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La mort d’une princesse de India Desjardins

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India Desjardins, La mort d’une princesse, Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2017

La_mort_d_une_princesse_hdEnvie d’un roman léger, d’un moment de détente et de lâcher prise ? Un petit plaisir sans conséquence, qui fait du bien au moral ? Une lecture sympathique à lire en quelques heures pour se vider la tête ? Alors foncez sur La mort d’une princesse, c’est pile poil ce qu’il vous faut !

Sarah a la trentaine, un petit copain avec qui tout va bien, un boulot qui lui plaît et dans lequel elle s’investit. Aussi, quand elle part en vacances avec son jules, elle s’attend à une demande en mariage. Sauf que rien ne se passe comme prévu… Les vacances sont écourtées, elle rentre célibataire au bercail. Sept ans après, elle a mis de côté ses sentiments et les mecs, et se consacre à sa boîte de relations publiques dans laquelle elle est investie corps et âme. Elle croit dur comme fer que ça lui suffit amplement. Elle aime son boulot, réussit, c’est devenu une acharnée qui se contente de l’amitié de sa meilleure amie, mère célibataire. Mais est-il si facile de renoncer à l’amour ? Peut-elle continuer sa vie comme cela ?

Voici un roman feel good qui répond tout à fait aux attentes qu’un lecteur peut avoir en ouvrant ce type d’ouvrage. Le style de l’auteur est agréable, conforme à ce genre, le roman se lit ainsi en quelques heures. L’auteur n’est pas une nouvelle venue sur la scène littéraire, puisqu’elle rencontre un franc succès avec Le journal d’Aurélie Laflamme chez les adolescents. Cependant c’est la première fois qu’elle écrit pour des adultes, et c’est réussi. On ouvre ce roman comme on ouvrirait un roman pour adolescents, la frontière est plutôt ténue, mais ça fonctionne. C’est aussi bon qu’un carré de chocolat grignoté pelotonné dans son canapé.

Et si ça fonctionne aussi bien, c’est surtout qu’on ne tombe pas dans les écueils de ce type de genre littéraire « chicklit », avec des héroïnes gnangnans et des situations trop rocambolesques, franchement invraissemblables, à la limite du ridicule. Ce n’est pas le cas ici, du tout. Sarah est attachante, paumée, déçue par l’amour et qui ne supporterait pas d’être à nouveau blessée par un homme. C’est finalement une situation que beaucoup de trentenaires actuelles connaissent, et je parle en connaissance de cause ! Il est donc facile de s’identifier à elle. Les autres personnages sont aussi sympathiques, à l’instar d’Anik, la meilleure amie, elle aussi aigrie des relations amoureuses, ou Jean-Krystofe, son assistant d’une vingtaine d’années qui met une touche d’humour dans le récit.

La seule petite chose que je trouve dommage dans ce roman, ce sont les « communiqués pour diffusion immédiate » qui parsèment le roman. Le but est certainement d’apporter une touche d’humour supplémentaire, mais pour être honnête, ça m’a plutôt ennuyée et pas fait franchement sourire, ça arrive comme un cheveu sur la soupe en plein milieu du récit et n’apporte pas grand chose. A tel point que je ne les lisais plus au bout d’un moment.

Ce n’est pas le roman de l’année, certes, ni celui qui va révolutionner le genre. Mais personnellement, je n’ai pas très envie d’une telle révolution, cherchant dans ce type de lecture pile poil ce que ce roman m’a apporté. C’est un chouette roman feel-good, dont on tourne les pages frénétiquement pour savoir comment va finir l’histoire de Sarah, bien qu’on se doute de la fin. Et c’est une fin qu’on attend, n’ayons pas honte de le dire ! Ce roman apporte donc quelques heures de lecture sans conséquence, un moment de lecture agréable qui fait du bien au moral. Que demander de plus ?

Mention spéciale à la couverture, réalisée par Diglee, qui illustre parfaitement l’ambiance du roman, qui donne envie de le prendre en main et de le commencer.

