Archives de Tag: Préludes

La maison à droite de celle de ma grand-mère de Michaël Uras

Par défaut

Michaël Uras, La maison à droite de celle de ma grand-mère, Editions Préludes, Paris, 2018

la maison à droite de celle de ma grand-mèreVoici un roman que j’ai littéralement adoré : on sent le soleil et les vacances, on ressent l’ambiance familiale traditionnelle mais pas déplaisante, on est dépaysé, on est juste bien. Une très jolie découverte !

Giacomo, récemment divorcé, vit à Marseille et est traducteur. Originaire de Sardaigne, il y est rappelé quand sa grand-mère est en fin de vie. Persuadé qu’il n’y restera que peu de temps, alors même qu’il a un gros travail de traduction en cours et un éditeur sur les dents qui le harcèle, le voilà dans l’incapacité de quitter cette belle île et son petit village plein de souvenirs. Entre Maria, sa mère, qui voudrait qu’il se réinstalle dans le coin et qui fait vivre un enfer constant aux hommes de sa vie ; son père, Mario, qui s’en accommode ; Gavino, son oncle exubérant et envahissant ; Manuella, la belle épicière du village dont sa mère a toujours été jalouse ; Fabrizio, son ami d’enfance aux graves problèmes de santé mais heureux malgré tout, ou encore Alessandra, la belle infirmière de sa grand-mère qui ne le laisse pas indifférent, voilà Giacomo empêtré dans le filet de son île. Et ceci sans compter sur le Capitaine, cet homme qui l’intriguait tellement étant enfant et qu’il va enfin apprendre à connaître. Pendant ces semaines bloqués sur l’île, où sa grand-mère ne se décide pas à passer l’arme à gauche, Giacomo va se souvenir, affronter son passé, apprécier les petits moments du quotidien, et peut-être laissé derrière lui une douleur qui l’empêche d’avancer.

Ce roman est une galerie de portraits de personnages savoureux, improbables, denses et bien construits. On s’attache à chacun d’eux, même à la mère exubérante ou à l’oncle très particulier. On se régale d’anecdotes, de souvenirs de Giacomo, d’improbables situations que seul un petit village un peu coupé du monde dans une partie d’une île bien peu touristique peut connaître. On se prend d’affection pour cet endroit dans lequel on aimerait se précipiter après avoir refermé ce roman, et de tous ses habitants, si différents les uns des autres.

Les relations familiales sont incontestablement les plus truculentes. Cette réunion d’oncles et de parents autour d’une grand-mère a priori mourrante mais que chacun a tellement aimé (ou du moins le laissent-ils croire) est si emblématique des petits villages de pays latins et des familles qui y vivent que ceci participe à une ambiance globale. Parce que la Sardaigne et ce petit village avec ses ruelles ensoleillées sont autant importants que les personnages qui les peuplent, et donnent une ambiance chaleureuse et agréable, où nous avons l’impression qu’il fait tellement bon vivre qu’on serait prêt à boucler nos valises pour y aller s’y installer.

Ce roman est plein d’une douce poésie, principalement par son personnage principal, Giacomo, homme très rêveur et qu’on sent blessé. L’auteur, par son écriture fine, douce, lumineuse, pleine d’espoir, parvient à intégrer un suspens léger qui sous-tend cette histoire de vie(s), et dont la révélation en fin d’ouvrage se fait de manière douce et poétique. Michaël Uras parvient à nous insuffler de la joie au travers de petits instants simples, une crique, un souvenir, un livre, des gateaux ou encore une rencontre. Ce que cache Giacomo, son drame personnel, est loin d’être simple, mais le roman reste lumineux, plein d’espoir. La légère mélancolie qui peut de temps en temps bercer le roman est loin d’être désagréable, et tend à rendre ce roman humain et plein de saveurs.

Vous l’aurez compris, ce roman est un vrai petit bijou de finesse et d’espoir, de soleil et d’humour, de souvenirs et de truculences, porté par une très belle écriture. Un roman, donc, que je vous conseille de toute urgence !

