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Les gentilles filles vont au paradis, les autres là où elles veulent de Elie Grimes

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Elie Grimes, Les gentilles filles vont au paradis, les autres là où elles veulent, Editions Préludes, 2017

les gentilles filles.jpgQuel plaisir de lire ce roman ! Les éditions Préludes nous proposent un roman frais, percutant, drôle et émouvant. Un combo parfait pour l’été ! Une héroïne touchante, imparfaite et compliquée, un Dom Juan énervant mais attirant, une flopée d’amis inoubliables, une famille pas toujours commode, des quiproquos, des embrouilles, des réconciliations, l’analogie à Orgueil et Préjugés de Jane Austen est presque trop facile mais au combien justifiée !

Zoey est un traiteur qui commence à percer à New-York. Elle s’est faite toute seule, mais avec le soutien de son frère Dalton, de ses amis, Adrian, son meilleur depuis toujours, et Sally, son assistante qui est devenue bien plus que cela et qui semble être amoureuse de Dalton, coureur de jupons invétéré. Si elle a choisi ses amis, il n’en est pas de même avec sa famille. Ses rapports avec sa mère sont pour le moins conflictuels, quand elle adore sa grand-mère à qui elle doit tout. A part le fait que son ex l’a quittée pour son ennemie d’enfance qu’elle revoie régulièrement aux banquets familiaux, tout va plutôt bien dans la vie de Zoey. Mais tout est sur le point de se compliquer lors du banquet d’anniversaire de mariage de ses parents : elle oublie de mettre ses chaussures, renverse de la sauce sur la robe de la fiancée de son ex, elle boit trop, passe la nuit avec Adrian. Et, cerise sur le gâteau, elle envoie paître Matthew Ziegler, critique culinaire le plus en vue de New-York qui peut faire ou défaire une carrière en quelques mots. Quand celui-ci, loin d’être dénué de charmes bien que peu avenant, reprend contact avec elle pour découvrir son travail et mettre à l’épreuve sa cuisine, la situation devient explosive et tout un tas de secrets, de préjugés et de non-dits risquent bien d’exploser à la figure de Zoey !

Ce roman est une comédie fraîche, sensible, qu’il est très plaisant de découvrir. On pourrait croire que le thème du chassé-croisé amoureux a été vu et revu, Elie Grimes nous prouve le contraire. Je ne saurais expliquer en quoi son roman est différent, et c’est sûrement ça qui réussit à cet ouvrage : tout est fluide, naturel, jamais caricatural. Si certaines situations sont cocasses, elles en restent vraisemblables. On se figure très facilement l’univers dans lequel Zoey évolue, parce qu’il est simple, c’est celui des femmes approchant la trentaine ou déjà dedans, qu’elles vivent à NYC ou ailleurs.

Cette fraîcheur se retrouve dans les personnages et leurs relations. Cette bande d’amis constituée au fil du temps, tellement proche mais se cachant tellement de choses de peur de blesser, cette famille maladroite dans ses rapports mais qui n’en reste pas moins soudée. Et la relation amoureuse qui se crée très vite avec Matthew, qui pourrait être très simple mais ce serait sans compter sur le caractère bien trempée de Zoey qui a bien du mal à faire confiance en un homme depuis la trahison de son ex. Les renversements de situations et autres rebondissements / révélations ponctuent le récit et nous entraînent à la suite des personnages.

Parce que ce qui ne gâche rien, c’est la qualité d’écriture de ce roman. Ne nous le cachons pas, il arrive que ce type de comédies romantiques soit pauvre et simple dans le style. Mais ce n’est pas le cas ici, on y décèle une richesse, un travail sur les mots, qui nous permet d’entrer avec délectation dans l’histoire de Zoey. Si on ajoute à cela le rythme insufflé par l’auteur, on comprend rapidement en quoi il est un page turner.

