les dérange dans leurs vies.

Même si j’ai trouvé cela un peu caricatural, et trop beau pour être vrai, c’est le changement que ce voyage impromptu provoque chez le mari d’Alice, Paul, qui m’a beaucoup amusé. Elle qui s’occupe de son restaurant, des enfants, qui fait tout sans jamais rien dire, se rebelle enfin, son mari le prend comme une trahison (lui ? s’occuper des enfants ? et puis quoi encore, c’est le rôle de sa femme !). Mais il va vivre cette semaine comme on n’osait l’espérer et ce qui va se passer tient au petit miracle. Je suis certaine que quelques femmes ne vont pas tarder à tenter l’expérience du départ impromptu en vacances entre copines, espérant obtenir le miracle d’Alice…

En bref, un roman sympathique, à la plume qui ne m’a pas complètement séduite mais qui s’adapte bien au style du roman, qui se lit à une vitesse effarante, et que je conseille à toutes les femmes à bout de nerfs qui ont besoin de vacances… et aux autres aussi !

Ma note : 4/5

L’Heure Indigo de Kristin Harmel

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Kristin Harmel, L’Heure Indigo, Denoël, Paris, 2014

l'heure indigoL’Heure Indigo est une magnifique histoire sur le passé méconnu d’une famille qui peine à se construire. C’est plein de poésie, et malgré quelques défauts, on se laisse emporter par ce roman qui allie présent et passé et qui nous entraîne dans la quête de Hope qui cherche à comprendre le passé de sa grand-mère d’origine française.

Hope vient de divorcer et a une fille adolescente qui lui mène la vie dure. Elle tient la boulangerie familiale à Cape Cod et ce n’est pas toujours rose, la crise étant passée par là et les soucis financiers s’accumulant depuis. Sa mère est décédée il y a quelques années et demeure le sentiment que cette dernière ne l’a jamais aimée, du moins pas comme il aurait fallu. Sa grand-mère, Rose, arrivée de France en 1942, est atteinte de la maladie d’Alzheimer et perd petit à petit ses souvenirs et ses repères. Autant dire que la vie de Hope n’est pas idéale. Un jour de lucidité, Rose en dévoile un peu sur son passé obscur et a une étrange requête : elle donne à Hope une liste de cinq noms et lui demande de découvrir ce qu’ils sont devenus en se rendant en France. Hope pense d’abord que la requête est infondée, ne veut croire à cet élan de lucidité. Mais devant l’insistance de sa fille, elle se laisse convaincre et part à la recherche du passé enfoui de sa grand-mère qui va la faire entrer de plein fouet en plein Paris sous l’occupation, en pleine rafle du Vel d’Hiv et va lui faire découvrir que le grand amour n’est pas qu’illusion et paillettes.

On pourrait croire qu’il s’agit encore d’un roman sur la Seconde Guerre mondiale et les horreurs s’y affairant, et c’est un peu le cas. On joue sur les émotions, les liens familiaux, l’amour, mais c’est très bien fait et les personnages sont touchants. L’histoire de Rose est très belle et très triste, comme on s’y attend, mais il n’y a pas de pathos – même si c’est parfois peut-être très légèrement surjoué. Ce roman nous parle des différentes religions, le judaïsme d’abord, religion cachée de Rose, le catholicisme ensuite, religion « adoptée » par Rose et dans laquelle elle a élevé sa fille et sa petite-fille, la religion musulmane ensuite, mais je ne vous dévoilerai pas de quelle manière, parce qu’il s’agit de l’un des moments forts du roman. Lire ce roman en ce moment fait du bien, et nous montre que toutes les religions peuvent vivre en harmonie ensemble.

C’est un roman agréable à lire, même si on y trouve trop de répétitions. En exagérant un peu, il nous est dit trois fois en trois pages que la fille de Hope dort chez son père… Bref, de petits problèmes dans la narration, mais à part ça, j’ai passé un très bon moment de lecture. Hope est attachante, même si on a parfois envie de la secouer un peu et de mettre une baffe à sa place à sa fille – dont le comportement s’arrange un peu au fil du roman, je vous rassure. Les personnages sont touchants et agréables, plein d’humanité. Cette quête du passé, qui se lie au présent, est pleine d’intensité et nous apprend, si c’était nécessaire, que le passé nous permet de nous construire.

Kristin Harmel s’attaque ici à un sujet vu et revu au fil des années, mais avec ses personnages et cette histoire particulière qu’elle nous raconte, parvient à nous intéresser malgré tout. On passe un bon moment de lecture, un bon moment de détente. Un livre cocooning qui fait du bien et qui nous entraîne aisément à la suite de Hope. Je conseille !

Ma note : 4/5

Traduit de l’anglais par Christine Barbaste. Publié le 18 septembre 2014.

