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Les règles d’usage de Joyce Maynard

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Joyce Maynard, Les règles d’usage, Editions Philippe Rey, Paris, 2016

les-regles-dusageQuel roman ! J’aurais mis du temps à écrire cette chronique tant ce roman m’a ébranlée. Un roman très fort, sur la perte, l’adolescence, la recherche de soi, la reconstruction. Une belle découverte, une auteur incroyable, un roman à lire urgemment !

Nous sommes en septembre 2001 à New-York. Wendy vit à Brooklyn avec sa mère, son beau-père et son demi-frère qu’elle chérit plus que tout. Le 11 septembre, sa vie s’écroule : sa mère travaillait dans une des tours du World Trade Center et ils n’ont aucune nouvelle. Elle culpabilise, s’en veut énormément, elle qui n’a pas voulu réveiller sa mère ce matin-là en partant au collège. Elle ne lui aura pas dit au revoir. C’est avec incrédulité qu’elle placarde des affiches « portée disparue » dans les rues de Manhattan. Elle voit son beau-père perdu, son petit-frère qui attend le retour de sa mère, elle se confronte au regard des autres, elle ne sait plus quoi ressentir. Le jour où son père se pointe à la porte de son appartement newyorkais pour la ramener avec lui en Californie, elle se dit que ce peut être une bonne manière d’aller de l’avant. De laisser le drame derrière elle. De libérer son beau-père d’une charge supplémentaire. Là-bas, elle va se lier d’amitié avec une jeune fille mère, un libraire à l’enfant autiste, un jeune garçon qui recherche son frère, une belle-mère qui cultive des cactus. Et si, malgré le manque de sa famille newyorkaise, la Californie pouvait la relever et la reconstruire ?

Un roman phénoménal, donc. Chaque mot de l’auteur est extrêmement juste. Sur un tel sujet, prenant pour point de départ les attentats du 11 septembre, elle ne tombe jamais dans le pathos ou dans le sensationnalisme. Si ils servent de cadre à l’histoire qui nous est contée, d’élément déclencheur, ces événements ne sont pas au centre du roman, la part belle étant faite à Wendy, son deuil et ses problèmes d’adolescente. Et c’est bien là toute la beauté de ce roman.

Les personnages sont tous très touchants, très bien construits et tout en nuances. Wendy se bat contre de nombreux sentiments, la solitude, la peur, la tristesse bien sûr. Elle se noie dans ses souvenirs qui effleurent le roman, nous permettent de rencontrer cette mère et de comprendre sa relation avec le père de Wendy, débutée comme un conte de fée et qui s’achève avec des ressentiments accrus de la part de cette mère, seule à élever son enfant. Et puis il y a ce beau-père, plein de joie et de lumière, qui amena de la gaité dans leur quotidien, mais qui va peu à peu s’éteindre après ce tragique 11 septembre, désœuvré, ne sachant plus comment s’occuper de deux enfants seul. Le petit-frère de Wendy est aussi sacrément touchant, pris dans des événements qu’il ne comprend pas, dans un quotidien bien différent de ce qu’il a connu, empreint du fantôme de sa mère qu’il a l’espoir de revoir s’il le souhaite vraiment, mais aussi des fantômes de son père et de sa sœur, qui ne sont plus ce qu’ils ont été.

En passant sur la côte ouest, on découvre bien d’autres personnages, eux aussi ébranlés par la vie bien que n’ayant pas subi directement les événements dramatiques du 11 septembre. Ce qui nous montre que la tragédie est partout, fait partie intégrante de la vie. Mais ce n’est pas pour cela que des étincelles de vie et de bonheur ne puissent se frayer une place dans leurs vies difficiles. Et c’est un jour de Noël sous le soleil californien qui est bien le passage le plus lumineux de ce roman, nous prouvant s’il en était besoin que c’est auprès des autres et en ouvrant ses bras et son cœur qu’on peut puiser du réconfort et du bien-être.