Ma note : 4/5

La malédiction d’Oxford d’Ann M. McDonald

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Ann A. McDonald, La Malédiction d’Oxford, Michel Lafon, Paris, 2017

la_malediction_d_oxford_hdVous avez toujours rêvé de vous rendre à Oxford et explorer les secrets de cette Université mondialement célèbre ? Infiltrer leurs sociétés secrètes et comprendre d’où vient le pouvoir de tous ceux qui sortent de cette université ? Alors ce roman est fait pour vous ! Très attirée par le pitch, j’avoue avoir un sentiment partagé quant à cette lecture. Je vous en dis plus tout de suite !

Cassandra Blackwell est une jeune américaine qui a l’immense chance d’avoir été acceptée pour une année à l’Université d’Oxford. Une grande opportunité pour Cassie qui espère bien plus qu’une année de cours prestigieux. En effet, trois ans plus tôt, elle a reçu un message destiné à sa mère, disparue depuis des années, qui laissait entendre qu’elle avait étudié à Oxford. Or, sa fille n’en a jamais rien su. Son enfance et son adolescence ont été bien particulières, entre les hommes paumés que sa mère ramenait à la maison, les crises de sa mère et les déménagements incessants. Et si tout ceci trouvait son explication à Oxford ? Déterminée à le découvrir, Cassie se fait accepter à Oxford, et se lie avec l’élite anglaise. Elle commence à fouiller, et rapidement, elle croise le nom d’une société secrète, L’Ecole de la Nuit, qui pourrait être encore en activité et être liée aux étranges événements qui se produisent sur la campus, ainsi qu’au comportement de sa mère, et à l’étrange note qu’elle a reçu aux Etats-Unis. Mais ses recherches sont bien plus dangereuses qu’elle ne l’avait prévu et elle devient gênante. Avec l’aide de Charlie, flic local qui s’interroge aussi sur les étranges coutumes de cette université, elle va s’approcher de la vérité…

Voici un résumé assez prometteur, qui laisse présager un bon suspens, une intrigue qui happe et qui entraîne de page en page vers un dénouement qu’on imagine original, déstabilisant et pour autant tenant la route, possible. Et c’est presque ça ! L’auteur parvient à nous entraîner à la suite de son héroïne, pas toujours très attachante, souvent froide et calculatrice, mais qu’on comprend et qu’on finit par accepter. La fin par contre… Mais j’y reviens !

Ce que je voudrais souligner avant toute chose, c’est l’ambiance, l’atmosphère qui se dégage du roman. On est plongé dans une ambiance gothique, derrière les murs centenaires d’Oxford qui captivent et titillent l’imagination. On a l’impression de plonger en plein cœur de cette université, d’en découvrir les spécificités. Pour moi qui adore cette ambiance, qui a une sorte de fascination pour l’Angleterre, j’avoue avoir été comblée ! Les personnages très british, parfois bien trop guindés et légèrement déplaisants, sont bien dépeints. Comme Cassie, on s’attache tout de suite à Evie, la colocataire de Cassie, qui est subjuguée par cette élite qui la prend sous son aile et la fait valser de soirée en dîner. C’est aussi grâce à elle et son sujet d’étude, à savoir le cercle d’érudits qui se réunissait à la fin du XVIe siècle, comprenant notamment Christopher Marlowe, Henry Percy, ou encore Walter Raleigh (qui dans l’histoire est à l’origine de la création du college qui porte son nom où Cassie étudie) sous le nom d’Ecole de la Nuit et serait donc à l’origine de la société secrète, que notre héroïne en apprend plus sur les secrets de l’Université. Tout ceci est d’ailleurs très intéressant d’un point de vue historique, car avéré ou non, plus ou moins romancé, on en apprend tout de même un peu plus sur l’histoire de l’Université et certaines hypothèses ayant marquées son histoire.

L’histoire en soi est donc plutôt bien ficelée, et ne manque pas de rebondissements, complètement inattendus, qui apporte tension et suspens, et amène le lecteur à se méfier de chacun, et même de Cassie qui elle-même ressent de drôles de sensations qui semblent liées à l’affaire qui l’occupe.