Ce roman, à la belle couverture, au titre à rallonge qui interroge et attire, dont la quatrième de couverture le compare très ouvertement à Orgueil et Préjugés, tient ses promesses. J’ai eu peur de cette comparaison, me disant qu’elle n’était utilisée que pour attirer les lectrices. Mais c’était mal connaître les Editions Préludes ! Il est vrai qu’on retrouve du Elizabeth Bennet dans Zoey, deux personnages au caractère fort, à la langue acérée, aux jugements parfois hâtifs et aux idées préconçues pas toujours vraies. Matthew Ziegler, c’est un peu Darcy, un peu dédaigneux, aux nombreux secrets, discret et hautain. Mais ce n’en est pas une pâle copie, loin de là. On y trouve une fraîcheur et une légèreté, une liberté de possibles peu présents dans la société d’Elizabeth Bennet. Il y a quelque chose d’incroyablement sexy, de percutants, une consonance très actuelle dans le roman d’Elie Grimes (ce qui était aussi le cas du roman de Jane Austen, roman moderne au possible).

C’est un roman où il fait bon être. Un roman dont on dévore les pages, tant pour l’intrigue que pour le phrasé et les répliques percutantes. Un beau roman Préludes qui nous prouve que la comédie romantique peut être une sacrée bouffée d’oxygène. Un beau coup de cœur, un roman que je relirai très certainement.

Ma note : 5/5

Le souffle des feuilles et des promesses de Sarah McCoy

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Sarah McCoy, Le souffle des feuilles et des promesses, Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2017

LE_SOUFFLE_DES_FEUILLES_ET_DES_PROMESSES_hdChaque nouvelle publication de Sarah McCoy est un moment important pour moi. Son premier roman, Un goût de cannelle et d’espoir, résonne encore en moi. Ce nouveau roman n’a pas dérogé à la règle, ce fut encore une très belle lecture, un coup de cœur !

Hallie Erminie vit dans une plantation du Kentucky. Elle a toujours voulu devenir écrivain et écrit depuis toujours. Sa seule ambition est d’être publié, et cette idée devient fixe dès lors qu’elle termine son premier roman. En quête d’un éditeur, la voilà partie pour New-York où elle se bat comme une lionne pour arriver à ses fins. C’est lors d’un de ses passages newyorkais qu’elle croise la route de Post Wheeler, un journaliste fier de son célibat qui a décidé de ne pas prêter attention à l’ouvrage de Hallie Erminie. Sous de premiers abords peu avenants, la jeune femme découvre qu’il a des qualités inespérées et qu’il est en somme plutôt intéressant. Mais très vite, alors qu’une amitié profonde commence à lier les deux jeunes gens, le voilà qui part pour l’Alaska, la laissant seule dans ce New-York plein d’effervescence de la fin du XIXe siècle. Dès lors, leurs chemins vont se croiser durant des années, entre Etats-Unis et Europe, où Hallie Erminie ne tarde pas à se faire des amis. Cette proximité intellectuelle, doublée d’une attirance physique indubitable, vont être pendant tout ce temps réfrénés pour de multiples raisons qu’ils s’inventent l’un et l’autre. Parviendront-ils enfin à se trouver ?

Sarah McCoy s’attaque à une nouvelle période historique, après la Seconde Guerre mondiale et les prémices de la Guerre de Sécession, la fin du XIXe siècle où l’on sent les prémices de changements, une ébullition intellectuelle, l’essor de quelques femmes fortes. Ici, contrairement à ces deux précédents romans, l’auteur ne mêle pas passé et présent, ce qui créait automatiquement une tension narrative. Elle s’en affranchit et montre réellement son grand talent de conteuse, nous entraînant à la suite de Hallie Erminie et de Post avec délectation et frénésie.

La plume de l’auteur, et celle de sa traductrice, nous emportent avec délice dans cette histoire et derrière ces deux protagonistes principaux, ivres de liberté. C’est cette dernière qui les emmène toujours plus loin dans leur quête de vérité. Si le personnage de Hallie Erminie m’a profondément touchée et impressionnée, par son entêtement à réussir et son indépendance, sa force de caractère et son intelligence, Post est peut-être encore plus fascinant. Cet homme qui prône son célibat, qui part dans une mission insensée pour fuir ceux qui l’ont rejeté et leur prouver quelque chose, a une tête peut-être encore plus dure que celle d’Hallie et a des convictions auxquelles on est forcé d’adhérer. Et plus que tout, il croit en Hallie Erminie, persuadée de son talent, alors que le simple fait qu’elle soit une femme, sudiste qui plus est, aurait pu le retenir. Au contraire, il la considère comme son égal, et c’est presque rafraîchissant de découvrir un tel personnage, presque anachronique à une telle époque.

