Archives de Tag: Orgueil et Préjugés

Les gentilles filles vont au paradis, les autres là où elles veulent de Elie Grimes

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Elie Grimes, Les gentilles filles vont au paradis, les autres là où elles veulent, Editions Préludes, 2017

les gentilles filles.jpgQuel plaisir de lire ce roman ! Les éditions Préludes nous proposent un roman frais, percutant, drôle et émouvant. Un combo parfait pour l’été ! Une héroïne touchante, imparfaite et compliquée, un Dom Juan énervant mais attirant, une flopée d’amis inoubliables, une famille pas toujours commode, des quiproquos, des embrouilles, des réconciliations, l’analogie à Orgueil et Préjugés de Jane Austen est presque trop facile mais au combien justifiée !

Zoey est un traiteur qui commence à percer à New-York. Elle s’est faite toute seule, mais avec le soutien de son frère Dalton, de ses amis, Adrian, son meilleur depuis toujours, et Sally, son assistante qui est devenue bien plus que cela et qui semble être amoureuse de Dalton, coureur de jupons invétéré. Si elle a choisi ses amis, il n’en est pas de même avec sa famille. Ses rapports avec sa mère sont pour le moins conflictuels, quand elle adore sa grand-mère à qui elle doit tout. A part le fait que son ex l’a quittée pour son ennemie d’enfance qu’elle revoie régulièrement aux banquets familiaux, tout va plutôt bien dans la vie de Zoey. Mais tout est sur le point de se compliquer lors du banquet d’anniversaire de mariage de ses parents : elle oublie de mettre ses chaussures, renverse de la sauce sur la robe de la fiancée de son ex, elle boit trop, passe la nuit avec Adrian. Et, cerise sur le gâteau, elle envoie paître Matthew Ziegler, critique culinaire le plus en vue de New-York qui peut faire ou défaire une carrière en quelques mots. Quand celui-ci, loin d’être dénué de charmes bien que peu avenant, reprend contact avec elle pour découvrir son travail et mettre à l’épreuve sa cuisine, la situation devient explosive et tout un tas de secrets, de préjugés et de non-dits risquent bien d’exploser à la figure de Zoey !

Ce roman est une comédie fraîche, sensible, qu’il est très plaisant de découvrir. On pourrait croire que le thème du chassé-croisé amoureux a été vu et revu, Elie Grimes nous prouve le contraire. Je ne saurais expliquer en quoi son roman est différent, et c’est sûrement ça qui réussit à cet ouvrage : tout est fluide, naturel, jamais caricatural. Si certaines situations sont cocasses, elles en restent vraisemblables. On se figure très facilement l’univers dans lequel Zoey évolue, parce qu’il est simple, c’est celui des femmes approchant la trentaine ou déjà dedans, qu’elles vivent à NYC ou ailleurs.

Cette fraîcheur se retrouve dans les personnages et leurs relations. Cette bande d’amis constituée au fil du temps, tellement proche mais se cachant tellement de choses de peur de blesser, cette famille maladroite dans ses rapports mais qui n’en reste pas moins soudée. Et la relation amoureuse qui se crée très vite avec Matthew, qui pourrait être très simple mais ce serait sans compter sur le caractère bien trempée de Zoey qui a bien du mal à faire confiance en un homme depuis la trahison de son ex. Les renversements de situations et autres rebondissements / révélations ponctuent le récit et nous entraînent à la suite des personnages.

Parce que ce qui ne gâche rien, c’est la qualité d’écriture de ce roman. Ne nous le cachons pas, il arrive que ce type de comédies romantiques soit pauvre et simple dans le style. Mais ce n’est pas le cas ici, on y décèle une richesse, un travail sur les mots, qui nous permet d’entrer avec délectation dans l’histoire de Zoey. Si on ajoute à cela le rythme insufflé par l’auteur, on comprend rapidement en quoi il est un page turner.