Et c’est à partir de ce moment-là que l’affaire se gâte pour moi. Je vais essayer d’éviter les spoilers, mais il est possible qu’il y ait quelques allusions qui donnent une idée de la nature de la fin du roman, donc si vous ne voulez rien savoir, arrêtez votre lecture ici ! J’imaginais un espèce de complot qui expliquerait les suicides survenus sur le campus, l’histoire de la mère de Cassie, quelque chose d’un peu tiré par les cheveux mais qui se tiendrait parfaitement sans avoir recours à du paranormal. Ah bah non. On est en plein dans le paranormal, et même dans ce registre, et même si l’histoire se tient malgré tout, j’ai trouvé ça tiré par les cheveux. Je n’ai rien contre les histoires non « réalistes », mais en commençant ce roman, je ne m’attendais pas du tout à ce type de dénouement. J’ai peut-être été trop surprise. Si j’avais su dès le départ qu’on était dans ce registre, peut-être n’aurais-je pas été légèrement déçue de la fin. Pour moi, c’est une manière de trouver une solution facile à tous les éléments d’intrigues développés par l’auteur. Et je trouve ça dommage.

Le plus, malgré tout, c’est le personnage de Cassie qui parvient à nous surprendre jusqu’à la fin. L’auteur ne la rend pas fragile et gentille, mais joue sur son côté obscur qui va l’amener à faire des choix déments, sans même qu’elle hésite une seconde, se repentisse ensuite ou même ne regrette qu’un peu d’avoir eu à faire un tel choix. Et c’est un très bon point, le personnage est cohérent jusque dans les dernières lignes du récit. Au contraire de l’intrigue, à mon sens.

En somme, un moment de bon divertissement, plutôt bien mené, mais aux révélations de fin décevantes à mon goût. Pour tous ceux qui aiment les romans gothiques, sont fascinés ou du moins intrigués par les universités anglaises renommés et qui n’ont rien contre une once de paranormal dans un récit qui semblait en être dépourvu.

Ma note : 3/5

Alfie Bloom et le voleur de talisman de Gabrielle Kent

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Gabrielle Kent, Alfie Bloom et le voleur de talisman, Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2016

ATTENTION SPOILERS SUR LE TOME 1 ! SI VOUS DECOUVREZ LA SÉRIE ALFIE BLOOM, RÉFÉREZ-VOUS À MA CHRONIQUE DU PREMIER TOME ICI.

AlfieBloomFRT2.inddVoici un roman pour enfants que j’attendais de pied ferme ! Ayant adoré le premier tome des aventures magiques d’Alfie Bloom, je ne pouvais que me précipiter sur ses nouvelles péripéties. Et grand bien m’en a pris ! Gabrielle Kent poursuit les aventures de son jeune héros, et nous régale de magie, de mystères, avec des personnages plein de courage, et reprend donc les ingrédients du premier tome, pour ma plus grande joie !

Voilà quelques mois qu’ont eu lieu les péripéties racontées dans le premier tome. Alfie profite des vacances dans son château d’Hexbridge, en compagnie de son amie Amy et de ses cousins Robin et Maddie. Mais les cauchemars l’assaillent depuis qu’il a intégré la magie de transformation de ses deux anciennes directrices maléfiques. Seules les sorties nocturnes sur le dos d’Artan, sa peau d’ours magique, le calment un peu. Lorsqu’il rentre d’une de ces escapades, il voit une drôle de lumière bleue émaner d’un arbre devant le château, et Ashford, le majordome et son ami, près de l’arbre. Intrigué, il rentre au château pour assister ensuite à l’enlèvement d’Ashford par de drôles de créatures qui ne sont rien d’autre que des fées qui souhaitent récupérer une lentille magique qui leur a été dérobée par Ashford. Or, cette lentille, c’est Alfie qui la détient, puisqu’elle est l’ornement principal de son talisman qui l’aide à contrôler la magie qu’on a mis en lui ! Commence alors pour Alfie une étrange aventure, où le danger est partout et où il est difficile de savoir à qui se fier…

Quelles aventures ! Et quel plaisir de retrouver Alfie, ses amis, son château et cette magie qui imprègne chaque mot de cette fantastique histoire ! Le deuxième tome est à la hauteur du premier, et promet de magnifiques prochains tomes. L’auteur nous entraîne dans son univers avec une facilité déconcertante, et propose un roman pour enfant qui saura enchanter les plus jeunes comme les plus vieux, en quête de magie et d’une lecture plaisante et facile.

