Archives de Tag: Contemporain

La belle année de Cypora Petitjean-Cerf

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Cypora Petitjean-Cerf, La belle année, Stock / Le Livre de Poche, Paris, 2012 / 2013

la belle annéeCe roman de moins de 300 pages peut passer inaperçu dans la pile de livres que vous avez à lire, ou dans la masse de romans disponibles en librairies. Mais ne passez pas pour autant à côté, ce serait une grosse erreur !

Cypora Petitjean-Cerf nous raconte l’histoire d’une adolescente qui entre en sixième au collège Jean Lurçat de Saint-Denis. Sa vie n’est pas évidente : sa mère ne s’occupe que bien peu d’elle et n’est pas très aimante, son beau-père l’exaspère, son père, qui vit dans la cité d’à côté, est au chômage et ne parvient pas à sortir de chez lui (ou alors en de très rares et brèves occasions). Elle ne comprend pas le comportement de la majorité des élèves de son collège, ne supporte pas l’injustice et de tenir tête aux professeurs, et pourtant elle passe pour une dure et a du mal parfois à contrôler ses accès de rage, s’en prenant même à son meilleur ami Cosimo. Rabah est l’un de ses camarades qui ne peut s’empêcher de troubler la classe, ce qui exaspère au plus haut point Tracey. Et pourtant, par les hasards de la vie, elle va passer son année de sixième, cette “belle année”, en sa compagnie, et c’est tout son monde qui va évoluer et changer, comme c’est souvent le cas à l’adolescence.

Nous suivons de très près Tracey dans ce fantastique roman puisqu’il est écrit à la première personne. L’écriture est fluide, tout simplement incroyable, on ne s’ennuie jamais, bien qu’il n’y ait pas de rebondissements toutes les trois pages. La force de l’auteur a été de découper son récit en quatre parties, suivant les saisons de l’année scolaire de Tracey, débutant à l’automne pour s’achever à la fin de l’été. Et ces chapitres sont divisés en courtes parties délimitées par des astérisques, dépassant que rarement la page. C’est la grande force de ce roman : nous sommes dans la tête de Tracey, et nous suivons le cours de ses pensées, passant de son beau-père, au collège, à Cosimo, ou encore à son père. Le récit est à la fois dense et très simple. Et de petites parties en petites parties, on ne lâche que difficilement ce beau roman sur l’adolescence dans un collège assez difficile, dans une ville connue pour ses cités, dans la vie compliquée de cette gamine qui a bien du mal à trouver sa place. Et on ne tombe jamais dans le pathos. La dernière page fermée, on espère que Tracey s’en sortira, mais l’auteur a réussi à s’arrêter à temps, sans nous donner trop d’indices sur la suite.

Ce roman est donc composé de nombreuses chroniques de la vie de Tracey, adolescente peu ordinaire. La complexité du caractère de cette enfant fait la force de ce roman. C’est un peu comme si on entrait dans la tête de cette adolescente, qui peine elle-même a expliquer parfois son comportement, ne comprenant pas ses émotions, et se débattant dans un monde dont elle connaît mal les règles, ce monde d’adultes si imparfaits qui lui donnent parfois l’impression d’être elle-même plus mature qu’eux (et notamment ses parents). Toutes les choses auxquelles elle croie, ce qu’elle se figure sur la vie des autres, et notamment du père de Rabah, juste par ses propres hypothèses d’après ce qu’elle entend tous les jours et des petites informations qu’elle grapille par ci par là, nous montre l’hypocrisie du monde dans lequel on vit et le climat de suspicion qui marque notre époque.

Ce roman est d’une très grande richesse, se lit avec une facilité déconcertante, et dépeint ce passage du monde de l’enfance à celui de l’adolescence, par la confrontation au monde des adultes, de manière admirable.

Un seul conseil : lisez-le !