Ce roman, à la belle couverture, au titre à rallonge qui interroge et attire, dont la quatrième de couverture le compare très ouvertement à Orgueil et Préjugés, tient ses promesses. J’ai eu peur de cette comparaison, me disant qu’elle n’était utilisée que pour attirer les lectrices. Mais c’était mal connaître les Editions Préludes ! Il est vrai qu’on retrouve du Elizabeth Bennet dans Zoey, deux personnages au caractère fort, à la langue acérée, aux jugements parfois hâtifs et aux idées préconçues pas toujours vraies. Matthew Ziegler, c’est un peu Darcy, un peu dédaigneux, aux nombreux secrets, discret et hautain. Mais ce n’en est pas une pâle copie, loin de là. On y trouve une fraîcheur et une légèreté, une liberté de possibles peu présents dans la société d’Elizabeth Bennet. Il y a quelque chose d’incroyablement sexy, de percutants, une consonance très actuelle dans le roman d’Elie Grimes (ce qui était aussi le cas du roman de Jane Austen, roman moderne au possible).

C’est un roman où il fait bon être. Un roman dont on dévore les pages, tant pour l’intrigue que pour le phrasé et les répliques percutantes. Un beau roman Préludes qui nous prouve que la comédie romantique peut être une sacrée bouffée d’oxygène. Un beau coup de cœur, un roman que je relirai très certainement.

Ma note : 5/5

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Une saison à Longbourn de Jo Baker

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Jo Baker, Une saison à Longbourn, Stock / Le Livre de Poche, Paris, 2014 / 2015

une saison à longbournCes dernières années, j’ai vu passer un sacré nombre de romans revisitant l’univers et les personnages d’Orgueil et Préjugés de Jane Austen. Si certains m’ont fait de l’œil – bien qu’ils furent peu nombreux – la plupart m’a surtout donné envie de partir en courant et de me replonger dans l’univers original d’Elizabeth et Darcy. Mais quand j’ai lu le résumé d’Une saison à Longbourn, j’ai été conquise par l’idée, un mélange entre le roman d’Austen et de Downton Abbey. Et je n’ai pas été déçue !

Vous connaissez l’histoire d’Orgueil et Préjugés – et si ce n’est pas le cas, lisez-le avant de vous plonger dans le roman de Jo Baker ou dans cette chronique. La famille Bennet, les filles Bennet, Bingley, Darcy et Wikham, et tous les autres. Mais certains personnages sont essentiels au bon déroulement des événements égrenant le roman de Jane Austen. Des personnages auxquels nous ne nous soucions que bien peu. Les domestiques : Mrs Hill, intendante et cuisinière, Mr. Hill, Sarah et Polly, les femmes de chambre, et le fraîchement arrivé James, prêt à faire toutes les tâches ingrates en cuisine et aux écuries. Ce sont bien eux qui font vivre la maisonnée, vident pots de chambre, lavent et blanchissent les vêtements, servent à table, font les chambres, coiffent et habillent, cousent et rapiècent. Sans eux, les sœurs Bennet n’auraient peut-être pas pu se rendre aux bals et rencontrer ces beaux messieurs qui vont changer leurs vies de bien des façons… Seulement eux aussi vivent nombre d’événements qui vont bousculer leurs vies, alors qu’ils voient doucement Elizabeth se rapprocher de Darcy. Que cache James ? Le serviteur de M. Bingley, Ptolémée, est-il quelqu’un d’honorable ? Sarah, à laquelle le roman s’attache le plus, parviendra-t-elle à débrouiller ses sentiments ? Et James est-il le seul à avoir des secrets ?

Suivre les péripéties qui se passent aux étages supérieurs au travers des yeux des serviteurs est une superbe expérience, bien que parfois dérangeante… Car les détails intimes des filles Bennet mais aussi leur caractère qu’on croyait si nobles – pour Jane et Elizabeth, s’entend – nous sont dévoilés d’une toute autre manière… Comme pour toutes les personnes aisées de cette période, ce sont bien leurs problèmes qui priment sur ceux des classes inférieures. Mais on découvre surtout des personnages extrêmement attachants : Polly, la très jeune servante, toujours épuisée, Mr. Hill, un peu taciturne mais si bon, Mrs. Hill toujours très occupée mais si gentille envers “ses filles”, James, si droit et volontaire, et Sarah, si pleine de vie et souvent en colère contre sa situation. Découvrir leurs histoires, c’est aussi découvrir celles de leurs patrons, la jeunesse de M. Bennet, la jeune mariée Mrs. Bennet – qui vécut des choses bien difficiles expliquant son caractère bien fatiguant -, mais aussi la jeune maîtresse de Pemberley, Mrs Elizabeth Darcy, dans les premiers mois de son mariage. Un roman qui commence donc avant Orgueil et Préjugés, et finit après, ce qui rassasie la curiosité de tous les fans du roman original, sans le dénaturer. Un roman qui revient de plus sur la situation politique de l’Angleterre à cette époque, sa guerre contre Napoléon, ses batailles menées en Espagne et au Portugal quelques années avant le roman de Jane Austen, et qui nous donne une nouvelle approche de ses soldats cantonnés à Meryton dont Kitty, Lydia et Mrs Bennet seront folles, qui défendent en réalité bien différemment leur pays… laissant aux plus pauvres le soin d’aller là où les vrais combats font rages.

