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Le souffle des feuilles et des promesses de Sarah McCoy

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Sarah McCoy, Le souffle des feuilles et des promesses, Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2017

LE_SOUFFLE_DES_FEUILLES_ET_DES_PROMESSES_hdChaque nouvelle publication de Sarah McCoy est un moment important pour moi. Son premier roman, Un goût de cannelle et d’espoir, résonne encore en moi. Ce nouveau roman n’a pas dérogé à la règle, ce fut encore une très belle lecture, un coup de cœur !

Hallie Erminie vit dans une plantation du Kentucky. Elle a toujours voulu devenir écrivain et écrit depuis toujours. Sa seule ambition est d’être publié, et cette idée devient fixe dès lors qu’elle termine son premier roman. En quête d’un éditeur, la voilà partie pour New-York où elle se bat comme une lionne pour arriver à ses fins. C’est lors d’un de ses passages newyorkais qu’elle croise la route de Post Wheeler, un journaliste fier de son célibat qui a décidé de ne pas prêter attention à l’ouvrage de Hallie Erminie. Sous de premiers abords peu avenants, la jeune femme découvre qu’il a des qualités inespérées et qu’il est en somme plutôt intéressant. Mais très vite, alors qu’une amitié profonde commence à lier les deux jeunes gens, le voilà qui part pour l’Alaska, la laissant seule dans ce New-York plein d’effervescence de la fin du XIXe siècle. Dès lors, leurs chemins vont se croiser durant des années, entre Etats-Unis et Europe, où Hallie Erminie ne tarde pas à se faire des amis. Cette proximité intellectuelle, doublée d’une attirance physique indubitable, vont être pendant tout ce temps réfrénés pour de multiples raisons qu’ils s’inventent l’un et l’autre. Parviendront-ils enfin à se trouver ?

Sarah McCoy s’attaque à une nouvelle période historique, après la Seconde Guerre mondiale et les prémices de la Guerre de Sécession, la fin du XIXe siècle où l’on sent les prémices de changements, une ébullition intellectuelle, l’essor de quelques femmes fortes. Ici, contrairement à ces deux précédents romans, l’auteur ne mêle pas passé et présent, ce qui créait automatiquement une tension narrative. Elle s’en affranchit et montre réellement son grand talent de conteuse, nous entraînant à la suite de Hallie Erminie et de Post avec délectation et frénésie.

La plume de l’auteur, et celle de sa traductrice, nous emportent avec délice dans cette histoire et derrière ces deux protagonistes principaux, ivres de liberté. C’est cette dernière qui les emmène toujours plus loin dans leur quête de vérité. Si le personnage de Hallie Erminie m’a profondément touchée et impressionnée, par son entêtement à réussir et son indépendance, sa force de caractère et son intelligence, Post est peut-être encore plus fascinant. Cet homme qui prône son célibat, qui part dans une mission insensée pour fuir ceux qui l’ont rejeté et leur prouver quelque chose, a une tête peut-être encore plus dure que celle d’Hallie et a des convictions auxquelles on est forcé d’adhérer. Et plus que tout, il croit en Hallie Erminie, persuadée de son talent, alors que le simple fait qu’elle soit une femme, sudiste qui plus est, aurait pu le retenir. Au contraire, il la considère comme son égal, et c’est presque rafraîchissant de découvrir un tel personnage, presque anachronique à une telle époque.

Quelque part, ce livre nous parle presque de l’émancipation féminine, Hallie Erminie ne cherchant pas un mari, se contentant pour exister pleinement d’écrire les histoires qui la traverse, usant de ses déboires et frustrations pour alimenter son inspiration. Les personnages féminins que nous rencontrons dans cet ouvrage sont presque plus forts que les masculins, plus volontaires et têtus.

Vous aurez compris que ces personnages et cette époque m’ont emballée. Mais les différentes aventures vécues par les personnages sont tout aussi passionnantes, à commencer par le périple de Post Wheeler en Alaska, où il se frottera au commerce, mais aussi à la quête de l’or. C’est peut-être le passage qui finalement m’a le plus marquée, alors même que son départ dans le nord m’a vivement contrariée, à l’instar d’Hallie. Les voyages de cette dernière, fuites en avant inspirants ses écrits, nous fascinent tout autant. Mais c’est sûrement ce New-York de la fin du XIXe siècle qui restera le plus présent dans mon esprit. On y sent un changement, un frémissement, une nouvelle Histoire qui est en train de s’écrire. Et je ne saurais dire en quoi cela tient, tout simplement en la magie de Sarah McCoy !

Ce roman, c’est donc deux personnages fascinants, leur histoire dont on espère la fin heureuse, leurs histoires à chacun qui les construisent petit à petit et leur font prendre des chemins parfois inattendus dans un pays prêt à entrer dans un nouveau siècle, une nouvelle ère, dont on ressent les premiers frémissements de changement. C’est un roman magnifique qu’il vous faut à tout prix lire. C’est un vrai coup de cœur.

