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Rencontre avec Sarah Vaughan

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A l’occasion de la sortie française de son dernier roman, j’ai eu la grande chance de rencontrer Sarah Vaughan, l’auteur de La meilleure d’entre nous et de La ferme du bout du monde (qui vient donc de paraître), tous deux parus chez les Editions Préludes. Cette rencontre autour d’un thé et de macarons a été une belle opportunité et un très beau moment de partages. Sarah Vaughan est à l’image de ses romans : d’une générosité sans faille, ouverte, disponible et accueillante. Je la remercie, ainsi qu’Anne Boudart des Editions Préludes, pour ces instants précieux. Je vous propose donc un résumé des échanges avec cet auteur de talent.

la ferme du bout du monde

La ferme au bout du monde

Ce roman a été inspiré par sa mère, son enfance et les souvenirs d’enfance de l’auteur. Elle a souhaité réfléchir à la psychologie féminine et aux répercussions que peuvent avoir les actes passés sur le présent.

Cette ferme au fin fond de la Cornouailles est le personnage le plus important de l’histoire car elle est le témoin de l’Histoire. Cette région attirent alors même qu’elle est extrêmement rude. L’auteur est fascinée par les vieilles architectures, ce qui l’interrogent sur ceux qui les ont habités, y sont passés.

Son intérêt pour l’Histoire et les secrets lui vient de son ancien métier : elle était journaliste. Elle est fondamentalement curieuse.

Ce roman est sans aucun doute le plus difficile qu’elle ait eu à écrire. C’est ce roman qui l’a réellement faite écrivain. Les recherches nécessaires, ainsi que la construction du roman, avec ces incessants allers-retours entre le passé et le présent, en sont la cause. Ce roman est bien plus structuré que La meilleure d’entre nous, plus sophistiqué et travaillé.

 

Les personnages

Si ses personnages sont perdus au début de l’histoire, Sarah Vaughan est motivée pour les faire évoluer. Cela leur crée un challenge qu’elle veut leur voir surmonter. Ils doivent se dépasser. S’il en ressort souvent une emprise négative des hommes, celle-ci est intéressante pour la structure psychologique des personnages qui en deviennent plus sympathiques. Leur quête est plus élaborée et sortir de cette emprise négative est bien plus satisfaisant.

Elle travaille ses personnages de manière à ce que ce soient eux qui lui disent quoi écrire et dictent l’histoire. Si ils sont assez travaillés, cela fonctionne très bien.

Elle s’investit beaucoup dans les personnages et s’y attache. Pour ce roman, il n’a pas été difficile de les laisser prendre leur envol après sa publication. En effet, contrainte de retirer 55.000 mots après 18 mois d’écriture, elle n’était pas mécontente de voir son roman enfin publié ! Elle pense souvent à ses personnages.

 

Cornouailles

Si l’auteur a choisi ce lieu pour situer son histoire, c’est d’abord parce que c’est l’endroit qui la rend le plus heureuse, de manière viscérale.

 

La Seconde Guerre mondiale

Pour l’auteur, la génération qui a vécu ce conflit est bien la dernière à avoir été courageuse. Sa grand-mère et ses voisins n’aimaient pas en parler. Mais de petits détails ressortaient de temps en temps. Par exemple, sa grand-mère n’a pas dormi dans son lit pendant 261 jours à cause des bombardements. Son voisin a été officier pour le DDay. Il est important pour elle de récupérer la parole des anciens avant qu’elle ne disparaisse. L’oubli du passé est bien trop rapide, d’où son souhait de faire revivre le temps d’un roman cette période historique. Elle veut raconter les histoires de personnes auxquelles on ne s’intéresse pas, dont on ne raconte pas le vécu.

 

Inspirations

Certains auteurs l’ont marqué dans sa jeunesse, à commencer par Jane Austen, conseillé par sa mère alors qu’elle n’avait pas pu lire des livres pour enfants comme elle le souhaitait. Ensuite, elle a surtout été inspirée par Daphné du Maurier, Thomas Hardy (Tess d’Unberville), Sebastian Faulks (Birdsong). Ce sont des romans qui révèlent l’intériorité des personnages féminins. D’autres auteurs qui parlent de femmes l’ont aussi marquée : Sarah Waters, Hilary Mantel ou encore Kate Atkinson.

