Archives de Tag: Pocket

Ce que j’ai lu en juin

Par défaut

On ne peut pas dire que ces derniers temps, j’ai été particulièrement proactive sur le blog. Première raison, évidente, les vacances ! Alors que j’étais à l’étranger, il m’était bien difficile de partager mes lectures et mes avis. La deuxième raison est celle qui fait que ce manque d’activité est un problème récurrent que je rencontre : qu’il est parfois difficile de se motiver à écrire une longue chronique sur un livre que l’on vient de finir, alors qu’on n’a qu’une envie, se plonger dans un autre roman, et qu’on a déjà des tas de choses à faire pour le boulot, etc. Et il est hors de question que tenir ce blog devienne une contrainte ! Alors, j’ai décidé d’inaugurer une nouvelle forme d’article : un récapitulatif des romans lus sur un mois avec un court résumé et un avis succinct. Évidemment, en parallèle, je continue mes chroniques plus longues, consacrées à certains romans.

Inaugurons donc dès à présent cette nouveauté avec les romans lus en juin (et un peu avant, je l’avoue…). Quelques coups de cœur et belles surprises, et une grosse déception. C’est parti !


 

demain est un autre jour spielman

Lori Nelson Spielman, Demain est un autre jour

Traduit par Laura Derajinski, Le Cherche Midi / Pocket, Paris, 2013 / 2014

Résumé : Brett Bohlinger vient de perdre sa mère de laquelle elle était très proche. Et elle sait que dorénavant, sa vie va changer : elle va hériter de l’empire cosmétique que sa mère a créé et se retrouver au-dessus de sa belle-soeur, vice-présidente jusque-là. Son ami Andrew en est persuadé : elle va avoir du pouvoir, et va même être en mesure de booster sa propre carrière. Sauf qu’arrivée devant le notaire, rien ne se passe comme prévu. C’est sa belle-soeur qui hérite de l’empire, et elle ne touche même pas d’argent comme ses frères : la voilà déshéritée. Mais le notaire n’en a pas fini avec elle : elle ne touchera en réalité sa part d’héritage qu’un an plus tard, à la condition qu’elle réalise certaines choses qu’elle-même avait recensé à l’âge de 14 ans comme ce qu’elle rêvait d’accomplir. A chaque point de cette life list réalisé, le charmant notaire lui donnera une lettre rédigée par sa mère. Et à la fin, elle aura sa part. Et elle n’a qu’un an. Mais sa vie a bien changé depuis ses 14 ans ! Adopter un cheval et avoir un chien ? C’est bien loin de ses rêves actuels ! Faire la paix avec son père ? Comment faire alors qu’il n’est plus de ce monde ? Devenir professeur ? Jamais ! Tomber amoureuse ? Mais elle l’est déjà ! Avoir un enfant ? Elle a fait son deuil puisqu’Andrew n’en veut pas ! A moins que sa mère ait raison et que son plus beau héritage soit de la rendre vraiment heureuse…

Mon avis : Ce roman a fait parler de lui car c’est un vrai roman feel good, intelligent, bien écrit, et pas niais pour un sou. C’est un roman qui fait bon lire, qui réconforte, qui donne envie de croire en l’avenir et aux changements de vie. Il donne envie de prendre sa vie en main et de faire ce qu’on redoute le plus : tout plaquer pour faire enfin ce dont on rêve, pour construire une nouvelle vie dans laquelle s’épanouir vraiment. Brett est une femme intelligente, mais qui a besoin d’un électrochoc pour se rendre compte de ce que sa mère, et le lecteur, a de suite remarqué : son boulot au marketing de l’entreprise familiale n’est qu’un pis aller, renoncer à avoir un enfant ne peut la rendre heureuse à terme, et être avec Andrew ne la rend peut-être pas aussi heureuse qu’elle ne le pense… Si on imagine bien certains éléments de l’intrigue, d’autres m’ont pris par surprise, et si c’est un roman feel good, il n’en est pas moins bien pensé. La fin est prévisible, mais pas de la manière dont on le pense.

