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Tout ce qu’on ne s’est jamais dit de Celeste Ng

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— Sélectionné pour le Prix Relay des Voyageurs-lecteurs 2016 —

Celeste Ng, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, Sonatine Editions, Paris, 2016

tout ce qu'on ne s'est jamais ditDernier roman que je lis dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs-Lecteurs édition 2016, je savais qu’il m’ébranlerait, d’une manière ou d’une autre. L’auteur nous offre un roman particulier, à la limite du thriller, qui revient sur la vie d’une famille dans les années 70 à la suite de la mort de l’un des enfants…

Lydia est morte. Sa famille ne le sait pas encore. Mais elle le découvre très rapidement et c’est tout leur monde qui s’écroule. La mère de Lydia est femme au foyer, elle qui aurait aimé être médecin mais s’est retrouvée enceinte de son aîné, Nathan. Elle poussera sa fille à toujours travailler plus pour la voir réaliser ce qu’elle a été contrainte d’abandonner. James, son père, d’origine chinoise, est professeur d’université. Et pour lui, il n’y a rien de plus important que d’être normal, intégré et sociable. Lui aussi veut pour elle ce qu’il n’a pas eu. Et puis il y a Nath, le grand frère, qui s’apprête à entrer à Harvard, mais qui n’a jamais été considéré par ses parents, dont l’attention a toujours été centrée sur Lydia. Enfin, Hannah, petite dernière, complètement effacée, d’une discrétion presque malsaine, que tout le monde oublie et dont la naissance a coïncidé avec un événement familial que nul n’a oublié. Une famille aux lourds secrets, aux non-dits, qui vont tous refaire surface alors que le corps de Lydia est retrouvé dans le lac tout proche. Meurtre, accident ou suicide ? Remontez dans le passé de cette famille va nous donner les clés de ce mystère.

Voici donc un roman d’une rare intensité. Si le personnage principal n’est pas un enquêteur qui recherche ce qui est arrivé à Lydia et remonte ainsi le passé familial de Marylin et James, ce n’en est que plus intéressant ! L’auteur nous propose un récit très bien construit qui oscille entre présent et passé sans qu’on ne remarque les rouages de son écriture. On passe juste d’un moment à un autre, avec une grande fluidité, sans jamais être perdu dans la narration. Elle nous épargne l’alternance des chapitres présent/passé et c’est tant mieux. On se promène ainsi dans les souvenirs et les esprits des différents protagonistes de ce drame, nous nous situons ainsi beaucoup plus dans le psychologique que dans le thriller. Parce qu’il est moins important de découvrir comment Lydia a trouvé la mort que ce qui l’a amené près du lac en pleine nuit. Qu’il s’agisse finalement d’un meurtre, d’un accident ou d’un suicide, peu importe, au fond. Ce qui intéresse, c’est pourquoi elle semble si différente de ce que chaque membre de sa famille s’imagine. Parce que finalement, connaissons-nous bien les gens qui nous entourent ?

En plein dans les années 70, l’aspect racial est également au centre de ce roman. Parce que James est d’origine chinoise, bien que né aux Etats-Unis, marié à une américaine. Le regard des autres sur cette famille différente est prépondérant dans le récit. Le sentiment de malaise qui n’a jamais quitté James, dû à une enfance marqué par les railleries, qui le poursuivent toujours, et qui malgré une réussite universitaire sans équivoque, n’a jamais pu enseigner dans les universités renommées auxquelles il aurait pu prétendre, émaille le récit. La mère de Marylin l’avait averti : quel avenir pour des enfants nés d’une union mixte ? Cette question ne peut refaire que surface, au moment où la question de l’intégration de Lydia, métisse, est posée. Mais est-ce vraiment cela qui vient d’ébranler cette famille, ou les obsessions des deux parents, qui, à cause de leurs échecs, ont mis une pression démesurée sur les épaules de leur fille préférée ?

