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Jeux de miroirs d’Eugen Chirovici

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Eugen Chirovici, Jeux de miroirs, Editions Les Escales, Paris, 2017

jeux-de-miroirsVoici un roman pas comme les autres. Un roman qui intrigue, qui questionne et qui happe son lecteur. Une enquête peu commune sur une ancienne affaire, qui interroge sur la mémoire, les souvenirs et les interprétations diverses. Une belle découverte, à lire !

Peter Katz est agent littéraire. Le jour où il reçoit le début d’un manuscrit qui traite de l’assassinat d’un professeur dans les années 80, fait divers ayant défrayé la chronique et meurtre jamais élucidé, l’agent sait qu’il a entre les mains un manuscrit qui peut faire l’effet d’une bombe. Et ce début se révèle prometteur. L’auteur, Richard, y raconte ses années d’étude à Princeton, où il va faire la connaissance de sa sublime colocataire, Laura, étudiante en psychologie. Leurs liens deviennent plus intimes, et elle finit par lui faire rencontrer son mentor, le professeur Joseph Wieder, qui travaille sur la mémoire et les souvenirs, ponte renommé de la psychologie, souvent appelé à statuer sur l’état psychique d’accusés lors de procès. Rapidement, Wieder met Richard mal à l’aise, l’étudiant se demande s’il n’entretient pas une aventure avec Laura. Quand l’auteur s’approche du moment dramatique et de la disparition brutale du professeur, le manuscrit s’interrompt. Et si la vérité sur ce meurtre jamais élucidé se trouvait dans la suite du manuscrit ? Si ce n’était pas une fiction ?

Malheureusement pour Katz, l’auteur vient de décéder et sa compagne, qui n’était pas au courant de l’existence de ce manuscrit, ni des liens de Richard avec le professeur Wieder, ne parvient pas à mettre la main sur le manuscrit complet. Il décide donc d’engager un journaliste d’investigation, qui se lance dans un dédale de souvenirs et de faits pour comprendre ce qui s’est exactement passé ce fameux soir de la fin des années 80. Puis c’est au tour de l’ancien policier en charge de l’affaire à l’époque qui se replonge lui aussi dans l’affaire, pour tenter de démêler tout ce qui est sorti de l’enquête du journaliste et résoudre enfin le plus gros échec de sa carrière.

Voici un méli-mélo de souvenirs et d’interprétations qui nous montre que quand il est question de la mémoire, il est très difficile de faire la part des choses. Et c’est bien la force de ce roman. L’auteur interroge sur la part d’interprétation que nous mettons dans nos souvenirs. Est-ce bien notre souvenir ou un événement qu’on nous a tellement raconté qu’on se l’est approprié comme étant le nôtre ? Si on interroge plusieurs personnes sur un événement qu’ils ont vécu ensembles, leurs souvenirs coïncideront-ils ? Rien n’est moins sûr, chacun se rappelant de certains détails, en occultant d’autres, et interprétant avec le temps ce qu’il s’est passé, s’en convaincant au passage. C’est à peu de choses près ce dont nous a parlé l’auteur lors d’une rencontre en janvier dernier, le point de départ de ce roman. Par le biais de trois personnes différentes, une ayant vécu les faits directement, une autre ayant enquêté dessus, et enfin une dernière complètement extérieure à cette histoire, l’auteur nous happe autour de ce fait divers et distille petit à petit les éléments qui amènent à la vérité. Une vérité bien plus complexe que prévue, loin d’être nette et tranchée, interrogeant par là-même la responsabilité de chacun.

Par des personnages bien construits, d’une complexité extrême, qu’on est obligé de remettre en question, chacun analysant les faits de par leur vision du monde, leurs souvenirs et leur intelligence, Eugen Chirovici nous propose un roman extrêmement bien construit et écrit, qui nous emporte de page en page vers une résolution bien loin de celle qu’on attendait. La psychologie des personnages est tellement bien façonnée, avec leurs qualités et leurs défauts, leurs faiblesses, que le roman nous amène à réfléchir sur nous, nos actes. La fin est tellement bien amenée et inattendue qu’elle nous interroge sur notre perception des choses qui nous entourent, sur nos souvenirs et ce que nous pensons comme vrai et acquis.

L’auteur n’en rajoute pas, son écriture est acérée, directe, nous happe jusqu’à la dernière ligne. Cette enquête, magnifiquement construite et qui nous fait suivre tour à tour trois personnages différents, qui reprennent les investigations du précédent, est originale, fait varier la narration et apporte de la nouveauté, de nouveaux personnages, de nouveaux passifs, de nouvelles choses à découvrir.