Ma note : 5/5

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Demain, j’arrête ! de Gilles Legardinier

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Gilles Legardinier, Demain, j’arrête !, Fleuve Noir, Paris, 2011

Ce roman donne le sourire et fait parfois rire ! Attention à l’endroit où vous le lisez, vous risquez de vous faire remarquer !

Julie sort d’une mauvaise rupture, s’embête dans son boulot mais adore la petite ville dans laquelle elle vit. Le jour où un nouveau voisin emménage dans son immeuble, le nom de ce locataire la fait rire et l’intrigue : Riccardo Patatras. A partir de là, elle est complètement obnubilée par cet homme qu’elle n’a jamais vu : elle l’espionne par l’oeillet de sa porte, guette son courrier… Et elle ira encore plus loin, une fois qu’elle l’aura enfin vu ! Et vous, quelle est la chose la plus insensée que vous ayez jamais faite ?

Les situations sont burlesques, le ton de ce roman est à l’humour. Rien de sérieux, il est un remède efficace contre les petites déprimes et un bon moyen de se vider la tête quelques heures. Les personnages sont attachants, parfois un peu niais mais on pardonne facilement à l’auteur puisqu’il réussit le challenge de nous faire rire !

Legardinier nous offre un roman bien écrit et bien construit, simple et sans prétention, mais qui nous permet également de réfléchir, comme le fait Julie, sur ce que nous désirons faire dans la vie, nos prétentions et nos ambitions et ce qui compte le plus pour nous. Et s’il suffisait d’être heureux et d’être en paix avec soi-même ?

Ma note : 3/5

Les chaussures italiennes de Henning Mankell

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Henning Mankell, Les chaussures italiennes, Editions du Seuil / Points, 2009, Paris.

Ce livre fut une surprise. Je n’avais jamais lu du Mankell, l’histoire au départ ne m’attirait pas trop, mais à force de voir ce livre mis en avant dans les librairies, je me suis laissée convaincre. Il faut dire que la citation de l’Express en quatrième de couverture y a joué pour beaucoup : “Chef d’oeuvre. Vraiment”. Faut dire que ça attise la curiosité. Alors, voilà, je l’ai lu et je reste très perplexe.

Fredrik Welin est un héros atypique, il laisse perplexe, on ne sait pas vraiment si on l’apprécie ou non… Et c’est peut-être ça la force de ce livre. Fredrik vit sur une île de la Baltique depuis des années. Il est seul sur son île et a arrêté de vivre. Sa seule activité : creuser un trou dans la glace qui entoure l’île en hiver et s’y plonger nu, de manière à ressentir la douleur et sentir qu’il n’est pas encore mort. A 66 ans, il n’attend plus grand chose de la vie. Et puis, un jour, il a de la visite : une femme l’attend sur la glace avec son déambulateur. Il s’agit d’un amour de jeunesse qu’il a lamentablement abandonné sans un mot et qui lui demande de tenir une ancienne promesse. Et là, c’est toute sa vie qui bascule, et petit à petit, sans vraiment s’en apercevoir au début, il se remet à vivre. On apprend les raisons de son isolement, on commence à comprendre cet homme très humain, avec tous ses défauts, ses difficultés à affronter la réalité et ses actes, à affronter qui il est, tout simplement. C’est toute sa vie alors qu’il doit affronter, son passé, son présent mais aussi et surtout son avenir.

C’est un beau roman sur la vie, sur la manière de réapprendre à vivre et à affronter son passé, ses erreurs et ce qu’on est, c’est magistralement bien écrit. Mais voilà, ce livre m’a mise mal à l’aise, certaines situations sont très loufoques et le héros est parfois antipathique, et il est également difficile de s’attacher aux trois femmes qu’il va devoir affronter. J’ai aimé comprendre les fêlures des personnages et découvrir d’une certaine manière la Suède glacé en hiver. Et c’est peut-être ça : je ressens encore du froid en pensant à ce livre. Les personnages sont peut-être trop humains, trop réels, trop proches de nous…

Ma note : 3/5