L’auteur soulève bon nombre d’interrogations sociétales et psychologiques, et comprendre les rouages de cette famille, sa construction, la personnalité de chacun de ses membres, l’impact du passé des parents sur la construction des enfants, la difficile adolescence, est passionnant. La construction magistrale du roman est servie par une belle plume, qui amène du suspens et de l’intensité dans cette découverte d’un parcours familial particulier. On est emporté par les mots de l’auteur, et malgré les fêlures de chaque personnage, malgré leurs défauts, on s’attache à eux, on les comprend, parce que leurs erreurs sont humaines. Celeste Ng nous entraîne même derrière Lydia, avant sa mort, et ces passages, loin d’être glauques ou désolants, sont sensibles et dévoilent un mal-être adolescent parfaitement décrit.

Un roman passionnant, fort et d’une parfaite maîtrise, sur une tragédie, certes, mais surtout sur une dynamique familiale, au bord de la violence, où chaque personnage est inoubliable. Un roman que je garderai en moi pendant très longtemps.

Ma note : 5/5

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Danser les ombres de Laurent Gaudé

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Laurent Gaudé, Danser les ombres, Actes Sud, Paris, 2015

danser les ombresDernier livre lu et chroniqué dans le cadre du Prix Relay des voyageurs 2015. Mais quelle sélection ! J’ai commencé ce roman il y a quelques semaines et je ne suis pas rentrée dedans. J’ai un peu attendu avant de le reprendre, et résultat j’ai bien fait ! Puisque je m’y suis mis il y a quelques jours et je l’ai très vite dévoré. Laurent Gaudé revient sur ce tremblement de terre qui a touché Haïti. Mais ce n’est pas que cela, comme vous l’imaginez. A la lecture de ce roman, j’ai découvert un pays, un peuple, des coutumes, et bien des choses encore !

Lucine vient de perdre sa soeur, et c’est cela qui la ramène à Port-au-Prince après un exil de 5 ans qu’elle s’est imposée pour aider sa soeur fragile et enceinte, celle-là même qu’elle vient de perdre. Elle doit annoncer cette perte à l’homme qui l’avait mise enceinte, espérant un peu d’argent pour aider à l’éducation de l’enfant. Mais son retour à Port-au-Prince signifie bien plus que cela pour elle : elle revit les intenses moments qu’elle y a passé, les manifestations pour faire tomber Aristide, ces moment de passion et d’espoir purs et fous. Elle comprend vite qu’elle ne retournera pas à Jacmel. Elle rencontre un jeune homme, Saul, le frère d’une de ses amies, morte durant ces manifestations étudiantes. A la recherche d’un asile, Saul lui trouve une chambre dans une ancienne maison close nommée Chez Fessou où des amis se réunissent, acceptant parmi eux toute personne voulant parler de politique. Ils jouent aux dominos et refont le monde : le vieux Tess, le facteur Sénèque, Boutra, Jasmin. Mélange hétéroclites d’hommes plus ou moins jeunes, mais tous fraternels, tous amoureux de la vie, qui en profitent à l’ombre des arbres chez Fessou. En une nuit, elle est des leurs. En une nuit, elle entrevoit un avenir. En une nuit, elle revit et respire à nouveau. En une nuit, Lucine est à nouveau vivante. Mais le lendemain, le sol tremble. Et le monde s’écrase sur eux. Les morts se mélangent aux vivants, les ombres sont partout. Comment ce peuple va parvenir à se relever ?

Ce récit est magique, il est magnifique. Pour deux raisons principales : l’histoire d’abord, la plume de l’auteur ensuite. Je vais revenir sur l’histoire, mais tout d’abord, je tiens à dire que Laurent Gaudé nous offre un court roman de 250 pages extrêmement bien écrit. A tel point que je me suis perdue dans un premier temps, puisqu’il mélange les faits qu’il raconte et décrit avec cette magie que nous, occidentaux, avons du mal à comprendre. Et si cela m’a déconcertée durant les trente premières pages, je m’y suis bien vite habituée ! Et même plus qu’habituée, puisque c’est ce que j’ai particulièrement apprécié dans ce roman.

