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Mon amie Adèle de Sarah Pinborough

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Sarah Pinborough, Mon amie Adèle, Editions Préludes, Paris, 2017

mon amie adèleLes éditions Préludes nous avaient annoncé que ce roman était une claque. D’ailleurs, ils nous ont intrigué pendant des semaines avec le hashtag #findeDINGUE. Et bien, ils avaient raison ! Ce roman est intrigant, il défie les genres, nous embarque dans une histoire pas comme les autres. Et même après avoir été prévenue, j’ai été étonnée par la fin !

Louise est mère célibataire et travaille à temps partiel comme secrétaire dans un cabinet de psychologues. Elle aime son travail, mais c’est son fils qui compte plus que tout. Sauf qu’elle a bien du mal à s’accomplir. Depuis que son mari l’a quittée pour une autre – et qu’il a enchaîné les conquêtes depuis – elle ne parvient plus à faire confiance aux hommes et n’a que très peu d’amis. Un soir, elle rencontre un homme dans un bar, David, mais s’aperçoit ensuite qu’il s’agit de son nouveau patron marié. Marié à une femme magnifique, Adèle, cette dernière semble parfaite en tout point. Sauf qu’elle cherche rapidement à devenir amie avec Louise… qui se retrouve coincée entre David et Adèle, commençant à tomber amoureuse du premier et amie avec la seconde qui, rapidement, semble inquiète, démunie face à son mari, ce que Louise a bien du mal à comprendre. Que cache ce couple qui semble parfait en société mais qui a l’air de cacher nombre de secrets inavouables ? A qui se fier ? Louise se retrouve prise au piège au sein de ce couple pas comme les autres…

Le lecture de ce roman nous fait passer par tous les sentiments, de l’empathie envers Adèle, puis David, et à nouveau Adèle, à en être perdu… Mais surtout envers Louise. On passe par la colère, la compréhension, l’incrédulité, le choc. Mais c’est un sentiment de peur insidieux qui nous prend aux tripes et un malaise qui nous poursuit même après avoir refermé le livre. C’est fort et dérangeant, les personnages restent longtemps après avoir fini le livre. On y pense encore des jours après, j’ai même dû attendre quelque semaines avant de m’atteler à l’écriture de cette chronique tellement j’étais encore choquée et troublée.

Les personnages sont travaillés, voire plus que cela, ils sont fouillés, forts, complexes et se révèlent au fil du roman. Ce sont les émotions que nous ressentons à la lecture qui nous guident, nous poussent à nous interroger sur ce que vit Louise, sur ce jeu de manipulation, et nous laissent perplexes… Nous sommes moins dans une collecte d’indices que dans une collecte d’impressions, de malaises qui finissent par faire sens à la toute fin. Et qui nous donneraient presque envie de relire le roman avec cette révélation en tête afin de déceler tout ce que à côté de quoi nous sommes passés.

Avant d’en venir à la fin, revenons sur les personnages et l’intrigue, menée de main de maître. Les personnages sont plus qu’intrigants, ils sont dérangeants, construits avec une telle maîtrise qu’on en reste bluffés. C’est la grande force de ce roman, nous interroger à chaque instant sur Adèle et David, leur couple, leur passé, ce qui les unis. On est autant perdu que Louise, à ne plus savoir à qui faire confiance. Des passages nous ramènent dans le passé d’Adèle, au lendemain de la disparition de ses parents dans un incendie auquel elle n’a réchappé que de justesse grâce au sauvetage in extremis de David, alors que traumatisée elle se retrouve dans un hôpital psychiatrique. Elle y rencontre un jeune homme aussi blessé qu’elle, se lie d’amitié avec lui. Elle nous semble bien différente de ce qu’elle est devenue et nous pousse à nous interroger sur un nombre important d’événements qu’elle a pu vivre, ainsi que sur David. On en devient un peu dingue, à ne plus savoir à qui se fier et que croire.