Ma note : 5/5

 

Publicités

Mille soleils de Nicolas Delesalle

Par défaut

Nicolas Delesalle, Mille soleils, Préludes Editions, Paris, 2018

mille soleilsLe premier roman de Nicolas Delesalle ?! Ce ne pouvait qu’être une excellente nouvelle ! Et c’en fut une, puisque c’est un vrai coup de cœur, le premier de 2018. Un roman plus vrai que nature, dur mais aussi sensible, plein de poésie et de dureté dans une pampa envoûtante… Prêt à partir en Argentine ?

Quatre hommes se retrouvent en Argentine. Ils partagent une voiture pour se rendre à l’aéroport et rentrer en France. Ils viennent de passer quelques jours ensemble dans le cadre de leur travail : ils sont chercheurs ou journalistes pour le CNRS et s’intéressent aux rayons cosmiques d’ultra-haute énergie. Ils repartent de l’observatoire astronomique de Malargüe. Vadim ne parle que quand c’est nécessaire et est passionné par la physique des particules. Wolfgang est un astrophysicien, Simon doit écrire un article sur leurs travaux pour le CNRS, Alexandre vient d’installer des panneaux solaires. Dans cette voiture, ils sont chacun dans leur monde. Mais Vadim roule vite et en une seconde, une seconde interminable, leurs vies basculent. En plein cœur de la pampa, les voilà isolés et perdus, seuls au monde dans un océan de beauté. Comment s’en sortir ?

Je ne sais pas si j’aurais ouvert ce roman s’il n’avait été écrit par Nicolas Delesalle, dont j’avais adoré ses deux premiers écrits Un parfum d’herbe coupée et Le goût du large. Quelle erreur cela aurait été ! J’avais peur que ce soit trop cru, qu’il ne se passe que trop peu de chose, que la lenteur du temps qui passe dans ces cas-là ne se ressente dans chaque ligne, chaque page du roman. Mais ce n’est pas n’importe quel auteur qui s’est attelé à cette histoire, c’est Nicolas Delesalle, et je savais que ce ne serait pas le cas.

L’accident est évidemment au cœur du roman, il est l’élément déclencheur. Ce moment où tout bascule dans la voiture, où cette dernière se met à faire des tonneaux, reste gravé en moi tellement il est réaliste. Mais ce qui nous est surtout conté, c’est l’histoire de ces quatre hommes, leur psychologie, leurs ressentis, ce à quoi ils s’attachent pour rester en vie, à quoi ils pensent, leurs souvenirs. Nous vivons littéralement cette aventure hors du commun, incompréhensible et traumatisante, avec eux. On s’attache à eux, à leurs fêlures, leurs défauts et leurs forces, on s’y retrouve, on s’y perd.

Le personnage de Mathilda, comme un ovni au milieu de cette aventure masculine, qui ne va croiser ce groupe de quatre qu’un instant, cherche sa route quand ces quatre-là viennent de la perdre. Cette femme a tout quitté, famille, travail et pays pour se retrouver dans un périple à vélo inimaginable. Et si elle réussissait à se trouver dans cette pampa qui peut être source de traumatismes depuis des siècles, mais aussi de miracles ? Si on se demande ce qu’elle vient faire dans ce roman, on se laisse rapidement emmener par la plume de l’auteur sans plus se poser de question. Parce que sa quête est essentielle et révélatrice, parce qu’elle nous parle, comme la sortie de route des quatre garçons le fait également. Elle est source d’espoir.

Un cinquième personnage vient s’insérer dans cette histoire, et c’est bien cette pampa envoûtante, qui s’étend sur des centaines de kilomètres et qui émerveille autant qu’elle inquiète. Son volcan majestueux et ses histoires incroyables, impensables, horribles mais vraies – et que vous découvrirez dans le roman – apportent à la fois un cadre fort au roman, le magnifie, l’amplifie, le révèle.

Et si toute cette histoire nous paraît si troublante de véracité, si on a l’impression de suivre la véritable excursion de quatre hommes et leurs traumatismes, c’est bien parce que Nicolas Delesalle se base sur une expérience qu’il a vécu lui-même alors qu’il était journaliste. Comme il l’a confié lors d’une rencontre à la librairie de Paris pour le lancement de son roman, il ne peut écrire que sur quelque chose qu’il connaît. C’est sûrement pour cela que ses précédents ouvrages étaient plus de l’ordre du documentaire ou de la biographie que du roman. Mais pour s’essayer au roman, il devait prendre appui sur un fait qu’il avait vécu, et cela donne une puissance incroyable à ce roman.