Le revers de la médaille d’Olga Lossky

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Olga Lossky, Le revers de la médaille, Denoël, 2016, Paris.

le revers de la médailleLe revers de la médaille est un roman qui m’a beaucoup surprise, abordant des thèmes que je n’aurais pas vraiment imaginé à la lecture de la quatrième de couverture. Pour une fois, ce résumé en dévoile assez pour donner envie, sans nous conter les trois quarts du livre, permettant d’éviter au lecteur l’ennui des premiers chapitres.

Cette histoire se déroule sur une soixantaine d’années. Pàl est un jeune artiste hongrois, approchant la trentaine à la fin des années 30. Il s’intéresse tout particulièrement aux portraits, à la pureté de la ligne qui, sans trop en faire, permet de dire l’essentiel d’un visage. Il veut être médailliste et suit pour cela le meilleur enseignement de Budapest. Il trouve même le courage de présenter un projet au concours de la monnaie de Budapest, où seuls les meilleurs artistes osent se présenter. Mais il est juif à une période de l’histoire où il ne fait pas bon de l’être… Délaissant sa famille, ses projets et la jeune pianiste qui était son modèle, il part pour Rome terminer sa formation, puis finit par s’installer à Londres.

Des années plus tard, il est devenu un artiste reconnu et se voit demander par le Pape de frapper une médaille à son effigie. Les entrevues avec le Saint Père font par trop échos à son passé et réveillent des sentiments et des souvenirs en lui qu’il parvenait jusque là à faire taire. Inévitablement, les événements tragiques du siècle le rattrapent et il se voit bien obligé de reprendre contact avec le jeune homme qu’il a été.

Ce qui m’a marqué en premier à la lecture de ce roman, et ce que j’en garderai au fond de moi, ce sont les formidables digressions de l’auteur sur l’art. Sur la création artistique, sur l’art figuratif et l’art abstrait, sur les raisons qui poussent un artiste à créer. Depuis mes études – lointaines maintenant – à l’Ecole du Louvre, je n’avais rien lu de plus beau et vrai sur l’art et sur l’esthétisme. Pour Pàl, chaque attitude, chaque instant, est propice à une réflexion artistique, et les descriptions sont tellement bien faites sans être trop longues ou pompeuses qu’on se représente chaque instant du livre, mais surtout chaque médaille frappée par Pàl, chaque émotion sur ses portraits.

Ensuite, c’est bien entendu l’histoire folle qui nous est contée ici qui fait de cet écrit un très beau roman. Inspirée de faits réels mais qui n’a pour autant aucune prétention biographique, comme nous le dit l’auteur en début d’ouvrage, nous suivons le destin particulier de cet homme qui, pour se protéger, s’est enfermé dans sa création et a décidé de ne plus regarder derrière lui, le passé étant par trop douloureux. Mais quand celui-ci lui revient en plein visage, on comprend bien l’horreur à laquelle il va devoir enfin se confronter, celle du devenir de cette famille tant aimée qui a vécu le nazisme de plein fouet depuis sa Hongrie natale. Le personnage de Nicky n’en est que plus fort à cet instant, cette femme partageant la vie de cet artiste, faisant passer les besoins de cet homme avant les siens, qui va finalement connaître son passé après 20 ans de vie commune. Cette force de caractère qu’elle avait si peu mise en avant jusque là va se révéler dans toute sa grandeur.

Au-delà de la très belle plume d’Olga Lossky, ce qui fait la particularité de ce roman est certainement sa construction. Des sauts temporels assez importants structurent le récit, l’auteur revenant sur certains faits majeurs, mais nous laissant surtout apercevoir ce que sont devenus les personnages après tant d’années, sans aucune longueur dans la narration. Les passages plus lents de l’existence de Pàl et Nicky sont ainsi laissés de côté, l’auteur nous convie aux événements les plus frappants de leur vie, les débuts à Budapest, la rencontre avec le Pape 20 ans après et ce qu’il s’ensuit, et 30 ans après ces événements. C’est parfaitement dosé, et malgré l’histoire un peu difficile qui va nous être contée, on n’est jamais dans le pathos, ce qui en fait un beau roman.

Le revers de la médaille nous parle d’art et d’Histoire, de destins et d’humanité, et mérite d’être découvert.

Ma note : 4/5

Paru le 14 janvier 2016

Cahier d’activités pour se débarrasser définitivement de son ex de Rebecca Beltràn et Adrià Fruitós

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Rebecca Beltràn, Adrià Fruitós (illustrations), Cahier d’activités pour se débarrasser de son ex, Denoël, Paris, 2015

cahier d'activités pour se débarrasser définitivement de son exCe cahier est un petit bijou ! Drôle, ludique, plein d’esprit : il remplit son rôle, celui d’oublier son ex avec le sourire et de passer à autre chose. A lire, à remplir, à offrir !