La fin de ce roman est juste hallucinante, complètement flippante, inimaginable, à avoir envie de recommencer cette lecture, comme je le disais. Il faudrait avoir l’esprit vraiment tordu pour envisager cette fin, même pour un fan de thrillers. Mais il faut bien que je le dise – et sans trop en dévoiler – : on est certes dans un thriller psychologique, un jeu de manipulation, des rapports presque schizophrènes entre les personnages qui nous font perdre nos repères, mais la toute fin nous entraînerait presque jusqu’à un autre genre, mais je n’en dirai pas plus !

Ce roman, c’est une claque, une écriture maîtrisée, une intrigue bien ficelée et obsédante, des personnages qui nous prennent aux tripes et une fin de dingue. Un roman addictif que je vous conseille, un peu flippant, une fin un peu traumatisante mais tellement inattendue qu’on ne peut que saluer l’imagination et la maîtrise de l’auteur. Chapeau bas.

Ma note : 5/5

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Maman a tort de Michel Bussi

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Michel Bussi, Maman a tort, Editions Presses de la Cité, Paris, 2015

maman a tortSeconde chronique coup sur un coup sur un roman de Michel Bussi… Vous allez vous dire que je ne lis plus que cet auteur ! Ces lectures successives m’auront au moins permis une chose : toucher du bout du doigt le talent de Bussi. Parce que Maman a tort réussit à me surprendre même si après N’oublier jamais, je cherchais dans chaque mot ce qui pourrait se cacher. Et même si j’ai deviné plus de choses de l’intrigue ici, que je me suis attendue à certaines péripéties et démêlés des personnage, la fin m’a surprise. Parce que les personnages sont plus complexes qu’on ne le croit, à notre image.

Pour l’histoire, nous suivons un petit garçon de 3 ans, Malone,  qui raconte au psychologue scolaire, Vasile Dragonman, des choses incroyables : qu’avant sa maman, qu’il appelle Maman Da, il a eu une autre maman. Il parle de fusée, de château, de bateau pirate. Il raconte des choses très précises. Si le psychologue connaît bien le processus de mémoire des enfants en bas âge, qui oublient leur quotidien assez vite si on ne leur remémore pas tous les jours un certains nombres de faits ou si on ne perpétue pas ses habitudes, il est étonné du fait que Malone ne fait jamais varier son discours. Comment est-ce possible ? Le petit est sûr que son doudou lui raconte sa vie d’avant tous les soirs. Et malgré la fantaisie de tels faits, Vasile le croit. Mais il doit faire vite car il ne sait pas quand Malone va commencer à oublier… ll se tourne alors vers la commandante de police Marianne Augresse, à la recherche d’un père pour ses futurs enfants, et qui écoute donc Vasile avec grand intérêt : d’abord parce que l’homme est plaisant, et ensuite, parce que s’il a raison, elle ne peut laisser séparé un enfant de sa famille. Mais elle est prise dans les démêlés d’une autre enquête qui patine, celle d’un braquage de magasins de luxe à Deauville. Prise entre les deux affaires, elle fait au mieux… Mais si tout était plus compliqué qu’elle ne le croit ? Réussiront-ils à démêler le vrai du faux ? Faut-il croire Malone ?

Michel Bussi tisse son intrigue d’une main de maître. Petit à petit certaines pièces du puzzle prennent place, mais le tableau est toujours plus grand que ce qu’on entrevoyait. Le seul bémol pour moi, par rapport à N’oublier jamais, est que je me suis attendue à certains éléments de la résolution, et j’avais parfois envie de secouer Marianne pour lui dire que certaines choses étaient piles devant elle et qu’elle ne pouvait pas ne pas les voir ! Évidemment, dès le début, nous devinons que les deux affaires sur lesquelles elle travaille sont liées. On ne sait encore pas comment, mais quand un détail survient, on parvient à faire certaines connections, ce que la commandante ne peut faire : nous, on sait bien que l’auteur ne développerait pas autant l’affaire du braquage si elle ne devait pas se trouver au premier plan en bout de chemin. Pour la flic, ce n’est pas aussi simple !