L’auteur utilise tous les éléments qu’elle avait introduit dans son premier tome et réussit à lier les deux intrigues. Plus qu’un roman d’aventure et de magie, elle interroge aussi sur l’enfance, la recherche de soi et de son identité au tout début de l’adolescence. Parce qu’Alfie doit faire face à bon nombre de changements et de modifications de sa personnalité. D’abord, il doit faire face à la magie qui sommeille en lui et doit commencer à la maîtriser. Mais en plus, le voilà affublé d’une magie puissante depuis qu’il a terrassé ses anciennes directrices maléfiques qui étaient en réalité des dragons, une magie de transformation pernicieuse, qui a tendance à ne pas se laisser contrôler et à prendre vie seule. Or, il n’en a jamais voulu ! Comme les sautes d’humeur des adolescents, difficilement contrôlables… L’auteur parvient donc à parler d’autres choses que de magie, derrière ce voile qui lui permet plus de liberté. Enfin, bien entendu, ce n’est que mon ressenti !

L’aventure en elle-même qui nous est proposée dans ce tome est pleine de rebondissements inattendus, et nous happe complètement dès les premières pages. Il faut dire que l’enlèvement d’Ashford se produit dès le premier chapitre… Et c’est très bien vu, puisque l’enfant qui lira le roman sera de suite plongé dans l’histoire. Le reste s’enchaîne tout seul, on lit, on dévore jusqu’à la dernière page. L’auteur ajoute à chaque roman de nouveaux personnages de ce monde fantastiques, à savoir les fées ici, et étoffe le vécu des personnages, notamment d’Ashford pour ce tome. Alfie va apprendre de nombreuses choses sur son mystérieux majordome, ce qui promet de prochains tomes qui devraient enrichir encore la trame narrative.

L’auteur propose à nouveau un roman bien écrit et bien ficelé, adapté au lectorat visé. Aucune fausse note, de nombreuses révélations, une intrigue qui saura captiver un large public, Gabrielle Kent réussit le pari de créer un univers particulièrement intéressant. Comme pour le premier tome, elle intègre le communauté villageoise à son histoire, et dévoile un folklore local lui aussi plein de mystères qui est à l’image de ce château enchanteur qui a toujours surplombé le village.

Un roman riche, bien écrit, magique, au héros attachant et au château mystérieux. Merci Gabrielle Kent pour vos romans qui nous enchantent de la première à la dernière ligne, qui nous plongent dans un univers enfantin, bourré de magie et de mystère, et qui régalent l’enfant qui sommeille en nous !

Ma note : 5/5

Un merci de trop de Carène Ponte

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Carène Ponte, Un merci de trop, Michel Lafon, Paris, 2016

Un_merci_de_trop_hdUn merci de trop, c’est la comédie romantique par laquelle on se laisse prendre et qu’on lit en quelques heures, comme on regarderait Dirty Dancing ou Love Actually. C’est frais, ça permet de déconnecter, ça détend, pile ce qu’on attend quand on se lance dans une telle lecture !

Juliette, la vingtaine bien entamée, n’a jamais fait de vague. Elle a écouté à la lettre les conseils maternels, pour rester pour toujours la petite fille sage et obéissante. Elle a fait des études lui permettant à coup sûr d’avoir un boulot, s’habille toujours de noir pour être la plus transparente possible, laisse l’ambition aux autres, étant habituée à se satisfaire du peu qu’elle a. Elle dit merci à tout, même quand on la rabaisse : un travers qu’elle ne supporte plus. Quand sa nouvelle chef, qu’elle a elle-même formée et qui a été choisie à sa place pour cette promotion, lui parle comme à une idiote une fois de plus, c’est la fois de trop : Juliette l’envoie sur les roses et démissionne. Nouvel objectif : écrire un roman, ce qu’elle a toujours voulu faire, et tant pis s’il n’est jamais édité. Et si elle prenait sur elle pour parler au voisin sexy, ce ne serait pas un mal non plus. Sauf que tout ne se passe pas tout à fait comme prévu… De contre-temps en désillusion, être heureuse demande quelques ajustements.