L’atmosphère du roman est intense, et si elle est empreinte de gris et de tristesse dans la partie newyorkaise, elle s’ouvre à la lumière et à l’espoir dans sa partie californienne. C’est la reconstruction de Wendy qui se joue à ce moment-là, et alors qu’on aurait pu croire qu’elle se confondrait dans le désespoir, dans une espèce de résignation, alors qu’elle s’est à moitié sacrifiée en partant bien qu’elle aurait préféré rester avec son petit frère, mais préférant alléger la « charge » de son beau-père, elle s’ouvre aux autres, rencontre un libraire et son fils autiste, un jeune garçon perdu à la recherche de son frère, une jeune fille devenue mère trop jeune, non soutenue par sa famille et complètement perdue. Mais surtout, elle donne une chance à son père, si absent avant et critiqué par sa mère, et à sa belle-mère qui a aussi un passé difficile et sera de très bon conseil pour Wendy.

Lors d’une rencontre avec l’auteur, elle nous a expliqué qu’elle avait ressenti le besoin d’écrire sur ces événements dès qu’ils ont eu lieu, alors même qu’elle se trouvait à ce moment là à New-York. Elle a donc rédigé son roman dès novembre 2001. Cette sensibilité quant à ces événements, mais surtout aux personnes marquées par la perte d’un proche, se ressent à chaque page. Ce souhait de nous montrer d’autres personnes aux vies difficiles nous montre que la vie continue et que tout un chacun souffre, qu’il est nécessaire d’être ensemble pour se construire et se reconstruire, qu’il faut toujours s’ouvrir aux autres.

En définitive, un roman fort, intense, lumineux, plein d’humanité et d’espoir malgré le sujet difficile, servi par une magnifique écriture. Un roman à découvrir absolument !

Ma note : 5/5

 

Dreamology de Lucy Keating

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Lucy Keating, Dreamology, Michel Lafon, Paris, 2015

dreamologyDreamology est un roman young adult à l’idée de départ originale, une lecture agréable qui change les idées, une lecture fraîche qui fait du bien et aère l’esprit.

Alice vit seule avec son père. Ca fait longtemps que sa mère les a laissés pour mener ses recherches à Madagascar. Mais elle ne l’a jamais trop mal vécu, vivant une histoire d’amour merveilleuse dans ses rêves, retrouvant nuit après nuit Max, avec qui elle voyage et vit des aventures incroyables, bien plus palpitantes que ce que lui réserve sa vie. Le jour de son déménagement à Boston, si elle est contrariée de laisser derrière elle sa meilleure amie, elle n’est pas trop chamboulée, sachant qu’elle retrouvera chaque nuit Max. Mais lors de son premier jour de classe, elle croise Max dans son cours… Trait pour trait identique au Max qu’elle croise dans ses rêves, répondant au même prénom, elle sait que ce ne peut être que lui. Mais ce dernier, après un bref malaise de quelques secondes, fait comme s’il ne la connaissait pas. Qu’en est-il vraiment ? Alice est-elle folle ? Ou le garçon de ses rêves est-il réel ? Et si tout cela remontait à son enfance ?

L’idée de départ est plutôt chouette et originale, ce qui m’a plutôt plu et incité à lire ce roman. L’histoire coule toute seule et se lit très rapidement, le roman est plutôt bien écrit et nous offre, sans prétention, ce qu’il promet : une petite romance adolescente, une histoire un peu contrariée, sur un fond un peu magique, un chouette moment de détente. J’ai apprécié cette lecture, entre deux lectures plus complexes, qui m’a permis de m’évader facilement. Et que ça fait de bien de lire ce genre de roman de temps en temps !