Quelque part, ce livre nous parle presque de l’émancipation féminine, Hallie Erminie ne cherchant pas un mari, se contentant pour exister pleinement d’écrire les histoires qui la traverse, usant de ses déboires et frustrations pour alimenter son inspiration. Les personnages féminins que nous rencontrons dans cet ouvrage sont presque plus forts que les masculins, plus volontaires et têtus.

Vous aurez compris que ces personnages et cette époque m’ont emballée. Mais les différentes aventures vécues par les personnages sont tout aussi passionnantes, à commencer par le périple de Post Wheeler en Alaska, où il se frottera au commerce, mais aussi à la quête de l’or. C’est peut-être le passage qui finalement m’a le plus marquée, alors même que son départ dans le nord m’a vivement contrariée, à l’instar d’Hallie. Les voyages de cette dernière, fuites en avant inspirants ses écrits, nous fascinent tout autant. Mais c’est sûrement ce New-York de la fin du XIXe siècle qui restera le plus présent dans mon esprit. On y sent un changement, un frémissement, une nouvelle Histoire qui est en train de s’écrire. Et je ne saurais dire en quoi cela tient, tout simplement en la magie de Sarah McCoy !

Ce roman, c’est donc deux personnages fascinants, leur histoire dont on espère la fin heureuse, leurs histoires à chacun qui les construisent petit à petit et leur font prendre des chemins parfois inattendus dans un pays prêt à entrer dans un nouveau siècle, une nouvelle ère, dont on ressent les premiers frémissements de changement. C’est un roman magnifique qu’il vous faut à tout prix lire. C’est un vrai coup de cœur.

Ma note : 5/5

Les règles d’usage de Joyce Maynard

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Joyce Maynard, Les règles d’usage, Editions Philippe Rey, Paris, 2016

les-regles-dusageQuel roman ! J’aurais mis du temps à écrire cette chronique tant ce roman m’a ébranlée. Un roman très fort, sur la perte, l’adolescence, la recherche de soi, la reconstruction. Une belle découverte, une auteur incroyable, un roman à lire urgemment !

Nous sommes en septembre 2001 à New-York. Wendy vit à Brooklyn avec sa mère, son beau-père et son demi-frère qu’elle chérit plus que tout. Le 11 septembre, sa vie s’écroule : sa mère travaillait dans une des tours du World Trade Center et ils n’ont aucune nouvelle. Elle culpabilise, s’en veut énormément, elle qui n’a pas voulu réveiller sa mère ce matin-là en partant au collège. Elle ne lui aura pas dit au revoir. C’est avec incrédulité qu’elle placarde des affiches « portée disparue » dans les rues de Manhattan. Elle voit son beau-père perdu, son petit-frère qui attend le retour de sa mère, elle se confronte au regard des autres, elle ne sait plus quoi ressentir. Le jour où son père se pointe à la porte de son appartement newyorkais pour la ramener avec lui en Californie, elle se dit que ce peut être une bonne manière d’aller de l’avant. De laisser le drame derrière elle. De libérer son beau-père d’une charge supplémentaire. Là-bas, elle va se lier d’amitié avec une jeune fille mère, un libraire à l’enfant autiste, un jeune garçon qui recherche son frère, une belle-mère qui cultive des cactus. Et si, malgré le manque de sa famille newyorkaise, la Californie pouvait la relever et la reconstruire ?

Un roman phénoménal, donc. Chaque mot de l’auteur est extrêmement juste. Sur un tel sujet, prenant pour point de départ les attentats du 11 septembre, elle ne tombe jamais dans le pathos ou dans le sensationnalisme. Si ils servent de cadre à l’histoire qui nous est contée, d’élément déclencheur, ces événements ne sont pas au centre du roman, la part belle étant faite à Wendy, son deuil et ses problèmes d’adolescente. Et c’est bien là toute la beauté de ce roman.

