La voleuse de livres de Markus Zusak

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Markus Zusak, La voleuse de livres, Oh! Editions / Pocket, Paris, 2007

la voleuse de livresQuelle histoire incroyable et bouleversante ! On ne peut rester insensible à la lecture de ce merveilleux roman, et son succès international, qui s’est soldé par une adaptation cinématographique, est amplement mérité.

La Mort nous raconte l’histoire à la fois ordinaire et extraordinaire d’une fillette qui l’a profondément marquée. Difficile de marquer la Mort, qui voit tant et tant de personnes, aux histoires variées, incroyables ou non, dramatiques ou heureuses. Cependant, Liesel Meminger aurait dû mourir à trois reprises, mais à échapper à la Mort. Alors, elle nous fait l’insigne honneur de nous raconter l’histoire de cette enfant allemande qui se retrouve prise dans les tourments de l’Histoire. La mère de Liesel est obligée de confier sa fille à des parents nourriciers, pour des raisons qui nous apparaîtront dans le roman. Alors que le trajet jusque dans la banlieue de Munich, dans la ville de Molching, et plus précisément jusqu’à la rue Himmel, voit la disparition de son frère, elle se retrouve aux bons soins de Hans et Rosa Hubermann, couple atypique s’il en est. Hans est la bonté incarnée, il est animé par un sentiment de justice très fort. Rosa est plus difficile à cerner : elle utilise de nombreux noms d’oiseaux, est sévère, mais c’est une très bonne femme. C’est avec eux, ainsi qu’avec son voisin Rudy, et un boxeur juif, que Liesel vit les premières années de la Seconde Guerre mondiale, grandit, découvre des livres d’une manière atypique qui lui vaudront le beau surnom de “voleuse de livres” donné par la Mort elle-même.

Markus Zusak nous offre un roman incroyable et nécessaire sur cette période historique, déjà tellement exploitée en littérature. Ici, nous avons la vision de jeunes allemands, de personnes ordinaires qui ont aussi peur que des Français ou des Anglais, qui craignent pour la vie de leurs proches, et qui surtout ne comprennent pas tout ce qui se passe. On voit que les jeunes sont forcés d’assister aux journées des Jeunesse Hitlériennes tous les samedis, et qu’un certain endoctrinement peut se faire très facilement, si l’environnement familial ne contrebalance pas, comme c’est le cas pour Liesel. On comprend aussi l’emprise du Parti Nazi, qui empêchait les honnêtes gens qui n’y adhéraient pas de travailler. La peur est partout, comme dans tout pays touché par la guerre. Et on voit l’adhésion totale de certaines personnes, le mal qu’a pu faire le traité de Versailles sur la fierté des Allemands, mais aussi l’inaction totale face à la situation des Juifs, qui traversaient des villages à la vue des habitants, entre deux camps de concentration, tenant à peine sur leurs jambes, et maltraités par leurs geôliers. Ceci mettant légèrement à mal la théorie comme quoi les civils allemands ne savaient pas ce qui se passait dans ces “prisons”…

La merveilleuse idée de l’auteur, à la très belle plume, de nous raconter cette histoire du point de vue de la Mort, elle qui sait tout, qui a vu énormément de choses et qui ne comprend pas les Hommes et leur cruauté, éclaire d’une manière différente la condition humaine et sa bêtise. Et sa vision sur la “voleuse de livres”, la jeune Liesel, est incroyable. Elle distille des informations importantes, fait quelques flash-backs, surprend le lecteur en spoilant quelques éléments primordiaux de l’histoire de cette jeune fille. Et ceci donne à la narration encore plus de véracité : en effet, pourquoi la Mort s’embarrasserait-elle à maintenir toute forme de suspens, alors qu’elle sait bien que tout le monde finit par mourir ? Liesel incluse ?

De petites réflexions, définitions ou autres de la Mort viennent s’intercaler dans le récit, pour notre plus grand bonheur. Le fait que certans mots soient conservés en allemand, et notamment les noms d’oiseaux fréquemment utilisés par Rosa Hubermann, donne une touche d’authenticité supplémentaire au roman.

La fin de ce roman est très belle et très poétique. On ne pouvait s’attendre à mieux. Juste et incroyable.  Une histoire sur un sujet connu, mais pas comme cela, pas de ce point de vue. Une histoire qui met la lecture et les livres au premier plan. La force de ces petites objets aux mots qui peuvent être puissants, trop puissants.

Un bel hommage aux héros ordinaires, même de ceux qui se sont trouvés du mauvais côté de la frontière, et qui ont eu la “malchance” d’être nés allemands lors de l’ascension d’Hitler. Un magnifique roman.

Ma note : 5/5

Une adaptation cinématographique de ce roman, de Brian Percival, avec Geoffrey Rush et Emily Watson, est sorti sur les écrans français le 5 février 2014. Je n’ai pas encore eu la chance d’aller le voir, mais en attendant, voici la bande annonce :

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