Pour les petits « moins », j’ai eu un peu de mal à m’attacher à Alice, personnage assez immature et naïf. Je n’ai pas compris sa réaction dans les dernières pages, j’ai eu l’impression que l’auteur contrariait l’histoire pour permettre un dernier rebondissement – soyons honnêtes, ça ne nous a pas empêché de nous douter de la fin – avant le dénouement final, afin de complexifier une histoire qui n’avait pas besoin de l’être. Encore une fois, on trouve dans cette histoire des adolescents qui réfléchissent bien trop aux conséquences de leurs actes pour leur âge, comme dans la majorité des romans pour jeunes adultes, ce que je trouve un peu dommage… Peut-être que le roman manquerait un peu de « profondeur » autrement. Et les réactions des adultes sont plutôt étonnantes et insouciantes. Ces adolescents peuvent faire à peu près ce qu’ils veulent sans qu’aucun adulte référent ne se mette jamais en travers de leur route.

Finalement, on reste donc dans les schémas de ce type de romans, et c’est bien ce qu’on y cherche quand on les ouvre, avouons-le. Et Dreamology répond à nos attentes de légèreté et de romance facile, donc tout va bien ! J’ai lu des romans jeunes adultes plus sympas mais j’en ai lu des moins réussis, ce qui contribue pour moi à en faire une chouette découverte, un chouette moment de lecture qui fait du bien, une lecture qui ne me marquera pas mais qui m’aura déconnectée quelques heures de la réalité. Pari réussi !

Ma note : 4/5

Un parfum d’herbe coupée de Nicolas Delesalle

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Nicolas Delesalle, Un parfum d’herbe coupée, Préludes, Paris, 2015

un parfum d'herbe coupéeJe vous présente le premier roman publié au label Préludes, appartenant aux éditions Le Livre de Poche. Je ne vais pas vous expliquer toute la genèse de ce label, courrez sur leur site, tout y est expliqué !

Ce premier roman, donc, tout à la fois le premier édité chez Préludes, mais aussi le premier de l’auteur, est un hymne aux petits souvenirs insignifiants mais qui forgent tout, aux petits bonheurs enfouis dans un coin de la tête qui nous font parfois sourire et nous permettent de mieux apprécier le quotidien, aux malheurs aussi, pris avec philosophie au fil du temps, à tout ce qui forge un être humain, à tout ce qui le construit, à ce qui lui permet d’être vivant et de continuer à vivre.

Un parfum d’herbe coupée… Si je voulais être simpliste, je dirai : “Et vous, quelle est votre madeleine de Proust ?”. Mais ce n’est pas ça, pas vraiment, ou peut-être que oui au fond, qu’est-ce que j’en sais ? Mais avec moi, ce roman a fonctionné comme cela. Je ne suis pas tout à fait de la même génération de l’auteur et du héros – qui se confondent un peu – et malgré tout, de petites choses ont fait échos à mes souvenirs, en ont fait remonter.

Parce que, si vous ne l’avez pas encore compris, mais comme je me suis emballée, ce n’est certes pas de votre faute, il s’agit d’un roman contant les souvenirs d’un jeune homme, Kolia. Sa recherche de champignons, le trajet en voiture pour les vacances, sa première clope, le premier décès auquel il a dû faire face, cette odeur d’herbe coupée qui l’a tant marqué enfant, et j’en passe.

Et surtout pas d’ordre chronologique, cela casserait tout le rythme du roman. Est-ce que vos souvenirs remontent dans le bon ordre, du plus ancien au plus récent ? Et bien, ici, c’est la même chose. Ce sont les réminiscence d’un homme qui a profondément conscience que la vie est faite de souvenirs, et que ce sont bien eux qui nous forgent, qui nous forment, qui nous font. Alors c’est beaucoup, parce que c’est chacun de nous. Tout le monde peut y trouver une petite chose, un grain de sable qui fera échos à ses propres souvenirs. Lors d’une rencontre avec l’auteur – et je remercie au passage les équipes de Babelio et de Préludes de m’avoir permis d’y participer – celui-ci nous a confié qu’il avait été extrêmement surpris que ce roman touche autant de personnes aux profils différents, de toutes générations. Et alors qu’il n’avait écrit tout cela sans intention de le voir publié sous forme de roman, les éditrices de Préludes ont su le convaincre de la portée que ce roman aurait. Et elles ne se sont pas trompées !