Les personnages sont tous très touchants, très bien construits et tout en nuances. Wendy se bat contre de nombreux sentiments, la solitude, la peur, la tristesse bien sûr. Elle se noie dans ses souvenirs qui effleurent le roman, nous permettent de rencontrer cette mère et de comprendre sa relation avec le père de Wendy, débutée comme un conte de fée et qui s’achève avec des ressentiments accrus de la part de cette mère, seule à élever son enfant. Et puis il y a ce beau-père, plein de joie et de lumière, qui amena de la gaité dans leur quotidien, mais qui va peu à peu s’éteindre après ce tragique 11 septembre, désœuvré, ne sachant plus comment s’occuper de deux enfants seul. Le petit-frère de Wendy est aussi sacrément touchant, pris dans des événements qu’il ne comprend pas, dans un quotidien bien différent de ce qu’il a connu, empreint du fantôme de sa mère qu’il a l’espoir de revoir s’il le souhaite vraiment, mais aussi des fantômes de son père et de sa sœur, qui ne sont plus ce qu’ils ont été.

En passant sur la côte ouest, on découvre bien d’autres personnages, eux aussi ébranlés par la vie bien que n’ayant pas subi directement les événements dramatiques du 11 septembre. Ce qui nous montre que la tragédie est partout, fait partie intégrante de la vie. Mais ce n’est pas pour cela que des étincelles de vie et de bonheur ne puissent se frayer une place dans leurs vies difficiles. Et c’est un jour de Noël sous le soleil californien qui est bien le passage le plus lumineux de ce roman, nous prouvant s’il en était besoin que c’est auprès des autres et en ouvrant ses bras et son cœur qu’on peut puiser du réconfort et du bien-être.

L’atmosphère du roman est intense, et si elle est empreinte de gris et de tristesse dans la partie newyorkaise, elle s’ouvre à la lumière et à l’espoir dans sa partie californienne. C’est la reconstruction de Wendy qui se joue à ce moment-là, et alors qu’on aurait pu croire qu’elle se confondrait dans le désespoir, dans une espèce de résignation, alors qu’elle s’est à moitié sacrifiée en partant bien qu’elle aurait préféré rester avec son petit frère, mais préférant alléger la « charge » de son beau-père, elle s’ouvre aux autres, rencontre un libraire et son fils autiste, un jeune garçon perdu à la recherche de son frère, une jeune fille devenue mère trop jeune, non soutenue par sa famille et complètement perdue. Mais surtout, elle donne une chance à son père, si absent avant et critiqué par sa mère, et à sa belle-mère qui a aussi un passé difficile et sera de très bon conseil pour Wendy.

Lors d’une rencontre avec l’auteur, elle nous a expliqué qu’elle avait ressenti le besoin d’écrire sur ces événements dès qu’ils ont eu lieu, alors même qu’elle se trouvait à ce moment là à New-York. Elle a donc rédigé son roman dès novembre 2001. Cette sensibilité quant à ces événements, mais surtout aux personnes marquées par la perte d’un proche, se ressent à chaque page. Ce souhait de nous montrer d’autres personnes aux vies difficiles nous montre que la vie continue et que tout un chacun souffre, qu’il est nécessaire d’être ensemble pour se construire et se reconstruire, qu’il faut toujours s’ouvrir aux autres.

En définitive, un roman fort, intense, lumineux, plein d’humanité et d’espoir malgré le sujet difficile, servi par une magnifique écriture. Un roman à découvrir absolument !

Ma note : 5/5

 

Un parfum d’encre et de liberté de Sarah McCoy

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Sarah McCoy, Un parfum d’encre et de liberté, Michel Lafon, Paris, 2015

Un_parfum_d_encre_et_de_liberte_hdVoici un superbe roman de l’auteur qui a écrit Un goût de cannelle et d’espoir que j’avais déjà adoré. Je n’ai pas été déçue par ce second roman traduit en français, qui parvient à mêler passé et présent, histoire sociale des Etats-Unis, histoire d’amour et d’amitié, et combat pour la liberté. Un magnifique roman, un beau moment de lecture !

