La galerie des maris disparus de Natasha Solomons

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Natasha Solomons, La galerie des maris disparus, Calmann-Lévy / Le Livre de Poche, Paris, 2013 / 2016

la galerie des maris disparusCe roman, c’est une histoire de femmes et d’art. C’est une femme qui décide de prendre sa vie en main malgré les autres, malgré ses parents, ses enfants et sa communauté. C’est l’histoire d’une femme qui décide d’exister, de vivre enfin, sans plus se soucier des convenances. C’est un livre fort sur la libération de cette femme, qui nous montre tout le chemin parcouru au fil des décennies. A découvrir !

Juliet Montague est une aguna. Dans sa communauté juive, elle n’est plus grand chose depuis que son mari les a quitté, elle et ses enfants. Comme seul le mari peut décider de divorcer, elle est coincée : elle ne peut pas se remarier, elle n’est pas divorcée, elle n’est pas veuve. Si tous ses voisins admirent son courage, elle est déshonorée et suscite messes basses et commérages. A la fin des années 50, le jour de ses 30 ans, sa vie prend un tournant différent. Alors qu’elle se promène dans Londres avant de faire l’acquisition d’un frigidaire – cadeau d’anniversaire éminemment utile – elle rencontre un artiste, Charlie, à qui elle va commander un portrait. Parce qu’elle a un don : elle sait, à la vue d’un tableau, si il aura du succès, s’il dégage quelque chose. Sa passion se réveille, et sa carrière s’envole : grâce à Charlie et ses amis peintres, elle ouvra une galerie d’art, et s’émancipe peu à peu de ses parents et de sa communauté, sans pour autant les renier.

Un roman tout à fait fascinant qui nous offre plusieurs histoires. D’abord celle de Juliet qui petit à petit, sans renversement de situation soudain, va prendre sa vie en main, et décider que le départ de son mari peut être un tremplin vers une vie qu’elle n’avait imaginé, loin de l’entreprise de lunettes familiale. C’est aussi l’histoire de ses enfants, Frieda et Léonard, qui cherchent leur place dans ce nouveau monde en construction d’après guerre, entre des grands-parents conservateurs qui appliquent les lois juives avec respect et leur mère, qui choisit une autre voie, plus fantasque, et ce loin d’un père qu’ils ont à peine connu. C’est également une immersion dans les traditions juives, les fêtes, les lieux de culte, les spécialités culinaires. L’histoire, aussi, de ce mari d’origine hongroise, Georges Montague, pris dans la guerre et qui a l’outrecuidance de voler le portrait de Juliet, peint quand elle était enfant. C’est l’histoire d’un monde qui change, c’est une partie de l’histoire du féminisme, de cette femme qui décide de se construire seule, de vivre de sa passion, malgré les obstacles dus à son sexe. Et pour finir, c’est une histoire de l’art des années 60, de cette figuration qui n’est plus à la mode, d’artistes qui se cherchent dans de nouveaux courants, de cet air de liberté qui les touche.

Juliet est un personnage complexe, qui adore voir comment les autres la voient. C’est pourquoi elle se constitue au fil des ans et des décennies une vraie collection de portraits d’elle-même. Est-ce pour compenser celui voler par son mari ? Est-ce parce qu’elle essaie de se reconstruire et porte plus d’importance qu’elle ne le pense au regard des autres ? Ou est-ce pour compenser la « galerie des maris disparus » qui paraît dans les journaux yiddish pour retrouver ces maris qui ont fui leur foyer, et dans lesquels la photo de George a figuré ? En tout cas, l’auteur utilise les portraits pour construire son roman : chaque chapitre correspond à un tableau, chacun de ces derniers est classé par ordre chronologique. Les mentions appartiennent à un catalogue d’exposition, et la clé du mystère nous est donnée en fin de roman, mais je ne vous en dévoilerai pas plus !

C’est un roman dense, aux personnages puissants, difficiles à oublier. Chacun d’entre eux marque l’histoire de Juliet, et leurs différences font de ce livre un roman où on ne s’ennuie jamais. De la banlieue londonienne à la Californie, de la galerie londonienne à la campagne anglaise, des diners du vendredi familiaux aux happenings et vernissages, on vit les aventures de Juliet avec entrain, on suit ses nouvelles idylles romantiques avec enthousiasme.

Un beau roman bien écrit, extrêmement riche, à découvrir de toute urgence !

Ma note : 5/5

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