 

Prochain roman

Son prochain roman se passera entre Oxford et Westminster et elle se servira de son expérience journalistique comme inspiration principale. Les lieux sont forts, ce qui n’est pas innocent. Elle envisage de choisir Paris comme lieu d’ancrage de ses personnages dans un prochain roman.

Hâte de lire à nouveau ce merveilleux auteur !

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La ferme du bout du monde de Sarah Vaughan

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Sarah Vaughan, La ferme du bout du monde, Editions Préludes, Paris, 2017

la ferme du bout du mondeVoici un roman fort, beau, qui nous entraîne dans une Cornouilles sauvage et magnifique, à la rencontre de personnages incroyables. Une très belle réussite que ce roman de Sarah Vaughan, de laquelle nous avions déjà lu La meilleure d’entre nous. Un roman bien différent, bien plus fort, bien plus élaboré que son premier. Encore un coup de cœur chez Préludes !

Nous sommes en 1939. Deux enfants londoniens viennent trouver refuge dans la campagne anglaise, dans une ferme située au milieu de nulle part, en Cornouailles. Ils y rencontrent notamment Maggie, la fille du fermier, dont ils deviennent amis. Ils sont protégés des turpitudes de la guerre qui se déroule bien loin de la réalité paysanne. Mais l’été 1943 va marquer un tournant dans leurs vies à tous les trois et les bouleverser.

Nous sommes en 2014. Lucy travaille dans un hôpital auprès d’enfants et elle est mariée. Mais elle découvre l’infidélité de son mari et commet une erreur médicale qui aurait pu coûter la vie d’un jeune patient. Bouleversée, elle s’en va soigner ses plaies auprès de sa grand-mère Maggie, de sa mère et de son frère. La voilà de retour en Cornouailles où elle s’aperçois que la ferme ne va pas aussi bien qu’elle l’espérait. Hantée par la disparition tragique de son père quelques années plus tôt, elle cherche à aider son frère et à réinventer l’activité de cet édifice familial. Mais les découvertes qu’elle va faire vont tout chambouler.

Quand passé et présent se mêlent, qu’un drame vient bouleverser des vies et les marquer à jamais, comment tout réparer tant d’années après ?

Ce livre est tout simplement magique ! Si le thème de la Seconde Guerre mondiale, comme la construction passé / présent, sont beaucoup utilisés par les romanciers, Sarah Vaughan parvient à créer une tension narrative autour de personnages bien construits, blessés mais jamais pathétiques, et à faire naître l’espoir là où il n’y en avait plus beaucoup. Et cette Cornouailles ! Qu’en dire ! Cette terre qui peut être à la fois si riche et si rude, si belle et si inhospitalière, battue par les vents et envahie par les embruns, elle fascine le lecteur qui ne souhaite plus qu’une chose : aller visiter cette Cornouilles enchanteresse.

Si la structure narrative aide à créer une tension dramatique, elle est appuyée par les situations et personnages que dépeint l’auteur. Le rythme est assez lent, rien dans la précipitation, et chaque élément se met en place doucement. Mais ce n’est pas pour autant qu’on s’y ennuie, au contraire ! On s’empare de chaque mot de l’auteur et de ceux bien choisis par sa traductrice, on s’en délecte, on les fait rouler sous sa langue pour en sentir chaque nuance. C’est un roman très poétique, porté par un décor qui prête à la méditation, aux sensations et qui transcende les émotions. Et chaque personnage est à l’image de cette lande battue par les vents, de cette ferme encore debout malgré les événements qui les ont ébranlés.