Nous sommes en 1859. Sarah est une jeune fille qui vient d’apprendre qu’elle ne pourra jamais avoir d’enfant. Elle se sent cassée… Mais cela est presque insignifiant à côté de ce que vit sa famille. En effet, son père est un abolitionniste prêt à tout pour sa cause. Jusqu’au jour où il décide de mener une action choc qui se termine très mal, voyant presque tous ses fils tués et lui grièvement blessé et condamné à mort. Mais Sarah, avec ces talents d’artiste qui lui ont permis de dessiner des cartes pour son père, est prête à tout pour continuer le combat.

En 2014, Eden emménage avec son mari Jack à New Charleston dans le but de se reposer pour tomber enfin enceinte. C’est là le but de sa vie, et jusque là, rien n’a fonctionné. Elle est aigrie et mène la vie dure à son mari. Mais la découverte d’une tête de poupée en porcelaine et l’aide de sa petite voisine Cléo de onze ans vont lui donner une nouvelle impulsion. Car un mystère se cache dans cette maison : que signifient les lignes sur la figure de la poupée ? Pourquoi n’a-t-elle plus de corps ? Pourquoi est-elle restée dans ce garde-manger creusé dans le sol ?

On s’attend évidemment à ce que les destins de Sarah et d’Eden s’entremêlent, mais cela ne se fait pas comme on l’aurait pensé, et c’est bien là la force de Sarah McCoy. La vie de Sarah va avoir une influence sur celle d’Eden, qui va retrouver le goût d’une vie simple. L’histoire autour d’Eden est assez mignonne et agréable à lire, les personnages sont attachants. Mais la force du roman se situe dans les chapitres consacrés à Sarah. On y découvre une époque difficile, où certaines personnes vont avoir la force de se lever et d’aider des hommes et des femmes qu’ils considèrent comme égaux. L’auteur nous immerge dans les prémices de la guerre de Sécession, les dissidences, les tensions de cette période, puis enfin dans l’enfer de la guerre, où on ne sait plus à qui faire confiance, même dans son propre camp.

La complicité entre Freddy, homme du Sud aux idées abolitionnistes – chose assez rare – et Sarah, dont la correspondance nous est retranscrite, est juste magnifique à lire. C’est une incroyable histoire d’amour, mais où la raison est bien obligée de s’immiscer.

Sarah McCoy nous parle de ses recherches en fin d’ouvrage et nous confie que Sarah Brown a réellement existé, bien qu’elle ait inventé toute sa vie dans le roman. Elle a vraiment été artiste et a aidé le chemin de fer clandestin pour aider les esclaves à s’échapper vers le Canada. Quand j’ai su cela dans les dernières pages, l’impact du roman a encore été plus fort sur moi. Imaginer que de telles femmes ont existé, qu’elles ont combattu à une époque si troublée où les femmes étaient peu considérées, et qu’elles furent donc féministes avant l’heure, est juste incroyable et revitalisant, donnant une dose d’espoir aux hommes et femmes du XXIe siècle, dont en est la preuve romanesque le personnage d’Eden.

La plume de Sarah McCoy nous entraîne aisément dans un roman bien construit, où les chapitres s’enchaînent à une rapidité incroyable. C’est bien écrit et efficace, et de bout en bout, on cherche le lien entre cette tête de poupée trouvée par Eden et Cléo et le passé de Sarah. On cherche dans notre lecture du passé de Sarah Brown le lien qu’il peut y avoir. Et quand enfin on y voit plus clair, c’est un peu comme si on avait résolu une sorte d’enquête, et que nous parvenions à faire coïncider passé et présent, dans une imbrication parfaite, comme il se doit.

Un roman qui se lit d’une traite, une belle histoire de deux femmes à 150 ans d’intervalle, qui émeut, passionne et enthousiasme, qui mêle habilement Histoire de l’Amérique du XIXe siècle, Guerre de Sécession et mémoire, présent, traditions sudistes, héritage et patrimoine. Encore un beau roman de Sarah McCoy !

Ma note : 5/5

Broadway Limited T1 de Malika Ferdjoukh

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Malika Ferdjoukh, Broadway Limited – Tome 1 Un dîner avec Cary Grant, Ecole des Loisirs, Médium, Paris, 2015

Broadway-Limited-tome-1-Un-dîner-avec-Cary-Grant-de-Malika-Ferdjoukh-chez-LEcole-des-loisirsUn coup de cœur absolu ! Broadway Limited est un roman magnifique qui nous emporte à la fin des années quarante, dans un New-York d’après guerre, auprès de nombreuses jeunes femmes, qui cachent chacune leurs secrets, mais qui rêvent toutes de percer dans le show-biz, et parmi lesquelles va se retrouver un jeune homme français qui va s’acclimater à cette ambiance loin des privations que connaît encore son pays d’origine. Un roman époustouflant, pour les jeunes et les moins jeunes.