Et c’est par ce biais que j’en viens à l’histoire, et au fait principal de ce roman, à savoir ce tremblement de terre qui a ravagé Haïti. C’est là une histoire bien sombre à raconter, mais Laurent Gaudé y plonge des personnages fascinants, aux histoires personnelles profondément liées à Haïti et à son histoire. Les manifestation étudiantes contre Aristide, je l’ai déjà mentionné, mais des faits encore plus anciens, comme la colonisation française, d’autres dictateurs et d’autres formes de tortures, la relation du pays avec les Etats-Unis. Les personnages sont à la fois simples et riches, et l’auteur parvient dans un si court ouvrage à les étoffer en quelques petites phrases. Au fil du récit, nous comprenons de plus en plus de choses sur les personnages, comme un jeu de piste, ce qui maintient une forme subtile de suspens. Le tout bien sûr mêlé de magie et de croyances qui nous dépassent mais font finalement sens. Il faut attendre la fin du roman pour comprendre le choix du titre, j’ai trouvé cela très beau !

La force de ce roman, ce n’est pas de montrer l’horreur vécu par les haïtiens en ce jour fatidique de janvier, mais l’élan de fraternité et d’entraide qui en a émané. C’est souvent le cas, mais pour ce groupe d’amis déjà extrêmement soudé, ça n’en a que plus de force encore. Notre coeur se serre au fil des pages, quand nous comprenons qui est vivant et qui n’est plus qu’ombre… Mais comment faire reposer les morts alors que l’urgence sanitaire nécessite des enterrements en fosses communes, sans une reconnaissance préalable ? Comment se reconstruire sans savoir si celui qu’on aime est mort ou non ?

Un roman magnifique auréolé d’une atmosphère magique et transcendante. A lire !

Ma note : 4/5

Le voyant de Jérôme Garcin

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Jérôme Garcin, Le voyant, Gallimard, Paris, 2015

le voyantQue de surprises en lice pour le Prix Relay des voyageurs cette année ! Dire que j’ai mis un moment à me lancer dans ces lectures, quelle erreur ! Ce prix qui semble se positionner sous le thème du souvenir, de la mémoire et de destins particuliers, voit donc Le voyant de Jérôme Garcin en lice. Et bien, j’ai été captivé par le destin de cet homme extraordinaire, Jacques Lusseyran, et par la plume de Jérôme Garcin.

Cette biographie retrace l’histoire de cet homme exceptionnel qu’était Jacques Lusseyran. A l’âge de 8 ans, il perd la vue. Loin de l’enfermer dans un monde de noirceur et de désespoir, c’est cette perte qui va lui donner la lumière, une lumière intérieure bien plus forte que celle qu’il adorait observer de sa fenêtre. C’est bien cette force de caractère qu’il doit à sa cécité qui va guider sa vie. Après avoir perdu la vue, il apprend très vite le braille et retourne en classe avec ses camarades voyants. Cela ne l’empêche pas d’être un élève brillant. Mais la guerre éclate. Qu’à cela ne tienne, à 17 ans, il crée un mouvement de résistance au sein même de son lycée, dont la mission est la publication d’un petit journal clandestin. Très vite, il rejoint un groupe plus important, Défense de la France, mais se fait arrêter par la Gestapo en 1943 et se retrouve dans un camp de concentration, dans lequel il parvient à survivre, même s’il en sort affecté et affaibli. Il écrit ensuite, tente d’enseigner alors que sa cécité est un frein pour les administrations qui lui bloquent l’accès aux concours. Et la lumière fut, le livre qu’il écrit, est surtout connu aujourd’hui aux Etats-Unis, pays où il est parti enseigné. Trois femmes, trois enfants, une vie fulgurante. Une vie incroyable pour un non voyant qui voyait bien mieux que les voyants.