Si l’auteur s’intéresse dans ce roman à l’Histoire, plus particulièrement à cette Seconde Guerre mondiale qui bouleverse toujours autant, elle préfère se concentrer sur les petites gens, celles qui n’ont peut-être pas changé la face du monde ou influé sur le conflit, mais qui ont dû intégrer cette variante dans leur quotidien et s’accommoder de la situation. Ce qu’ont finalement vécu la majorité des contemporains de ce conflit. Et si ce dernier n’est pas l’objet central du roman, il influe sur le destin des personnages de Sarah Vaughan, Maggie, Will, Alice et par ricochet Lucy, sa mère et son frère. Comme ces bourrasques qui frappent la lande, par vagues, parfois pas de manière frontale. Mais c’est une donnée avec laquelle il faut composer.

Toute la finesse de l’auteur réside dans la tension et le suspens qu’elle parvient à insuffler dans son roman : si on sait qu’un terrible secret se cache dans le passé de la grand-mère de Lucy, il ne nous est pas révélé avant les derniers chapitres. Et si, page après page, l’histoire d’Alice, Will et Maggie prend forme, si on commence à entrevoir ce qui va se jouer, on reste bouleversé par la révélation, étant bien loin de la vérité. Ce que défend aussi Sarah Vaughan dans ce beau roman, c’est qu’une action partant d’une bonne intention, d’un désir fou de rattraper ses erreurs et de protéger ceux qu’on aime, peut se transformer en véritable tragédie. Ce qui nous montre que rien n’est jamais acquis, qu’il ne faut pas juger hâtivement, et surtout apprendre à pardonner. Ce n’est peut-être pas révolutionnaire, mais cela reste une belle leçon de vie.

Quant aux événements de cet été 2014 qui voient Lucy revenir dans cette ferme du bout du monde, ils ne tournent pas autour de ce secret enfoui, mais s’intéressent à la reconstruction de cette jeune femme qui remet en doute sa vocation pour une erreur qu’elle ne peut se pardonner, ainsi que sa capacité à faire confiance après la trahison de son conjoint. Une reconstruction qui passera par un travail sur soi et un affrontement de son passé et de ses peurs, mais aussi par un travail bienvenue dans cette ferme qu’elle croyait inébranlable mais que finalement elle connaît peu. Lucy est aussi inspirante que peuvent l’être Maggie et Alice. Trois personnages forts, humains, complexes et beaux.

La ferme au bout du monde est un roman vibrant, bouleversant, aux personnages dont il est difficile de se défaire, dans un paysage enchanteur, sauvage, plein de magie. Une histoire de destins, de secrets, de vies fêlées mais jamais complètement brisées. Un beau coup de cœur.

Ma note : 5/5

Les gentilles filles vont au paradis, les autres là où elles veulent de Elie Grimes

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Elie Grimes, Les gentilles filles vont au paradis, les autres là où elles veulent, Editions Préludes, 2017

les gentilles filles.jpgQuel plaisir de lire ce roman ! Les éditions Préludes nous proposent un roman frais, percutant, drôle et émouvant. Un combo parfait pour l’été ! Une héroïne touchante, imparfaite et compliquée, un Dom Juan énervant mais attirant, une flopée d’amis inoubliables, une famille pas toujours commode, des quiproquos, des embrouilles, des réconciliations, l’analogie à Orgueil et Préjugés de Jane Austen est presque trop facile mais au combien justifiée !

Zoey est un traiteur qui commence à percer à New-York. Elle s’est faite toute seule, mais avec le soutien de son frère Dalton, de ses amis, Adrian, son meilleur depuis toujours, et Sally, son assistante qui est devenue bien plus que cela et qui semble être amoureuse de Dalton, coureur de jupons invétéré. Si elle a choisi ses amis, il n’en est pas de même avec sa famille. Ses rapports avec sa mère sont pour le moins conflictuels, quand elle adore sa grand-mère à qui elle doit tout. A part le fait que son ex l’a quittée pour son ennemie d’enfance qu’elle revoie régulièrement aux banquets familiaux, tout va plutôt bien dans la vie de Zoey. Mais tout est sur le point de se compliquer lors du banquet d’anniversaire de mariage de ses parents : elle oublie de mettre ses chaussures, renverse de la sauce sur la robe de la fiancée de son ex, elle boit trop, passe la nuit avec Adrian. Et, cerise sur le gâteau, elle envoie paître Matthew Ziegler, critique culinaire le plus en vue de New-York qui peut faire ou défaire une carrière en quelques mots. Quand celui-ci, loin d’être dénué de charmes bien que peu avenant, reprend contact avec elle pour découvrir son travail et mettre à l’épreuve sa cuisine, la situation devient explosive et tout un tas de secrets, de préjugés et de non-dits risquent bien d’exploser à la figure de Zoey !