Ce qui m’a certainement fait préféré ce roman à N’oublier jamais, c’est l’attachement que j’ai pu développer envers les personnages. D’abord Malone, bien entendu, ce petit bonhomme sûr de son fait, qui aime sa deuxième maman, mais qui attend de toutes ses forces que la première le récupère ; qui est tellement attaché à Gouti, sa peluche, bien plus qu’un gamin classique ne le serait, sans qu’on comprenne pourquoi ; qui semble tellement solitaire, qui aime d’ailleurs passer du temps dans sa chambre en la seule compagnie de son doudou. Marianne ensuite, cette commandante de police accomplie, qui gère une équipe de mecs, qui a un boulot qu’elle aime, mais qui rêve d’avoir des enfants, qui approche la quarantaine, et qui commence à perdre espoir ; qui se lance corps et âme dans ses enquêtes et qui parvient à nous surprendre dans ses décisions. Vasile, ce psychologue scolaire qui veut aider ce môme envers et contre tout, se basant sur une intuition qui ne peut valoir de preuve face aux recours habituels du système scolaire, et qui se tourne vers Marianne dans une dernière démarche désespérée. Amanda, enfin, la “deuxième” maman de Malone, cette femme qui se démène pour son petit et dont on ne peut douter de l’amour qu’elle porte à Malone, mais qui semble cacher bien des secrets…  Bussi dresse le portrait de femmes et de mères vaillantes et aimantes, volontaires et prêtes à tout.

Autant vous dire que c’est bien ce travail sur les personnages et leurs caractères, leurs réactions et leurs interactions qui a vraiment su me convaincre. Je ne mets pas l’intrigue au second plan, celle-ci est incroyable, et l’auteur parvient à entremêler le tout afin que la résolution prenne tout son sens et sa logique.

Pour résumer, une plume sympathique pour un roman qui nous entraîne dans une histoire pleine de suspens, malgré un dénouement qui m’a moins surpris que dans N’oublier jamais où le jeu de dupes allait très très loin.

Ma note : 4/5

Des nœuds d’acier de Sandrine Colette

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Sandrine Colette, Des noeuds d’acier, Denoël / Le Livre de Poche, Paris, 2013/2014

des noeuds d'acier

Attention, quelques spoilers dans cette chronique.

Drôle de thriller que ces nœuds d’acier de Sandrine Collette…

Quoique « drôle » ne soit véritablement pas le bon mot, car la lecture de cet ouvrage, toutefois assez court, m’a donné des sueurs froides. Des sueurs d’un genre nouveau pour moi. Des sueurs d’horreur, de désespoir, de haine du genre humain. Je vais m’expliquer.

On attend d’un bon polar qu’il nous captive jusqu’à la dernière page, qu’il nous embarque dans une intrigue noire, aux confins des détresses humaines, de celles qui font chavirer certains hommes normaux en assassins. On attend de tels ouvrages de partager une enquête, des doutes, des indices, avec le personnage principal, souvent flic ou enquêteur malgré lui. Mais ce dont je ne m’attendais pas, c’est assister, passive, à la descente inévitable d’un homme aux enfers, dans le néant, dans la négation de sa propre existence.

Le roman commence par un préambule écrit par une psychiatre qui nous apprend que sa région a été touchée par une affaire sordide en août 2002, affaire qui a fait les choux gras  de la presse, mais aussi les beaux jours d’un tourisme de voyeuristes et autres amateurs de sensations fortes par procuration. Cette « mise en bouche » met donc le lecteur en alerte : quel est donc ce fait divers qui aurait pu se dérouler dans n’importe quel coin reculé de France et qui a tant défrayé la chronique ? Un nom est lancé : Théo Béranger. La psychiatre nous apprend qu’elle a suivi cet individu en consultations, visiblement un peu contre son gré, et qu’elle s’est donnée pour mission de retravailler ses écrits afin de les offrir au lecteur.