Ce roman est une petite bouffée d’air frais remonte moral, qui s’adresse surtout aux femmes portées sur les comédies romantiques. Et qu’est-ce que ça fait du bien pour se changer un peu les idées ! Surtout que le personnage de Juliette est attachant, et pas « gnan-gnan » et énervant comme les héroïne de ce type d’histoires peuvent parfois l’être.

Juliette est une jeune femme qui ne sait plus vraiment qui elle est et qui aspire à le découvrir, en commençant par se rebeller un peu, ne plus être la fille parfaite qui fait ce que ses parents attendent d’elle. Elle veut enfin faire ce qu’elle a toujours pensé pouvoir faire, à commencer par son rêve d’enfant d’écrire un roman. Et le processus se fait petit à petit, puisqu’elle ne va pas avouer tout d’un coup à ses parents, loin s’en faut, ce qui crée des situations très drôles et qui prêtent à sourire. Parce que dans son soucis d’émancipation, Juliette va commettre quelques impers qui ne seront pas sans répercutions… Mais heureusement que sa meilleure amie Nina est toujours là pour la soutenir et la guider dans ses choix !

Les références auxquelles fait appel l’héroïne – et donc l’auteur, le roman étant écrit à la première personne du singulier – parleront à toutes les personnes entre 25 et 40 ans : Friends, Berverly Hills, Love Actually, Dirty Dancing, Coup de foudre à Notting Hill ou encore Bridget Jones. Cela rend le roman d’autant plus marquant et fait sens auprès du lectorat visé. On s’identifie d’autant mieux à Juliette qu’on partage son bagage culturel, et on prend bien du plaisir à la lecture de ses péripéties. Ses réactions sont celles que j’aurais pu avoir moi-même, ce qui la rend extrêmement réaliste. Et qui ne voudrait pas parfois suivre son exemple : tout plaquer et tenter de réaliser ses rêves, quelles qu’en soient les conséquences ?

La plume de l’auteur est simple et agréable, je me suis surprise à plusieurs reprises à sourire, voire à rire franchement. Voilà donc un roman profondément agréable, frais à souhait pour l’été, forcément pas de la grande littérature, mais efficace pour passer quelques heures de détente sur la plage ou ailleurs !

Ma note : 4/5

L’instant précis où les destins s’entremêlent d’Angélique Barbérat

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Angélique Barbérat, L’instant précis où les destins s’entremêlent, Michel Lafon / J’ai Lu, Paris, 2014 / 2015

Ecouté en audiolivre : lu par Marine Royer, Audible FR, 2016

l-instant-precis-ou-les-destins-s-entremelent-383976-250-400J’ai eu la chance de gagner quelques audiolivres pour tenter l’expérience d’écouter des livres au lieu de les lire. Très sceptique au début, mais extrêmement curieuse, je me suis lancée dans l’écoute de ce roman d’Angélique Barbérat dont j’avais beaucoup entendu parler et qui me tentait depuis un moment. Expérience réussie pour une histoire captivante, difficile mais bien contée, qui se laisse écouter toute seule !

Kyle a vécu l’enfer alors qu’il n’était qu’un enfant : son père battait sa mère, et c’est lui qui a retrouvé son corps sans vie un matin, morte à force de coups. Parti pour San Francisco sous la protection de sa demi-sœur, Jane, il se réfugie dans la musique tout en espérant ne jamais devenir comme son père, que cette violence ne soit pas inscrite dans ses gènes. Il parvient à s’extraire de l’enfer et rencontre le succès grâce à son groupe de musique, connu à l’international.

Coryn a grandi en Angleterre dans une famille nombreuse. Très belle et seule fille au milieu de nombreux garçons, son père cherche à la protéger en favorisant son mariage avec Jack Brannigan, charmant et doué dans son métier de vendeur de voitures. Mais la jalousie l’étreint en pensant à sa magnifique femme qu’il aime follement, et la violence prend le pas sur cet amour. La privant de tout contact extérieur, juste le strict minimum pour s’occuper de leurs enfants, n’ayant pas le doit de regarder la télévision ou d’écouter la radio, elle est coupée du monde, faible et blessée et se sent très seule.