Ce roman est une comédie fraîche, sensible, qu’il est très plaisant de découvrir. On pourrait croire que le thème du chassé-croisé amoureux a été vu et revu, Elie Grimes nous prouve le contraire. Je ne saurais expliquer en quoi son roman est différent, et c’est sûrement ça qui réussit à cet ouvrage : tout est fluide, naturel, jamais caricatural. Si certaines situations sont cocasses, elles en restent vraisemblables. On se figure très facilement l’univers dans lequel Zoey évolue, parce qu’il est simple, c’est celui des femmes approchant la trentaine ou déjà dedans, qu’elles vivent à NYC ou ailleurs.

Cette fraîcheur se retrouve dans les personnages et leurs relations. Cette bande d’amis constituée au fil du temps, tellement proche mais se cachant tellement de choses de peur de blesser, cette famille maladroite dans ses rapports mais qui n’en reste pas moins soudée. Et la relation amoureuse qui se crée très vite avec Matthew, qui pourrait être très simple mais ce serait sans compter sur le caractère bien trempée de Zoey qui a bien du mal à faire confiance en un homme depuis la trahison de son ex. Les renversements de situations et autres rebondissements / révélations ponctuent le récit et nous entraînent à la suite des personnages.

Parce que ce qui ne gâche rien, c’est la qualité d’écriture de ce roman. Ne nous le cachons pas, il arrive que ce type de comédies romantiques soit pauvre et simple dans le style. Mais ce n’est pas le cas ici, on y décèle une richesse, un travail sur les mots, qui nous permet d’entrer avec délectation dans l’histoire de Zoey. Si on ajoute à cela le rythme insufflé par l’auteur, on comprend rapidement en quoi il est un page turner.

Ce roman, à la belle couverture, au titre à rallonge qui interroge et attire, dont la quatrième de couverture le compare très ouvertement à Orgueil et Préjugés, tient ses promesses. J’ai eu peur de cette comparaison, me disant qu’elle n’était utilisée que pour attirer les lectrices. Mais c’était mal connaître les Editions Préludes ! Il est vrai qu’on retrouve du Elizabeth Bennet dans Zoey, deux personnages au caractère fort, à la langue acérée, aux jugements parfois hâtifs et aux idées préconçues pas toujours vraies. Matthew Ziegler, c’est un peu Darcy, un peu dédaigneux, aux nombreux secrets, discret et hautain. Mais ce n’en est pas une pâle copie, loin de là. On y trouve une fraîcheur et une légèreté, une liberté de possibles peu présents dans la société d’Elizabeth Bennet. Il y a quelque chose d’incroyablement sexy, de percutants, une consonance très actuelle dans le roman d’Elie Grimes (ce qui était aussi le cas du roman de Jane Austen, roman moderne au possible).

C’est un roman où il fait bon être. Un roman dont on dévore les pages, tant pour l’intrigue que pour le phrasé et les répliques percutantes. Un beau roman Préludes qui nous prouve que la comédie romantique peut être une sacrée bouffée d’oxygène. Un beau coup de cœur, un roman que je relirai très certainement.

Ma note : 5/5

89 mois de Caroline Michel

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Caroline Michel, 89 mois, Editions Préludes, Paris, 2016

89 moisAvec ce premier roman, Caroline Michel nous offre une histoire très actuelle dans laquelle toutes les femmes dans la trentaine, ou l’approchant, et encore plus les célibataires, se reconnaîtront. Une vraie réussite, un roman qui se dévore. Préludes Editions est décidemment gage de qualité !