En somme, Jeux de miroirs est un très bon polar, à la construction très bien pensée, à la fin déconcertante, qui interroge sur la mémoire. A lire !

Ma note : 5/5

Bienvenue à Hollywood de Joseph Wambaugh

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Joseph Wambaugh, Bienvenue à Hollywood, Calmann-Lévy / Le Livre de Poche, Paris, 2011 / 2015

bienvenue à hollywoodC’est mon premier Joseph Wambaugh, qui est, semble-t-il, un auteur très connu de polars américains. Je ne le connaissais pas, et j’ai du mal à déterminer ce que je pense vraiment de ce roman. Parce qu’il est bien écrit, que les personnages sont hauts en couleur et que les anecdotes de Los Angeles toujours croustillantes. Mais je ne suis peut-être pas assez amatrice de romans policiers pour l’apprécier à sa juste valeur…

Faire un résumé de l’histoire est chose périlleuse puisque ce sont de nombreux personnages et de petites anecdotes qui vont venir s’accrocher à l’intrigue principale, qu’on a aussi un peu de mal à déterminer au début. Et trop en dire gâcherait une bonne partie de votre lecture… Je tacherai donc d’être concise : Hollywood Nate est un flic de la célèbre LAPD d’Hollywood, où il a pu voir toutes les excentricités possibles, de la bagarre entre sosies de stars aux clodos qui s’entretuent, en passant par les femmes battues et les meurtres d’enfants, les camés en tout genre et la soif d’argent et de pouvoir. Lui-même n’est pas un flic classique puisqu’il voudrait percer au cinéma et enchaîne les seconds rôles et la figuration. Quand il rencontre un réalisateur et sa future épouse riche à ne plus savoir que faire de son argent, il promet de surveiller leur belle demeure d’Hollywood Hills pendant leur séjour en Toscane, en espérant avoir le rôle promis par le réalisateur à leur retour. Mais ce serait bien trop simple si ne s’insinuaient pas dans l’histoire un majordome paumé, un marchand d’art au bord de la faillite, des camés aux abois, et toute sorte de flics plus ou moins usés qui tentent de continuer malgré les aberrations qu’ils voient chaque jour et chaque nuit, et qu’ils le font même avec humour. Comment Hollywood Nate va se sortir de cette situation infernale ?

L’histoire est plutôt singulière et ne laisse aucun répit : nous passons d’un personnage à un autre, chapitre après chapitre, d’anecdote en anecdote, suivant la nuit de boulot de flics puis la recherche désespérée d’argent par de jeunes loosers à la recherche de leur prochaine dose. Je ne sais pas vraiment comment expliquer mon ressenti, je dirai que c’est foisonnant, intense et représentatif de ce que doit être Los Angeles, la ville qui fait se côtoyer les très riches et les très pauvres, les plus malheureux et plus insouciants. Là-dedans, nous rencontrons un flic attachant, Hollywood Nate, intègre, qui voudrait percer dans le cinéma mais qui est conscient de ses chances réduites, ses collègues Snuffy, le Bris et le Débris, deux surfeurs toujours plein d’entrain, Viv et Georgie et bien d’autres, mais aussi Raleigh et Nigel, le majordome et le marchand d’art, associés malgré eux, Jasper et Megan en manque continuel et prêts à plagier la Clique des Clinquants et à dévaliser les maisons de stars. Et tous vont se retrouver mêler à la même histoire qui va se finir de manière… particulière !

Le plus déstabilisant, je pense, c’est qu’on ne se contente pas de suivre une histoire principale, mais que cette dernière est mêlé à de très nombreuses anecdotes dont on ne sait, au moment de leur lecture, si elles serviront ou non l’intrigue… Mais qu’à cela ne tienne, on y prend quand même plaisir ! Et ce sont même ces anecdotes qui font toute la saveur du roman, qui le différencie des romans policiers classiques que je suis plus habituée à lire.

C’est du roman noir, ce n’est peut-être pas tout à fait ma “came” (restons dans le ton) mais ce fut intéressant de plonger dans un univers si différent du mien. Ce roman vaut le coup d’œil, devrait évidemment plaire aux amateurs de polars et il est servi par une plume efficace et crue qui lui convient tout particulièrement.

Une lecture foisonnante, qui ne fut pas un coup de cœur, non pas par défaut du roman lui-même, mais parce que mes goûts ne se portent habituellement pas sur ce genre littéraire.