Oui, je vous en dis beaucoup sur l’histoire. Oui, la quatrième de couverture en raconte autant. Mais il est important de comprendre le destin même de cet homme avant de se lancer dans ce court ouvrage, car connaître les grandes lignes n’affectera pas le plaisir que vous aurez à découvrir le récit de cette vie sous la plume de Jérôme Garcin. Au contraire, même !

J’avoue, honteusement, que j’ai eu quelques réserves au début de cet ouvrage. Bien que la plume de Garcin m’entraînait malgré moi, j’avais bien du mal à comprendre comment il allait nous raconter l’histoire de cet homme… Car en effet, la première partie est une préface où l’auteur nous explique son incompréhension face à ce résistant négligé et oublié par le pays pour lequel il s’est battu, pour lequel il a résisté, pour lequel il a failli mourir. Alors même qu’il est connu aux Etats-Unis et que les droits de son oeuvre principale ont été achetés pour le cinéma ! Mais très vite, nous entrons dans l’enfance, l’adolescence et l’entrée brutale dans la vie d’adulte de Jacques Lusseyran. La force de l’auteur est de citer cet autre auteur dont il raconte le parcours. On ne s’ennuie pas et on sent la fidélité et le respect profond de Garcin pour Lusseyran. Sa force, encore, est d’avoir su écrire un ouvrage assez court qui ne tergiverse pas. On évite ainsi les longueurs, et on ne s’en porte pas plus mal !

L’auteur parvient ainsi à mettre à l’honneur un héros français oublié au travers d’une biographie attrayante qui se lit comme un roman. Les 200 pages de cet ouvrage se lisent à une rapidité déconcertante et nous permettent de nous interroger sur ce qui est important dans la vie, ce que signifie voir, sur nos préjugés sur les handicapés, sur cette sectorisation des différences qui empêcherait certaines personnes de faire une chose ou une autre, sur finalement cette supériorité des personnes non handicapés, dans une “normalité” toute relative. Car finalement, qui voit le mieux, de l’aveugle ou du voyant ?

Un ouvrage riche, donc, d’une grande force, sur un homme oublié des Français. A lire, donc. Pour se souvenir, ne pas oublier, mais pas que.

Ma note : 4/5

Baronne Blixen de Dominique de Saint Pern

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Dominique de Saint Pern, Baronne Blixen, Stock, Paris, 2015

baronne blixenBaronne Blixen est un ovni : ni biographie, ni un roman pur, bien qu’étant plus proche peut-être de cette dernière catégorie. Un ovni que j’ai dévoré : l’histoire de cette Baronne, à la vie passionnante, au caractère bien trempé, au courage, à la force et à la détermination incroyables, à une époque où les femmes étaient encore si peu considérées, est d’un romanesque incroyable. J’ai adoré découvrir le destin incroyable de cette femme qui ne l’est pas moins. Un régal !

Pour l’histoire maintenant : vous connaissez peut-être son nom, Karen Blixen. Vous connaissez plus sûrement sa vie en Afrique qui dura près de 20 ans au travers de son roman La ferme africaine, ou plus certainement au travers de son adaptation cinématographique où elle était incarnée par Meryl Streep, Out of Africa. Vous voyez mieux de qui je parle, à présent ? Elle a vécu une vie fascinante, ou comme nous le dit la quatrième de couverture du roman bien justement, des vies. Celle en Afrique, où il lui a fallu une force et un courage innommables pour tenter de faire tenir debout sa ferme et ses squatteurs, ces tribus qui vivaient sur ses terres dans une mésentente consommée avant qu’elle n’arrive et réussisse à les faire cohabiter. Sa vie à son retour dans la demeure familiale au Danemark, où elle a dû affronter ses démons et ses fantômes, et faire le deuil peu à peu du Kenya. Sa vie d’écrivain et de conteuse. Sa vie à Rungstedlund où elle accueillit le beau monde de la vie littéraire danoise. Elle fut  éperdument amoureuse de Denys Finch Hatton au Kenya, puis s’est placée en mentor d’un jeune poète, auquel elle s’est attachée de manière irraisonnée. Les vies de la Boronne Blixen constituent en effet un roman, et on a bien du mal à se dire qu’elle a réellement vécu tout cela !