Jeanne vient de fêter ses 33 ans. « L’âge du Christ ! » comme lui ont fait remarqué ses amis. Sauf qu’à 33 ans, elle est célibataire et se rend compte que dans 7 ans, soit à peu près 89 mois, il lui sera bien difficile d’avoir un enfant. Or, elle en veut un. Et maintenant. Pourquoi attendre ? Un papa est-il si nécessaire pour éduquer un enfant ? Oui, elle a besoin d’un géniteur. Mais à part ça ? Elle a un boulot stable, contrôleuse SNCF sur la ligne Paris-Auxerre, un nouvel appartement dans le quartier du Père-Lachaise, et de supers amis, bien que certains soient très moralisateurs. Alors oui, elle veut cet enfant, auquel elle parle déjà. Malgré – ou justement à cause de – sa rupture un an auparavant, malgré Alice qui est persuadée qu’elle ne peut pas faire ça seule, sans papa, malgré sa mère, malgré la société et ses diktats. Alors elle se lance : elle rencontre des hommes, ment sur sa prise de pilule, lève les jambes après les rapports, achète des dizaines de tests de grossesse. Car sa petite Augustine, comme elle se plaît à l’appeler et à l’imaginer, ne doit pas être bien loin…

Ce roman, c’est une bouffée d’air frais pour toutes les célibataires dans la petite trentaine qui veulent des enfants et qui se demandent si elles en auront un jour. Que ça fait du bien de voir qu’on n’est pas seule ! Et qu’il n’y a aucune honte à ressentir pareille envie. Caroline Michel met bien en avant que les filles sont bloquées à ce niveau car viendra un jour où elles ne pourront plus avoir d’enfant. Quant aux hommes, ils n’ont pas à s’en soucier ! L’héroïne du roman est très touchante dans son désir et son initiative, l’auteur parvient à rester dans la juste mesure, ni trop larmoyant, ni trop fantasque. Jeanne est une fille que j’aimerais connaître, elle est pleine d’humour, de recul sur elle-même, et surtout elle sait ce qu’elle veut et elle est décidée, malgré les obstacles et les copines réticentes. Mais il n’y a pas qu’elle : j’aimerais connaître également Eléonore, fantasque et pleine de vie, Nico, si attachant, Félix, si sympathique, et même Arnaud et Alice, malgré leurs idées très arrêtées sur la maternité et la famille.

On passe vraiment un super moment à la lecture de ce roman. Il est bien écrit et plein de drôlerie et de réparties. On se laisse happer par les mots de Caroline Michel, qui nous offre un roman sans fioriture, simple et vrai, sans faux semblant. La construction sert le roman, divisé en parties « mensuelles », selon les mois restants à l’héroïne avant qu’il lui soit très difficile d’être mère. Et à l’intérieur de ces parties, le roman est divisé à nouveau en passages assez courts, ce qui incite le lecteur à se dire : « encore un petit passage et j’arrête. » Autant vous dire que j’ai enchaîné comme cela de nombreux passages, puis chapitres, et que le roman a été dévoré en 24 heures.

Malgré le sujet qui est assez sérieux et spécifique, je recommande vivement ce roman à tous ceux qui veulent se vider la tête. Ce n’est pas lourd, bien au contraire. On suit les tribulations de Jeanne qui ne cherche plus une relation sur le long terme, trop de risque que ça ne fonctionne pas et de perdre encore quelques mois dans son projet forcément limité dans le temps. Des moments très émouvants étayent le récit, lorsqu’elle s’adresse à son futur bébé, mais aussi lorsqu’elle se rend compte des risques qu’elle prend pour sa santé, et lorsqu’elle est confrontée aux tests de grossesse négatifs. On passe par beaucoup d’émotions à la lecture de ce roman, c’est une pilule d’humanité qu’on avale d’un trait, qui nous montre qu’il n’est pas évident d’être célibataire à 30 ans, mais sans rentrer dans le larmoyant ou la chick lit déjantée.