En bref : Un vrai coup de cœur pour ce roman facile à lire, plaisant, plein de bonne humeur et d’espoir dans l’avenir !

Ma note : 5/5


la conspiration maggie hall

Maggie Hall, La Conspiration T1

Traduit par Anna Postel, Collection R, Robert Laffont, Paris, 2015

Résumé : Avery West est une jeune fille de 17 ans qui vit seule avec sa mère et qui est très secrète et réservée. En effet, les incessants déménagements imposés par sa mère dus à son travail font qu’elle ne veut plus souffrir en s’attachant trop à des amis dont elle sera obligée de se séparer. C’est bien donc cette ligne de conduite qu’elle suit dans le nouveau lycée où elle est inscrite, bien que le ténébreux Jack ne la laisse pas indifférente… Et c’est parce qu’elle désobéit à sa mère en se rendant à son bal du lycée à deux jours d’un déménagement imprévu que sa vie va basculer… Jack, puis le mystérieux Stellan, qui se détestent, faisant partie de fratries rivales au sein d’une même organisation qui régit le monde depuis Alexandre Le Grand, l’embarquent dans une aventure internationale, du Louvre aux bazars d’Istanbul, dans des fastes qu’elle n’avait jamais connu, mais aussi au sein d’une conspiration et d’une lutte de pouvoirs de tous les dangers dont elle serait la clé, mettant sa vie, sa famille et sa liberté en danger…

Mon avis : Pour avoir lu de nombreux romans jeunes adultes ces dernières années, j’ai souvent été un peu déçue, notamment par des héros de 16 ou 17 ans qui ont des pouvoirs décisionnels complètement aberrants au vue de leur jeune âge, par des intrigues prometteuses dans les premiers chapitres et qui se finissent de manière simpliste. Donc si le pitch de ce roman me donnait envie, j’ai longtemps hésité à l’acquérir puis à le commencer, de peur d’être déçue. Et bien non, ce fut une jolie découverte ! L’héroïne est plutôt crédible, réagit comme une fille de 17 ans devrait réagir, mais n’en est pas cruche pour autant et elle est attachante. Quant aux personnages masculins, Jack et Stellan, ils sont différents et énigmatiques, emprisonnés dans leurs allégeances et ne savant trop à qui se fier. L’intrigue est bien ficelée, le suspens est au rendez-vous, la plume de l’auteur est plaisante et j’ai pris plaisir à voir Paris autrement, notamment le Louvre, et découvrir Istanbul et Sainte-Sophie grâce aux pérégrinations d’Avery.

En bref : Un bon roman jeunes adultes que je recommande aux jeunes comme aux moins jeunes, et dont j’attends la suite avec impatience, en espérant qu’elle sera à la hauteur de ce premier tome !

Ma note : 4/5


un intérêt particulier pour les mortsla curiosité est un pêché mortel

Ann Granger, Un intérêt particulier pour les morts (T1) et La curiosité est un pêché mortel (T2)

Traduits par Delphine Rivet, 10/18, Paris, 2013 (T1), 2014 (T2)

Résumé T1 : Londres, 1864. Lizzie Martin se retrouve sans ressource à la mort de son père. Elle accepte de devenir dame de compagnie de sa tante dont l’actuelle dame de compagnie s’est enfuie avec un homme. Un nouveau monde en transformation s’offre aux yeux de la jeune femme : Londres en plein travaux, avec la construction de la gare Saint-Pancras. Et c’est lors de la destruction des taudis qui s’élevaient à l’endroit choisi pour cette nouvelle gare qu’est découvert un corps de femme… Celui de la dame de compagnie de la tante de Lizzie ! Sa curiosité est piquée et elle ouvre l’œil, se mettant parfois dans des situations délicates… L’inspecteur en charge de l’affaire, Benjamin Ross, est une connaissance d’enfance de Lizzie, bien heureusement ! A eux deux, ils découvriront bien des choses autour de ce meurtre et Lizzie sera bien plus impliquée qu’elle ne le pensait…