En un mot comme en cent, vous devez lire ce roman. C’est une pépite, c’est un coup de poing, c’est un coup de cœur incroyable.

Ma note : 5/5

Mon amie Adèle de Sarah Pinborough

Par défaut

Sarah Pinborough, Mon amie Adèle, Editions Préludes, Paris, 2017

mon amie adèleLes éditions Préludes nous avaient annoncé que ce roman était une claque. D’ailleurs, ils nous ont intrigué pendant des semaines avec le hashtag #findeDINGUE. Et bien, ils avaient raison ! Ce roman est intrigant, il défie les genres, nous embarque dans une histoire pas comme les autres. Et même après avoir été prévenue, j’ai été étonnée par la fin !

Louise est mère célibataire et travaille à temps partiel comme secrétaire dans un cabinet de psychologues. Elle aime son travail, mais c’est son fils qui compte plus que tout. Sauf qu’elle a bien du mal à s’accomplir. Depuis que son mari l’a quittée pour une autre – et qu’il a enchaîné les conquêtes depuis – elle ne parvient plus à faire confiance aux hommes et n’a que très peu d’amis. Un soir, elle rencontre un homme dans un bar, David, mais s’aperçoit ensuite qu’il s’agit de son nouveau patron marié. Marié à une femme magnifique, Adèle, cette dernière semble parfaite en tout point. Sauf qu’elle cherche rapidement à devenir amie avec Louise… qui se retrouve coincée entre David et Adèle, commençant à tomber amoureuse du premier et amie avec la seconde qui, rapidement, semble inquiète, démunie face à son mari, ce que Louise a bien du mal à comprendre. Que cache ce couple qui semble parfait en société mais qui a l’air de cacher nombre de secrets inavouables ? A qui se fier ? Louise se retrouve prise au piège au sein de ce couple pas comme les autres…

Le lecture de ce roman nous fait passer par tous les sentiments, de l’empathie envers Adèle, puis David, et à nouveau Adèle, à en être perdu… Mais surtout envers Louise. On passe par la colère, la compréhension, l’incrédulité, le choc. Mais c’est un sentiment de peur insidieux qui nous prend aux tripes et un malaise qui nous poursuit même après avoir refermé le livre. C’est fort et dérangeant, les personnages restent longtemps après avoir fini le livre. On y pense encore des jours après, j’ai même dû attendre quelque semaines avant de m’atteler à l’écriture de cette chronique tellement j’étais encore choquée et troublée.

Les personnages sont travaillés, voire plus que cela, ils sont fouillés, forts, complexes et se révèlent au fil du roman. Ce sont les émotions que nous ressentons à la lecture qui nous guident, nous poussent à nous interroger sur ce que vit Louise, sur ce jeu de manipulation, et nous laissent perplexes… Nous sommes moins dans une collecte d’indices que dans une collecte d’impressions, de malaises qui finissent par faire sens à la toute fin. Et qui nous donneraient presque envie de relire le roman avec cette révélation en tête afin de déceler tout ce que à côté de quoi nous sommes passés.

Avant d’en venir à la fin, revenons sur les personnages et l’intrigue, menée de main de maître. Les personnages sont plus qu’intrigants, ils sont dérangeants, construits avec une telle maîtrise qu’on en reste bluffés. C’est la grande force de ce roman, nous interroger à chaque instant sur Adèle et David, leur couple, leur passé, ce qui les unis. On est autant perdu que Louise, à ne plus savoir à qui faire confiance. Des passages nous ramènent dans le passé d’Adèle, au lendemain de la disparition de ses parents dans un incendie auquel elle n’a réchappé que de justesse grâce au sauvetage in extremis de David, alors que traumatisée elle se retrouve dans un hôpital psychiatrique. Elle y rencontre un jeune homme aussi blessé qu’elle, se lie d’amitié avec lui. Elle nous semble bien différente de ce qu’elle est devenue et nous pousse à nous interroger sur un nombre important d’événements qu’elle a pu vivre, ainsi que sur David. On en devient un peu dingue, à ne plus savoir à qui se fier et que croire.