Un beau roman, drôle et touchant, bien écrit et agréable à lire, que je conseille vivement ! Un vrai coup de cœur !

Ma note : 5/5

Elles sont parties pour le nord de Patrick Lecomte

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Patrick Lecomte, Elles sont parties pour le nord, Préludes, Paris, 2016

elles sont parties pour le nordVoici un roman pas comme les autres, le genre de livre que je ne lis pas habituellement et que je suis ravie d’avoir ouvert ! La belle histoire d’une jeune fille, de la nature et des grues blanches, entre Canada profond et Texas, dans la première partie du XXe siècle. Voilà qui donne le ton !

Nous sommes en 1917 et Wilma a onze ans. Elle vit avec son père trappeur dans le Grand Nord canadien et passe beaucoup de temps seule, à attendre son père dans la cabane qu’ils ont construite. Il lui tarde que l’hiver laisse sa place au printemps pour observer le renouveau de la nature et les animaux. Un soir, son père lui ramène un livre qui va changer sa vie : Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède. Elle y découvre un animal qui la fascine, la grue blanche. Des années plus tard, alors qu’elle étudie au Texas et qu’elle commence à s’intéresser à la sauvegarde des animaux, elle décide d’en faire le combat de toute une vie : sauver la grue blanche de l’extinction et plus particulièrement de Akka, la grue qu’elle a observé dans son enfance et qu’elle a nommé comme une oie du livre qui a tout changé.

L’histoire de cette jeune fille est fascinante, et si j’ai eu peur d’un rythme lent, peut-être cliché quand j’imagine un livre qui a pour grand thème la nature, j’ai été rapidement rassurée : on est emporté dès les premières pages, d’abord par l’histoire elle-même qui nous entraîne à la suite de Wilma, jeune fille puis femme au caractère fort et qui réussit à en imposer aux hommes à une époque où ce n’était pas une évidence ; ensuite par la plume de l’auteur qui, s’il décrit les phénomènes naturels, les paysages et les animaux, réussit à ne pas nous ennuyer. Aucun répit, aucune longueur, on est emporté et on vit une aventure incroyable.

C’est donc l’histoire d’un combat, une des premières fois où on s’intéresse à la survie d’espèces animales, à une époque où la crise de 1929 était plus que fraîche et où il était difficile aux hommes de survivre… Alors les animaux ! Mais la persévérance de cette femme et son audace vaincront tous les obstacles. Si Wilma n’a pas vraiment existé, ce combat si, et c’est formidable de le découvrir d’une manière si enlevée.

Et c’est également le combat des femmes, peu considérées à cette époque, que nous conte l’auteur. Wilma nous prouve que quand on veut, on peut vaincre toutes les barrières, et ça fait du bien de le rappeler ! J’ai particulièrement apprécié sa rencontre forcée avec le président des Etats-Unis, Roosevelt à l’époque, moment drôle, absurde et montrant à lui tout seul la force de ce personnage inventée par l’auteur. Mais on ne peut que se dire que si de telles personnes n’existaient pas réellement, aucun combat ne pourrait être mené…

Si de nombreux personnages peuplent le roman de Patrick Lecomte, l’accent est mis sans contexte sur Wilma et sur la grue blanche, permettant un parallèle fort de leurs deux caractères : elles sont toutes deux indépendantes, battantes, survivantes et prêtes à tout afin de vivre libre. Le personnage du père de Wilma est impressionnant également, du moins dans la première partie du roman puisqu’il se fait moins présent par la suite. On ne peut qu’admirer le courage de cet homme qui vit en fusion avec la nature, qui va être obligé de prendre des décisions peu faciles, et qui va devoir se reconstruire après la perte de sa femme, devant dès lors assumer les décisions seuls concernant sa fille, lui cet homme solitaire et devenu taciturne après ce drame. Le caractère de Wilma s’explique aisément à partir de là, et c’est en cela que les personnages sont très bien construits.