Résumé T2 : Dans cette nouvelle enquête, Lizzie quitte pour un temps la demeure de sa tante qui ne voit plus d’un très bon œil sa présence dans sa demeure, depuis les événements relatés dans le premier tome. Elle se rend à New Forest où elle devient la dame de compagnie de Lucie Craven qui ne se remet pas de la mort de son nourrisson, déclarant même qu’il est toujours vivant et qu’on lui a fait croire à sa mort. Sa famille la considère comme folle, et la découverte du corps d’un homme auprès duquel la pauvre Lucy est retrouvée recouverte de sang, ne plaide pas en la faveur de la pauvre femme… Mais Lizzie a des doutes, et l’inspecteur Benjamin Ross, dépêché sur place pour mener l’enquête sur ce meurtre, va l’aider à démêler toute cette affaire bien mystérieuse…

Mon avis : J’ai été enchantée par les aventures de Lizzie Martin et de Benjamin Ross. Lizzie est vive d’esprit, curieuse, intelligente, indépendante, et n’est pas une pauvre femme de l’ère victorienne dépendante des hommes. Quant à Benjamin Ross, il est très vite attaché à la jeune femme et cherche à la protéger, bien qu’il comprenne son indépendance. Le duo fonctionne parfaitement, et l’alternance des points de vue de Lizzie et Ben rend la narration vivante et tient en haleine le lecteur. J’ai également adoré l’époque dépeinte, ainsi que la société anglaise et la rénovation de Londres à l’ère victorienne. Ce sont des romans agréables à lire, et s’il ne se passe pas des milliards de choses à chaque page, l’auteur parvient à nous captiver.

En bref : Des romans policiers historiques qui valent vraiment le détour ! Le troisième tome des aventures de Lizzie et Ben est disponible, je vous en reparle dans mon compte-rendu de juillet !

Ma note : 5/5


Rouge-rubis

Kersten Gier, Rouge Rubis, Trilogie des gemmes T1

Traduit par Nelly Lemaire, Macadam, Milan, Paris, 2011

Résumé : Gwendolyn est une jeune fille de 16 ans tout à fait normale. Elle va dans une grande école privée, certes, et sa famille est plus qu’aisée. Et sa cousine serait porteuse d’un gène qui lui permettrait de voyager dans le temps, la rendant unique, ou presque. Seul une dizaine d’individus au cours des siècles ont été porteurs de ce gène, toutes les femmes faisant partie de la famille de Gwen, les Montrose. Mais pour Gwen, tout ceci importe peu : mis à part qu’elle ne s’entend pas avec sa cousine avec laquelle elle est obligée de cohabiter, elle partage son temps entre sa mère, son frère, sa sœur et sa meilleure amie. Jusqu’au jour où c’est elle qui fait un bond dans le passé… révélant ainsi que ce n’est pas sa cousine qui a cette capacité à voyager dans le temps et l’entraînant à son insu dans une aventure de tous les dangers, auprès d’un autre voyageur dans le temps, Gidéon, dont elle ne sait que penser…

Mon avis : Voici un premier tome d’une trilogie pleine de promesse. Si l’héroïne est légèrement énervante, et m’a donnée très souvent une envie irrésistible de la gifler et de la faire un peu réfléchir, l’idée de départ est très attrayante. Alors que les histoires de voyages dans le temps peuvent être dure à gérer, notamment dans les implications pour le présent de changements dans le passé, les interventions dans le passé déjà prise en compte de le continuum temps, l’auteur s’en tire honorablement. Il s’agit d’un roman pour adolescent qui remplit son rôle : l’intrigue se tient, ce n’est pas trop mal écrit, et il donne envie de connaître la suite.

Quant aux tomes 2 et 3, Bleu Saphir et Vert Émeraude, ils continuent et concluent la saga honorablement. J’ai trouvé certaines choses un peu simplistes et un dénouement un peu trop facile à mon goût, mais certains points ont réussi à me surprendre et le tout se tient.