Mais qui est Théo ? A ce stade de l’ouvrage, je m’interroge. Je me dis que nous allons découvrir les écrits d’un psychopathe patent, et que l’expérience en sera bouleversante : se mettre dans la tête d’un fou furieux, avec ses angoisses, ses névroses et ses perversions.

Oui, je m’attendais au pire… et j’ai vécu bien plus horrible.

Dans la première partie, Théo nous explique qu’il sort de 16 mois de prison ; il nous donne quelques détails sur la vie carcérale, le Grand Gilles dont il était le souffre douleur, et distille quelques informations sur les raisons de son enfermement. Nous le suivons ensuite aller visiter son frère Max qui réside en maison de repos. Nous comprenons donc très vite que Théo est allé en prison pour avoir littéralement massacré son grand frère. Il n’a pas tué son corps à proprement parler, mais l’a laissé dans un état végétatif presque inconscient.

A l’origine de cet affront, Max a réussi à attirer dans son lit la propre femme de Théo, Lil. Mais pas que, car au fil des pages, nous apprenons qu’outre le départ volontaire de la mère du foyer familial, les deux garçons ont été élevés par un père violent, et que Max a toujours dévalorisé voire violenté son petit frère. Voilà qui pose les bases solides d’une psychologie fragilisée. Impossible de ne pas s’imaginer le déferlement de violence et de haine dont a du faire preuve Théo pour rendre justice à la seule personne digne d’intérêt qu’il n’ait jamais aimé, mais aussi à son enfance brisée.

Oui, Théo a tout du psychopathe et du violent en latence qui va réveiller ses plus vils instincts dans quelques pages. Car non content d’être allé narguer son frère dans sa maison de repos et d’avoir pris la fuite de peur d’être renvoyé illico derrière les barreaux, il pose ses maigres bagages dans une maison d’hôte perdue dans une vallée, point de départ de circuits montagneux et de ballades au grand air. Le cadre est donc posé pour assister aux nouveaux accès de furie de notre « héro ».

Mais c’est sans compter le talent, à mon sens, de Sandrine Collette : transformer un être méprisable par bien des aspects et potentiellement dangereux, en victime soi-même de plus fou que lui. Ou comment les horreurs n’arrivent pas toujours à des êtres innocents, comme on a l’habitude de le lire ou de le voir au cinéma, mais à tous, sans distinction aucune.

Pour faire simple, Théo loge chez Mme Mignon depuis quelques jours quand il entreprend une découverte des hauteurs et de la région. L’accueil de la veille dame et de son mari l’incite, tout comme un potentiel avis de recherche depuis sa visite à son frère, de passer plus de temps « au vert ». Au bout de quelques jours de marche, il décide de pousser plus loin et de s’aventurer sur des chemins non tracés, incité par les conseils de la maîtresse de maison. Il tombe ainsi sur une maison avec potager, et la curiosité aidant, s’invite dans le jardin du propriétaire, étonné de trouver de la « vie » aussi loin de tout. Un vieux monsieur apparaît alors l’arme au poing, puis rassuré, l’invite à prendre un café. A ce point du livre, et parce que l’on sait aussi qu’on lit un polar et qu’il était temps qu’il se passe quelque chose, on se dit qu’il est bien stupide de ne pas suivre son instinct et de ne pas se carapater comme un chien.

Le guet-apens avait été pensé depuis la maison d’hôte, car on apprend par la suite que Mme Mignon est la sœur des deux vieux dégénérés de leur état, qui habitent là.

Toute l’horreur de ce captivity thriller réside dans l’empathie.

L’utilisation du présent dans le journal de Théo invite le lecteur à vivre crument les mêmes sévices, les mêmes humiliations, les mêmes horreurs. J’avais l’impression de vivre le froid, l’humidité, de sentir le moisi, la mousse humide des montagnes, de souffrir de crampes et courbatures dans tout mon corps.