Pour ma part, si je ne devais parler que d’un seul petit moment du livre qui reste gravé en gras dans mon esprit – ou qui me revient en premier – ce serait le chapitre sur les professeurs qu’a connu de près ou de loin Kolia, le personnage principal, et qui l’ont marqués et formés. Ces profs qui l’ont initié à la lecture, qui l’ont poussé à coup de retenus hebdomadaires où il devait lire un ouvrage choisi par la prof de français à aimer cela. Si mes souvenirs sont moins intéressants, mon professeur de latin au collège nous parlait des heures de littérature, nous donnant des références à n’en plus finir – c’est d’ailleurs elle qui m’a ainsi appris à rédiger des bibliographies – et pas seulement d’ouvrages classiques. Elle m’a fait découvrir Harry Potter à cette époque, ce fut mon héroïne pendant des années, et elle l’est encore car elle avait compris qu’initier les enfants à la lecture jeunesse était le premier pas pour les intéresser plus tard à des romans plus classiques. Voilà pour “mon parfum d’herbe coupée” à moi. Mais si vous ne lisez pas ce livre, vous manquez quelque chose. Vous passez à côté de vos propres souvenirs, une redécouverte des moments qui ont marqué votre enfance, votre adolescence, votre vie de jeune adulte. Bref, les moments charnières d’une vie. Et c’est bien à la lecture de ce livre formidablement bien écrit qu’on comprend que les souvenirs qui restent ne sont parfois que des anecdotes, des événements à première vue insignifiants. Mais à notre plus grande surprise, ils sont là.

Alors, lisez-le. Allez-y, vous ne pouvez passer à côté.

Ma note : 5/5

Swamplandia de Karen Russell

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Karen Russell, Swamplandia, Albin Michel / Le Livre de Poche, Paris, 2012 / 2014.

swamplandiaSwamplandia, c’est le nom d’une île dans les marécages de Floride. Mais c’est aussi le nom d’un parc d’attraction bien particulier appartenant à la famille Bigtree, tribu originale qui s’est inventée des origines indiennes.

L’originalité du parc prend source dans les caractéristiques mêmes des marécages : il est basé sur le thème des alligators, nommés Seth, et sur leur domptage. La reine du parc dont dépend toute sa renommée ? Hilola Bigtree, la maman de cette tribu constituée de Kiwi, Osceola et Ava. Des enfants aux drôles de prénoms, qui augurent bien de cette histoire.

Parc de renommée, les Bigtree, avec le Chef à la barre, père de nos enfants bien originaux, s’enfonce peu à peu et la fréquentation n’est plus ce qu’elle était. Cette perte de vitesse est liée à la mort d’Hilola, la maman fantasque et aimante et la dompteuse la plus célèbre d’alligators. Mais si cette perte de repères pour tous les membres Bigtree est déjà bien dure à vivre, et remonter la barre de Swamplandia bien difficile, un parc concurrent s’ouvre sur le continent. Le Monde de l’Obscur est près de l’autoroute, et peut s’offrir des spots publicitaires. Il est de plus bien plus moderne…

Le parc à alligators est de plus en plus désert… Mais Ava ne le supporte pas. Future dompteuse qui devait succéder à sa mère, elle veut coûte que coûte sauver le parc, et par là même sa famille qui part à la dérive : son père envisage des projets fous, qui ne peuvent que renforcer leurs dettes, et prétend que tout va pour le mieux, Osceola pense être habitée par des fantômes et Kiwi se rebelle face à cette famille qui refuse de voir la vérité en face.

Mais est-il question de sauver Swamplandia, ou bien de donner des repères à cette famille brisée depuis la mort de son membre fédérateur ?

