Le Bonheur National Brut de François Roux

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François Roux, Bonheur National Brut, Albin Michel / Le Livre de Poche, Paris, 2014 / 2016

le bonheur national brutLe Bonheur National Brut, c’est une histoire d’amitiés, de destins, de désillusions, une histoire humaine sur une trentaine d’année, de ce jour de 1981 où François Mitterrand est élu Président de la République à celui de 2012 où un autre François amène à nouveau la gauche jusqu’à la présidence. Trente et une années, donc, qui voient les illusions, les espoirs et les attentes de quatre jeunes hommes de 18 ans se changer petit à petit en désillusions… Un roman fort, qui nous parle de la France, de notre vie, de la jeunesse, et de la recherche du bonheur.

C’est donc l’histoire de Paul, principalement, qui nous raconte son histoire, sa vie, sur près de trente ans. Il nous raconte également l’histoire de ses trois meilleurs amis, Rodolphe, la grande gueule qui rêve de faire l’ENA et de la politique, Tanguy, le prétentieux qui veut devenir chef d’entreprise et Benoît qui a très peu d’ambition, sauf peut-être celle d’être libre et de faire ce dont il a envie à chaque instant. Ce sont leurs rêves qu’on nous raconte, au début des années 80, et les entraves qui les empêchent de s’émanciper : le père de Paul qui le rabaisse à chaque instant, qui veut en faire un médecin, alors que Paul rêve de cinéma et n’ose avouer son homosexualité ; la famille communiste et prolétaire de Rodolphe dont il n’arrive pas à s’émanciper et qui le poursuivra toute sa vie ; le père décédé de Tanguy qui, par son absence, le pousse à se surpasser et l’oblige à une compétition de chaque instant. Et puis, à la fin des années 2000, on retrouve les quatre hommes et apprenons à les connaître à nouveau. Que sont-ils devenus ? Que sont devenus leurs rêves de gloire, leurs ébauches d’amour, leurs principes et leur morale ?

Ce roman est une magnifique chronique sur la société des trente dernières années, de ce qu’était la France et ce qu’elle est aujourd’hui – mais au fond, a-t-elle vraiment changée, ou est-ce nos personnages qui ont simplement vieillis ? Il nous donne un regard fort sur cette jeunesse qui pense pouvoir conquérir le monde et qui se bute à un monde dur, froid et sans pitié. C’est notre société qui nous est contée par François Roux, notre jeunesse et notre élite, les magouilles qui bouffent la politique, le fric qui régit tout. Il s’agit d’un portrait dur de cette société, un regard désenchanté porté par Paul. Et c’est peut-être ce qui fait que je n’ai pas eu la petite étincelle en lisant ce roman, qui en aurait fait un coup de cœur. Peut-être ne suis-je pas prête à jeter mes rêves aux orties ? Parce que, même quand on réussit, ce roman nous montre que le bonheur n’est pas atteint pour autant… Et pose la question dans ces dernières pages de ce qui constitue le bonheur. Et j’ai encore envie de croire que ce bonheur existe…

C’est donc un roman qui fait réfléchir, énormément. Un roman très bien construit, qui alterne le récit de Paul à la première personne du singulier, à ceux de ces trois compères à la troisième personne du singulier. On les retrouve une journée en particulier, une journée importante pour l’un d’entre eux, de mai 1981 à juin1984, puis de juillet 2009 à mai 2012. Cette ellipse de 25 ans est une excellente idée puisqu’elle entretient le mystère, elle nous pousse à tournée les pages fébrilement afin de voir si les rêves des quatre amis se sont réalisés ou non. Au-delà de ce suspens que l’auteur réussit à insuffler dans un roman qui n’est pas du genre thriller, il réalise avec ce livre un travail incroyable : les sujets et thèmes abordés sont infinis, et tout est extrêmement bien documenté, je n’ose imaginer la travail de recherche derrière ce roman de près de 800 pages…

Je ne peux terminer cette chronique sans aborder les personnages, au centre de l’intrigue. Les quatre jeunes hommes sont très différents les uns des autres et complémentaires à la fois. Si certains de leurs actes ou de leurs pensées m’ont parfois hérissés le poil, on s’aperçoit que derrière chaque individu, il y a du bon et du moins bon, que derrière le chef d’entreprise ou le politique, il y a des fêlures, et derrière le photographe ou le comédien, de l’égo et de la rancœur. Cela permet de relativiser sur la nature humaine, et ce n’est pas déplaisant ! Les personnages secondaires sont très bien construits, ils sont aussi fouillés que les principaux, ce qui leur donne une profondeur même si on ne les croise que sur quelques pages. Que ce soit le modèle de Benoît, la logeuse de Paul ou encore le collègue de Tanguy que l’on croise rapidement, ou Alice et Juliette, rares personnages féminins qui vont, malgré leur caractère de personnages secondaires, avoir une importance dans l’intrigue, chacun se révèle dans son entièreté, on sent leurs espoirs et leurs attentes sur quelques pages… C’est juste un magnifique travail que nous propose François Roux !

Pour conclure, je dirais que c’est un roman important, essentiel, extrêmement fort et réaliste. Et c’est ce côté réaliste uniquement, à un moment de l’année où j’ai peut-être besoin de romans plus légers, qui m’empêche d’en faire un coup de cœur. Mais il n’empêche que je vous le conseille très chaudement !

Ma note : 4/5

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