Ma note : 5/5

Un parfum d’encre et de liberté de Sarah McCoy

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Sarah McCoy, Un parfum d’encre et de liberté, Michel Lafon, Paris, 2015

Un_parfum_d_encre_et_de_liberte_hdVoici un superbe roman de l’auteur qui a écrit Un goût de cannelle et d’espoir que j’avais déjà adoré. Je n’ai pas été déçue par ce second roman traduit en français, qui parvient à mêler passé et présent, histoire sociale des Etats-Unis, histoire d’amour et d’amitié, et combat pour la liberté. Un magnifique roman, un beau moment de lecture !

Nous sommes en 1859. Sarah est une jeune fille qui vient d’apprendre qu’elle ne pourra jamais avoir d’enfant. Elle se sent cassée… Mais cela est presque insignifiant à côté de ce que vit sa famille. En effet, son père est un abolitionniste prêt à tout pour sa cause. Jusqu’au jour où il décide de mener une action choc qui se termine très mal, voyant presque tous ses fils tués et lui grièvement blessé et condamné à mort. Mais Sarah, avec ces talents d’artiste qui lui ont permis de dessiner des cartes pour son père, est prête à tout pour continuer le combat.

En 2014, Eden emménage avec son mari Jack à New Charleston dans le but de se reposer pour tomber enfin enceinte. C’est là le but de sa vie, et jusque là, rien n’a fonctionné. Elle est aigrie et mène la vie dure à son mari. Mais la découverte d’une tête de poupée en porcelaine et l’aide de sa petite voisine Cléo de onze ans vont lui donner une nouvelle impulsion. Car un mystère se cache dans cette maison : que signifient les lignes sur la figure de la poupée ? Pourquoi n’a-t-elle plus de corps ? Pourquoi est-elle restée dans ce garde-manger creusé dans le sol ?

On s’attend évidemment à ce que les destins de Sarah et d’Eden s’entremêlent, mais cela ne se fait pas comme on l’aurait pensé, et c’est bien là la force de Sarah McCoy. La vie de Sarah va avoir une influence sur celle d’Eden, qui va retrouver le goût d’une vie simple. L’histoire autour d’Eden est assez mignonne et agréable à lire, les personnages sont attachants. Mais la force du roman se situe dans les chapitres consacrés à Sarah. On y découvre une époque difficile, où certaines personnes vont avoir la force de se lever et d’aider des hommes et des femmes qu’ils considèrent comme égaux. L’auteur nous immerge dans les prémices de la guerre de Sécession, les dissidences, les tensions de cette période, puis enfin dans l’enfer de la guerre, où on ne sait plus à qui faire confiance, même dans son propre camp.

La complicité entre Freddy, homme du Sud aux idées abolitionnistes – chose assez rare – et Sarah, dont la correspondance nous est retranscrite, est juste magnifique à lire. C’est une incroyable histoire d’amour, mais où la raison est bien obligée de s’immiscer.

Sarah McCoy nous parle de ses recherches en fin d’ouvrage et nous confie que Sarah Brown a réellement existé, bien qu’elle ait inventé toute sa vie dans le roman. Elle a vraiment été artiste et a aidé le chemin de fer clandestin pour aider les esclaves à s’échapper vers le Canada. Quand j’ai su cela dans les dernières pages, l’impact du roman a encore été plus fort sur moi. Imaginer que de telles femmes ont existé, qu’elles ont combattu à une époque si troublée où les femmes étaient peu considérées, et qu’elles furent donc féministes avant l’heure, est juste incroyable et revitalisant, donnant une dose d’espoir aux hommes et femmes du XXIe siècle, dont en est la preuve romanesque le personnage d’Eden.

La plume de Sarah McCoy nous entraîne aisément dans un roman bien construit, où les chapitres s’enchaînent à une rapidité incroyable. C’est bien écrit et efficace, et de bout en bout, on cherche le lien entre cette tête de poupée trouvée par Eden et Cléo et le passé de Sarah. On cherche dans notre lecture du passé de Sarah Brown le lien qu’il peut y avoir. Et quand enfin on y voit plus clair, c’est un peu comme si on avait résolu une sorte d’enquête, et que nous parvenions à faire coïncider passé et présent, dans une imbrication parfaite, comme il se doit.

Un roman qui se lit d’une traite, une belle histoire de deux femmes à 150 ans d’intervalle, qui émeut, passionne et enthousiasme, qui mêle habilement Histoire de l’Amérique du XIXe siècle, Guerre de Sécession et mémoire, présent, traditions sudistes, héritage et patrimoine. Encore un beau roman de Sarah McCoy !

Ma note : 5/5

Un goût de cannelle et d’espoir de Sarah McCoy

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Lecture dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs 2014

 

Sarah, McCoy, Un goût de cannelle et d’espoir, Les Escales, Paris, 2014

un gout de cannelle et d'espoirDeuxième roman sélectionné au Prix Relay des Voyageurs que je lis, et là encore, une très belle surprise ! Ce roman est un gros coup de coeur !

