Derrière la porte de Sarah Waters

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Sarah Waters, Derrière la porte, Denoël, Paris, 2015

Derrière-la-porte-de-Sarah-Waters-chez-DenoëlSarah Waters a déjà écrit plusieurs romans parus chez Denoël, et voici le premier que je lis. Et… wahouh ! Si je savais seulement quoi en penser… J’ai envie de dire que c’est grandiose, dérangeant, maîtrisé, angoissant. Mais surtout, c’est extrêmement bien écrit, et rien que pour cela, il faut lire ce roman !

Cela se passe en 1922, après la Première Guerre mondiale, qui a affecté tant de monde et a tué une grande partie de la gent masculine. Cela se passe en Angleterre, à Londres. Frances Wray est ce qu’on pourrait appeler une “vieille fille” : elle a 26 ans, n’est pas mariée, ni fiancée, elle vit avec sa mère dans une maison que le temps abîme de jour en jour. Ces deux frères sont morts à la guerre, son père est mort d’une crise cardiaque peu de temps après, et c’est à ce moment-là qu’elle a mis ses rêves de côté pour aider sa mère, gérer les dettes de son père et s’occuper du quotidien, sans plus aucun domestique, ce qui chamboule Mrs. Wray. Adieu, les rêves d’émancipation, de bohème, de rebellion, de quête d’un monde meilleur. Afin de mieux gérer les finances en berne des deux femmes, Frances convainc sa mère d’aménager le premier étage en un appartement à louer. Elles s’apprêtent donc à “héberger” un jeune couple, Mr. Léonard Barber et Mrs. Lilian Barber. Ce couple jeune, peu conventionnel, qui sort beaucoup, met fort le gramophone, danse dans le salon et boit de la bière et des gins tonics met de la vie dans un foyer depuis bien longtemps trop calme. Si ceci les dérange un peu au début, Frances va peu à peu se ressentir vivre au travers de l’amitié qu’elle va développer avec Lilian.

Je n’en dirai pas plus concernant l’histoire, car comme bien souvent, le résumé de la quatrième de couverture en raconte bien trop et nous dépeint les trois quart du livre. Alors, surtout, ne lisez pas ce résumé ! Heureusement que la plume de Sarah Waters est de grande qualité et qu’elle nous entraîne tout de même dans le quotidien de ces deux familles avec une grande facilité. Et si certains moments peuvent paraître longuets, revenant sur les corvées de la maison, les habitudes pas très excitantes de Miss et Mrs Wray, l’écriture de l’auteur rehausse le tout et nous permet de tourner les pages avec une rapidité déconcertante.

Le contexte historique dépeint ici, dans cette Angleterre en pleine mutation, qui se relève d’une guerre dévastatrice, avec ces anciens soldats démunis errant dans les rues, ces grandes maisons en pleine récession, le vent de nouveauté et de fraîcheur qui souffle dans les rues, sous une chape de conservatisme qui ne s’est pas encore tout à fait enlevée, est tout à fait fascinant. Frances et les Barber nous montrent la voie de la nouveauté dans un pays encore en berne.

Puis, au milieu du roman, se produit un événement qui va chambouler le destin de tous les protagonistes. Et c’est à ce moment-là que j’ai été profondément mal à l’aise à la lecture de ce roman. Mais c’est aussi ce qui en fait la force. Frances est obligé de prendre des décisions difficiles, et on ne peut que se dire : et moi, qu’aurais-je décidé dans de telles circonstances ? On sait ce qu’elle devrait faire, mais c’est facile en tenant un ouvrage à la main, avec le recul forcé de lecteur, de savoir ce qu’il faudrait ou ne faudrait pas faire. Mais quand on est en plein dedans ? Et à partir de là, un engrenage de conséquences se déroule devant nos yeux. On a à la fois envie que Frances assume ses actes, mais également qu’elle dévoile tout, et c’est infernal. Je ne veux pas trop en dévoiler, mais Sarah Waters nous fait nous interroger sur le bien, le mal, la manière d’assumer ses décisions, l’attitude juste à adopter, le droit chemin, et celui plus sinueux. C’est donc pour cela que ce roman est fort, dérangeant, passionnant, angoissant, et qu’il m’a fallu faire plusieurs fois des pauses dans ma lecture.

Ne vous y trompez pas, il s’agit d’un drame poignant, qui vous tient en haleine tout au long des 700 pages qui composent ce livre. Vous serez peut-être comme moi mal à l’aise, non par l’histoire d’amour qui va naître entre certains protagonistes, mais par les situations auxquelles ils vont devoir faire face. Mais ce roman est tellement fort que je vous le conseille vivement.

Ma note : 4/5

Traduit de l’anglais par Alain Defossé, publié le 17 avril 2015 dans la collection Denoël & d’ailleurs.

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