Les égarements du coeurs de Marie-José Aubrycoin

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Marie-José Aubrycoin, Les égarements du cœur, Librinova, Paris, 2016

Les-egarements-du-coeurQuand les éditions Librinova, qui n’éditent qu’en format numérique, m’ont contactée pour que je découvre ce roman, j’ai accepté avec empressement, tant le résumé me plaisait. Et grand bien m’en a pris ! Roman épistolaire, nous suivons les pérégrinations d’une jeune femme à la sortie du couvent au XVIIIe siècle. Une belle surprise !

Marie a seize ans quand elle sort du couvent. Elle y a vécu dix années, à l’abri derrière ses murs épais, et loin de l’affection distante et douloureuse d’un père veuf après la naissance de sa fille. Cette sortie a pour dessein de l’établir par le mariage. Mais dès la première nuit qu’elle passe à Paris, elle rencontre un fort galant gentilhomme qui lui fait tourner la tête. Quand son père décide de la marier au fils d’un conte breton, elle se rebiffe. Mais que peut une jeune fille contre la volonté d’un père ? Cependant, ses aventures ne font que commencer. De Paris à la Corse, en passant par la Bretagne, Marie va connaître tout une flopée de changements de situations, de douleurs et de joies, va devoir choisir entre le pire et le moins pire et s’accommoder des cartes qu’on lui mettra entre les mains.

Ne vous détrompez pas, ce qui va arriver à cette jeune fille est digne d’un roman de Juliette Benzoni ou d’une Angélique. Mais c’est aussi pour cela que ce roman est très agréable à lire, voire à dévorer, n’ayons pas peur des mots. Les pérégrinations de Marie, de son chevalier servant, de son frère ou encore de son beau-père nous emportent, et à coup de lettres de quelques pages – rappelons qu’il s’agit d’un roman épistolaire – on arrive à la fin de ce roman de moins de 300 pages à une vitesse record !

Si le roman épistolaire commence à revenir à la mode depuis quelques années, ce roman nous rappelle qu’il est parfaitement adapté à ce XVIIIe siècle, où chacun correspondait par lettres interposées. Il permet au lecteur de retracer par leur truchement les trajectoires de chaque protagoniste, et rappelle qu’une lettre est sujette à interprétation, voire à vérification… On assiste ainsi à une belle duplicité de certains personnages, qui rebiffe le lecteur qui attend impatiemment de savoir quand notre héroïne – ou certains de ses amis de confiance – découvrira la vérité. Le jeu de ce type d’écrit est bien entendu de lire entre les lignes et entre les lettres, et il est très plaisant de découvrir les réponses à cette correspondance tout à fait fascinante.

Les personnages sont bien dessinés, l’auteur s’étant aidé en cela d’extraits de journaux intimes de Marie ou de son beau-père qui viennent parfois s’intercaler entre la correspondance classique. Ainsi, nous pouvons réellement bien cerner le personnage de Marie, son enfance assez particulière, les blessures qui l’ont marqué et le manque d’amour qui la font le rechercher avec fougue à sa sortie du couvent. Tous les hommes qu’elle rencontre ne sont pas des malotrus, mais sa relation avec eux permet d’entrevoir une époque, une morale, un catholicisme prégnant qui influent sur la vie des femmes. D’ailleurs, on sent poindre les prémices d’une émancipation de ces dernières, qui cherchent à gagner en liberté et à s’affranchir de maris pesants. La meilleure amie de Marie, Blanche, en est un bon exemple, laissant son vieil époux en Bretagne pour vivre une vie mondaine auprès de ses sœurs à Paris. Mais n’oublions pas que la mariage, aussi imposé et pesant soit-il, était aussi synonyme d’une plus grande liberté pour les femmes à cette époque, toutes proportions gardées. L’exemple de Marie est aussi significatif, mais je n’en dirai pas plus pour ne rien révéler de l’intrigue qui la mène bien plus loin que je ne l’aurais cru.

Plusieurs petits éléments m’ont tout de même contrariée. D’une part, l’auteur a pris le parti de ne pas dater les lettres des personnages. On y trouve l’auteur et le destinataire en haut de la lettre, ainsi que le lieu où elle a été écrite. A côté de ce dernier, on trouve un « le… », qui nous prive de date. Je vous accorde que l’importance est toute relative puisqu’on se laisse happer par l’histoire sans cette précision, cependant situer précisément dans le siècle ou se rendre compte de la durée qui sépare deux lettres auraient servi le récit et permis de mieux ancrer l’histoire dans un contexte précis. C’est peut-être d’ailleurs pour cela qu’elle l’a évité, afin de s’affranchir des faits historiques de l’époque qui pouvaient rendre impossibles certains événements inventés.

D’autre part, s’il n’y a rien à redire au style de l’auteur, qui se conforme à celui du XVIIIe siècle, rendant ainsi le récit agréable à lire et donnant une impression de véracité, de nombreuses coquilles orthographiques ou de mise en page égrènent le roman. Un « et » à la place d’un « est », un mot manquant, des virgules mal placées m’ont souvent dérangée dans ma lecture. Je comprends cependant qu’il s’agisse d’une première publication en numérique, avec l’intention de faire connaître le roman et le faire remarquer par un éditeur traditionnel, et qu’il sera dès lors retravaillé et corrigé, mais ceci ne sert pas à inciter les lecteurs à lire des romans natifs numériques. Espérons que tout cela sera vite corrigé !

Ce roman est donc une très belle surprise, bien écrit dans une langue maîtrisée, parfait pour les amateurs de romans historiques, romanesques et romantiques. A vos liseuses !

 

Ma note : 4/5

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