En bref : Un premier tome sympathique et une trilogie agréable à lire et divertissante

Ma note : 4/5

 


club vesuvius

Mark Gatiss, Le Club Vesuvius

Traduit par Laurence Boischot, Bragelonne, Paris, 2015

Résumé : Lucifer Box est un portraitiste évoluant dans le Londres du XIXe siècle. Mais il n’est pas que cela… Il est aussi un agent secret au service de Sa Majesté, et est amené à réaliser des tâches plus ou moins reluisantes. Le jour où des scientifiques renommés sont mystérieusement assassinés, il se lance dans une enquête trépidante, jusqu’à Naples et à son célèbre Vésuve, où il va mettre sa vie plus d’une fois en danger…

Mon avis : Quelle déception ! J’attendais beaucoup de ce roman, le pitch m’avait vraiment attiré, ainsi que l’objet livre, d’une très belle réalisation. Mais la magie n’a pas opéré sur moi, malheureusement. Si Lucifer a beaucoup de charme et beaucoup d’humour, certains de ses comportements m’ont parfois profondément irritée. Il peut faire preuve tout à la fois d’une grande intelligence et d’une grande naïveté, concernant les femmes notamment. De plus, si je n’avais jamais lu de steampunk, l’idée même ne me déplaisait pas, mais tout le déroulé se passant sous le volcan m’a ennuyée, et cette histoire de « zombie » – à défaut d’une autre désignation – également, surtout qu’on ne nous explique pas vraiment la raison d’être de ces créatures. Peut-être est-ce le prix démesuré de cet ouvrage – très beau, certes – qui me laisse pantoise et me fait être plus critique que je ne l’aurais été en temps normal ? Quoi qu’il en soit, j’espérais bien plus de ce roman, à l’auteur bien connu qui participe à l’écriture des scénarios de la série Sherlock, en plus d’en être l’un des acteurs, l’une de mes séries préférées… Dommage !

En bref : Un roman au héros plein d’humour mais qui n’a pas su me convaincre…

Ma note : 2/5

Publicités

N’oublier jamais de Michel Bussi

Par défaut

Michel Bussi, N’oublier jamais, Presses de la Cité / Pocket, Paris, 2014/2015.

n'oublier jamaisCela fait quelques années déjà que j’entends parler des romans de Michel Bussi : thrillers addictifs, bien écrits, à la fin surprenante et inattendue. N’oublier jamais est le premier que je lis de lui. Et bien, je ne suis pas déçue !

Jamal est handicapé : il a une prothèse à la jambe. Loin de le freiner, il s’est donné des buts à atteindre et se donne les moyens d’y arriver. Alors qu’il prépare la course la plus difficile au monde, qui a lieu dans les Alpes, il part à Yport en Normandie pour s’entraîner : à lui les falaises et les dénivelés pour tester son endurance. Lors de l’un de ses entraînements quotidiens, il aperçoit d’abord une belle écharpe rouge accrochée à une barrière, qu’il décide de ramasser : soit le propriétaire de l’hôtel où il loge saura à qui elle est, soit il la gardera. Puis, il voit une jeune femme magnifique en haillons et en plein désarroi, au bord de la falaise, prête à sauter. Il lui parle, tente de la raisonner mais rien n’y fait : elle veut qu’il parte. Alors, il lui lance l’écharpe comme une bouée de sauvetage pour la ramener loin du bord : elle l’attrape, la tire fort et saute dans le vide. Jamal se précipite en bas de la falaise où il rejoint une vieille dame et un homme d’une cinquantaine d’années qui l’ont vu tomber, et se rapprochent du corps. Et là, stupéfaction : l’écharpe n’est pas dans ses mains mais enroulée autour de son cou. Il n’y comprend rien. Très vite, la police le voit comme un suspect et fait le rapprochement avec des affaires extrêmement similaires ayant eu lieu 10 ans plus tôt. Alors, qui allez-vous croire de Jamal ou des policiers ?