La rencontre de ces deux écorchés par la vie va les ébranler et les secouer de manière irrémédiable. Pourtant à l’instant précis où les destins s’entremêlent, ils seront changés à jamais et ne pourront, ni ne voudront, revenir en arrière.

Angélique Barbérat nous propose une histoire poignante sur les violences conjugales, bien cachées derrière des murs dorés et des coups bien dissimulés. Elle traite ce sujet difficile avec beaucoup de sensibilité et de gravité, tout en proposant une histoire émouvante et pleine d’espoir. L’histoire d’amour de ces deux êtres à jamais liés s’avère impossible, mais elle entraîne le lecteur dans les tournées de Kyle et dans le quotidien de Coryn avec cette idée que tout peut, que tout doit, s’arranger.

Si certains événements de l’histoire semblent évident, comme le fait que Coryn finira par rejoindre le centre pour femmes battues dirigé par Jane, la demi-sœur de Kyle, on prend beaucoup de plaisir à voir ces événements se produire, comme de petites victoires sur le destin de ces personnages qui s’amorçait si mal. L’auteur réussit à entremêler le destin de chaque personnage, et même si certaines petites choses paraissent improbables, on se laisse prendre au jeu, comme souvent à la lecture de romans de ce type, romantiques et dramatiques, pour notre plus grand plaisir.

Mon seul petit regret est peut-être que l’auteur ajoute du dramatique au dramatique, et même si la fin n’est pas trop pesante, qu’elle parvient à insuffler de l’espoir malgré tout, elle aurait peut-être pu l’éviter. Elle ne voulait peut-être pas donner le happy end typique et attendu de ce genre de livre, et voulait sans doute compliquer un peu la tâche des personnages, mais je ne suis pas sûre que cela ajoutait vraiment quelque chose d’essentiel à la trame narrative.

Difficile maintenant de parler de l’écriture de l’auteur quand on écoute un roman. A écouter, les mots s’enchaînent de manière fluide et c’est très agréable. J’avais peur au début de perdre le fil des mots, de partir dans mes pensées comme quand on écoute de la musique ou la radio, et de ne plus savoir où j’en étais dans le récit. Mais de manière étonnante, je n’ai eu aucun mal à me concentrer, et à faire autre chose de mes mains et de mes yeux en même temps, que ce soit marcher dans la rue ou prendre le bus, mais plus encore faire des travaux manuels. Je me suis remise ainsi à tricoter, et je n’avais plus à choisir entre cette activité et la lecture d’un roman, cette dernière étant généralement gagnante sur la première. Le risque est sûrement de ne pas apprécier la voix du narrateur, mais elle est ici plutôt agréable. Sur les sites dédiés à ce type de produits, on peut écouter des extraits permettant de savoir si la voix nous sera insupportable ou non. J’avoue que j’en écoute un autre en ce moment, et je préfère cette voix à celle du roman d’Angélique Barbérat, qui était un peu mielleuse à mon goût.

En somme, Angélique Barbérat nous propose un beau roman sensible et fort, et si l’envie vous prend d’écouter plutôt que de lire les mots de l’auteur, je ne peux que vous recommander cette nouvelle expérience !

Ma note : 4/5

Soleil brisé de M.O. Walsh

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M.O. Walsh, Soleil brisé, Michel Lafon / Le Livre de Poche, Paris, 2015 / 2016

soleil briséUne belle découverte que ce roman ! Sceptique au début, de par le résumé et les premières pages, j’ai été finalement conquise par ce récit atypique qui revient sur les désirs de l’adolescence qu’on en vient à considérer comme honteux, les bons sentiments et les faux-semblants, les secrets et la reconstruction après un drame. Un roman lent, dense, puissant.

Cette histoire se déroule à Bâton-Rouge en Louisiane. Le récit débute à l’été 1989. Le narrateur est enfin en vacances, a 14 ans et il est obsédée par une de ses voisines, à peine plus âgée que lui, Lindy Simpson. Mais un soir de cet été, plaque tournante du récit, elle se fait agressée. Elle n’a pas vu son violeur, et la police ne retrouvera pas son agresseur. Mais qui, dans ce quartier calme, a pu faire quelque chose d’aussi abominable ? Les fondations de cette rue banale vont s’ébranler… Quels secrets se cachent derrière les portes de ces maisons ?