La fin de ce roman est juste hallucinante, complètement flippante, inimaginable, à avoir envie de recommencer cette lecture, comme je le disais. Il faudrait avoir l’esprit vraiment tordu pour envisager cette fin, même pour un fan de thrillers. Mais il faut bien que je le dise – et sans trop en dévoiler – : on est certes dans un thriller psychologique, un jeu de manipulation, des rapports presque schizophrènes entre les personnages qui nous font perdre nos repères, mais la toute fin nous entraînerait presque jusqu’à un autre genre, mais je n’en dirai pas plus !

Ce roman, c’est une claque, une écriture maîtrisée, une intrigue bien ficelée et obsédante, des personnages qui nous prennent aux tripes et une fin de dingue. Un roman addictif que je vous conseille, un peu flippant, une fin un peu traumatisante mais tellement inattendue qu’on ne peut que saluer l’imagination et la maîtrise de l’auteur. Chapeau bas.

Ma note : 5/5

Rencontre avec Sarah Vaughan

Par défaut

A l’occasion de la sortie française de son dernier roman, j’ai eu la grande chance de rencontrer Sarah Vaughan, l’auteur de La meilleure d’entre nous et de La ferme du bout du monde (qui vient donc de paraître), tous deux parus chez les Editions Préludes. Cette rencontre autour d’un thé et de macarons a été une belle opportunité et un très beau moment de partages. Sarah Vaughan est à l’image de ses romans : d’une générosité sans faille, ouverte, disponible et accueillante. Je la remercie, ainsi qu’Anne Boudart des Editions Préludes, pour ces instants précieux. Je vous propose donc un résumé des échanges avec cet auteur de talent.

la ferme du bout du monde

La ferme au bout du monde

Ce roman a été inspiré par sa mère, son enfance et les souvenirs d’enfance de l’auteur. Elle a souhaité réfléchir à la psychologie féminine et aux répercussions que peuvent avoir les actes passés sur le présent.

Cette ferme au fin fond de la Cornouailles est le personnage le plus important de l’histoire car elle est le témoin de l’Histoire. Cette région attirent alors même qu’elle est extrêmement rude. L’auteur est fascinée par les vieilles architectures, ce qui l’interrogent sur ceux qui les ont habités, y sont passés.

Son intérêt pour l’Histoire et les secrets lui vient de son ancien métier : elle était journaliste. Elle est fondamentalement curieuse.

Ce roman est sans aucun doute le plus difficile qu’elle ait eu à écrire. C’est ce roman qui l’a réellement faite écrivain. Les recherches nécessaires, ainsi que la construction du roman, avec ces incessants allers-retours entre le passé et le présent, en sont la cause. Ce roman est bien plus structuré que La meilleure d’entre nous, plus sophistiqué et travaillé.

 

Les personnages

Si ses personnages sont perdus au début de l’histoire, Sarah Vaughan est motivée pour les faire évoluer. Cela leur crée un challenge qu’elle veut leur voir surmonter. Ils doivent se dépasser. S’il en ressort souvent une emprise négative des hommes, celle-ci est intéressante pour la structure psychologique des personnages qui en deviennent plus sympathiques. Leur quête est plus élaborée et sortir de cette emprise négative est bien plus satisfaisant.

Elle travaille ses personnages de manière à ce que ce soient eux qui lui disent quoi écrire et dictent l’histoire. Si ils sont assez travaillés, cela fonctionne très bien.

Elle s’investit beaucoup dans les personnages et s’y attache. Pour ce roman, il n’a pas été difficile de les laisser prendre leur envol après sa publication. En effet, contrainte de retirer 55.000 mots après 18 mois d’écriture, elle n’était pas mécontente de voir son roman enfin publié ! Elle pense souvent à ses personnages.

 

Cornouailles

Si l’auteur a choisi ce lieu pour situer son histoire, c’est d’abord parce que c’est l’endroit qui la rend le plus heureuse, de manière viscérale.

 

La Seconde Guerre mondiale

Pour l’auteur, la génération qui a vécu ce conflit est bien la dernière à avoir été courageuse. Sa grand-mère et ses voisins n’aimaient pas en parler. Mais de petits détails ressortaient de temps en temps. Par exemple, sa grand-mère n’a pas dormi dans son lit pendant 261 jours à cause des bombardements. Son voisin a été officier pour le DDay. Il est important pour elle de récupérer la parole des anciens avant qu’elle ne disparaisse. L’oubli du passé est bien trop rapide, d’où son souhait de faire revivre le temps d’un roman cette période historique. Elle veut raconter les histoires de personnes auxquelles on ne s’intéresse pas, dont on ne raconte pas le vécu.