Je crois que vous aurez compris mon enthousiasme pour ce roman à la lecture des premières lignes de cette chronique. Et si l’histoire de cette femme y contribue beaucoup, les choix narratifs de Dominique de Saint Pern y ont une grande part également. Parce qu’elle ne se met pas simplement dans la peau de la baronne, afin de raconter sa vie de sa naissance à sa disparition. Elle a une approche bien différente, au travers d’une autre femme d’exception, Clara Svendsen, qui a été la secrétaire personnelle de la baronne, et qui a dédié sa vie à cette femme exigeante qui ne lui a montré que bien peu de reconnaissance de son vivant mais en a fait son exécutrice littéraire. Celle-ci est donc conviée sur le tournage de Out of Africa en 1984, bien après le décès de la Baronne. Et c’est parce que l’actrice principale ne veut pas dénaturer le personnage qu’elle interprète qu’elle demande à Clara de l’éclairer sur Karen Blixen. A partir de là, on se retrouve au Kenya avec Karen, dans les derniers mois de son séjour africain, avant que des problèmes d’argent ne l’oblige à plier bagage et à rentrer au Danemark. Si le déroulé ne prend pas en compte toutes les années qu’a vécu cette femme fascinante, on la suit dans les événements les plus marquants : son départ d’Afrique, son retour au Danemark, les problèmes de santé, l’écriture de ses contes et romans, ses rencontres marquantes, et notamment sa rencontre avec Clara, mais surtout avec le poète Thorkild Bjornvig, avec lequel elle entretiendra une relation des plus singulières. J’ai trouvé cette trame narrative très intéressante et cette rencontre avec Meryl Streep des plus improbables, mais malgré tout rafraîchissante et qui nous donne envie d’en savoir plus sur cette baronne à la renommée internationale, fêtée dans les pays anglo-saxons et au Danemark.

Cette biographie romancée et libre ou ce roman biographique – à vous de choisir – où l’auteur prend beaucoup de libertés pour raconter cette baronne unique, est très agréable à lire. Baronne Blixen nous entraîne dans un univers colonial révolu, où Karen fait image d’ovni, tant le confort des africains vivant auprès d’elle va lui importer, dans une société d’avant et d’après guerre au Danemark où l’on sent que les choses évoluent, dans un monde donc en pleine évolution.

Je suis ravie d’avoir pu découvrir cet ouvrage et son auteur dans le cadre du Prix Relay des voyageurs 2015, pour lequel Baronne Blixen a été sélectionné.

Ma note : 5/5

 

Concours printemps et Prix Relay !

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Bonjour à tous !

Je ne vous ai pas encore beaucoup parlé du Prix Relay des voyageurs édition 2015 et je m’en excuse platement. Mais je vais réparer cette erreur tout de suite, et d’une manière qui devrait vous plaire !

Pour fêter cette nouvelle édition du Prix Relay, pour fêter le Printemps, mais aussi, et surtout, fêter les 3 ans du blog, j’organise un concours pour vous faire gagner un exemplaire d’un roman en lice pour ce prix. Pour rappel, ont été sélectionnés cette année :

  • Danser les ombres de Laurent Gaudé, paru chez Actes Sud
  • Le voyant de Jérôme Garcin, paru chez Gallimard
  • Baronne Blixen de Dominique de Saint Pern, paru chez Stock
  • Un parfum d’herbe coupée de Nicolas Delesalle, paru chez Préludes Editions

Je vous propose donc de gagner Un parfum d’herbe coupée de Nicolas Delesalle que j’ai adoré ! Pour rappel, vous trouverez ma chronique ici. N’est-ce pas une bonne nouvelle ?

un parfum d'herbe coupée

Et ce n’est pas tout ! Le Prix Relay des voyageurs est un prix vraiment très chouette qui laisse une place importante aux lecteurs en leur permettant de voter pour leur roman préféré, vote qui sera pris en compte par le jury et vous permettra de gagner éventuellement de très chouettes lots ! Je vous donne l’occasion de découvrir l’un des quatre romans en lice et de voter pour lui, ou l’un des trois autres si vous avez l’occasion de les lire ! Pour voter, ce sera par ici.