Bien des aventures attendent cette famille. Tous ses membres vont passer violemment à l’âge adulte, même le Chef, après cet été aux multiples péripéties.

D’abord un roman sur l’enfance et l’adolescence, nous suivons dans un premier temps Ava, qui s’exprime à la première personne du singulier. Cette jeune fille atypique et attachante est animée d’un désir fou de sauver le parc, et par là même une part de sa mère. Ce monde hors du temps, hors des conventions dans lequel elle évolue marque le monde de l’enfance et des rêves, un monde poétique et onirique que Karen Russell fait vivre avec magie dans ces pages.

A partir d’un certain stade, un chapitre sur deux est consacré à Kiwi qui par sa confrontation au monde continental, à la vie normale, au monde sans pitié du travail, à la méchanceté, les railleries, mais aussi l’amitié, va se construire et grandir. Et comprendre aussi bien des choses sur lui que sur sa famille. Plein d’audaces et très intelligent malgré une éducation bien malmenée, il rêve de sauver Swamplandia, alors même qu’il était le premier à ne plus croire en son avenir.

Ce roman nous raconte la perte de repères après le décès d’un proche de manière très sensible. On y découvre un univers enfantin au travers des yeux d’Ava. Cet univers qui fait qu’on veut croire, toujours espérer et faire confiance, toujours confiance, jusqu’à faire preuve d’une grande naïveté que seul un adulte pourrait prévenir.

Cet univers particulier, cette île, ces marécages, ces alligators, cette manière de vivre loin des conventions où les enfants confrontent des alligators, sont peu scolarisés et peuvent rester seuls pendant des semaines sur leur île, paraissent farfelus, dans un monde où services sociaux et instances officielles ne pourraient laisser une telle situation s’installer. Mais dans un territoire aussi reculé que cette partie de la Floride, tout semble possible, surtout quand c’est Karen Russell qui nous conte l’histoire.

On comprend aisément à la lecture de ce roman surprenant que l’auteur a terminé finaliste au Prix Pulitzer. Ce roman est un bestseller, qui devrait être adapté en série télévisée par la chaîne américaine HBO.

Un seul petit bémol cependant. Je ne m’attendais pas à une telle histoire à la lecture de la quatrième de couverture. J’imaginais quelque chose de bien plus léger, de moins complexe, avec des événements bien moins dramatiques. Heureusement, une fois remise de premières impressions un peu désabusées à la lumière du décalage entre mes attentes et la réalité du roman, j’ai pu me plonger avec délectation au sein de ce monde foisonnant. On imagine ces marécages, les plantes décrites, ces alligators amorphes mais dont il faut toujours se méfier.

Tentez l’aventure, suivez Ava et sa tribu, vous n’en sortirez pas indemnes…

Ma note : 4/5

Aristotle and Dante discover the secrets of the universe de Benjamin Alire Saenz

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Benjamin Alire Saenz, Aristotle and Dante discover the secrets of the universe, Simon and Schuster, New York, 2012.

aristotle and dante discover the secret of the universeCe roman de Benjamin Alire Saenz fut une révélation. Non encore traduit en français, gageons qu’il le sera très bientôt ! Il faut dire que ce roman est un bijou qui le mérite amplement. Vous êtes prévenus !

Aristotle a un prénom bien particulier qui pressent assez de son originalité. D’origine mexicaine, vivant dans le sud des Etats-Unis, il n’a que peu d’amis et ne s’en trouve pas plus mal. Cadet de sa famille, avec un frère en prison dont on ne parle pas chez lui, et deux soeurs jumelles qui ne vivent pas à côté, il est plutôt solitaire, entouré par ses parents, dont son père, très introverti depuis son retour de la guerre du Vietnam. L’été de ces quinze ans, tout ceci va pourtant changer : il rencontre Dante à la piscine municipale. Celui-ci est son complet opposé : sociable, il assume ce qu’il est, se lie facilement aux gens et ce sent bien peu mexicain malgré ses origines communes avec Ari. Il partage beaucoup avec ses parents, et n’a pas honte de dire qu’il aurait du mal à vivre sans eux. Les garçons se lient très vite d’une forte amitié, peut-être plus ambiguë du côté de Dante… Cette amitié ne va pas être sans risque, ni sans conséquence, à une période de la vie complexe où l’individu est en pleine construction…