Ma note : 3/5

La Princesse des glaces de Camilla Läckberg

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Camilla Läckberg, La Princesse des glaces, Actes Sud, collection Actes Noirs, Arles, 2008

la princesse des glacesDepuis des années maintenant, j’entends parler de Camilla Läckberg. Les couvertures noires de ces romans pour l’édition française ne passent pas inaperçues, c’est vrai. Mais jusqu’à présent, je ne m’étais pas encore laissée tenter. Et puis, un séjour dans la maison familiale, avec l’intégralité des romans de cet auteur parus en français, avec même le dernier opus récemment paru, La faiseuse d’ange, a titillé un peu plus ma curiosité et c’est avec délectation que je me suis lancée dans le premier volet des aventures d’Erica Falck. Et bien, mes amis, je ne le regrette pas !

Erica Falck séjourne dans la maison familiale après le décès abrupt de ces parents, afin d’en ranger le contenu et de faire le tri dans la paperasse. Auteur de biographies à succès, et pouvant travailler de n’importe quel endroit, là voilà dans son village d’enfance, Fjällbacka, pour une durée indéterminée. Et puis, un beau jour, elle découvre le corps de son amie d’enfance, la magnifique Alexandra Wijkner, dans un bain de glace dans sa demeure. Suicide, ou ? Prise malgré elle dans cette enquête où le suicide semble bien peu probable, avec une tendance toute naturelle pour un auteur à vouloir en savoir plus, surtout quand elle se sent très directement concernée par l’affaire bien que n’ayant eu bien peu de contact avec Alexandra durant les 25 dernières années, elle va chercher à comprendre ce qui s’est passé dans cette maison, découvrir les multiples secrets vieux d’une vingtaine d’années qui expliqueraient bien des choses pour Erica, avec le soutien de l’inspecteur Patrik Hedström qui voit bien plus dans cette histoire qu’un meurtre passionnel.

Soyons clairs dès le départ : ce n’est pas glauque, c’est surtout une histoire de découverte de secrets, ce n’est jamais violent, stressant et consorts. Auquel cas, je n’aurais pas autant apprécié ce polar ! Pour moi, le gros plus de ce roman est que l’auteur allie l’intrigue principale avec des intrigues secondaires, bien plus ordinaires, sur chacun des personnages qui deviendront très certainement récurrents dans les autres tomes. Ainsi, la succession de la maison des parents d’Erica prend une place assez importante, ses liens avec sa soeur Anna et son beau-frère Lucas qui l’insupporte (et on comprend bien vite pourquoi), ses histoires d’amour et l’idylle qu’on sent venir bien vite entre elle et Patrik, des histoires secondaires dans l’intrigue même. Les caractères de ces personnages de ces petites villes de province, Fjällbacka et ses alentours, sont très bien tracés. Les collègues de Patrik sont notamment développés, particulièrement le commissaire Mellberg, personnage puant s’il en est. Tout ceci permet une atmosphère particulière, étoffe énormément le roman et ne l’en rend que plus convaincant.

Mais ne croyez pas pour autant que l’intrigue policière est bâclée, loin de là. Tout tient très bien la route, c’est réaliste, ce n’est pas tiré par les cheveux et tous les éléments s’imbriquent les uns dans les autres au fil et à mesure du déroulé du roman. On est frustré quand Erica ou Patrik découvrent quelque chose qu’ils ne nous livrent pas tout de suite. Camilla Läckberg manie extrêmement bien le suspens.

L’ambiance suédoise tout à fait particulière, avec ce froid glacial qui s’insinue partout, ces paysages glacés, est très bien rendue. Tout ceci m’a donné envie de découvrir ce pays, en ne m’arrêtant pas juste sur Stockholm.

Pour moi, ce premier tome des aventures d’Erica Falck, dont le trait “d’enquêtrice amateur” n’est pas forcé et s’insère très bien dans sa vie de romancière, est une parfaite réussite et me donne envie de me lance dans la suite de ses péripéties.

Petit bémol cependant : des phrases pas françaises, sans sens, mal traduites, des mots manquants, quelques fautes d’orthographe… Je pensais qu’Actes Sud était une maison d’édition de grande qualité et me voilà légèrement déçue. Surtout au vu du prix des ouvrages ! Espérons que la réédition du roman et son édition en poche auront vu ces erreurs corrigées, et absentes des prochains tomes !

Une très bonne lecture en définitive, à dévorer autant en hiver sous sa couette près d’un bon feu de cheminée, qu’à la plage en plein soleil !

Ma note : 4/5