Pour participer, voici quelques règles et explications :

  • Je ne vous demande rien d’autre que d’aimer la page Facebook de mon blog, que voici.
  • Si c’est déjà le cas, chouette, vous n’avez qu’à remplir vos nom, prénom, adresse complète, adresse mail, pseudo pour l’annonce des résultats.
  • Pour avoir une chance supplémentaire de gagner, vous pouvez partager le concours sur vos réseaux sociaux et/ou blog. Votre nom apparaîtra deux fois dans l’urne virtuelle du tirage au sort !
  • Je n’accepte qu’une seule participation par personne (même nom et même pseudo du like de la page Facebook lié à la même adresse postale). Par contre, si votre mère, frère, fils habitant à la même adresse que vous souhaite jouer, alors qu’il/elle fonce !
  • Le concours est ouvert du DIMANCHE 17 MAI AU DIMANCHE 14 JUIN 2015 20h.
  • Le concours est ouvert à la FRANCE MÉTROPOLITAINE uniquement.

L’exemplaire du roman de Nicolas Delesalle étant en ma possession, c’est moi qui vous l’expédierai. S’il devait y avoir le moindre problème dans l’acheminement postal, je ne saurai être tenue pour responsable. Les résultats seront publiés sur mon blog et partagés sur la page Facebook du blog.

Voilà, tout est dit ! Il ne vous reste plus qu’à remplir le formulaire Google. Ne vous inquiétez pas, je suis la seule à voir vos informations, qui seront détruites après le tirage au sort final.

Bonne chance à tous !

MISE A JOUR DU 14 JUIN 2015 : Le concours est désormais clos. Merci pour vos participations, les résultats seront publiés à la suite de cet article très prochainement !

MISE A JOUR DU 15 JUIN 2015 : Et le sort a désigné Carmen Pol (pseudo Facebook) comme grande gagnante du concours et donc de cet excellent roman ! Bravo à elle !

 

 

Un goût de cannelle et d’espoir de Sarah McCoy

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Lecture dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs 2014

 

Sarah, McCoy, Un goût de cannelle et d’espoir, Les Escales, Paris, 2014

un gout de cannelle et d'espoirDeuxième roman sélectionné au Prix Relay des Voyageurs que je lis, et là encore, une très belle surprise ! Ce roman est un gros coup de coeur !

Deux histoires s’entremêlent dans ce roman mi historique, mi contemporain. En 2007, à El Paso, près de la frontière mexicaine, Reba, journaliste, doit écrire un article sur les traditions allemandes pour Noël. Elle se rend donc dans la boulangerie tenue par une allemande, Elsie, et sa fille, Jane. Alors qu’elle a elle-même des problèmes à régler, concernant son enfance, ses souhaits et son couple, elle découvre dans ce lieu où la gourmandise n’est plus un vilain défaut, et auprès de ces deux femmes, bien plus que matière à l’écriture d’un article…

En parallèle, nous suivons la jeunesse d’Elsie, ce qui nous permet de faire des liens avec la vieille dame qu’elle est devenue, mais aussi avec le quotidien qui s’offre à El Paso, et notamment au fiancé de Reba qui est garde-frontière. Elsie a grandi pendant la guerre, à Garmisch, en Allemagne. Comme ses parents et sa soeur, elle ne se pose aucune question sur le régime nazi : il est légitime, érigé en religion, Hitler en étant devenu le Dieu. La boulangerie que tient sa famille est protégée par les nazis, qui leur procurent les ingrédients, de plus ou moins bonne qualité, nécessaires à la confection de pains et autres pâtisseries. Son père s’est d’ailleurs fait un ami, Josef Hub, officier, qui courtise Elsie, et les protège donc. Cependant, Elsie commence à se poser des questions sur la supériorité des aryens face aux autres peuples, notamment aux Juifs, un jour de Noël où Tobias, un jeune chanteur juif, lui demande aide et protection… Le choix qu’elle va faire en lui ouvrant ou non la porte de la boulangerie va à jamais façonner le destin de la jeune allemande.