Le récit s’articule autour de cette nuit-là. Le narrateur, qui nous narre cette histoire qui l’a profondément marqué, raconte ce qu’il s’est passé avant le drame, puis après, et surtout durant les deux années qui ont suivi cette nuit fatidique. Mais pourquoi culpabilise-t-il à ce point, et y pense-t-il toujours autant 30 ans après ? Dès le départ, il se considère comme l’un des suspects de cette tragédie. Mais pourquoi ? Qu’a-t-il à se reprocher ? C’est tout doucement qu’il nous mène sur la voie.

La force de ce roman est de nous mener petit à petit vers la résolution probable de cette tragédie. Mais surtout, il nous parle de culpabilité et de reconstruction après un drame. Que va devenir Lindy ? Comment va-t-elle réussir à se reconstruire ? Et sa famille ? Quant au narrateur, qu’est-il prêt à faire pour avoir enfin ses faveurs ? Parce que le doute subsiste quant à son implication réelle dans le drame, même si on ne peut vraiment imaginer qu’il y soit directement lié.

Se greffe à cela la vie d’une communauté toute entière. Tout d’abord la famille du narrateur, dont les parents sont séparés, la mère toujours amoureuse du père et le père en couple avec une jeune fille qui a presque l’âge de la sienne. De quoi perturber le dernier de cette famille de trois enfants, dont les plus âgés sont des filles déjà parties du nid. Mais un drame supplémentaire va venir ébranler l’équilibre familial précaire. Comment la mère va-t-elle réagir, alors même qu’elle doute de l’innocence de son fils dans l’affaire Lindy Simpson ?

Une fenêtre sur la famille Simpson va également nous être ouverte. La famille de cette jeune fille unique d’un couple a priori uni va voler en éclats. La culpabilité qui ronge le père va être un autre obstacle au bien-être de la communauté.

Puis il y a aussi la famille Landry, atypique au possible. Le couple fait office de famille d’accueil dont les enfants paumés changent très régulièrement. Mis à part Jason, dont tout le monde se méfie. Mais ce garçon est-il coupable ? Est-il bien traité ? Et quid du père et de la mère ?

Par les yeux du narrateur trente ans après les faits, on nous dépeint une société qui se dévoile page après page. Les secrets éclatent petit à petit après le viol de Lindy, et la rue tranquille où jouaient ensemble les enfants qui semblait si idyllique cachait bien des secrets derrière les portes des maisons.

Ce qui est aussi agréable à observer au travers des yeux du narrateur, c’est la vie à Bâton Rouge, où la chaleur est étouffante et habituelle, où les enfants jouent librement à la fin des années 80, où certains jeux consistent à venir à bout d’insectes dévastateurs. Le lien avec La Nouvelle Orléans est aussi abordé, Katrina et son désastre, la fuite des habitants vers Bâton Rouge, la dichotomie des deux villes. On touche avec ce roman à la « vraie vie » des habitants de cette région des Etats-Unis, et c’est passionnant.

La touche psychologique du roman, portée par une belle plume, directe, incisive, vraie par la voix d’un narrateur touchant dans sa démarche et sa fragilité, est fascinante et vaut le détour. L’avenir des personnages principaux, le narrateur, sa famille et Lindy, n’est pas passé sous silence, mais ne tombe pas non plus comme un cheveu sur la soupe, il sert le récit et explique la démarche du narrateur.

Pour conclure, un roman fort, qui m’a marquée. Pas un simple roman sur une enquête, pas la simple chronique d’une rue d’une ville du Sud des Etats-Unis et de ses habitants, il s’agit d’un vrai roman psychologique, bien écrit, qui nous parle d’adolescence, de désirs cachés et honteux, de reconstruction. Un roman d’ambiance à lire d’urgence.