On ne sait pas où on va avec ce roman, et c’est bien ce qui m’a décontenancée au début. Je ne parvenais pas à rentrer dedans car je ne voyais pas vraiment où l’auteur voulait nous emmener. Puis Jamal commence à recevoir de mystérieux plis sur des affaires datant d’une dizaine d’années, et là, l’intérêt s’éveille et je me suis laissée entraîner, sans rien chercher à comprendre ou contrôler.

Tout comme Jamal, on essaie de comprendre. Et plus on essaie, plus tout s’embrouille : les pistes et les témoins s’effacent, les enveloppes continuent à s’accumuler comme par magie, la seule personne à qui faire confiance est la seule qui aurait pu lui faire parvenir ces enveloppes. Pourquoi lui envoie-t-on tout cela, pourquoi cette écharpe rouge est réapparue au cou de cette femme, pourquoi aucun journal ne parle de cette nouvelle affaire, pourquoi pourquoi pourquoi ? Les questions s’accumulent, et comme Jamal, on commence à devenir fou, à ne plus rien savoir. On en vient même à se dire que l’auteur nous manipule : son narrateur, Jamal, à qui on fait confiance depuis le début, puisque le lecteur fait toujours confiance au narrateur, serait-il l’assassin ? Nous mènerait-il en bateau ? A-t-il lui même tout oublié ? Travaillant dans un institut psychiatrique, serait-il dingue lui-même ?

Michel Bussi réussit à nous faire douter de tout et à nous prendre dans les tentacules du monstre qui finit par émerger. Car le dénouement est tout simplement incroyable. Incroyable, dans le sens pas croyable. Impossible. Et pourtant si, tout à fait possible et cohérent. A se poser des questions sur les comportements humains.

Et le mieux encore, c’est que quand on croit que tout est fini, qu’on a compris, qu’on a le fin mot, et bien non. Pas encore. Et jusqu’à la dernière page, on est tenu en haleine comme jamais.

Je ne peux pas parler longuement des personnages sans en révéler trop sur l’intrigue. Mais sachez que chaque personnage est extrêmement bien construit. Vous aurez compris que Jamal est le bouc-émissaire parfait dans cette histoire : présent sur les lieux du crime, le seul témoin à avoir vu la jeune fille sauter, arabe venant de La Courneuve et ayant vécu dans une des plus grande cité de France, handicapé et travaillant dans un institut psychiatrique : tout l’accuse. On se prend d’affection pour ce jeune homme ayant eu une vie très compliquée, mais qui tente de s’en sortir malgré tout. Et on s’interroge sur ce système qui catalogue les individus, et rend plus suspect certaines personnes aux profils déterminés plutôt que d’autres qui paraissent bien sous tout rapport mais qui cachent des trésors de psychoses et de folies.

Vous l’aurez compris, j’ai aimé. J’ai adhéré à l’intrigue. Je ne vous cache pas que la fin est un poil tirée par les cheveux. Mais tout se tient. Tout prend sens. Alors oui, c’est un roman addictif, parfait pour un moment de décompression.

Ma note : 5/5

Le mystère Sherlock de J.M. Erre

Par défaut

J.M. Erre, Le mystère Sherlock, Buchet Chastel / Pocket, Paris, 2012 / 2013

le mystère sherlockVous voulez rire un bon coup ? Vous n’avez pas peur d’exploser de rire dans les transports en commun et passer pour un fou ? Alors, lisez d’urgence Le Mystère Sherlock, je n’ai jamais autant ri à la lecture d’un roman !