Ce roman est d’une justesse incroyable, il est exceptionnel. J’ai ressenti la même chose qu’après la lecture de La Voleuse de Livres de Markus Zusak, où la vision des habitants allemands pendant cette période troublée de notre Histoire est mise à l’honneur. Rien n’était vraiment simple alors : pour le père d’Elsie, l’idéologie nazie a un sens, après les humiliations post Première Guerre mondiale. Les idées d’Hitler sont justes, parce qu’il les a assimilé comme telles. La peur de l’inconnu, des différences, des autres, la facilité de fermer les yeux face aux horreurs qu’on sait, ou qu’on pressent avoir lieu pas très loin de chez nous – Dachau entre autres, tout ceci justifie les actions du régime en place. Le regard d’Elsie évolue, et l’échange de lettres avec sa soeur Hazel nous apprend encore des choses sur ce régime. Face au traitement de ses enfants, Hazel va aussi être confronté à l’absolue horreur d’un système idéologique qu’elle a soutenu et en lequel elle a cru jusque là. C’est brillant, et nous montre que faire évoluer les mentalités est un travail long et fastidieux, quand des idées aussi fortes et radicales ont été assimilées par tout un peuple.

On comprend ainsi pourquoi la Elsie des années 2000 a bien du mal à évoquer ces années passées à Garmisch lors de l’entretien pour l’article de Reba. Mais on comprend également son caractère : sa générosité, son entrain, tous les conseils qu’elle va donner à cette journaliste un peu paumée.

Le parallèle avec la situation des sans papiers qui, n’ayant rien à perdre, ont décidé de passer la frontière, quitte à vivre dans la misère aux Etats-Unis, est assez frappant. Fermer les yeux sur leurs conditions de vie au Mexique et appliquer la loi, comme le fait Riki, le compagnon de Reba, n’est finalement pas très éloigné de la situation de ces Nazis qui exécutaient les ordres en arrêtant les Juifs, comme a pu le faire Josef, le prétendant d’Elsie en 1944. Les renvoyer dans leur pays, ne sachant pas s’ils vont y survivre, est finalement assez révoltant… et malgré tout compréhensible : les Etats-Unis ne peuvent accueillir toutes ses populations. Evidemment, le parallèle a ses limites, je ne compare pas les Etats-Unis au IIIe Reich. Mais la capacité des Hommes à refuser un système qu’ils trouvent injuste, et chercher, à leur manière, et avec leurs possibilités, à changer cela, mais surtout à vivre en accord avec leurs idées, est probant dans ce beau roman, où la tolérance prend une part importante. La recherche de soi également. Et les valeurs de l’amitié. De la famille. Et de l’entraide.

Sarah McCoy nous offre ici un très beau roman, qui se lit d’une traite. Le petit plus : on salive du début à la fin en lisant les descriptions des belles pâtisseries, pains et chocolats dans les boulangeries d’El Paso et de Garmisch. Et cerise sur le gâteau : certaines recettes nous sont offertes en fin d’ouvrage. Roman magnifique et livre de cuisine… et vous hésitez encore à vous jeter sur ce livre ?

Ma note : 5/5

Et puis, bien entendu, on pense à voter pour ce roman dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs 2014 en cliquant ici !

La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon

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Lecture dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs 2014

 

Lola Lafon, La petite communiste qui ne souriait jamais, Actes Sud, Paris, 2014.

la-petite-communiste-qui-ne-souriait-jamais-de-lola-lafonLa petite communiste qui ne souriait jamais se situe entre la biographie d’une grande gymnaste, l’essai sur la situation de la Roumanie à la fin des années 70 et les années 80 et la fiction sur une petite fille au destin pas comme les autres. Ce roman est d’une richesse incroyable, et ce premier livre sélectionné au Prix Relay des voyageurs que je lis est une très belle surprise.

