Les mots entre mes mains de Guinevere Glasfurd

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Guinevere Glasfurd, Les mots entre ses mains, Editions Préludes, Paris, 2016

les mots entre mes mainsVoilà un roman comme je les aime, qui mêle petite histoire dans la grande Histoire, personnages historiques, faits avérés et inventés, histoires d’amour et de vies. Une très belle surprise de la rentrée littéraire, qui confirme la qualité des publications des éditions Préludes !

Helena travaille comme servante chez un libraire anglais vivant à Amsterdam, M. Sergeant. Contrairement à ses semblables, elle a appris les rudiments de la lecture et de l’écriture : avec une volonté de fer, elle veut comprendre le monde qui l’entoure. Le jour où un illustre invité vient prendre ses quartiers chez son employeur, sa vie change du tout au tout. Cet homme n’est autre que René Descartes, qui, jour après jour, décide de prendre Helena sous son aile, et l’élève intellectuellement toujours un peu plus. Rapidement, l’élévation des sens s’ajoute au reste. Mais leur liaison peut-elle rester secrète ? Dans un siècle rigide et obscur, où on a bien peu de considération pour les femmes et où elles-mêmes se considèrent bien mal, où la religion est une affaire très sérieuse qui dicte les mœurs de la société, Helena va devoir faire preuve de force et de détermination pour mener la vie qu’elle entend.

Par où commencer ? Peut-être par Helena, ce personnage fort, d’une détermination à toute épreuve, en avance sur son temps, éprise de liberté et de savoirs. Savoir qu’elle a vraiment existé ne la rend que plus envoûtante, car vivre comme elle a vécu dans ce siècle d’or est stupéfiant. Elle est féministe avant l’heure, et si elle ne s’exprime pas toujours à haute voix, elle n’en pense pas moins. Si elle est attachée aux personnes qui l’entourent, que ce soit son employeur ou Descartes et ses amis, elle sait analyser leurs comportements et faire la part des choses. C’est le destin d’une femme stupéfiante qui nous est conté là, une femme qu’on aimerait être, même aujourd’hui. Elle est indépendante, lucide, assume chacun de ses actes. Si dans les premiers temps, elle est encore un peu innocente, rapidement l’influence du « monsieur » comme elle le nomme et ses propres efforts dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, puis du dessin, la rendent de plus en plus avertie. Nous comprenons aisément pourquoi une personne telle que Descartes, si érudit, ait pu s’éprendre d’une telle femme.

Parlons maintenant de Descartes. Si on sait tous quelque chose sur ce philosophe notamment la controverse qu’ont suscitée ses écrits en plein XVIIe siècle, l’homme que nous présente Guinevere Glasfurd est tout autre. On le perçoit comme tendre et romantique, avide d’instruire les autres, prêt à croire que tout le monde peut apprendre, même une femme, servante de surcroît. Un peu obsessionnel, travailleur acharné, expérimentant tout et son contraire, certes, mais profondément humain. Si on n’adhère pas toujours à ses actions et réactions, si son valet Limousin nous insupporte la plupart du temps, on s’attache à cet être hors du commun et vrai.

Amsterdam, puis les villes où séjournent Helena, Deventer, Leyde, Santpoort ou encore Amersfoort, sont au centre du récit et participent à l’ambiance de ce siècle d’or qui nous est admirablement conté par l’auteur. Comme l’héroïne, on déambule dans le rue, sur le port, sur les marchés ou sur les chemins, on touche du doigt des lieux à des époques reculées, on prend le pouls d’un monde qui nous est inconnu et on s’en délecte. Sans description à n’en plus finir, Guinevere Glasfurd nous dessine une fresque saisissante d’un pays en plein bouleversement intellectuel, au sommet de sa puissance et de son influence.

Pour finir, parlons de la plume de l’auteur. Justes, fins, sensibles, les mots de l’auteur nous font passer par mille émotions. Et quoi de plus remarquable pour un roman qui parle de mots, de livres et d’écrits, de leur importance, de l’apprentissage nécessaire de la lecture pour appréhender le monde environnant ? Et tout est parfaitement dosé, on ne tombe jamais dans l’excès, en adéquation complète avec le caractère d’Helena tel qu’il nous est dépeint.

En somme, un livre envoûtant, à l’héroïne inoubliable, qui nous parle de liberté, de passion et de féminisme, au beau milieu du siècle d’or. Un roman qui reste longtemps après l’avoir refermé. Un tour de force, un vrai coup de cœur.

Ma note : 5/5

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Une réponse "

  1. Une belle surprise de cette rentrée littéraire, oui ! Pour un premier roman, il est super bien mené ! 😉
    Même le mode de vie, qui flirte déjà avec le féminisme, est réaliste … et montre alors que nous sommes à l’orée du XVIIIè ! 🙂

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