Ma note : 5/5

 

Nos adorables belles-filles d’Aurélie Valognes

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Aurélie Valognes, Nos adorables belles-filles, Michel Lafon, Paris, 2016

Nos_adorables_belles-filles_hdRappelez-vous : il y a peu de temps, je vous parlais d’un roman qui se nommait Mémé dans les orties. J’en disais du bien, vous promettant de passer un moment agréable, à rire et à se sentir mieux après l’avoir refermé. Vous imaginez bien qu’à la sortie du nouveau roman d’Aurélie Valognes, il fallait que je lise ce livre. Et le pari est encore gagné ! C’est frais, plaisant, marrant, feel-good à souhait. Quoi de mieux pour l’été ?

Bienvenue dans une famille déjantée ! Jacques et Martine reçoivent leurs trois fils, compagnes et descendance pour Noël. Et ils savent déjà que l’ambiance va être électrique… Il faut dire qu’ils ne se font pas de cadeaux dans cette famille ! Jacques est despotique, franc du collier, et surtout très égoïste. S’il a quelque chose à dire, il le dit ! Et tant pis si ça froisse, et même les nouveaux venus dans la famille. Evidemment, le repas ne se passe pas comme prévu et Martine rentre en rébellion : pourquoi Jacques ne fait-il aucun effort pour ses fils et belles-filles ? Oui, ces dernières ont leurs caractères bien trempés, mais leurs fils ne sont pas mieux… Alexandre est effacée et mollasson, et il vit avec Laura, une végétarienne qui n’a pas peur de grand chose. Matthieu est un grand enfant, et compense avec sa femme Stéphanie, tyrannique maman de bientôt trois enfants. Enfin, Nicolas est un brillant chef cuisinier qui ne parvient pas à aimer comme il faudrait. Sa nouvelle compagne, Jeanne, gentille mais qui ne s’en laisse pas compter, débarque dans cette maison de fous. Tout ce beau monde va devoir se supporter, mais surtout accepter les remarques de Jacques… Que va-t-il advenir de leurs relations ? La famille restera en un seul morceau après une année de compromis, d’efforts et de frustrations après l’entrée en rébellion de Martine ?

Voici un roman rafraîchissant comme il fait bon en lire de temps en temps. Un concentré de bonne humeur et de situations plus loquaces les unes que les autres, qui nous font pouffer de rire. Un roman bien écrit qui se dévore d’une traite, comme on regarderait un film feel-good duquel on ressortirait apaisé et le sourire aux lèvres ! Aurélie Valognes réussit à nouveau à nous transporter auprès de personnages atypiques et à rendre notre rencontre avec eux savoureuse et drôle.

Parce que si elle nous avez régalé avec Ferdinand dans Mémé dans les orties, elle parvient à nouveau à nous enchanter avec Martine et Jacques ! Ce dernier, si je n’en voudrait pas dans ma famille – mais soyons honnête, ils sont peu nombreux dans cette famille que je voudrais dans la mienne… – nous régale par son égoïsme. Dans cette maison bretonne où se passe le plus clair de l’intrigue, on se prend à imaginer la manière dont nous réagirions à certaines situations, et je dois avouer que j’aurais fait mes valises depuis longtemps. Mais tous ces personnages loufoques sont éminemment attachants, et tout particulièrement Antoinette, la grand-mère, pétrie d’une bienveillance qui ne l’empêche pas d’être allumée également, à sa manière. Par contre, je comprends l’acharnement de Jacques contre Stéphanie et Laura, assez ingrates à leur manière. Parce que si c’est principalement contre leur beau-père que va leur rancœur, c’est bien souvent Martine qui en fait les frais… Ah, les familles !

Tout ce petit monde offre une bouffée d’air frais, et l’on se dit que finalement, notre famille est plutôt facile à vivre en comparaison. Offrir des cadeaux à thème, afin de rabaisser les autres, faire sonner le téléphone pour réveiller tout le monde, confondre un somnifère avec un antihistaminique, voici un échantillon des péripéties qui attendent les personnages. Si vous avez un coup de mou, le besoin urgent d’un petit remontant, l’envie de rire un bon coup, de prendre du bon temps et de passer une ou deux soirées dans une famille pas comme les autres, ce roman est fait pour vous !

Ma note : 5/5