Un goût de cannelle et d’espoir de Sarah McCoy

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Lecture dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs 2014

 

Sarah, McCoy, Un goût de cannelle et d’espoir, Les Escales, Paris, 2014

un gout de cannelle et d'espoirDeuxième roman sélectionné au Prix Relay des Voyageurs que je lis, et là encore, une très belle surprise ! Ce roman est un gros coup de coeur !

Deux histoires s’entremêlent dans ce roman mi historique, mi contemporain. En 2007, à El Paso, près de la frontière mexicaine, Reba, journaliste, doit écrire un article sur les traditions allemandes pour Noël. Elle se rend donc dans la boulangerie tenue par une allemande, Elsie, et sa fille, Jane. Alors qu’elle a elle-même des problèmes à régler, concernant son enfance, ses souhaits et son couple, elle découvre dans ce lieu où la gourmandise n’est plus un vilain défaut, et auprès de ces deux femmes, bien plus que matière à l’écriture d’un article…

En parallèle, nous suivons la jeunesse d’Elsie, ce qui nous permet de faire des liens avec la vieille dame qu’elle est devenue, mais aussi avec le quotidien qui s’offre à El Paso, et notamment au fiancé de Reba qui est garde-frontière. Elsie a grandi pendant la guerre, à Garmisch, en Allemagne. Comme ses parents et sa soeur, elle ne se pose aucune question sur le régime nazi : il est légitime, érigé en religion, Hitler en étant devenu le Dieu. La boulangerie que tient sa famille est protégée par les nazis, qui leur procurent les ingrédients, de plus ou moins bonne qualité, nécessaires à la confection de pains et autres pâtisseries. Son père s’est d’ailleurs fait un ami, Josef Hub, officier, qui courtise Elsie, et les protège donc. Cependant, Elsie commence à se poser des questions sur la supériorité des aryens face aux autres peuples, notamment aux Juifs, un jour de Noël où Tobias, un jeune chanteur juif, lui demande aide et protection… Le choix qu’elle va faire en lui ouvrant ou non la porte de la boulangerie va à jamais façonner le destin de la jeune allemande.

Ce roman est d’une justesse incroyable, il est exceptionnel. J’ai ressenti la même chose qu’après la lecture de La Voleuse de Livres de Markus Zusak, où la vision des habitants allemands pendant cette période troublée de notre Histoire est mise à l’honneur. Rien n’était vraiment simple alors : pour le père d’Elsie, l’idéologie nazie a un sens, après les humiliations post Première Guerre mondiale. Les idées d’Hitler sont justes, parce qu’il les a assimilé comme telles. La peur de l’inconnu, des différences, des autres, la facilité de fermer les yeux face aux horreurs qu’on sait, ou qu’on pressent avoir lieu pas très loin de chez nous – Dachau entre autres, tout ceci justifie les actions du régime en place. Le regard d’Elsie évolue, et l’échange de lettres avec sa soeur Hazel nous apprend encore des choses sur ce régime. Face au traitement de ses enfants, Hazel va aussi être confronté à l’absolue horreur d’un système idéologique qu’elle a soutenu et en lequel elle a cru jusque là. C’est brillant, et nous montre que faire évoluer les mentalités est un travail long et fastidieux, quand des idées aussi fortes et radicales ont été assimilées par tout un peuple.

On comprend ainsi pourquoi la Elsie des années 2000 a bien du mal à évoquer ces années passées à Garmisch lors de l’entretien pour l’article de Reba. Mais on comprend également son caractère : sa générosité, son entrain, tous les conseils qu’elle va donner à cette journaliste un peu paumée.

Le parallèle avec la situation des sans papiers qui, n’ayant rien à perdre, ont décidé de passer la frontière, quitte à vivre dans la misère aux Etats-Unis, est assez frappant. Fermer les yeux sur leurs conditions de vie au Mexique et appliquer la loi, comme le fait Riki, le compagnon de Reba, n’est finalement pas très éloigné de la situation de ces Nazis qui exécutaient les ordres en arrêtant les Juifs, comme a pu le faire Josef, le prétendant d’Elsie en 1944. Les renvoyer dans leur pays, ne sachant pas s’ils vont y survivre, est finalement assez révoltant… et malgré tout compréhensible : les Etats-Unis ne peuvent accueillir toutes ses populations. Evidemment, le parallèle a ses limites, je ne compare pas les Etats-Unis au IIIe Reich. Mais la capacité des Hommes à refuser un système qu’ils trouvent injuste, et chercher, à leur manière, et avec leurs possibilités, à changer cela, mais surtout à vivre en accord avec leurs idées, est probant dans ce beau roman, où la tolérance prend une part importante. La recherche de soi également. Et les valeurs de l’amitié. De la famille. Et de l’entraide.

Sarah McCoy nous offre ici un très beau roman, qui se lit d’une traite. Le petit plus : on salive du début à la fin en lisant les descriptions des belles pâtisseries, pains et chocolats dans les boulangeries d’El Paso et de Garmisch. Et cerise sur le gâteau : certaines recettes nous sont offertes en fin d’ouvrage. Roman magnifique et livre de cuisine… et vous hésitez encore à vous jeter sur ce livre ?

Ma note : 5/5

Et puis, bien entendu, on pense à voter pour ce roman dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs 2014 en cliquant ici !

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  1. Pingback: Le souffle des feuilles et des promesses de Sarah McCoy | Brèves littéraires

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