 

Inspirations

Certains auteurs l’ont marqué dans sa jeunesse, à commencer par Jane Austen, conseillé par sa mère alors qu’elle n’avait pas pu lire des livres pour enfants comme elle le souhaitait. Ensuite, elle a surtout été inspirée par Daphné du Maurier, Thomas Hardy (Tess d’Unberville), Sebastian Faulks (Birdsong). Ce sont des romans qui révèlent l’intériorité des personnages féminins. D’autres auteurs qui parlent de femmes l’ont aussi marquée : Sarah Waters, Hilary Mantel ou encore Kate Atkinson.

 

Prochain roman

Son prochain roman se passera entre Oxford et Westminster et elle se servira de son expérience journalistique comme inspiration principale. Les lieux sont forts, ce qui n’est pas innocent. Elle envisage de choisir Paris comme lieu d’ancrage de ses personnages dans un prochain roman.

Hâte de lire à nouveau ce merveilleux auteur !

La ferme du bout du monde de Sarah Vaughan

Par défaut

Sarah Vaughan, La ferme du bout du monde, Editions Préludes, Paris, 2017

la ferme du bout du mondeVoici un roman fort, beau, qui nous entraîne dans une Cornouilles sauvage et magnifique, à la rencontre de personnages incroyables. Une très belle réussite que ce roman de Sarah Vaughan, de laquelle nous avions déjà lu La meilleure d’entre nous. Un roman bien différent, bien plus fort, bien plus élaboré que son premier. Encore un coup de cœur chez Préludes !

Nous sommes en 1939. Deux enfants londoniens viennent trouver refuge dans la campagne anglaise, dans une ferme située au milieu de nulle part, en Cornouailles. Ils y rencontrent notamment Maggie, la fille du fermier, dont ils deviennent amis. Ils sont protégés des turpitudes de la guerre qui se déroule bien loin de la réalité paysanne. Mais l’été 1943 va marquer un tournant dans leurs vies à tous les trois et les bouleverser.

Nous sommes en 2014. Lucy travaille dans un hôpital auprès d’enfants et elle est mariée. Mais elle découvre l’infidélité de son mari et commet une erreur médicale qui aurait pu coûter la vie d’un jeune patient. Bouleversée, elle s’en va soigner ses plaies auprès de sa grand-mère Maggie, de sa mère et de son frère. La voilà de retour en Cornouailles où elle s’aperçois que la ferme ne va pas aussi bien qu’elle l’espérait. Hantée par la disparition tragique de son père quelques années plus tôt, elle cherche à aider son frère et à réinventer l’activité de cet édifice familial. Mais les découvertes qu’elle va faire vont tout chambouler.

Quand passé et présent se mêlent, qu’un drame vient bouleverser des vies et les marquer à jamais, comment tout réparer tant d’années après ?

Ce livre est tout simplement magique ! Si le thème de la Seconde Guerre mondiale, comme la construction passé / présent, sont beaucoup utilisés par les romanciers, Sarah Vaughan parvient à créer une tension narrative autour de personnages bien construits, blessés mais jamais pathétiques, et à faire naître l’espoir là où il n’y en avait plus beaucoup. Et cette Cornouailles ! Qu’en dire ! Cette terre qui peut être à la fois si riche et si rude, si belle et si inhospitalière, battue par les vents et envahie par les embruns, elle fascine le lecteur qui ne souhaite plus qu’une chose : aller visiter cette Cornouilles enchanteresse.

Si la structure narrative aide à créer une tension dramatique, elle est appuyée par les situations et personnages que dépeint l’auteur. Le rythme est assez lent, rien dans la précipitation, et chaque élément se met en place doucement. Mais ce n’est pas pour autant qu’on s’y ennuie, au contraire ! On s’empare de chaque mot de l’auteur et de ceux bien choisis par sa traductrice, on s’en délecte, on les fait rouler sous sa langue pour en sentir chaque nuance. C’est un roman très poétique, porté par un décor qui prête à la méditation, aux sensations et qui transcende les émotions. Et chaque personnage est à l’image de cette lande battue par les vents, de cette ferme encore debout malgré les événements qui les ont ébranlés.

