Les règles d’usage de Joyce Maynard

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Joyce Maynard, Les règles d’usage, Editions Philippe Rey, Paris, 2016

les-regles-dusageQuel roman ! J’aurais mis du temps à écrire cette chronique tant ce roman m’a ébranlée. Un roman très fort, sur la perte, l’adolescence, la recherche de soi, la reconstruction. Une belle découverte, une auteur incroyable, un roman à lire urgemment !

Nous sommes en septembre 2001 à New-York. Wendy vit à Brooklyn avec sa mère, son beau-père et son demi-frère qu’elle chérit plus que tout. Le 11 septembre, sa vie s’écroule : sa mère travaillait dans une des tours du World Trade Center et ils n’ont aucune nouvelle. Elle culpabilise, s’en veut énormément, elle qui n’a pas voulu réveiller sa mère ce matin-là en partant au collège. Elle ne lui aura pas dit au revoir. C’est avec incrédulité qu’elle placarde des affiches « portée disparue » dans les rues de Manhattan. Elle voit son beau-père perdu, son petit-frère qui attend le retour de sa mère, elle se confronte au regard des autres, elle ne sait plus quoi ressentir. Le jour où son père se pointe à la porte de son appartement newyorkais pour la ramener avec lui en Californie, elle se dit que ce peut être une bonne manière d’aller de l’avant. De laisser le drame derrière elle. De libérer son beau-père d’une charge supplémentaire. Là-bas, elle va se lier d’amitié avec une jeune fille mère, un libraire à l’enfant autiste, un jeune garçon qui recherche son frère, une belle-mère qui cultive des cactus. Et si, malgré le manque de sa famille newyorkaise, la Californie pouvait la relever et la reconstruire ?

Un roman phénoménal, donc. Chaque mot de l’auteur est extrêmement juste. Sur un tel sujet, prenant pour point de départ les attentats du 11 septembre, elle ne tombe jamais dans le pathos ou dans le sensationnalisme. Si ils servent de cadre à l’histoire qui nous est contée, d’élément déclencheur, ces événements ne sont pas au centre du roman, la part belle étant faite à Wendy, son deuil et ses problèmes d’adolescente. Et c’est bien là toute la beauté de ce roman.

Les personnages sont tous très touchants, très bien construits et tout en nuances. Wendy se bat contre de nombreux sentiments, la solitude, la peur, la tristesse bien sûr. Elle se noie dans ses souvenirs qui effleurent le roman, nous permettent de rencontrer cette mère et de comprendre sa relation avec le père de Wendy, débutée comme un conte de fée et qui s’achève avec des ressentiments accrus de la part de cette mère, seule à élever son enfant. Et puis il y a ce beau-père, plein de joie et de lumière, qui amena de la gaité dans leur quotidien, mais qui va peu à peu s’éteindre après ce tragique 11 septembre, désœuvré, ne sachant plus comment s’occuper de deux enfants seul. Le petit-frère de Wendy est aussi sacrément touchant, pris dans des événements qu’il ne comprend pas, dans un quotidien bien différent de ce qu’il a connu, empreint du fantôme de sa mère qu’il a l’espoir de revoir s’il le souhaite vraiment, mais aussi des fantômes de son père et de sa sœur, qui ne sont plus ce qu’ils ont été.

En passant sur la côte ouest, on découvre bien d’autres personnages, eux aussi ébranlés par la vie bien que n’ayant pas subi directement les événements dramatiques du 11 septembre. Ce qui nous montre que la tragédie est partout, fait partie intégrante de la vie. Mais ce n’est pas pour cela que des étincelles de vie et de bonheur ne puissent se frayer une place dans leurs vies difficiles. Et c’est un jour de Noël sous le soleil californien qui est bien le passage le plus lumineux de ce roman, nous prouvant s’il en était besoin que c’est auprès des autres et en ouvrant ses bras et son cœur qu’on peut puiser du réconfort et du bien-être.

L’atmosphère du roman est intense, et si elle est empreinte de gris et de tristesse dans la partie newyorkaise, elle s’ouvre à la lumière et à l’espoir dans sa partie californienne. C’est la reconstruction de Wendy qui se joue à ce moment-là, et alors qu’on aurait pu croire qu’elle se confondrait dans le désespoir, dans une espèce de résignation, alors qu’elle s’est à moitié sacrifiée en partant bien qu’elle aurait préféré rester avec son petit frère, mais préférant alléger la « charge » de son beau-père, elle s’ouvre aux autres, rencontre un libraire et son fils autiste, un jeune garçon perdu à la recherche de son frère, une jeune fille devenue mère trop jeune, non soutenue par sa famille et complètement perdue. Mais surtout, elle donne une chance à son père, si absent avant et critiqué par sa mère, et à sa belle-mère qui a aussi un passé difficile et sera de très bon conseil pour Wendy.

Lors d’une rencontre avec l’auteur, elle nous a expliqué qu’elle avait ressenti le besoin d’écrire sur ces événements dès qu’ils ont eu lieu, alors même qu’elle se trouvait à ce moment là à New-York. Elle a donc rédigé son roman dès novembre 2001. Cette sensibilité quant à ces événements, mais surtout aux personnes marquées par la perte d’un proche, se ressent à chaque page. Ce souhait de nous montrer d’autres personnes aux vies difficiles nous montre que la vie continue et que tout un chacun souffre, qu’il est nécessaire d’être ensemble pour se construire et se reconstruire, qu’il faut toujours s’ouvrir aux autres.

En définitive, un roman fort, intense, lumineux, plein d’humanité et d’espoir malgré le sujet difficile, servi par une magnifique écriture. Un roman à découvrir absolument !

Ma note : 5/5

 

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