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Venise n’est pas en Italie d’Ivan Calbérac

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Ivan Calbérac, Venise n’est pas en Italie, Flammarion / Le Livre de Poche, Paris, 2015 / 2017

Voici un roman incroyablement drôle et sensible que je ne suis pas prête d’oublier ! Vous êtes prévenu, c’est un vrai gros coup de cœur que ce roman bien écrit qui nous emporte avec lui avec une simplicité désarmante.

Emile a quinze et va au lycée à Montargis. Son père est VRP, sa mère femme au foyer. Enfin, pour tout foyer, il y a la caravane qui prend place sur le terrain où leur maison devrait bientôt être construite. Ses parents sont inclassables : ils sont aimants, ils sont vrais mais aussi envahissants et trop. Trop tout. Sa mère lui teint les cheveux en blond depuis son enfance parce qu’il est plus beau comme cela. Son père est fier d’être ce qu’il est et peut être embarrassant. Et puis Emile rencontre Pauline au lycée : il tombe sous le charme, il est amoureux. Mais Pauline est belle, riche, joue du violon. Et lui a les cheveux teints et vit dans une caravane. Pas facile. Alors quand elle l’invite à la voir jouer à Venise, il est tout excité : il va partir seul la voir, dormir chez elle et partager un grand moment. Mais ses parents décident que finalement ils iront tous en caravane. Emile pensait que le pire était arrivé. Jusqu’à ce que son frère, militaire, ait une permission exceptionnelle et débarque la veille du départ… Voilà un voyage qu’Emile n’est pas prêt d’oublier !

L’histoire est décapante parce qu’elle est pleine de drôlerie et de sensibilité. On part dans un road trip familial déjanté, où ce ne sont pas les éléments qui se liguent contre Emile mais plutôt sa famille, à la recherche d’un premier amour fragile mais très beau. Et si cette famille est hors norme, on aimerait presque avoir la même. Parce qu’on ressent leurs liens, leur amour, parfois embarrassant, souvent hors limite, mais toujours présent.

Mais ce qui rend ce roman si génial, c’est le ton employé. Parce que c’est Emile que nous suivons, qui nous explique toute son aventure au travers d’un journal qu’il écrit. On sent son désarroi face à ses parents, son émotion face à Pauline, tout ce qui peut se passer dans la tête d’un adolescent à la poursuite de son premier amour, accompagné d’une famille rocambolesque. Ce roman a été mis en scène et joué au théâtre, j’ai eu la chance de voir la pièce, l’acteur était juste parfait, à tel point que j’entendais sa voix quand je lisais le livre. L’incertitude, le doute face à tout ce qui lui arrive, ses premiers émois, tout est tellement bien écrit, avec une grande délicatesse qu’on ressent à chaque instant. On vit les moments d’embarras, de joie, de désespoir, d’attente avec une grande intensité.

Les personnages sont tous très bien écrits, chacun a son caractère unique. Pendant toute la lecture du roman, on les côtoie au quotidien, on les imagine dans notre vie de tous les jours. Et on se demande : que dirait le père d’Emile dans cette situation ? Sûrement « Impossible n’est pas Chamodot » ! Que ce soit la mère, le frère et même Emile, chacun a son petit truc qui les rend attachants – un peu fous mais attachants. On se délecte des colères de la mère et du comportement excentrique du père. On s’extasie devant ce frère un peu à côté de ses pompes, sans aucune gêne, souvent lourd, mais avec un grand cœur. Rien que pour avoir l’occasion de rencontrer cette famille, d’en faire partie le temps de cette lecture qui sera de toute manière bien trop courte, il faut lire ce roman.

Ivan Calbérac nous propose un roman pas comme les autres, un road trip incroyable d’une famille excentrique et fantasque, mais accueillante et bienveillante, sur le chemin d’un rêve d’adolescent, celui de retrouver le béguin d’un jeune garçon dans une des villes les plus romantiques du monde, Venise. C’est enlevé, drôle, prenant. C’est une parenthèse qui fait du bien. Un coup de cœur.