Deux histoires s’entremêlent dans ce roman mi historique, mi contemporain. En 2007, à El Paso, près de la frontière mexicaine, Reba, journaliste, doit écrire un article sur les traditions allemandes pour Noël. Elle se rend donc dans la boulangerie tenue par une allemande, Elsie, et sa fille, Jane. Alors qu’elle a elle-même des problèmes à régler, concernant son enfance, ses souhaits et son couple, elle découvre dans ce lieu où la gourmandise n’est plus un vilain défaut, et auprès de ces deux femmes, bien plus que matière à l’écriture d’un article…

En parallèle, nous suivons la jeunesse d’Elsie, ce qui nous permet de faire des liens avec la vieille dame qu’elle est devenue, mais aussi avec le quotidien qui s’offre à El Paso, et notamment au fiancé de Reba qui est garde-frontière. Elsie a grandi pendant la guerre, à Garmisch, en Allemagne. Comme ses parents et sa soeur, elle ne se pose aucune question sur le régime nazi : il est légitime, érigé en religion, Hitler en étant devenu le Dieu. La boulangerie que tient sa famille est protégée par les nazis, qui leur procurent les ingrédients, de plus ou moins bonne qualité, nécessaires à la confection de pains et autres pâtisseries. Son père s’est d’ailleurs fait un ami, Josef Hub, officier, qui courtise Elsie, et les protège donc. Cependant, Elsie commence à se poser des questions sur la supériorité des aryens face aux autres peuples, notamment aux Juifs, un jour de Noël où Tobias, un jeune chanteur juif, lui demande aide et protection… Le choix qu’elle va faire en lui ouvrant ou non la porte de la boulangerie va à jamais façonner le destin de la jeune allemande.

Ce roman est d’une justesse incroyable, il est exceptionnel. J’ai ressenti la même chose qu’après la lecture de La Voleuse de Livres de Markus Zusak, où la vision des habitants allemands pendant cette période troublée de notre Histoire est mise à l’honneur. Rien n’était vraiment simple alors : pour le père d’Elsie, l’idéologie nazie a un sens, après les humiliations post Première Guerre mondiale. Les idées d’Hitler sont justes, parce qu’il les a assimilé comme telles. La peur de l’inconnu, des différences, des autres, la facilité de fermer les yeux face aux horreurs qu’on sait, ou qu’on pressent avoir lieu pas très loin de chez nous – Dachau entre autres, tout ceci justifie les actions du régime en place. Le regard d’Elsie évolue, et l’échange de lettres avec sa soeur Hazel nous apprend encore des choses sur ce régime. Face au traitement de ses enfants, Hazel va aussi être confronté à l’absolue horreur d’un système idéologique qu’elle a soutenu et en lequel elle a cru jusque là. C’est brillant, et nous montre que faire évoluer les mentalités est un travail long et fastidieux, quand des idées aussi fortes et radicales ont été assimilées par tout un peuple.

On comprend ainsi pourquoi la Elsie des années 2000 a bien du mal à évoquer ces années passées à Garmisch lors de l’entretien pour l’article de Reba. Mais on comprend également son caractère : sa générosité, son entrain, tous les conseils qu’elle va donner à cette journaliste un peu paumée.

Le parallèle avec la situation des sans papiers qui, n’ayant rien à perdre, ont décidé de passer la frontière, quitte à vivre dans la misère aux Etats-Unis, est assez frappant. Fermer les yeux sur leurs conditions de vie au Mexique et appliquer la loi, comme le fait Riki, le compagnon de Reba, n’est finalement pas très éloigné de la situation de ces Nazis qui exécutaient les ordres en arrêtant les Juifs, comme a pu le faire Josef, le prétendant d’Elsie en 1944. Les renvoyer dans leur pays, ne sachant pas s’ils vont y survivre, est finalement assez révoltant… et malgré tout compréhensible : les Etats-Unis ne peuvent accueillir toutes ses populations. Evidemment, le parallèle a ses limites, je ne compare pas les Etats-Unis au IIIe Reich. Mais la capacité des Hommes à refuser un système qu’ils trouvent injuste, et chercher, à leur manière, et avec leurs possibilités, à changer cela, mais surtout à vivre en accord avec leurs idées, est probant dans ce beau roman, où la tolérance prend une part importante. La recherche de soi également. Et les valeurs de l’amitié. De la famille. Et de l’entraide.

Sarah McCoy nous offre ici un très beau roman, qui se lit d’une traite. Le petit plus : on salive du début à la fin en lisant les descriptions des belles pâtisseries, pains et chocolats dans les boulangeries d’El Paso et de Garmisch. Et cerise sur le gâteau : certaines recettes nous sont offertes en fin d’ouvrage. Roman magnifique et livre de cuisine… et vous hésitez encore à vous jeter sur ce livre ?

Ma note : 5/5

Et puis, bien entendu, on pense à voter pour ce roman dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs 2014 en cliquant ici !