Sachez que l’histoire, déjà, est assez atypique… L’intrigue se passe en Suisse. Dans l’hôtel Baker Street, nommé ainsi en l’honneur de Sherlock Holmes, situé près des chutes où aurait trouvé la mort Moriarty, l’ennemi juré du célèbre détective, un rassemblement atypique d’érudits s’y réunit pour une occasion bien particulière… Va s’ouvrir à la Sorbonne la première chaire d’Holméséologie, c’est-à-dire de spécialistes de Holmes, qui aurait réellement vécu… Le but étant maintenant de le prouver ! Le professeur Bobo, qui perd la mémoire, est chargé de nommer le professeur qui accédera à la chaire tant convoitée… Quand on sait que ces personnages se détestent et sont prêts à tout pour arriver à leurs fins, imaginez l’ambiance dans l’hôtel ! Une jeune femme décide d’enquêter sur cet étrange rassemblement, et se rend incognito dans cet hôtel. Et tout se détraque quand l’hôtel est bloqué par la neige, en plein mois de mai… Les voilà en huis clos, sans savoir quand ils seront délivrés ! Or, quand ils le sont, au début du roman, ils sont tous retrouvés morts…  C’est à travers les notes de notre journaliste incognito et quelques papiers et lettres de ces “holmésiens” que l’histoire va être reconstituée.

Un huis clos qui ferait presque penser aux Dix Petits Nègres d’Agatha Christie… Quelle hérésie, quand on sait que Poirot est décrié par nos personnages loufoques qui le considèrent bien moins perspicaces que leur cher Sherlock ! Ils tombent un à un, de manière comique, et personne n’est épargné par les soupçons…

C’est d’une drôlerie extrême. J.M. Erre manie la plume de manière magistrale et dépeint ce rassemblement atypique avec un humour qui enchante le lecteur. Le sérieux se mêle à l’humour, les personnages sont dépeints avec une drôlerie incroyable, on ne s’ennuie à aucun moment ! Tout est sujet à moquerie et humour très anglais, avec cette autodérision propre aux plus grands auteurs.

C’est presque l’âme humaine qui est à l’honneur ici, et J.M. Erre dépeint nos plus grands travers, nos plus grands défauts, de notre confiance, notre ambition, à nos plus grandes peurs. Très fort également : l’intrigue extrêmement bien ficelée : ne croyez pas qu’il s’agit uniquement d’un roman comique, il s’agit aussi d’une enquête, d’un “roman noir”, où on cherche à comprendre lequel de ces personnages loufoques a bien pu trucider ses congénères… Et quand on est avec des amateurs d’Holmes, on imagine facilement que tout indice est propice à des situations pour le moins particulières… Qui aurait si peu confiance en lui pour tuer ses confrères afin d’accéder à la chaire d’holmeséologie ? A moins qu’il n’y ait un autre mobile derrière cette série de décès…

On imagine bien qu’avec un huis clos, J.M. Erre se régale de toutes les petites choses qui entourent nos protagonistes, de tous leurs petits défauts.

On rit, on enquête, on explose de rire à nouveau, bref, c’est juste un petit bijou, un roman jouissif, qui devrait régaler tous les fans d’Holmes et de romans policiers, mais pas que : tous ceux également qui veulent rire, se moquer de la nature humaine, tous ceux qui aiment lire en définitive. Ne pas le lire, ce serait comme passer à côté d’un super film comique, à l’image des Bronzés, et se dire : “non, je n’ai pas envie de me détendre et de rire un bon coup”. Bref, une aberration !

Lisez ce livre de toute urgence, vous me remercierez, j’en mets ma main à couper ! C’est juste jouissif !

Ma note : 5/5

 

La voleuse de livres de Markus Zusak

Par défaut

Markus Zusak, La voleuse de livres, Oh! Editions / Pocket, Paris, 2007

la voleuse de livresQuelle histoire incroyable et bouleversante ! On ne peut rester insensible à la lecture de ce merveilleux roman, et son succès international, qui s’est soldé par une adaptation cinématographique, est amplement mérité.