Ma note : 5/5

La balade des pas perdus de Brooke Davis

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Brooke Davis, La balade des pas perdus, Fleuve Editions, Paris, 2015

la balades des pas perdusLa balade des pas perdus est un très beau roman, plein de poésie, un de ceux qui font du bien, et qui donnent envie de croire encore en l’espèce humaine.

C’est l’histoire de Millie, sept ans, qui, depuis quelques semaines, vit des choses pas très faciles… D’abord, il y a son papa qui est mort. Et puis, il y a ce jour où sa maman l’a laissé au bout du rayon de lingerie féminine du grand magasin en lui disant qu’elle allait revenir la chercher très vite, qu’elle ne bouge surtout pas, et qui attend encore, plusieurs heures après, pensant que sa maman a eu un problème et qu’elle va très vite venir la chercher… En attendant, elle remplit son livre des choses mortes : il y a déjà son chien Rambo, et aussi son Papa. Elle s’apprête à y ajouter une mouche. C’est également l’histoire de Karl, le dactylo, qui n’est plus de première jeunesse, veuf, qui a fui sa maison de retraite et qui a élu domicile dans la cafétéria de ce grand magasin. C’est d’ailleurs lui qui va retrouver Millie, et non sa maman… C’est enfin l’histoire d’Agatha Pantha, la vieille voisine de Millie, qui n’est plus sortie de chez elle depuis la mort de son mari. Non qu’elle le pleure depuis tout ce temps, mais elle est bien trop occupée à dénigrer le monde pour sortir : elle mesure tout les matins, ses rides, sa peau qui pend, tout ce qui fait qu’elle vieillit de jour en jour, elle observe par la fenêtre et crie de vilaines choses aux gens. On pourrait la taxer d’acariâtre et de vieille peau asociale, et on n’aurait pas tort. Mais elle aussi va aider Millie, en sortant de chez elle, d’abord, puis en décidant de l’aider à retrouver sa maman, parce qu’abandonner son enfant, cela ne se fait pas. Ils vont donc se retrouver tous les trois sur les routes d’Australie, Millie, qui écrit partout des indications pour que sa maman la retrouve, Karl qui traîne un mannequin derrière lui et tape des choses comme sur une machine à écrire en l’air, sur les tables, sur tout ce qu’il trouve, et enfin Agatha, qui râle après tout le monde. Que vont-ils trouver à l’arrivée ?

C’est une très jolie histoire sur les liens qui nous unissent tous, nous, êtres humains, et sur la manière d’aider les autres. Et il n’y a pas d’âge pour cela ! Chacun recèle des trésors cachés, parfois très bien cachés, et certains retrouvent le goût de la vie dans des situations improbables… Parce que c’est un roman “d’apprentissage” en quelque sorte : chacun va découvrir quelque chose sur sa vie. A la lecture de mon résumé, on pourrait croire que l’histoire va être rondement menée, mais non, l’auteur nous entraînant dans des digressions dans le passé de ces deux personnes âgées, pleines de ressources mais un peu brisées par la vie. C’est un roman sur les secondes chances, aussi : est-il possible de pardonner à une maman qui décide de tout plaquer, même son enfant ? On pourrait croire que l’auteur condamne ce comportement, mais en réalité, il n’est fait à aucun moment son procès, parce que, volontairement ou non, de nombreuses personnes se retrouvent orphelines dans la vie, à l’image de l’auteur lui-même qui a perdu sa maman il y a quelques années.

La poésie est cachée à chaque recoin des pages de ce roman enchanteur, qui nous raconte, l’enfance, la vieillesse, sur fond de paysages désertiques australiens, pleins de magie et de mystères, qui entraînent toujours plus loin notre trio, et ce avec drôlerie et bienveillance. La fin est éblouissante, parce qu’elle ne se situe pas là où on l’aurait cru. Elle est juste belle et parfaite, elle clôt magnifiquement ce joli roman qui m’a fait rire, qui m’a touchée, et qui m’a donné envie d’avoir des amis tels que Karl et Agatha.

Un joli roman à lire pour un beau moment de lecture qui fait du bien.

Ma note : 4/5