Jocelyn est français. En France, il n’y a aucune ambiguïté : Jocelyn est un prénom masculin. Mais prononcé à l’anglaise… Et c’est bien cette différence de prononciation qui va amener Jocelyn à la pension Giboulée, juste après avoir traversé l’Océan Atlantique. Il espère y trouver une chambre dans laquelle se reposer… Sauf que la pension est réservée aux femmes ! La propriétaire, Mrs Merle, est formelle : aucun garçon ne peut louer de chambre dans sa pension. Sauf que Jocelyn a quelques atouts dans sa manche : un ingrédient caché dans sa valise qui va amadouer Mrs Merle, un petit mensonge inoffensif, et surtout des dons de pianistes… Les portes du petit studio en sous-sol lui sont ouvertes ! Et il va y découvrir un monde fascinant, par l’entremise des demoiselles de la pension : Chic, qui veut devenir actrice et court les auditions, Manhattan, excellente danseuse très mystérieuse, Hadley, danseuse ayant dansé avec Fred Astaire mais qui a mis tout au rebut, enchaînant plusieurs boulots pour subvenir aux besoins de son neveu qui vit avec elle depuis que sa sœur est tombée malade, mais aussi Dido, la jeune voisine qui milite contre les nouvelles mesures du FBI contre toute personne qui pourrait, de près ou de loin, avoir des liens avec le communisme… Les histoires personnelles de ces jeunes femmes sont profondes et foisonnantes, liés à l’amour, la famille, sur fond de début de guerre froide, et de problèmes financiers… Comment Jocelyn va vivre tout cela ? Que va-t-il lui même découvrir ?

Ce roman est une pure merveille, on est embarqué dans un tourbillon éblouissant, au milieu de tous ces personnages hauts en couleurs, des jeunes filles de la pension, aux hommes qui croisent leur route, en passant par les propriétaires, domestiques, et voisins… J’ai eu l’impression d’approcher au plus près l’ambiance de cette période, où la guerre n’est pas si loin, et une autre, contre le communisme et l’URSS, est en train de se faire entendre. Un temps où les jeunes gens commencent à nouveau à respirer et à vivre, malgré les privations et le manque d’argent. On y découvre un New-York merveilleux, sur fond de comédies musicales, où on rencontre Cary Grant et Woody Allen jeune.

Les personnages sont plus complexes qu’il n’y paraît, et ce premier tome, car il s’agit bien d’un premier tome, ne commence qu’à nous révéler certains secrets de ces demoiselles qui, si elles se rêvent en stars de Broadway ou en grandes actrices, cachent de nombreuses fêlures. J’ai été très touché par Hadley et Manhattan, qui se débattent avec leur passé et sont prêtes à tous les sacrifices pour le conjurer. Mais chacune d’elle est touchante, et Jocelyn également, encore si jeune, qui ne connaît rien à l’Amérique et ses traditions, qui se découvre une forme de liberté et tombe amoureux pour la première fois.

Il y a tout dans ce roman : un décor magnifique, des personnages lumineux et ensorcelants, des histoires personnelles passionnantes, sous fond de Grande Histoire, celle du début du maccarthysme qui va va entraîner l’Amérique dans une paranoïa accrue et une chasse aux sorcières.

C’est enlevé et frais, c’est enjoué et fiévreux, c’est un vrai coup de cœur, extrêmement bien écrit, qui donne envie de rencontrer Jocelyn et ses amies !