Les trois-quarts du livre racontent, décrivent, ressassent, la longue et lente descente aux enfers de Théo. La perte de confiance aussi, et la transformation presque gênante à regarder de face, de la rage de vivre en simple besoin de survie, jusqu’à l’attente de la délivrance ultime.

Assister à ça, c’est aussi se poser la question : et si ça m’arrivait ? Comment je le vivrais ? En serais-je capable ? Et si je n’étais pas capable, est-ce que j’accepterais de prendre le risque d’être abattue? Et le suicide, est ce vraiment une option ? Des questions dérangeantes quand on ouvre un livre pour se délivrer quelques instants de notre quotidien et problèmes somme toute futiles au regard de cette histoire !

Et enfin, le grand thème, celui qui fait que ce livre, faute de se changer les idées positivement, marque profondément et ne peut laisser le lecteur indifférent : Le Mal et la déchéance de l’homme par l’homme.

Théo est un chien : c’est tout à la fois l’animal de compagnie utile et serviable, mais l’animal tout court qui ne mérite pas d’être estimé et n’a pas les mêmes besoins que l’homme. Son identité est bafouée, ses droits, n’en parlons même pas. Il perd toute dignité : pas de toilette, peu de vêtements, le froid, la soif, la faim. Les blessures ne sont pas soignées, les infections sont brûlées à l’huile chaude.  Même pour quelqu’un d’endurci, de plus un homme, qui a connu la prison, une enfance difficile, ces traitements fonctionnent à « merveille » dans le processus d’annihilation de l’être. On comprend mieux pourquoi les esclaves, en leur temps, ne cherchaient même plus à s’affranchir. C’est l’esprit lui-même qui se referme sur l’idée que l’on n’est plus humain, et que si on l’a été un jour, c’est juste une idée passagère ou des relents de vieux rêves.

Théo est déjà mort, il l’a été au moment où il a été rattrapé après ses six jours de cavale dans la montagne. La mort de son codétenu (ah oui, car les deux vieux n’en étaient pas à leur coup d’essai, car si cette captivité avait été uniquement opportuniste, elle aurait juste été ignoble ; avec la préméditation et la multiplication dans le temps, elle en devient abjecte et animale) a sonné le glas de tout espoir et a enterré ce qui restait d’humain chez lui : le désir de vivre, l’espoir. Là était la vie.

Sandrine Collette signe ici un polar singulier. Singulier, et remarquable par le thème abordé : l’esclavagisme et la mort de l’âme. Le style est pur, c’est celui d’un journal intime dans lequel on n’ose utiliser certains mots pour décrire l’horreur, où les choses suggérées frappent bien plus fort  que celles qui sont décrites avec force de détails.

Après, je peux comprendre que l’on puisse un peu s’ennuyer à la lecture des longs mois de captivité ; car l’auteur décrit certains quotidiens comme si quelque chose de remarquable allait s’y passer ; on attend, et pourtant, quelques pages plus loin, on se rend compte que c’est juste une journée de plus en enfer. C’est justement ces descriptions dans lesquelles on voit petit à petit Théo évoluer vers une perte totale d’amour propre et d’espoir. C’est justement le talent de l’auteur : au fil des saisons, elle instille un peu moins d’espoir, un peu plus d’horreur.

Bref un polar court, dur, bien écrit et qui mérite son Grand Prix de Littérature policière 2013.

Ma note : 4/5

Les Apparences de Gillian Flynn

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Gillian Flynn, Les Apparences, La Sonatine / Le Livre de Poche, Paris, 2012 / 2013

les apparencesAutant le dire tout de suite : ce roman va vous surprendre, vous tenir en haleine jusqu’à son surprenant dénouement, va vous remuer, vous questionner, vous mettre mal à l’aise, en résumé, Gillian Flynn nous offre un vrai thriller qui met nos nerfs à vif !

