Les morues de Titiou Lecoq

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Titiou Lecoq, Les morues, Au Diable Vauvert / Le Livre de Poche, Paris, 2011/2014

les moruesJ’ai découvert Titiou Lecoq dans le recueil Putain d’Amour. Je n’ai pu faire autrement que lire son premier roman, comme ça avait été le cas avec Julien Blanc-Gras. Alors voilà : lu, savouré, aimé, validé.

Les morues, c’est d’abord l’histoire d’Ema. Elle est un peu “board of line”, a des goûts sexuels pour le moins particuliers, ne veut pas s’attacher sentimentalement à un homme. Mais c’est surtout une fille qui vient de perdre sa meilleure amie qui s’est suicidée. Une dispute les avait éloignées, et Ema, malgré une distance marquée, ne peut l’accepter. Pour elle, elle ne se serait jamais suicidée. Jamais. Impossible. Le groupe d’amis qu’elle avait au lycée, et qui comprenait cette amie, ne peut cautionner cela. Sauf Fred. Secondée par cet être bien particulier, presque surnaturel, attachant et brillant mais qui s’est saboté volontairement, elle cherche à comprendre. Ses amies, surnommées les morues, Alice et Gabrielle, bien étranges également, vont l’épauler dans cette entreprise, qui l’emmènera dans les turpitudes de la rentabilité des services publics, au coeur des questions autour de la RGPP, Révision Générale des Politiques Publiques.

Polar, roman sur la découverte de soi, presque chick lit par certaines aspects, à propos de trentenaires parisiens un peu foldingues (mais qui ne l’est pas ?), ce roman est multigenre, inclassable.

Titiou Lecoq a une plume acérée, franche, crue, juste, qui reflète tout à fait cette société dans laquelle les trentenaires d’aujourd’hui évoluent, où carrières, rêves déchus, amitiés, amours, coups d’un soir, humiliations, coups de gueule, cuites alcoolisées, politique, s’entrechoquent dans un joyeux bazar. C’est nous, c’est vous, c’est eux,  c’est moi (et non, je ne parodie pas l’horripilante chanson de Grégoire). Je me suis totalement retrouvée dans le personnage d’Ema, bien que je sois totalement différente d’elle. Allez comprendre ! Et je pense que la force de ce roman réside bien là : tous les jeunes d’aujourd’hui trouveront quelque chose de leur vie, de leur quotidien, de leur personnalité, dans un des protagonistes inventés par Titiou Lecoq.

Ce roman nous ressemble, montre que nos rêves de carrière sont parfois hors de portée, que la précarité nous accompagnera toujours – surtout quand on évolue dans le secteur culturel – que notre vie, tant professionnelle que personnelle, ne ressemblera pas à celle des générations précédentes. De là à parler de génération Y…

Le versant polar du roman m’a assez plu, même si son dénouement est étonnant et laisse un peu sur sa faim… Mais la dénonciation de ce désir de rentabiliser les services de l’Etat après la crise de 2008, en commençant par le Ministère de la Culture et de la Communication, n’a pu me laisser indifférente, puisque ce projet a pris une place importante dans mes études.

Cependant, tout cela reste léger. Je l’ai lu en vacances et c’était la lecture parfaite. Alors, avec l’été qui approche, je ne vous conseillerai qu’une chose : procurez-le vous et lisez-le dans l’avion, sur la plage, dans un transat, sous une tente !

Titiou Lecoq vient de publier son second roman – Sans télé, on ressent davantage le froid : chroniques de la débrouille, aux éditions Fayard – d’ores et déjà dans ma PAL. On parie qu’elle réitère son premier coup de génie, qui lui a valu d’être lauréate au Prix des Lecteurs 2013 du Livre de Poche ?

Ma note : 4/5

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  1. Merci pour cette chronique! C’est rigolo parce que Julien Blanc-Gras est un ami. (On est publié chez le même éditeur.) Sans télé n’est pas vraiment un roman mais c’est ce que j’ai écrit de plus drôle, tu me diras ce que tu en as pensé.

  2. Pingback: Sans télé, on ressent davantage le froid – Chroniques de la débrouille de Titiou Lecoq | Brèves littéraires

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