Vernon Subutex 1 de Virginie Despentes

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Virginie Despentes, Vernon Subutex 1, Grasset / Le Livre de Poche, Paris, 2015 / 2016

vernon subutexSélectionné pour le Prix des Lecteurs du Livre de Poche, je n’ai pas été très emballée quand j’ai trouvé ce roman dans la sélection d’avril. Si j’en avais entendu parlé, je me souvenais juste m’être dit que ce roman ne serait pas pour moi. Trop éloigné de ce que je lis habituellement. Quelle a donc été ma surprise quand j’ai commencé ce roman de voir à quel point j’ai été prise par les mots de Virginie Despentes, et à quelle vitesse j’ai dévoré ce roman atypique ! Je le recommande avec enthousiasme !

Vernon Subutex approche la cinquantaine. Autrefois disquaire, il se retrouve sans revenu depuis qu’il a dû vendre sa boutique. Il vivote, a tenu un temps en vendant des articles de son ancienne boutique, puis en touchant le RSA. Mais voilà, tout ça, c’est bien fini, et il est expulsé de son appartement parisien. Que faire ? La plupart de ses amis sont morts, le chanteur Alex Bleach, qui est resté son ami malgré le succès, et peut-être grâce à lui, vient de disparaître à son tour, et ne pourra plus l’aider financièrement. S’il lui a laissé des enregistrements en guise de testament alors qu’il planait complètement, c’est à peu près tout ce que possède à présent Vernon. Il va donc à gauche, à droite, faire appel à ses connaissances pour l’héberger quelques nuits. Et là, c’est toute une machine qui se met en place : qui est Vernon pour chacune des personnes qu’il rencontre ? Qui sont ses personnes, quelle est leur vie ? Et surtout, que sont ces enregistrements de ce chanteur dont le monde musical pleure la disparition ? A l’insu de Vernon, c’est une « chasse » à l’homme qui se met en place, chacun ayant une raison ou une autre de vouloir mettre la main sur ces enregistrements…

Ce roman est incroyable car il nous montre la société française dans ce quelle a de plus vrai. Virginie Despentes utilise sa plume acérée, crue et poétique – oui oui ce mélange est possible – pour nous dépeindre une société de personnes un peu paumées, que ce soit le mec qui battait sa femme, le producteur plein aux as, l’homme abandonné par sa femme qui s’est mise à faire du porno, le trader imbu de lui-même et de sa richesse, le scénariste aux idées de droite, friqué grâce à sa femme, la gauchiste qui vit de ses héritages et qui sait piquer des crises dantesques, et j’en passe. Bref, une galerie de portraits impressionnante, qui nous offre un panel large du monde dans lequel on vit. On est confronté dans ce roman aux dures réalités de notre société, aux injustices, à ses maux et ses faiblesses. Et c’est surtout merveilleusement bien écrit, on dévore ce premier tome avec l’énergie du désespoir, en se demandant à chaque instant ce qui va advenir de Vernon, même si lui ne s’en inquiète pas plus que cela, ce qu’il peut bien y avoir sur ces enregistrements et qui va mettre la main dessus…

Parce que l’auteur est très douée : elle parvient à lier ses personnages, et on ne sait trop comment, à les entraîner à la recherche de Vernon et des enregistrements d’Alex Bleach. Cette course effrénée nous tient en haleine, et cette tension est d’autant plus maîtrisée par l’auteur qu’elle construit un roman qui décrit beaucoup la vie des gens sans aucun temps mort, sans aucun ralentissement, sans aucune longueur. Plusieurs semaines peuvent passer d’un passage à un autre, donnant du rythme au récit.

La grande force de ce récit reste bien entendu le personnage de Vernon Subutex. Parce que si à travers lui on côtoie notre monde actuel, on a aussi l’image d’un monde qui a profondément changé, et notamment le monde de la musique. On assiste à travers son histoire aux changements connus par cette industrie, et tout ce qu’a pu amené la musique et plus particulièrement le rock dans la vie des gens. Si de nombreuses personnes restent attachées à Vernon, c’est qu’elles ont toutes à un moment ou à un autre franchi les portes de sa boutique et partagé avec lui : partagé autour de leur vie, de leurs expériences, de leurs goûts musicaux, des derniers événements. Bref, tout ce qu’on peut imaginer dans ce type de boutique. Le roman est empreint de la musique qui fait avancer Vernon, c’est un ode au rock et aux musiciens qui nous transmettent leur art et nous permettent d’affronter nos vies.

Ce roman reflète une société cruelle que l’auteur parvient à nous rendre grâce à une prose dense et vibrante. Elle nous entraîne à la poursuite des mots, des sensations, des vies, d’une société qui nous échappe de plus en plus. Il faut lire ce roman, c’est une expérience pleine de tensions, de laquelle on ressort grandi.

Ma note : 5/5

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  1. J’en ai beaucoup entendu parler de ce luvre mais je crois bien qu’il s’agit de la première chronique enthousiaste que je lis. J’ai plutôt en mémoire des avis mitigés. Du coup je ne sais pas trop…

    • C’est un roman très particulier, je pense que soit on aime, soit on déteste… Et je suis contente d’être passée outre mon a priori ! Mais ça ne marche pas toujours… J’avoue que faire partie des jurés du Prix des Lecteurs du Livre de Poche oblige à lire des livres qu’on aurait pas lu de soi-même et c’est parfois de belles surprises !

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