Maintenant que le cadre est posé, je peux en venir à la petite histoire. Les Apparences met en scène Amy et Nick qui forment un couple qu’on pourrait qualifier de parfait. Mariés depuis 5 ans, ils ont très durement vécu la crise financière, perdant leurs emplois de journalistes new-yorkais. Ils s’installent donc dans le Missouri, dans la ville qui a vu grandir Nick, afin que ce dernier soit plus proche de sa mère malade, et de son père sénile. Mais le jour de leur 5 ans de mariage, Amy disparaît. L’appartement est sans dessus dessous et Nick abasourdi. Commence alors l’enquête policière, qui se tourne rapidement vers ce mari qui ne réagit pas comme il devrait à cette disparition. De plus, de petits secrets commencent à percer et Nick devient le suspect idéal. Mais très vite investi lui aussi dans l’enquête, Nick découvre une nouvelle facette de la personnalité de sa femme, bien plus inquiétante. Et quand les masques tombent, toute la vérité sur la vie de couple, la vision extérieure, les attentes de chacun éclatent aux yeux du lecteur. Ne dit-on pas que les apparences sont souvent trompeuses ?

L’histoire peut paraître assez commune. Elle ne l’est pas. Ne cherchez pas, vous ne lirez pas un roman au schéma préétabli et commun à ce genre d’intrigue. Si la première partie du roman est somme toute assez commune, la deuxième partie est elle très surprenante. Je n’ai rien vu venir, et je ne vois pas comment quelqu’un aurait pu. Et quand on comprend qu’on s’est nous-même fait prendre dans la machination et les faux-semblants, on réalise qu’on est en train de lire un très grand thriller.

La construction du roman est parfaite : sont intercalés un chapitre qui raconte Nick et l’avancée de l’enquête à partir du jour où sa femme a disparu, avec un chapitre qui raconte Amy, de sa rencontre avec Nick jusqu’au jour de sa disparition. Et ce pour la première partie du roman. On reste dans cette même configuration pour la seconde partie du roman, un chapitre Amy / un chapitre Nick, mais quelque chose d’infime change, et je ne vous dirai pas quoi !

L’auteur nous offre ici un roman très bien construit, à la plume acérée. On est pris dans cette enquête et chaque page nous révèle un petit secret du quotidien qui fait tomber un peu plus les apparences autour de ce couple si “parfait”. On en viendrait presque à prendre parti, et à en devenir paranoïaque. Mais quand la lumière commence à se faire… Gillian Flynn réussit à maintenir un suspens haletant jusqu’à la dernière ligne de ce roman, qu’on n’imaginerait jamais finir ainsi, et ce malgré les multiples rebondissements de l’intrigue.

Attention, ce roman nous rend paranoïaque, anxieux, nerveux, et nous interroge sur le couple, sa représentation publique et ce qu’il est en réalité. Mais on s’en délecte ! Et on prend presque un plaisir pervers à découvrir le couple Amy et Nick et sa sombre vérité.

Ce n’est pas pour rien que Les Apparences a reçu le Grand Prix des Lectrices Elle dans la catégorie Policier !

A lire, et d’urgence !

Ma note : 4/5

Ce best-seller international est actuellement adapté au cinéma par David Fincher avec Ben Affleck. Hâte de voir comment seront traduits cette intensité, ce suspens et ce délire paranoïaque !

I hunt killers de Barry Lyga

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Barry Lyga, I hunt killers, Editions du Masque, collection MSK, 2013, Paris

Le thriller, ce n’est vraiment pas mon genre de prédilection. J’en lis très peu, parce que ça a tendance à me foutre les jetons – pardonnez-moi l’expression – à me mettre mal à l’aise et à m’empêcher de dormir. Oui, je sais, je suis une petite nature.