C’est l’histoire de Nadia Comaneci. Qui n’en a pas entendu parler ? Cette gamine de quatorze ans que le monde a découvert lors des Jeux Olympiques de Montréal en 1976 et qui a obtenu pour la première fois de l’histoire des JO un 10, et dans plusieurs disciplines, à tel point que les ordinateurs ont été incapables d’afficher ce résultat parfait et impossible. Cette gamine qui a écrasé les russes avec une désinvolture déconcertante, et une concentration inébranlable. Le tout dans une Roumanie dirigée par Ceausescu qui a profité tant qu’il a pu de ce symbole de perfection, produit pur du communisme et de la Roumanie. Quel pied de nez aux russes ! Mais l’histoire de Nadia C. ne s’arrête pas à cela. Son enfance, sa découverte par Béla qui l’initiera à la gymnastique et qui la coachera et la managera une grande partie de sa carrière, ses sacrifices qu’elle ne considérera jamais comme tels, son passage à l’âge adulte avec des phases très particulières pour l’enfant gymnaste, le déchirement entre est et ouest, la dureté des médias, des systèmes politiques, la cruauté des hommes qui l’entoureront tout au long de sa vie : tout cela fait de la vie de cette femme une fresque complexe qui nous apprend des choses incroyables et palpitantes sur cette période troublée de notre Histoire.

Ce roman est passionnant, il alterne des éléments avérés de l’histoire de cette gymnaste au talent spectaculaire, qui ne craignait jamais de se rompre le cou, symbole du prestige du communisme tel que les plus grands dirigeants voulaient qu’il apparaisse, avec des échanges rêvés entre l’auteur et Nadia, afin de marquer encore la difficulté d’analyser ce monde éteint, passé, au regard de celui que nous connaissons aujourd’hui, et de passer outre la critique facile d’un monde et d’une situation que nous n’avons pas connu de l’intérieur. L’auteur nous révèle également qu’elle s’est permis d’imaginer et de transposer ce qui s’est passé entre les faits et dates connus, via différentes sources, dont biographies et essais sur la Roumanie de ces années-là, et ce afin de donner une cohérence au destin fabuleux de cette petite communiste sortie de nulle part.

Comme l’histoire qu’il raconte, ce roman est pluriel et divers, avec ces conversations supposées en italique, le récit de la visite de l’auteur en Roumanie, mais aussi à cause de l’écriture très particulière de Lola Lafon, qui s’apparenterait à une écriture journalistique, avec un recul historique probant, le tout présenté de manière fluide, agréable à lire. Où s’arrête le véridique de la réalité purement historique ? Bien difficile à déterminer… A la lecture de ce livre particulier, je me suis prise à croire sur parole à tout ce que me racontait Lola Lafon. Mais n’est-ce pas le cas de tout roman que nous lisons ? Ici, le fait de retranscrire l’histoire d’un personnage historique rend cette impression d’autant plus forte. Mais est-ce la cohérence de tout cela (rappelons que l’auteur a conservé faits, événements et dates) ou l’écriture si particulière de Lola Lafon qui donne l’impression d’être embarqué avec une journaliste dans ses recherches sur la vie de cette femme, fait accentué par ces conversations, pas toujours simples, entre elles deux ? La fille qui a grandi à l’est et l’autre à l’ouest ? Aussi, peut-être, par cette succession de chapitres courts, qui permet au lecteur de se faire embarquer bien plus facilement ?

Lola Lafon nous embarque dans un voyage édifiant où nous partageons le destin incroyable de Nadia Comaneci durant près de quinze années en seulement 309 pages.

Ma note : 4/5

 

Et puis, bien entendu, on pense à voter pour ce roman dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs 2014 en cliquant ici !

 

Pour le plaisir, deux petites vidéos des exploits de Nadia Comaneci au JO De Montréal en 1976 :