Ma note : 5/5

La tour Eiffel à New-York de Mymi Doinet et Mélanie Roubineau

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Mymi Doinet, Mélanie Roubineau, La tour Eiffel à New-York, Nathan, Paris, 2015

la tour eiffel à new yorkCet album nous parle de la Tour Eiffel, monument embématique de Paris. Elle s’ennuie ferme et rêve de vacances… Quand un goéland lui transmet l’invitation de la statue de la Liberté de venir lui rendre visite ! La grande dame n’hésite pas et traverse l’océan pour rejoindre son amie, qui lui fait visiter la ville, voir le marathon de New-York, les théâtres de Broadway, un match de NBA et faire les boutiques. Puis il est temps de repartir ! Quelle sera sa prochaine destination ?

Un album à l’idée originale, qui aurait pu être une belle découverte… mais qui m’a malheureusement déçu. L’histoire est sympathique, et permet de découvrir une autre culture, mais de manière bien superficielle, même pour un album pour enfant… C’est dommage, d’autant que l’idée était chouette…

Et malheureusement, les illustrations ne rattrapent pas l’histoire… Je les trouve bien trop naïves, avec des couleurs bien trop pastels à mon goût, trop loin de la réalité. Je n’ai pas réussi du tout à me projeter dans l’histoire, tout est trop naïf et futile. Je ne sais que rajouter, c’est difficile pour moi de faire une critique si négative… Mais vraiment, ça ne l’a pas fait pour moi et je suis la première à le regretter…

Ma note : 2/5

Tout ce qui brille d’Anna Godbersen

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Anna Godbersen, Tout ce qui brille, Albin Michel / Le Livre de Poche, Paris, 2012 / 2013

tout-ce-qui-brillePlongez en 1929 et vivez les années folles en compagnie de trois héroïnes aux tempéraments bien trempés !

1929. Deux jeunes filles, Cordelia et Letty, de Union, Ohio, décident de s’enfuir à New-York. Codelia, pour retrouver son père, homme riche qui baigne dans des affaires louches et illégales à l’heure de la prohibition, Letty pour réaliser ses rêves en devenant actrice. Mais très vite, elles se retrouvent séparées. Cordelia croise le chemin de son père, de son frère Charlie et de sa copine, la tempétueuse Astrid. Letty, elle, se lie d’amitié avec Paulette et travaille dans un night club clandestin, en attendant d’accéder à la gloire qu’elle est certaine de mériter. Mais très vite, les difficultés de la vie prennent le dessus et les temps des désillusions arrive.

Tout ce qui brille est le premier roman d’Anna Godbersen que je lis. Si le début est un peu long et plein de clichés – la crédulité et l’apparence de Letty nous donneraient presque l’impression qu’elle est mormon – je me suis bien mieux accomodée de la suite, même si les clichés persistent. On sent évidemment l’influence de Francis Scott Fitzgerald, et pas uniquement parce qu’une citation de cet auteur introduit le roman. Lors de la première fête dans la demeure du père de Cordelia, j’ai noté une ressemblance troublante avec les fêtes données par Gatsby. Mais malgré tout le talent d’Abba Godbersen, la ressemblance avec Fitzgerald s’arrête là : leurs plumes sont bien différentes, et celle de l’auteur de Tout ce qui brille s’adresse à un jeune public.

Ce roman est d’ailleurs très agréable à lire, et tous ceux qui raffolent des années folles se plairont à suivre les aventures de Cordelia, Letty et Astrid. La fin de ce roman est d’ailleurs assez surprenante, et appelle à lire les deux romans qui le suivent (Une saison à Long Island et Un baiser pour la nuit), parus en France chez Albin Michel, mais pas encore au Livre de Poche. Espérons que ce dernier ne tardera pas trop à nous offrir ces suites !

On se plaît à se perdre dans les détails des toilettes des jeunes filles, dans leurs histoires d’amour contrariées, certaines à la Roméo et Juliette, d’autres pleines de tromperies. On en viendra à prendre en pitié certains personnages délaissés, à détester certains autres pleins d’égoïsme, et même si certaines situations sont prévisibles, on reste pris dans l’intrigue, attendant que l’inévitable se produise.

J’ai donc passé un bon moment à la lecture de cet ouvrage, même si j’ai eu quelques difficultés à entrer dans l’intrigue. C’est un roman qui s’adresse avant tout aux filles, comme on s’en doute !

Faites-vous plaisir, venez vivre les années folles en compagnie de Cordelia, Letty et Astrid !

 

Ma note : 3/5