Une saison à Longbourn de Jo Baker

Par défaut

Jo Baker, Une saison à Longbourn, Stock / Le Livre de Poche, Paris, 2014 / 2015

une saison à longbournCes dernières années, j’ai vu passer un sacré nombre de romans revisitant l’univers et les personnages d’Orgueil et Préjugés de Jane Austen. Si certains m’ont fait de l’œil – bien qu’ils furent peu nombreux – la plupart m’a surtout donné envie de partir en courant et de me replonger dans l’univers original d’Elizabeth et Darcy. Mais quand j’ai lu le résumé d’Une saison à Longbourn, j’ai été conquise par l’idée, un mélange entre le roman d’Austen et de Downton Abbey. Et je n’ai pas été déçue !

Vous connaissez l’histoire d’Orgueil et Préjugés – et si ce n’est pas le cas, lisez-le avant de vous plonger dans le roman de Jo Baker ou dans cette chronique. La famille Bennet, les filles Bennet, Bingley, Darcy et Wikham, et tous les autres. Mais certains personnages sont essentiels au bon déroulement des événements égrenant le roman de Jane Austen. Des personnages auxquels nous ne nous soucions que bien peu. Les domestiques : Mrs Hill, intendante et cuisinière, Mr. Hill, Sarah et Polly, les femmes de chambre, et le fraîchement arrivé James, prêt à faire toutes les tâches ingrates en cuisine et aux écuries. Ce sont bien eux qui font vivre la maisonnée, vident pots de chambre, lavent et blanchissent les vêtements, servent à table, font les chambres, coiffent et habillent, cousent et rapiècent. Sans eux, les sœurs Bennet n’auraient peut-être pas pu se rendre aux bals et rencontrer ces beaux messieurs qui vont changer leurs vies de bien des façons… Seulement eux aussi vivent nombre d’événements qui vont bousculer leurs vies, alors qu’ils voient doucement Elizabeth se rapprocher de Darcy. Que cache James ? Le serviteur de M. Bingley, Ptolémée, est-il quelqu’un d’honorable ? Sarah, à laquelle le roman s’attache le plus, parviendra-t-elle à débrouiller ses sentiments ? Et James est-il le seul à avoir des secrets ?

Suivre les péripéties qui se passent aux étages supérieurs au travers des yeux des serviteurs est une superbe expérience, bien que parfois dérangeante… Car les détails intimes des filles Bennet mais aussi leur caractère qu’on croyait si nobles – pour Jane et Elizabeth, s’entend – nous sont dévoilés d’une toute autre manière… Comme pour toutes les personnes aisées de cette période, ce sont bien leurs problèmes qui priment sur ceux des classes inférieures. Mais on découvre surtout des personnages extrêmement attachants : Polly, la très jeune servante, toujours épuisée, Mr. Hill, un peu taciturne mais si bon, Mrs. Hill toujours très occupée mais si gentille envers “ses filles”, James, si droit et volontaire, et Sarah, si pleine de vie et souvent en colère contre sa situation. Découvrir leurs histoires, c’est aussi découvrir celles de leurs patrons, la jeunesse de M. Bennet, la jeune mariée Mrs. Bennet – qui vécut des choses bien difficiles expliquant son caractère bien fatiguant -, mais aussi la jeune maîtresse de Pemberley, Mrs Elizabeth Darcy, dans les premiers mois de son mariage. Un roman qui commence donc avant Orgueil et Préjugés, et finit après, ce qui rassasie la curiosité de tous les fans du roman original, sans le dénaturer. Un roman qui revient de plus sur la situation politique de l’Angleterre à cette époque, sa guerre contre Napoléon, ses batailles menées en Espagne et au Portugal quelques années avant le roman de Jane Austen, et qui nous donne une nouvelle approche de ses soldats cantonnés à Meryton dont Kitty, Lydia et Mrs Bennet seront folles, qui défendent en réalité bien différemment leur pays… laissant aux plus pauvres le soin d’aller là où les vrais combats font rages.

Une manière bien différente d’illustrer la situation politique du pays, un roman qui vient compléter admirablement Orgueil et Préjugés, qui donne un autre éclairage sur cette époque, tout en ne dénaturant pas l’œuvre originale. Un roman bien écrit par un auteur qui connaît Orgueil et Préjugés par cœur et a ainsi pu relever toutes les références aux domestiques dans l’œuvre d’Austen, collant au plus près de cette “vérité” décrite par Jane Austen, tout en se permettant certaines libertés, pour notre plus grand bonheur.

Tous les fans de Jane Austen devraient se précipiter sur ce roman intelligent d’un écrivain qui a fourni un travail grandiose de recherche sur l’œuvre originale et sur la situation politique de l’époque.

Époustouflant !

Ma note : 5/5

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s