Si l’auteur s’intéresse dans ce roman à l’Histoire, plus particulièrement à cette Seconde Guerre mondiale qui bouleverse toujours autant, elle préfère se concentrer sur les petites gens, celles qui n’ont peut-être pas changé la face du monde ou influé sur le conflit, mais qui ont dû intégrer cette variante dans leur quotidien et s’accommoder de la situation. Ce qu’ont finalement vécu la majorité des contemporains de ce conflit. Et si ce dernier n’est pas l’objet central du roman, il influe sur le destin des personnages de Sarah Vaughan, Maggie, Will, Alice et par ricochet Lucy, sa mère et son frère. Comme ces bourrasques qui frappent la lande, par vagues, parfois pas de manière frontale. Mais c’est une donnée avec laquelle il faut composer.

Toute la finesse de l’auteur réside dans la tension et le suspens qu’elle parvient à insuffler dans son roman : si on sait qu’un terrible secret se cache dans le passé de la grand-mère de Lucy, il ne nous est pas révélé avant les derniers chapitres. Et si, page après page, l’histoire d’Alice, Will et Maggie prend forme, si on commence à entrevoir ce qui va se jouer, on reste bouleversé par la révélation, étant bien loin de la vérité. Ce que défend aussi Sarah Vaughan dans ce beau roman, c’est qu’une action partant d’une bonne intention, d’un désir fou de rattraper ses erreurs et de protéger ceux qu’on aime, peut se transformer en véritable tragédie. Ce qui nous montre que rien n’est jamais acquis, qu’il ne faut pas juger hâtivement, et surtout apprendre à pardonner. Ce n’est peut-être pas révolutionnaire, mais cela reste une belle leçon de vie.

Quant aux événements de cet été 2014 qui voient Lucy revenir dans cette ferme du bout du monde, ils ne tournent pas autour de ce secret enfoui, mais s’intéressent à la reconstruction de cette jeune femme qui remet en doute sa vocation pour une erreur qu’elle ne peut se pardonner, ainsi que sa capacité à faire confiance après la trahison de son conjoint. Une reconstruction qui passera par un travail sur soi et un affrontement de son passé et de ses peurs, mais aussi par un travail bienvenue dans cette ferme qu’elle croyait inébranlable mais que finalement elle connaît peu. Lucy est aussi inspirante que peuvent l’être Maggie et Alice. Trois personnages forts, humains, complexes et beaux.

La ferme au bout du monde est un roman vibrant, bouleversant, aux personnages dont il est difficile de se défaire, dans un paysage enchanteur, sauvage, plein de magie. Une histoire de destins, de secrets, de vies fêlées mais jamais complètement brisées. Un beau coup de cœur.

Ma note : 5/5

Les gentilles filles vont au paradis, les autres là où elles veulent de Elie Grimes

Par défaut

Elie Grimes, Les gentilles filles vont au paradis, les autres là où elles veulent, Editions Préludes, 2017

les gentilles filles.jpgQuel plaisir de lire ce roman ! Les éditions Préludes nous proposent un roman frais, percutant, drôle et émouvant. Un combo parfait pour l’été ! Une héroïne touchante, imparfaite et compliquée, un Dom Juan énervant mais attirant, une flopée d’amis inoubliables, une famille pas toujours commode, des quiproquos, des embrouilles, des réconciliations, l’analogie à Orgueil et Préjugés de Jane Austen est presque trop facile mais au combien justifiée !