La Mort nous raconte l’histoire à la fois ordinaire et extraordinaire d’une fillette qui l’a profondément marquée. Difficile de marquer la Mort, qui voit tant et tant de personnes, aux histoires variées, incroyables ou non, dramatiques ou heureuses. Cependant, Liesel Meminger aurait dû mourir à trois reprises, mais à échapper à la Mort. Alors, elle nous fait l’insigne honneur de nous raconter l’histoire de cette enfant allemande qui se retrouve prise dans les tourments de l’Histoire. La mère de Liesel est obligée de confier sa fille à des parents nourriciers, pour des raisons qui nous apparaîtront dans le roman. Alors que le trajet jusque dans la banlieue de Munich, dans la ville de Molching, et plus précisément jusqu’à la rue Himmel, voit la disparition de son frère, elle se retrouve aux bons soins de Hans et Rosa Hubermann, couple atypique s’il en est. Hans est la bonté incarnée, il est animé par un sentiment de justice très fort. Rosa est plus difficile à cerner : elle utilise de nombreux noms d’oiseaux, est sévère, mais c’est une très bonne femme. C’est avec eux, ainsi qu’avec son voisin Rudy, et un boxeur juif, que Liesel vit les premières années de la Seconde Guerre mondiale, grandit, découvre des livres d’une manière atypique qui lui vaudront le beau surnom de “voleuse de livres” donné par la Mort elle-même.

Markus Zusak nous offre un roman incroyable et nécessaire sur cette période historique, déjà tellement exploitée en littérature. Ici, nous avons la vision de jeunes allemands, de personnes ordinaires qui ont aussi peur que des Français ou des Anglais, qui craignent pour la vie de leurs proches, et qui surtout ne comprennent pas tout ce qui se passe. On voit que les jeunes sont forcés d’assister aux journées des Jeunesse Hitlériennes tous les samedis, et qu’un certain endoctrinement peut se faire très facilement, si l’environnement familial ne contrebalance pas, comme c’est le cas pour Liesel. On comprend aussi l’emprise du Parti Nazi, qui empêchait les honnêtes gens qui n’y adhéraient pas de travailler. La peur est partout, comme dans tout pays touché par la guerre. Et on voit l’adhésion totale de certaines personnes, le mal qu’a pu faire le traité de Versailles sur la fierté des Allemands, mais aussi l’inaction totale face à la situation des Juifs, qui traversaient des villages à la vue des habitants, entre deux camps de concentration, tenant à peine sur leurs jambes, et maltraités par leurs geôliers. Ceci mettant légèrement à mal la théorie comme quoi les civils allemands ne savaient pas ce qui se passait dans ces “prisons”…

La merveilleuse idée de l’auteur, à la très belle plume, de nous raconter cette histoire du point de vue de la Mort, elle qui sait tout, qui a vu énormément de choses et qui ne comprend pas les Hommes et leur cruauté, éclaire d’une manière différente la condition humaine et sa bêtise. Et sa vision sur la “voleuse de livres”, la jeune Liesel, est incroyable. Elle distille des informations importantes, fait quelques flash-backs, surprend le lecteur en spoilant quelques éléments primordiaux de l’histoire de cette jeune fille. Et ceci donne à la narration encore plus de véracité : en effet, pourquoi la Mort s’embarrasserait-elle à maintenir toute forme de suspens, alors qu’elle sait bien que tout le monde finit par mourir ? Liesel incluse ?

De petites réflexions, définitions ou autres de la Mort viennent s’intercaler dans le récit, pour notre plus grand bonheur. Le fait que certans mots soient conservés en allemand, et notamment les noms d’oiseaux fréquemment utilisés par Rosa Hubermann, donne une touche d’authenticité supplémentaire au roman.

La fin de ce roman est très belle et très poétique. On ne pouvait s’attendre à mieux. Juste et incroyable.  Une histoire sur un sujet connu, mais pas comme cela, pas de ce point de vue. Une histoire qui met la lecture et les livres au premier plan. La force de ces petites objets aux mots qui peuvent être puissants, trop puissants.

Un bel hommage aux héros ordinaires, même de ceux qui se sont trouvés du mauvais côté de la frontière, et qui ont eu la “malchance” d’être nés allemands lors de l’ascension d’Hitler. Un magnifique roman.

Ma note : 5/5

Une adaptation cinématographique de ce roman, de Brian Percival, avec Geoffrey Rush et Emily Watson, est sorti sur les écrans français le 5 février 2014. Je n’ai pas encore eu la chance d’aller le voir, mais en attendant, voici la bande annonce :