Ce petit cahier propose une centaine d’activités pour exorciser ses démons, surtout celui qui fait le plus souffrir : son ex. Parce qu’une rupture est parfois difficile, et que les filles abandonnées ont souvent tendance à se lamenter sur leur sort pendant des jours, voire des semaines (voire même des mois…), ces activités sont là pour aider à passer autre chose. Les auteurs nous ont donc concocté des pages à colorier, gribouiller, remplir de mots et de dessins pour s’occuper l’esprit et comprendre qu’il vaut mieux être seule que mal accompagnée, même si c’est douloureux ! Mais la douleur passe vite en lisant les citations et piques des auteurs, qui nous demande donc d’écrire son plus grand moment de solitude avec son ex, le pire moment passé avec lui, d’inventer ses proverbes, coller des photos de son ex et de se lâcher dessus, de dessiner son chagrin, de se refaire une beauté en dessinant sur des visages proposés, d’écrire une lettre anonyme à son ex, de relier des points, bref d’exorciser de façon ludique, en rigolant un bon coup.

L’idée de ce livre est très plaisante, et c’est une idée cadeau parfaite pour la copine qui vient de se faire larguer comme une vieille chaussette (ou pour soi-même si on est au fond du trou). Les dessins sont simples mais efficaces, on ne trouve que du blanc, du noir et du rouge dans ce livre, qui constitue un chouette objet à conserver. C’est aussi une bonne piqûre de rappel, si, une fois rempli et des semaines après la rupture, on redevient nostalgique : pof, on a juste à le sortir et à lire ou regarder ce qu’on y a écrit ou dessiné.

Je n’ai pas rempli mon exemplaire, je le garde pour le jour où j’en aurai besoin (en espérant que ce jour n’arrivera jamais). Mais cette courte lecture m’a permis de rigoler, de mes ex, mais aussi et surtout de moi.

C’est très bien trouvé, c’est un petit cahier bien sympathique et bourré d’humour. Pour remonter la pente après une rupture, c’est top !

Ma note : 5/5

Paru le 5 novembre 2015. Traduit de l’espagnol par Margot Nguyen Béraud.

Les monologues du vagin d’Eve Ensler

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Eve Ensler, Les monologues du vagin, Denoël, Paris, 2015 (nouvelle traduction)

les monologues du vaginJe n’ai jamais vu la pièce de théâtre. Mais j’en ai entendu parler. Et beaucoup. Et souvent. Alors il fallait que je jette un coup d’oeil à ce livre qui fait partie de ces choses qui ont libéré les femmes. Quand Denoël a proposé une nouvelle traduction du texte de Eve Ensler, par Lili Sztajn, je n’ai pas hésité, et je ne le regrette pas.

Je ne vais pas résumer cet ouvrage, ce serait impossible. Disons que je peux expliquer le principe : l’auteur a interviewé de nombreuses femmes, plus ou moins jeunes, de différentes origines, de niveaux sociaux différents. Bref, des femmes qui montrent la diversité de notre monde. Et elle leur a posé des questions : que porterait votre vagin ? A quoi sent-il ? Et elle les a laissé parler surtout de cet organe dont le nom a été tu pendant trop longtemps. Et il en a vu, parfois bien trop, parfois peut-être pas assez. Certaines vont dans des cours pour le découvrir, ce qui laisse place à des scènes hilarantes. Et d’autres nous racontent les cauchemars que leurs vagins ont vécu.

Lieu de plaisir, de rigolade et de douleurs ignobles, Eve Ensler dresse un portrait franc et nécessaire du vagin, cet organe dont le nom a longtemps écorché les bouches des hommes, mais aussi et surtout des femmes. Et on en apprend des choses ! La lumière est enfin mise sur le plaisir féminin, et ça fait du bien (sans mauvais jeu de mot !). Et sur ces choses qui étaient malheureusement trop tabous pendant longtemps, alors même que les femmes ont été très longtemps bien peu considérées.

C’est un tout petit ouvrage, petit mais essentiel. Lu en une petite heure seulement, il est bien écrit et efficace. Les courts témoignages présentés de façon attrayante et qui n’excèdent jamais quatre pages sont entrecoupés de définitions sur cet organe très particulier.

Que pourrais-je ajouter ? Je sèche tout à fait ! Car si j’en raconte trop sur un ouvrage de 100 pages, il ne restera pas grand chose à découvrir ! Je conclurai en disant simplement que c’est un livre important, essentiel, que toutes les femmes devraient un jour lire – et même les hommes pour comprendre un peu plus ce que les femmes peuvent ressentir. Je pense que voir ces monologues lus et interprétés sur scène doit être une expérience encore plus marquante, et je me précipiterai si la pièce se remonte à Paris.

Bref, un livre essentiel, à lire d’urgence !

Ma note : 5/5

Traduction de l’anglais : Lili Sztajn. Paru le 5 juin 2015.