Une magnifique histoire bien menée, sur un sujet original que je n’aurais pas pensé qu’il m’intéresserait autant. Une belle découverte, encore une belle réussite des éditions Préludes qui ont su découvrir ce beau premier roman et lui laisser sa chance.

Ma note : 5/5

Le Goût du large de Nicolas Delesalle

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Nicolas Delesalle, Le Goût du large, Editions Préludes, Paris, 2016

le gout du largeQu’il est difficile d’écrire une chronique sur un tel livre ! L’exercice est ardu, comme il l’a été pour le premier roman de cet auteur formidable, Nicolas Delesalle. Dans Un parfum d’herbe coupée, il nous faisait voyager dans ses souvenirs, et ce faisant dans les nôtres. Mais j’en retiens une impression de voyage et de découverte de soi. Ici, il continue sur sa lancée en nous faisant voyager, à nouveau dans ses souvenirs, mais de manière plus classique. Parce qu’avec ce livre, nous découvrons le monde comme il est bon de le voir : vrai, effrayant, beau, plein d’espoir et de désespoir. Humain, en somme.

Nicolas Delesalle embarque sur un cargo pour neuf jours, cargo qui doit relier Anvers à Istanbul. Et en neuf jours, il écrit certains souvenirs qui ressortent des tréfonds de sa mémoire. Comme le cargo qui transporte des conteneurs, il va ouvrir certains de ces propres conteneurs intérieurs et se livrer au lecteur. Chaque journée est l’occasion de nous faire voyager. Parce l’auteur est grand reporter pour Telerama, il en a vu des pays, en a rencontré des personnes. S’il n’est pas journaliste de guerre, comme il nous l’a confié lors de la soirée de lancement de ce livre, il s’est parfois retrouvé dans ces pays où il est plus question de survivre que de vivre, dans ces pays où la misère crève les rues mais semble si banale à ceux qui la voie tous les jours.

L’auteur nous emporte donc en Afghanistan, à Tombouctou, au Niger, à Moscou, à Kobané, en Egypte, depuis le MSC Cordoba. Il nous conte des vies, des rencontres, des situations souvent pittoresques, des drames et un espoir fou, celui qui devrait encore éclater dans nos cœurs et prendre la place de cette résignation qui nous fait détourner le regard de la misère que nous côtoyons. Il nous conte ces anecdotes de journalistes, mais aussi celles de son cargo, l’équipage philippin, l’autre voyageuse, les conteneurs et leur contenu complètement fou – acheminer des citrons depuis Anvers jusqu’à Istanbul en plein de juillet, quelle contradiction ! – son goût pour ce voyage de solitude, sa magnifique rencontre avec le cargo lui-même et la houle qui le berce.

Si au départ, on m’avait dit que ce livre parlerait de Syrie et d’Afghanistan, de guerre et de souffrance, je ne l’aurais pas ouvert. Quelle erreur cela aurait été ! Parce que ce n’est définitivement pas que cela. Et c’est pourquoi le travail de Nicolas Delesalle est essentiel. Parce qu’avec sa plume juste, son humour et sa retenue, il parvient à nous donner envie d’aller voir tout cela par nous –même. Il nous permet de mieux comprendre ceux qui vivent ces situations intolérables quotidiennement. Il nous donne un regard juste sur ces migrants qui risquent tout pour venir en Europe, que certains renverraient bien chez eux, montrant un manque de compassion à des personnes bien plus humaines qu’eux. L’humain, voilà ce que nous conte Nicolas Delesalle. Comme il a pu nous le dire, nous sommes tous humains, et chacun d’entre nous, chaque être humain, ressent peur, détresse, joie, horreur, impatience, envie.

Voilà ce qu’est Le Goût du large : un livre sur l’humain. Un livre important et essentiel. Un livre qui nous donne envie de voyager, et de partir sur un cargo tenter l’aventure. Il est important de le découvrir le plus vite possible. Vous en sortirez grandi.