Zoey est un traiteur qui commence à percer à New-York. Elle s’est faite toute seule, mais avec le soutien de son frère Dalton, de ses amis, Adrian, son meilleur depuis toujours, et Sally, son assistante qui est devenue bien plus que cela et qui semble être amoureuse de Dalton, coureur de jupons invétéré. Si elle a choisi ses amis, il n’en est pas de même avec sa famille. Ses rapports avec sa mère sont pour le moins conflictuels, quand elle adore sa grand-mère à qui elle doit tout. A part le fait que son ex l’a quittée pour son ennemie d’enfance qu’elle revoie régulièrement aux banquets familiaux, tout va plutôt bien dans la vie de Zoey. Mais tout est sur le point de se compliquer lors du banquet d’anniversaire de mariage de ses parents : elle oublie de mettre ses chaussures, renverse de la sauce sur la robe de la fiancée de son ex, elle boit trop, passe la nuit avec Adrian. Et, cerise sur le gâteau, elle envoie paître Matthew Ziegler, critique culinaire le plus en vue de New-York qui peut faire ou défaire une carrière en quelques mots. Quand celui-ci, loin d’être dénué de charmes bien que peu avenant, reprend contact avec elle pour découvrir son travail et mettre à l’épreuve sa cuisine, la situation devient explosive et tout un tas de secrets, de préjugés et de non-dits risquent bien d’exploser à la figure de Zoey !

Ce roman est une comédie fraîche, sensible, qu’il est très plaisant de découvrir. On pourrait croire que le thème du chassé-croisé amoureux a été vu et revu, Elie Grimes nous prouve le contraire. Je ne saurais expliquer en quoi son roman est différent, et c’est sûrement ça qui réussit à cet ouvrage : tout est fluide, naturel, jamais caricatural. Si certaines situations sont cocasses, elles en restent vraisemblables. On se figure très facilement l’univers dans lequel Zoey évolue, parce qu’il est simple, c’est celui des femmes approchant la trentaine ou déjà dedans, qu’elles vivent à NYC ou ailleurs.

Cette fraîcheur se retrouve dans les personnages et leurs relations. Cette bande d’amis constituée au fil du temps, tellement proche mais se cachant tellement de choses de peur de blesser, cette famille maladroite dans ses rapports mais qui n’en reste pas moins soudée. Et la relation amoureuse qui se crée très vite avec Matthew, qui pourrait être très simple mais ce serait sans compter sur le caractère bien trempée de Zoey qui a bien du mal à faire confiance en un homme depuis la trahison de son ex. Les renversements de situations et autres rebondissements / révélations ponctuent le récit et nous entraînent à la suite des personnages.

Parce que ce qui ne gâche rien, c’est la qualité d’écriture de ce roman. Ne nous le cachons pas, il arrive que ce type de comédies romantiques soit pauvre et simple dans le style. Mais ce n’est pas le cas ici, on y décèle une richesse, un travail sur les mots, qui nous permet d’entrer avec délectation dans l’histoire de Zoey. Si on ajoute à cela le rythme insufflé par l’auteur, on comprend rapidement en quoi il est un page turner.

Ce roman, à la belle couverture, au titre à rallonge qui interroge et attire, dont la quatrième de couverture le compare très ouvertement à Orgueil et Préjugés, tient ses promesses. J’ai eu peur de cette comparaison, me disant qu’elle n’était utilisée que pour attirer les lectrices. Mais c’était mal connaître les Editions Préludes ! Il est vrai qu’on retrouve du Elizabeth Bennet dans Zoey, deux personnages au caractère fort, à la langue acérée, aux jugements parfois hâtifs et aux idées préconçues pas toujours vraies. Matthew Ziegler, c’est un peu Darcy, un peu dédaigneux, aux nombreux secrets, discret et hautain. Mais ce n’en est pas une pâle copie, loin de là. On y trouve une fraîcheur et une légèreté, une liberté de possibles peu présents dans la société d’Elizabeth Bennet. Il y a quelque chose d’incroyablement sexy, de percutants, une consonance très actuelle dans le roman d’Elie Grimes (ce qui était aussi le cas du roman de Jane Austen, roman moderne au possible).

C’est un roman où il fait bon être. Un roman dont on dévore les pages, tant pour l’intrigue que pour le phrasé et les répliques percutantes. Un beau roman Préludes qui nous prouve que la comédie romantique peut être une sacrée bouffée d’oxygène. Un beau coup de cœur, un roman que je relirai très certainement.

Ma note : 5/5

89 mois de Caroline Michel

Par défaut

Caroline Michel, 89 mois, Editions Préludes, Paris, 2016

89 moisAvec ce premier roman, Caroline Michel nous offre une histoire très actuelle dans laquelle toutes les femmes dans la trentaine, ou l’approchant, et encore plus les célibataires, se reconnaîtront. Une vraie réussite, un roman qui se dévore. Préludes Editions est décidemment gage de qualité !