Une manière bien différente d’illustrer la situation politique du pays, un roman qui vient compléter admirablement Orgueil et Préjugés, qui donne un autre éclairage sur cette époque, tout en ne dénaturant pas l’œuvre originale. Un roman bien écrit par un auteur qui connaît Orgueil et Préjugés par cœur et a ainsi pu relever toutes les références aux domestiques dans l’œuvre d’Austen, collant au plus près de cette “vérité” décrite par Jane Austen, tout en se permettant certaines libertés, pour notre plus grand bonheur.

Tous les fans de Jane Austen devraient se précipiter sur ce roman intelligent d’un écrivain qui a fourni un travail grandiose de recherche sur l’œuvre originale et sur la situation politique de l’époque.

Époustouflant !

Ma note : 5/5

La mort s’invite à Pemberley de P.D. James

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P.D. James, La mort s’invite à Pemberley, Fayard / Le Livre de Poche, Paris, 2011 / 2013

la mort s'invite à pemberleyOrgueil et Préjugés de Jane Austen est un des livres que j’affectionne le plus. Alors, rien d’étonnant à ce que j’ai eu une très grande envie de lire ce livre de P.D. James qui reprend les personnages de ce classique pour les mettre en scène dans le genre dans lequel P.D. James excelle : le roman policier. Pari osé, l’auteur était presque certain de se confronter au tollé des “fans” de Jane Austen. Évidemment, ce n’est pas un nouvel Orgueil et Préjugé mais une histoire et un style bien différent et j’ai trouvé que l’auteur s’en était extrêmement bien sorti.

Pour l’histoire, six années se sont écoulées depuis les mariages des deux soeurs Jane et Elizabeth Bennet. Elizabeth vit heureuse avec Darcy à Pemberley House et y organise le bal annuel de Lady Anne, événement phare de la région. Alors que quelques convives sont arrivés à Pemberley la veille du bal, et notamment Jane et Bingley, leur ami Alveston, ainsi que le colonel Fitzwilliam, les occupants du château voient arriver la plus jeune soeur d’Elizabeth et Jane, Lydia, marié à l’infâme Wickham, dans un état impossible. Non reçue à Pemberley, elle comptait s’imposer pour le bal, lorsqu’un événement est venu pertuber son trajet – et ainsi la tranquillité et la félicité des habitants de Pemberley.

P.D. James réussit à reprendre les personnages créés par Jane Austen, avec leurs caractères, leurs détestations, leurs défauts et leurs travers, et à les transposer dans une enquête policière. Rien n’est laissé au hasard, et chaque point est tout à fait conforme à Orgueil et Préjugés. Et nous, lecteurs, retrouvons les personnages qui nous ont fait tant rêver : on admire Elizabeth, qui a perdu sa tendance à juger autrui, on est exaspéré par Lydia et sa propension à tout ramener à elle et à ne pas regarder plus loin que le bout de son nez, on s’impatiente devant la superbe de Wickham, mise tout de même à rude épreuve dans ce roman, on admire et on s’impatiente devant la gentillesse de Jane et Bingley. Et plus que tout, on passe beaucoup de temps à suivre Darcy et à s’intéresser à son cheminement et ses inquiétudes durant cette enquête de tous les dangers, qui pourrait bien mettre à jour certains secrets qu’il ne voudrait pas ébruiter. P.D. James ne fait pas que réutiliser les personnages créés par Jane Austen, elle en introduit de nouveaux, tout à fait cohérent et qui servent tout à fait l’histoire. Et a contrario, tous les protagonistes d’Orgueil et Préjugés ne font pas d’apparition dans ce roman, même s’ils sont tous mentionnés, au moins pour savoir ce qu’il est advenu d’eux (on pense à Mrs Bennet, à Mary et Kitty, Charlotte Lucas, devenue Collins, et à son époux haut en couleurs, ou encore à Lady Catherine de Bourgh).