 

Alors pourquoi m’être lancée dans cette lecture ? Parce qu’au Salon du Livre – auquel je me suis rendue le week-end dernier – des goodies étaient offerts pour l’achat de cet ouvrage sur le stand Le Masque. Il s’agissait d’un scellé de preuves, et j’ai fait ma pré-adolescente : un cadeau ? Il me le faut ! Trêve de plaisanteries, c’est surtout l’éditrice présente sur le stand qui a magnifiquement fait son boulot et qui m’a donné très envie de le lire. Il me fut présenté comme un dérivé de la série Dexter. On m’en a souvent dit du bien, mais jusque là, je ne me suis jamais lancée dans le visionnage de cette série. Malgré tout, il fallait, il FALLAIT que je lise ce roman. Chose faite en quelques jours et vraiment, c’est une lecture que je conseille !

Jasper Dent, surnommé Jazz, n’est pas un adolescent comme les autres. Il est le fils de Billy Dent,  serial killer le plus sanglant que les Etats-Unis aient connu. Il a à son compte plus d’une centaine de victimes. Arrêté quelques années plus tôt, enfermé à perpétuité, Jazz peut enfin reprendre une adolescence “normale”. Éduqué par son père, qui ne lui a jamais caché ses activités, il lutte sans arrêt contre ses instincts : son père l’a formé pour qu’il devienne à son tour le serial killer le plus brillant que le monde ait jamais connu, le surpassant lui-même. Mais Jazz ne veut pas de ce futur et il doit lutter sans relâche pour se rappeler que les gens comptent, et tenter d’oublier, ou du moins de passer outre, les nombreux conseils proférés par son père qui lui reviennent en tête à chaque instant. Mais le jour où de nouveaux meurtres se produisent dans la petite ville de Lobo’s Nod, il ne peut s’empêcher de vouloir aider le shérif dans son enquête, persuadé que ce que lui a appris son père peut lui permettre de faire autre chose que le mal. Mais plus l’enquête avance, plus les corps s’accumulent, plus il commence à comprendre que cette affaire est peut-être plus liée à son père, et donc à lui, qu’il ne le pensait…

Une histoire très originale et très bien ficelée. On est bien loin de s’attendre au dénouement, ce qui est très bien joué, surtout pour un thriller destiné aux jeunes adultes. Barry Lyga nous offre un roman bien construit, bien écrit et difficile à lâcher.

On regrettera l’auto-apitoiement du personnage principal, un peu lourd et redondant à la longue. Mais on suit Jazz dans cette histoire, et donc on s’intéresse de près à ce qui se trame dans sa tête, alors on pardonnera facilement ce petit travers à l’auteur. Par contre, je regrette beaucoup les nombreuses coquilles dans l’ouvrage, il manque de nombreux mots qui ont sauté à la relecture. Dommage.

Mis à part cela, un thriller que je conseille vraiment ! Ce n’est pas commun de suivre les tribulations d’un jeune homme éduqué pour tuer, qui se bat à chaque instant pour contrôler ses pulsions. Le shérif, G. William, qui a arrêté Billy Dent, est un personnage très attachant, qui épaule Jazz comme il le peut, et qui gère difficilement l’arrivée d’un second serial killer dans sa petite ville. Connie et Howie, la petite-amie et le meilleur ami de Jazz, sont des personnages auxquels on s’attache beaucoup. J’ai eu un gros coup de coeur pour Howie, personnage très drôle et atypique : il est hémophile, le moindre petit coup et il peut être sujet à une hémorragie. Et malgré cela, il se laisse entraîner par l’enquête officieuse de Jazz, ce dernier ayant besoin de lui pour garder un semblant de santé mentale.

Pour résumer, un roman qu’on a du mal à lâcher avant d’en avoir lu la dernière page. Il s’agit du premier tome d’une trilogie, qui aura donc pour héros Jazz Dent, et au vu du dénouement de ce premier volet, la suite devrait être tout aussi passionnante !

Ma note : 5/5