Jeanne vient de fêter ses 33 ans. « L’âge du Christ ! » comme lui ont fait remarqué ses amis. Sauf qu’à 33 ans, elle est célibataire et se rend compte que dans 7 ans, soit à peu près 89 mois, il lui sera bien difficile d’avoir un enfant. Or, elle en veut un. Et maintenant. Pourquoi attendre ? Un papa est-il si nécessaire pour éduquer un enfant ? Oui, elle a besoin d’un géniteur. Mais à part ça ? Elle a un boulot stable, contrôleuse SNCF sur la ligne Paris-Auxerre, un nouvel appartement dans le quartier du Père-Lachaise, et de supers amis, bien que certains soient très moralisateurs. Alors oui, elle veut cet enfant, auquel elle parle déjà. Malgré – ou justement à cause de – sa rupture un an auparavant, malgré Alice qui est persuadée qu’elle ne peut pas faire ça seule, sans papa, malgré sa mère, malgré la société et ses diktats. Alors elle se lance : elle rencontre des hommes, ment sur sa prise de pilule, lève les jambes après les rapports, achète des dizaines de tests de grossesse. Car sa petite Augustine, comme elle se plaît à l’appeler et à l’imaginer, ne doit pas être bien loin…

Ce roman, c’est une bouffée d’air frais pour toutes les célibataires dans la petite trentaine qui veulent des enfants et qui se demandent si elles en auront un jour. Que ça fait du bien de voir qu’on n’est pas seule ! Et qu’il n’y a aucune honte à ressentir pareille envie. Caroline Michel met bien en avant que les filles sont bloquées à ce niveau car viendra un jour où elles ne pourront plus avoir d’enfant. Quant aux hommes, ils n’ont pas à s’en soucier ! L’héroïne du roman est très touchante dans son désir et son initiative, l’auteur parvient à rester dans la juste mesure, ni trop larmoyant, ni trop fantasque. Jeanne est une fille que j’aimerais connaître, elle est pleine d’humour, de recul sur elle-même, et surtout elle sait ce qu’elle veut et elle est décidée, malgré les obstacles et les copines réticentes. Mais il n’y a pas qu’elle : j’aimerais connaître également Eléonore, fantasque et pleine de vie, Nico, si attachant, Félix, si sympathique, et même Arnaud et Alice, malgré leurs idées très arrêtées sur la maternité et la famille.

On passe vraiment un super moment à la lecture de ce roman. Il est bien écrit et plein de drôlerie et de réparties. On se laisse happer par les mots de Caroline Michel, qui nous offre un roman sans fioriture, simple et vrai, sans faux semblant. La construction sert le roman, divisé en parties « mensuelles », selon les mois restants à l’héroïne avant qu’il lui soit très difficile d’être mère. Et à l’intérieur de ces parties, le roman est divisé à nouveau en passages assez courts, ce qui incite le lecteur à se dire : « encore un petit passage et j’arrête. » Autant vous dire que j’ai enchaîné comme cela de nombreux passages, puis chapitres, et que le roman a été dévoré en 24 heures.

Malgré le sujet qui est assez sérieux et spécifique, je recommande vivement ce roman à tous ceux qui veulent se vider la tête. Ce n’est pas lourd, bien au contraire. On suit les tribulations de Jeanne qui ne cherche plus une relation sur le long terme, trop de risque que ça ne fonctionne pas et de perdre encore quelques mois dans son projet forcément limité dans le temps. Des moments très émouvants étayent le récit, lorsqu’elle s’adresse à son futur bébé, mais aussi lorsqu’elle se rend compte des risques qu’elle prend pour sa santé, et lorsqu’elle est confrontée aux tests de grossesse négatifs. On passe par beaucoup d’émotions à la lecture de ce roman, c’est une pilule d’humanité qu’on avale d’un trait, qui nous montre qu’il n’est pas évident d’être célibataire à 30 ans, mais sans rentrer dans le larmoyant ou la chick lit déjantée.

Un beau roman, drôle et touchant, bien écrit et agréable à lire, que je conseille vivement ! Un vrai coup de cœur !

Ma note : 5/5