Ma note : 5/5

Mala Vida de Marc Fernandez

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Marc Fernandez, Mala Vida, Editions Préludes, Paris, 2015.

mala vidaQuelle belle surprise que ce roman ! Décidément, les éditions Préludes ne parviennent pas à me décevoir et c’est tant mieux ! Roman sur l’Espagne d’aujourd’hui, touchée de plein fouet par la crise, et l’Espagne d’hier, pleine de secrets honteux qui resurgissent…
Espagne, donc, de nos jours. Après des années de pouvoir socialiste, la droite dure, proche du franquisme, revient au à la tête de l’Etat, dans un pays touchée durement par la crise financière et dont le taux de chômage est plus qu’inquiétant. Le soir des élections, un premier meurtre, d’un jeune homme politique proche du nouveau pouvoir, est perpétré, suivi par plusieurs autres dans toute l’Espagne, de Madrid à Barcelone, en passant par Valence, ciblant des personnes aux responsabilités très différentes, sans lien en apparence si ce n’est leurs rapports avec le franquisme. Très vite, un journaliste qui a réussi à garder son poste dans une radio publique malgré le nouveau gouvernement, Diego Martin, est intrigué par le premier meurtre perpétré. C’est un journaliste à l’ancienne : il aime aller lentement, remonter les pistes, et ne rien laisser de côté. Mais dans ce cas-là, le mystère est bien épais. Quand une mystérieuse association se révèle aux médias et à l’Espagne pour dénoncer un réseau de vol de bébés mis en place par Franco et qui lui aurait survécu, l’Espagne est choquée, révoltée, indignée, dans un sens comme dans l’autre. Et si tout était lié ? Diego se retrouve au milieu du séisme, à essayer de démêler le vrai du faux et à toujours tenter de rester au plus près de ses convictions, bien éloignées de celles des dirigeants…
C’est un roman sublime et extrêmement intéressant. Si je m’intéresse depuis quelques temps à l’histoire de l’Espagne, et notamment à la guerre civile qu’elle a connu, ce roman permet de s’y replonger d’une manière différente, plus actuelle. Il s’agit ici de mémoire collective, d’oubli et de réparation. La loi d’amnistie a permis aux partisans de Franco de continuer leurs vies normalement, le but étant d’enterrer rapidement le passé pour construire une Espagne nouvelle. Mais est-il si facile d’oublier ? Peut-on pardonner aussi aisément ? Ce récit nous montre une Espagne toujours hantée par ce qu’elle a vécu au siècle dernier. Certains la regrettent, d’autres la maudissent, et tous cohabitent. Ce qui est le plus frappant, c’est peut-être l’image de la religion catholique extrémiste révélée par Marc Fernandez, très proche du franquisme, et qui a permis au Caudillo d’arriver au pouvoir et d’y rester, qui a cautionné et cautionne toujours ses actes. Ce qui nous montre bien qu’une démocratie ne vaut que par la séparation de l’Eglise et de l’Etat…
Au-delà de la réflexion historique, politique et sociétale que la lecture de ce roman nous offre, l’auteur nous surprend par une intrigue bien ficelée, une enquête journalistique de bout en bout, où tout est loin d’être réglé la dernière page tournée. Mais peu importe, le principal est là : les personnages sont intéressants, Diego d’abord, ce solitaire au passé sombre, son amie détective Ana ensuite qui a vécu des horreurs en Argentine en tant que transsexuel, enfin David le magistrat qui essaye de garder sa liberté de juger sans mainmise de l’Etat, ce qui est de plus en plus dur par les temps qui courent. Et pour finir, Isabel, le personnage le plus complexe, mais peut-être aussi le plus humain du roman, avocate d’origine espagnole qui a grandi en France, et qui a tout plaqué pour s’installer à Madrid et défendre cette association, l’ANEV, Associations nationale des enfants volés. Personnage plus opaque qu’il n’y paraît…
Ce récit nous emporte dans cette Espagne prise entre présent et passé, entre oubli, pardon, justice et vengeance. Un récit captivant, donc, dans lequel la plume de l’auteur nous emporte sans difficulté. Un roman que je vous conseille de lire de toute urgence !
Ma note : 5/5