On pourrait croire qu’il s’agit d’un énième roman pour adolescents, sur les adolescents. Certains sont emblématiques, comme L’attrape-coeur de Salinger, ou encore Le Monde de Charlie de Chbosky. Cependant, ce roman apporte quelque chose de plus, qui lui donne toute sa place dans le panthéon des meilleurs romans sur ce thème !

Benjamin Alire Saenz nous raconte de manière sensible le parcours d’Ari, qui en plus du reste, a beaucoup de difficultés à accepter son prénom et préfère donc ce diminutif. Ce garçon se cherche et a quelques problèmes à régler. D’abord, l’absence de son frère, incarcéré pour une raison qui lui échappe, étant très jeune au moment des faits. Le mutisme de ses parents à cet égard, l’absence de photos, tout concourt à faire penser qu’il n’a jamais existé. Très difficile pour lui, il a bien du mal à aborder le sujet avec ses parents, et notamment son père qui parle bien peu. Ensuite, ce qu’a vécu son père au Vietnam est complètement tabou également. A ces égards-là, la rencontre avec Dante va être tout à fait significative, et va lui permettre de se construire. Son absence d’amis, son refus de s’en faire, le peu d’objets dans sa chambre : tout ceci marque sa différence et son mal-être. Il a bien du mal à comprendre les raisons qui le mettent dans cette situation, mais ceci lui convient, jusqu’au jour où Dante lui propose de lui apprendre à nager, de manière spontanée , à la piscine municipale. Et cet élément déclencheur va aussi lui permettre d’accepter l’amitié de filles, dont il se méfiait jusqu’à présent.

Mais cette découverte de lui-même, qui va prendre quelques temps, va être bien plus profonde encore.

Ce roman s’inscrit dans une période particulière de la construction d’un individu, mais aussi à une époque – la fin des années 80 –  où l’intolérance est bien présente… Les faits sociétaux qui font encore aujourd’hui notre actualité se retrouvent dans ce roman, la violence et l’intolérance notamment.

Ces deux jeunes hommes aux prénoms bien particuliers, qui se réfèrent à deux philosophes bien classiques et connus, se lancent à la recherche des secrets de l’Univers, ces secrets bien particuliers qui font qu’un adolescent grandit, évolue, et passe petit à petit à l’âge adulte.

C’est poétique, sensible, tout en douceur. Aristotle et Dante sont très attachants. Que pourrais-je dire de plus ? C’est très bien écrit, l’anglais est abordable, donc que ce ne soit pas un frein à votre envie de découvrir ce roman.

Ce fut un très gros coup de coeur pour moi, je vous le conseille absolument !

Ma note : 5/5

La belle année de Cypora Petitjean-Cerf

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Cypora Petitjean-Cerf, La belle année, Stock / Le Livre de Poche, Paris, 2012 / 2013

la belle annéeCe roman de moins de 300 pages peut passer inaperçu dans la pile de livres que vous avez à lire, ou dans la masse de romans disponibles en librairies. Mais ne passez pas pour autant à côté, ce serait une grosse erreur !