Quelques petites critiques négatives néanmoins : l’histoire présente un certain nombre de longueurs, et de nombreuses répétitions, notamment dans la retransmission des événements de la nuit du bal qui ont amené la mort à Pemberley. Nous sommes dans une enquête policière, et je ne nie pas qu’avoir tous les éléments en tête ne nous permette de mieux nous y retrouver et de mieux comprendre l’issu du roman, mais je pense que l’auteur aurait pu à certains moments éviter de nous retranscrire à nouveau les mêmes faits de la bouche d’un nouveau protagoniste, ou dans un autre contexte. Mais je vais être honnête, ceci n’a pas tant que cela ralenti ma lecture !

La plume de l’auteur est tout à fait digne d’un roman du XIXe siècle, et Jane Austen elle-même aurait pu en être l’auteur. Ce livre s’inscrit à merveille dans l’époque qu’il dépeint, tant dans le style que dans les événements qui y sont racontés. En effet, on y découvre le système judiciaire anglais de l’époque, mais aussi les guerres napoléoniennes vues d’Outre-Manche, ou encore tout l’attrait du Nouveau Monde.

P.D. James a réussi son pari, sûrement parce qu’elle a conservé un genre qu’elle connaît bien : le policier. On retrouve donc avec grand plaisir M. et Mrs Darcy, et on passe un bon moment dans le Derbyshire, malgré les événements tragiques qui s’y déroulent. Et si votre lecture d’Orgueil et Préjugés est lointaine, une préface vient faire un résumé détaillé des événements marquants, permettant de se lancer dans la lecture de La mort s’invite à Pemberley sans contrainte. Alors, vous n’avez plus d’excuse !

Ma note : 4/5

Nord et Sud d’Elizabeth Gaskell

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Elizabeth Gaskell, Nord et Sud, Fayard/Points, 2005

Nord et Sud nous raconte l’histoire de Margaret Hale, fille de pasteur, qui, par la force des choses, doit quitter son bien-aimé sud de l’Angleterre pour une ville industrielle du nord, Milton. Elle se retrouve confrontée aux conflits qui opposent ouvriers et patrons, aux prises de pouvoir du syndicat, à la rigidité des patrons, aux prises de conscience de son père, à la santé déclinante de sa mère. Là, elle rencontrera John Thornton, manufacturier auquel elle s’opposera dès ses premiers pas dans Milton, malgré toute l’admiration qu’il aura pour elle…

Nord et Sud s’inscrit dans les grands classiques traitant de la vie quotidienne au XIXe siècle. Elizabeth Gaskell était proche de Charles Dickens et Charlotte Brönté. C’est tout simplement un magnifique roman, qui, sur fond d’histoire d’amour, nous expose les tensions sociales qui régissaient la société d’une ville industrielle anglaise à cette époque. Malgré les quelques travers de Margaret, on ne peut que s’attacher à son personnage qui a une force de caractère étonnante et qui sait faire preuve d’une totale abnégation. Et comme je suis une romantique dans l’âme, l’histoire d’amour qui sous-tend ce roman ne m’a pas laissée indifférente… Étant une inconditionnelle de Jane Austen, ce roman ne pouvait que m’attirer, et je n’ai absolument pas été déçue ! Une héroïne qu’on peut comparer à Elizabeth Bennet, ce qui n’est pas rien venant de moi…

Il y a tout dans ce roman, le côté historique, auquel on peut se fier puisque Elizabeth Gaskell connaissait la vie provinciale et les milieux industriels, le romanesque, au travers des deux héros et des embûches qu’ils vont vivre, le tout superbement écrit. Même ce qui pourrait apparaître comme des longueurs ne se ressent pas comme tel, tellement ce livre est bien écrit, évidemment dans un style soutenu, propre aux auteurs du XIXe siècle. En somme, une lecture très agréable que je conseille à tous ceux qui aiment l’Histoire, le romanesque, Charlotte Brönté et Jane Austen !

Ma note : 5/5

Une très belle adaptation de Nord et Sud en une série de quatre épisodes a été produite par la BBC, je vous la recommande chaudement, elle est comparable à l’adaptation d’Orgueil et Préjugés par cette même BBC en 1995 avec Colin Firth et Jennifer Ehle. Ici, on trouvera les excellents Richard Armitage et Daniela Denby-Ashe. A voir absolument !

Pour voir la bande annonce, c’est ici (impossible d’exporter le lecteur…)