Sans télé, on ressent davantage le froid – Chroniques de la débrouille de Titiou Lecoq

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Titiou Lecoq, Sans télé, on ressent davantage le froid – Chroniques de la débrouille, Fayard, Paris, 2014

sans télé on ressent davantage le froidCe livre, je l’ai lu il y a près de 10 mois. Mais chaque fois que j’y pense, je me dis qu’il faut que je le sorte de ma bibliothèque et que je m’y replonge. Parce qu’il est top. Parce que j’ai ri. J’ai ri de la fille qui nous raconte ses déboires. Parce que j’ai ri de moi (surtout de moi d’ailleurs). Parce que je me suis reconnue. Parce que ce livre, qui n’est pas un roman mais un recueil de chroniques – autobiographiques ? – est un gros coup de cœur, qu’il m’a mis la pêche, qu’il m’a donné le sourire et fait rire seule dans le métro.

Comment expliquer de quoi parle ce livre – alors même que je l’ai lu il y a un bon moment ? Disons que Titiou Lecoq, dans ces Chroniques de la débrouille, revient avec beaucoup d’humour sur tous les obstacles que rencontrent la génération 25-35 ans (visons large) : la recherche d’emploi alors même qu’on est bardé de diplômes et qui s’apparente à un parcours du combattant, la rupture, la rencontre, le lendemain matin suivant, les rapports avec les amis. Bref, toutes les choses qui fondent une génération qui ne peut peu plus se fier aux standards qu’on lui a inculqué durant son enfance : études – boulot stable – couple uni – mariage – enfants (- divorce, ou pas). Aujourd’hui, c’est chômage, galères, ruptures en chaîne, bref rien qui ne ressemble à une vie très “stable”. Alors mieux vaut en rire qu’en pleurer !

Et si de nombreux auteurs se sont confrontés à cette question, et le plus souvent avec humour – je pense notamment au petit livre illustré Y comme Romy* – Titiou Lecoq la dépeint avec une drôlerie incroyable et une plume acérée, à l’image de son premier roman Les morues. Ce livre se lit comme un roman, même si ça n’en est pas un, rappelons-le. Il est construit comme un journal intime, chaque nouvelle chronique est située dans le temps. On suit donc cette jeune femme du 18 juillet 2008 au 23 juillet 2013. 5 ans, donc. De sa rupture et de son job peu affriolant (assistante d’éducation / pion) à une belle réussite en tant que biiiip et un… (nan, je ne spoilerai pas !), elle en a vécu des choses ! Et des choses bien drôles, et surtout racontées avec un humour bien décapant, qui fait un bien fou !

Ce livre nous apprend à voir nos emmerdes avec un peu plus de philosophie, et a essayé d’y appliquer une touche d’humour – sur le moment, mais plus sûrement a posteriori.

J’ai beaucoup de mal à écrire cette chronique, car je ne veux pas trop en dire, et en même temps, j’ai bien peur de ne pas en dire assez. Alors, j’ai relevé certains passages qui devraient vous faire percevoir l’atmosphère de ce livre que vous devez lire – et vite !

« Si demander à un enfant ce qu’il veut faire plus tard, c’est cruel, poser la même question à un pré-trentenaire, c’est carrément une atteinte caractérisée à la convention de Genève et aux droits de l’homme.” pp.42-43

“Mais ce n’était pas seulement le sexe au réveil, le problème, c’était plus généralement le réveil avec quelqu’un. Et là, c’était un drame cornélien, puisque : “s’endormir avec quelqu’un = paradis”, “se réveiller avec quelqu’un = Guantanamo, “se lever et devoir entrer en communication avec un autre être humain = Klaus Barbie”. Malheureusement, j’ai assez tôt découvert que, à moins de pécho un vampire, les gens ne disparaissent pas avec le lever du soleil. Le seul être vivant admis à assister à mon réveil, c’était Tikka. Ma chatte. (Merci de ne pas insérer de blague ici.)” p.73

“Bien qu’élevé dans une famille de gauche, voire très à gauche, [mon neveu] pense spontanément comme Nicolas Sarkozy – ce qui n’est pas rassurant quant aux capacités cognitives du président.” p. 99

“J’étais en train de lire des phrases comme “Quelque chose peut isolément avoir lieu ou ne pas avoir lieu, et tout le reste demeure inchangé.” Déjà, soyons honnête, sans fièvre, j’aurais entravé que dalle. Mais là, en fond sonore, j’ai eu droit à des hurlements démoniaques issus d’un landau. Quand je suis parvenue à la phrase “La solution du problème de la vie, on la perçoit à la disparition de ce problème”, j’ai levé la tête vers le père du bébé braillard et j’ai hésité à lui demander de me faire un commentaire composé de cette phrase.” p.180

“Je ne savais même pas ce que je voulais faire dans la vie. J’avais une espèce de théorie comme quoi il fallait que j’ai lu tous les livres du monde avant de me décider. (Ce qui sous-entend que je pensais aussi que je vivrais éternellement.) (C’est sympa, un jeune, mais qu’est-ce que c’est con.) p.203

Je pourrais tellement pu en mettre plus – j’ai hésité, notez, mais j’en ai déjà mis pas mal, vous ne pensez pas ? Si vous en voulez plus, et je parie que si vous avez lu toute cette chronique jusqu’à ce point précis, c’est que c’est le cas, alors précipitez-vous dans votre librairie et lisez ce livre. Qui fait un bien fou.

Gros coup de cœur, donc. Il était temps que je l’écrive, cette chronique.

Ma note : 5/5

* de Myriam Levain, Julia Tissier et Louison, paru chez Robert Laffont.

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