Cypora Petitjean-Cerf nous raconte l’histoire d’une adolescente qui entre en sixième au collège Jean Lurçat de Saint-Denis. Sa vie n’est pas évidente : sa mère ne s’occupe que bien peu d’elle et n’est pas très aimante, son beau-père l’exaspère, son père, qui vit dans la cité d’à côté, est au chômage et ne parvient pas à sortir de chez lui (ou alors en de très rares et brèves occasions). Elle ne comprend pas le comportement de la majorité des élèves de son collège, ne supporte pas l’injustice et de tenir tête aux professeurs, et pourtant elle passe pour une dure et a du mal parfois à contrôler ses accès de rage, s’en prenant même à son meilleur ami Cosimo. Rabah est l’un de ses camarades qui ne peut s’empêcher de troubler la classe, ce qui exaspère au plus haut point Tracey. Et pourtant, par les hasards de la vie, elle va passer son année de sixième, cette “belle année”, en sa compagnie, et c’est tout son monde qui va évoluer et changer, comme c’est souvent le cas à l’adolescence.

Nous suivons de très près Tracey dans ce fantastique roman puisqu’il est écrit à la première personne. L’écriture est fluide, tout simplement incroyable, on ne s’ennuie jamais, bien qu’il n’y ait pas de rebondissements toutes les trois pages. La force de l’auteur a été de découper son récit en quatre parties, suivant les saisons de l’année scolaire de Tracey, débutant à l’automne pour s’achever à la fin de l’été. Et ces chapitres sont divisés en courtes parties délimitées par des astérisques, dépassant que rarement la page. C’est la grande force de ce roman : nous sommes dans la tête de Tracey, et nous suivons le cours de ses pensées, passant de son beau-père, au collège, à Cosimo, ou encore à son père. Le récit est à la fois dense et très simple. Et de petites parties en petites parties, on ne lâche que difficilement ce beau roman sur l’adolescence dans un collège assez difficile, dans une ville connue pour ses cités, dans la vie compliquée de cette gamine qui a bien du mal à trouver sa place. Et on ne tombe jamais dans le pathos. La dernière page fermée, on espère que Tracey s’en sortira, mais l’auteur a réussi à s’arrêter à temps, sans nous donner trop d’indices sur la suite.

Ce roman est donc composé de nombreuses chroniques de la vie de Tracey, adolescente peu ordinaire. La complexité du caractère de cette enfant fait la force de ce roman. C’est un peu comme si on entrait dans la tête de cette adolescente, qui peine elle-même a expliquer parfois son comportement, ne comprenant pas ses émotions, et se débattant dans un monde dont elle connaît mal les règles, ce monde d’adultes si imparfaits qui lui donnent parfois l’impression d’être elle-même plus mature qu’eux (et notamment ses parents). Toutes les choses auxquelles elle croie, ce qu’elle se figure sur la vie des autres, et notamment du père de Rabah, juste par ses propres hypothèses d’après ce qu’elle entend tous les jours et des petites informations qu’elle grapille par ci par là, nous montre l’hypocrisie du monde dans lequel on vit et le climat de suspicion qui marque notre époque.

Ce roman est d’une très grande richesse, se lit avec une facilité déconcertante, et dépeint ce passage du monde de l’enfance à celui de l’adolescence, par la confrontation au monde des adultes, de manière admirable.

Un seul conseil : lisez-le !

Ma note : 5/5

Lune Mauve – La disparue de Marilou Aznar

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Marilou Aznar, Lune Mauve – La disparue, Casterman, Paris, 2013

Lune Mauve de Marilou Aznar

Lune Mauve de Marilou Aznar

Cette lecture fait suite à mes deux journées au Salon du Livre, comme ce fut le cas pour I hunt killers de Barry Lyga. C’est Myriam de Un jour. Un livre. qui m’a parlé de ce livre, me disant qu’il était tout en haut de sa PAL et qu’elle comptait bien se le faire dédicacer par l’auteur au salon. Après ma lecture des trois premiers chapitres, disponibles en ligne, je me suis dit qu’il fallait que je le lise, et la possibilité de me le faire dédicacer m’a poussée à l’acheter directement au salon. Rencontrer Marilou Aznar fut vraiment un très bon moment, et rien que pour cela, craquer et acheter ce roman fut rentabilisé. Mais après avoir achevé la lecture de ce roman en deux jours – c’est décidément mon rythme du moment – je peux vous dire qu’il vaut vraiment le coup !

Séléné n’a pas 16 ans et intègre un lycée très huppé parisien, Darcourt. Originaire de Bretagne, c’est un choc des cultures qu’elle subit. Hébergée par Milou, sa grand-mère, et laissant derrière elle son père, éminent universitaire, à Rennes, elle tente difficilement de trouver ses repères dans ce nouvel environnement. Elle pensait qu’être la cousine de la très huppée Alexia d’Hauterive lui permettrait de s’intégrer, cependant il n’en est rien. Celle-ci l’ignore, voire la snobe et la ridiculise. Mais si Séléné en est touchée, elle n’en montre rien, car elle a un sacré caractère. Avec ses amis Nora et Adrien, elle tente de survivre à la cours d’Alexia, comprenant le très énigmatique Thomas, et ce malgré les rêves en lien avec sa mère, disparue des années plus tôt, et les tableaux qu’elle peignait qui la hantent. Petit à petit, sur fond de drames de lycéens, le mystère s’épaissit… Qui est cette fille aux longs cheveux gris qui la suit et lui suggère de ne se fier à personne ? Qui est le beau Laszlo, qui semble s’intéresser à sa cousine, puis, contre toute attente, à elle ? Pourquoi sa mère s’est volatilisée des années plus tôt ?

C’est un exercice bien difficile que d’écrire cette chronique sans trop en dire… Marilou Aznar nous offre un roman pour jeunes adultes très bien écrit, aux personnages très attachants. Ce n’est pas juste un énième livre de science fiction pour ados, mais un livre qui mêle les ressentis de jeunes lycéens face à la difficulté de s’intégrer, de se faire des amis, face au trouble des sentiments, aux scandales et aux humiliations,  au suicide, à la dépression et à la mort. Elle réussit très bien à rendre compte de cette réalité. D’ailleurs, dans ce lycée très huppé, une jeune fille qui aime beaucoup les ragots n’hésite pas à ouvrir un blog qui calomnie les jeunes du lycée, dans le style de Gossip Girl – ceux qui ont lu les livres ou vu la série comprendront. Ce rendu réaliste des sentiments m’a également fait penser au Monde de Charlie, gros coup de coeur de janvier. Ceci vous montre à quel point j’ai apprécié ce roman !

La partie science-fiction se révèle dans la seconde et troisième partie du roman. Car l’auteur découpe son ouvrage en trois parties, ce qui est très cohérent face aux changements que connaît Séléné. Je ne m’y attarderait pas, ayant trop peur de trop en révéler, mais les liens avec les anciennes civilisations de Babylone ont enchanté l’ancienne étudiante en histoire de l’art et d’archéologie que je suis ! J’ai hâte de lire la suite, afin de découvrir les développements apportés sur ces points.

Les personnages sont pour certains attachants, pour d’autres horripilants, mais tous très bien construits. Séléné, bien entendu, mais également Adrien, Nora, Thomas – personnage plein de surprises mais je n’en dirai pas plus -, Alexia et le très énigmatique Laszlo. Si pendant un temps, j’ai eu peur que l’intrigue tombe dans le très commun triangle amoureux, si présent dans les romans Young Adult, j’ai été rapidement rassurée à ce sujet, et l’intrigue est d’ailleurs déconcertante et complètement inattendue ! Marilou Aznar réussit à nous surprendre, ce qui a dû être un très grand challenge, challenge relevé avec brio !

J’ai particulièrement apprécié que l’intrigue se passe en France… C’est devenu tellement rare, même pour un auteur français.

Je n’en dirai pas plus, j’ai peur d’en avoir déjà trop dit… Certains trouveront que la première partie est un peu longuette, personnellement, je trouve qu’elle est nécessaire pour mettre en place l’intrigue. Le roman est très bien construit, les trois parties structurent bien le récit. Chapeau bas !

A lire absolument !

Ma note : 5/5